NAPOLÉON EN ITALIE
En ce jour-la , c'était un des jours de brumaire ; Les saules de Ronco jetaient une ombre amère ; La sarcelle avait fui ; le marais , sur ses bords , En tremblant s'éveillait; les roseaux , sous la bise , Dans la fange , meurtris , ployaient leur tête grise ; Et sur l'étang des morts passait l'àme des morts.
Étroit était le pont; !oin était le rivage , Un moude séparait la plage de la plage. Haletants ,- les vivants sur les bords s'entassaient; Mais les morts plus nombreux leur défendaient l'entrée.
Étroit était le pont , close était la barrière , La foule sur ses pas retournait en arrière. L'alouette gauloise en son nid s'envolait , Appelant ses petits. Au champ de l'espérance Le nouvel étendard avait perdu sa lance ; Et la vague d'Arcole en son lit reculait.
Mais voila qu'un cheval erre dans la mêlée ;
Moins blanche était la neige au flanc de la vallée.
Voilà qu'un cavalier a quitté les arçons.
Ah ! moins prompt est le cerf quand la biche est blessée.
Voila que dans ses bras , comme sa fiancée ,
II a pris l'étendard aimé des nations.
Et puis , s' enveloppant de ses plis tricolores , Il arbore , en courant , sur les arches sonores La nouvelle bannière. A son nom , effrayés , Les sabres sur son front ont glissé sans murmure;
Puis sur le pont rustique aux poutres vacillantes Sur sa trace ont passé les nations tremblantes, Comme après le bélier font les jeunes chevreaux ; L'un va tenter le gué sur la rive embourbée ; L'autre heurte du front la barrière tombée ; Et l'étable le soir reçoit tous ses troupeaux.
Ils se sont émoussés sur ses habits de bure Les coups qui menaçaient , malgré leur chaste armure Le sein des nations. Du milieu des roseaux L'étendard a jeté son ombre sur le monde ;
Et tous les morts au loin , jusqu'en la nuit profonde , Battent en même temps des mains dans leurs tombeaux.
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César , salut ! voici les faisceaux consulaires ,
La foule , les licteurs , les haches populaires ,
Sous le fouet triomphal les quadriges fumants !
Vieux consul a l'œil fauve , oh ! depuis deux mille ans ,
Que la tombe a bien su rajeunir l'esclavage ,
Et refaire ton œuvre et ton blême visage !
Les vers fileraient-ils aux morts dans le tombeau
Deux fois leur pourpre neuve? et quand ton lourd manteau
Des eaux du Rubicon est ruisselant encore ,
Comment as-tu quitté ton sépulcre sonore ?
Et comment sur ton front , au soleil de Lodi ,
La couronne de chêne a-t-elle reverdi?
Pour entraîner ton char en sa nouvelle ornière , Combien de nations , sous ta verge guerrière , Veux-tu tenir en bride? à laquelle d'abord Veux-tu mettre aujourd'hui la selle et le frein d'or ? Et quand ton front conduit le quadrige du monde , Quel état croupira sur sa litière immonde ?