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RÉSIDENCES ROYALES

Le cardinal de Richelieu, qui fut un grand bâtisseur, avait résolu de donner au Lol'vre une importance digne de la royauté. Son architecte

Colonnade du ho\i\

ordinaire, Jacques Lemercier, fut chargé de l'entreprise, Louis XIII posa la première pierre le 26 juin 1624. « II dessina quatre façades, dit Guilhermy;... chacune se composait d'un pavillon central accosté de deux corps de logis, et chacun de ces deux bâtiments égalait en longueur une des façades de Pierre Lescot. Lemercier répétait ainsi quatre fois ce que son prédécesseur avait construit ; il élevait de plus quatre pavillons nouveaux, sans supprimer ceux qui avaient été déjà projetés pour les quatre angles de l'enceinte. Le style des façades de Pierre Lescot était d'ailleurs conservé avec un religieux scrupule. Mais que devenait l'exactitude des

proportions, cette loi première de toute l'architecture ? Le pavillon central de chaque façade était destiné à marquer une des quatre entrées de la cour, pratiquées sous de larges vestibules, entre des colonnes libres ou engagées. » Ainsi furent construits alors le dôme de l'horloge, la suite de l'aile occidentale, une partie de l'aile du nord, et le pas'illon de l'angle nordouest. En 1663, ces différents travaux étaient presque terminés sous la direction, depuis 1660, de Louis Levau, et de son gendre François Dorbay.

Pavillon Richelici

Il ne restait plus à faire que l'aile orientale, sur la place Saint-Germain l'Auxerrois, Louis XIV et Colbert, afin qu'elle fut tout à fait magnifique, demandèrent le concours du célèbre architecte italien, le cavalier Bernin, qui arriva en 1665, et ne tarda guère à repasser les monts, lassé des intrigues de la cour de France. Et c'est alors que Perrault, en qui Colbert avait toute confiance, fit agréer son frère Claude Perrault, médecin de son état, au moins autant que dessinateur, qui donna les plans de la Colonnade du Louvre, telle qu'elle existe aujourd'hui, et qui fut achevée en 1670. On ne saurait nier que ce ne soit une belle œuvre en soi, pleine de majesté et de grandeur. Mais elle a le tort, comme on l'a dit, d'être un

loS

« placage, une décoration de théâtre, un embarras même dans l'ordonnance générale du palais ». La construction eut encore des conséquences désastreuses : outre qu'elle tranchait par sa superbe avec le gracieux style de Pierre Lescot, elle avait une hauteur exagérée, et, comme elle dépassait les combles des autres ailes, Perrault, afin de dissimuler cette différence, supprima sur trois ailes le délicieux petit attique de Lescot, et imagina de lui substituer un nouvel étage, copie du premier. « Aucune

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modification plus funeste n'apparaît dans l'histoire des vicissitudes du Louvre. Le second étage de Perrault détruit tout le système des proportions ; il écrase de son poids la délicatesse des ordres inférieurs, et cette seconde édition d'une des parties les plus importantes de l'édifice, superposée immédiatement à la première, vient en accroître à l'excès la monotonie, qui déjà résultait de la reproduction trop prolongée des façades de Pierre Lescot. L'idée de Perrault était mauvaise... u En outre, la longueur de la colonnade était telle qu'il fallut doubler d'un placage, sur la Seine, la façade de Levau, déjà cependant suffisamment étendue. Pour consoler de ces aberrations, il reste heureusement l'aile occidentale, vierge de toute barbarie, et qui donnera longtemps encore aux artistes des leçons de goût, de logique et d'élégance.

L'ART CLASSIQUE. — XVU« ET XVIII" SifXLES log

A partir de 1680, on ne travailla plus au Louvre, Versailles absorbant tout l'argent disponible. Comme le palais était dépourvu de toits, de voûtes, de plafonds, d'escaliers, il devint comme une ruine. Par faveur royale, des artistes obtinrent de s'y installer dans de petits appartements, qu'on appropria. Leii académies se réunirent où elles purent; on éleva des échoppes dans les cours. « M. Vitet, dans son excellente étude sur le

d'Apollon.

Louvre, a sjjirituellement comparé l'aspect intérieur de cet édifice, pendant près d'un siècle, à celui des Arènes d'Arles ou de Xîmes, quand une population tout entière campait sur les gradins, sous les arceaux des galeries et jusque dans l'épaisseur des murailles. » Enfin, sous Louis XV, l'architecte Gabriel procéda aux réparations urgentes; et de notre siècle, la sollicitude des différents gouvernements a réussi à en faire un monument digne de la France,

On sait que le Pa],ais dks Tl'ilekies, qui fait suite au Louvre, fut incendié, sous la Commune, le 23 mai 1871. Mais s'il n'en reste presque plus rien, il importe toutefois de lui consacrer une brève description. Les premiers architectes ont été Philibert Delorme, en 1578, puis Jean BuUant,

Ml. PARIS

son contemporain. Catherine de Médicis s'était décidée à faire construire le nouveau palais, pour échapper aux souvenirs que lui rappelait l'Hôtel des Tournelles, où Henri II avai été rapporté sanglant, après l'accident mortel du tournoi de la rue Saint-Antoine. Le plan de Ducerceau permet

— IIHI-

FaçuJe de \i peiitc i;ilerie <Ju Louvre (sur le jardia de l'inliiuir).

de se faire unu idée de l'édifice, qui devait former un rectanjjle enfermant la cour d'honneur, et deux cours latérales, dont les bâtiments avec portiques serviraient à loger les services de la cour. Seule fui construite la façade principale, décorée d'une coupole accostée de quatre petits dômes: deux galeries ouvertes, surmontées d'un attique. accompagnaient un pavillon central, >■ et chacune d'elles aboutissait à un corps de logis qua-

L'ART CLASSIQUE. — XVII" ET XVIII" SIÈCLES m

drangulaîre, dont les colonnades sont restées comme les plus gracieux modèles que la Renaissance nous ait transmis », Henri IV fit édifier le prolongement méridional et le Pavillon de Flore, qui occupe l'angle du quai. Sous Louis XIV, I.evau construisit, pour faire symétrie, le prolongement septentrional, et le Pavillon de .Marsan. Celte œuvre ne fut achevée qu'au XIX° siècle, sous la direction de Visconti et de Lefuel : les travaux ont été conduits, à partir de 1852, avec une frénésie d'activité. C'est sous Napoléon III également que fut refaite, en trois portiques énormes, — les Gin'ciit/s tics Saints-Pt'/'es, — la jonction entre le Louvre et les Tuileries, et le corps de bâtiment au-dessus, destiné à la séance solennelle de rentrée des chambres en présence du souverain, et que Ton appela pour cette raison salle des États, Cette salle, désaffectée aujourd'hui, sert depuis peu à l'exposition de la magnifique série peinte par Rubens, et qui retrace l'histoire de la reine .Marie de .Médicis. La Marine inilitdire et la Marine marciiaiiilc. deux statues de femmes debout sur

la proue de trirèmes, et sculptées par Jouffroy. encadrent le guichet central. Au-dessus est un haut-relief en bronze d'Antonin Mercié, le Génie des arts, qui s'enlève sur un fond doré. A gauche et à droite des guichets sont les pavillons de la Trémoille et de Lesdiguières.

Un jardin récent, tracé à la française, et décoré de vases, de colonnes et de sculptures, occupe maintenant l'emplacement du palais des Tuileries. A son extrémité, sur la place du Carrousel, Napoléon I" avait chargé

L'Auton

des Tuileries).

en 1806, Percier et Fontaine d'édifier un arc de triomphe inspiré de celui de Seplime Sévère à Rome. Le monument d'aspect très harmonieux, a trois arcades ; les colonnes de façade sont en marbre rose, La frise représente les principales victoires des Aigles impériales sur les champs de

l'jUis du Luxembourg. — fi^jJc sur ]« Jardin

batailles de THurope ; et des statues de marbre fijjurent les soldats de la Grande Armée. Autrefois, les chevaux du dôme de Saint-.Marc. à Venise, étaient venus couronner le monument: on les a rendus en 1815, et un groupe équestre de Hosio les a remjjlacés.

Catherine de .Médicis, puis Colheri et Le Nôtre, en traçant les jardins des Tuileries, ont dessiné une des plus belles promenades du monde. Deux terrasses la bornent; sur la Seine, la terrasse du bord de l'eau, plantée

d'ormes; sur la rue de Rivoli, la terrasse des Feuillants; à leurs extrémités, une orangerie et un jeu de paume ; elles se rejoignent par une grille sur la place de la Concorde. Des parterres, bosquets, rondeaux, des quinconces de marronniers d'Inde, dont l'un, dit te marronnier du 20 mars, a épanoui pendant de longues années ses premières feuilles pour le jour du retour de l'île d'Elbe, occupent l'espace qui s'étend entre les deux terrasses ; un peuple blanc de statues, formant un vrai musée, l'égaie de place en place ; il y n un nombre considérable de vases et de termes. On remarque, en outre, des statues de fleuves par Van Cléve; la \'i'iiiis à la Coloiiibr et la Xviuphe an carqnois, de Coustou; le Pronirtiiii- et le Phidias de i'radier : le Spartaciis de Barrias ; Ici/on aux serpents de Ilarye ; V Offrande à Pal/us.

d'Aimé -Millet. De chaque côté de la grille de la Concorde, sur des piédestaux très élevés, les deux magnîfiquesgroupesde Coyscvox, ramenés de .Marly en i-;2q, la Renommée et Mercure

à cheval, annoncent la paix et la guerre. Le jardin des Tuileries n'a peutêtre plus la vogue d'autrefois; mais il a conservé l'affection des artistes, des poètes et des enfants; rien n'égale, en effet, à leurs yeux, la promenade sur la terrasse du bord de l'eau, sous les arbres séculaires, le long de cette Seine si colorée, de nuances si changeantes, si belle, dont, appuyés sur les balustrades qui s'effritaient aux injures du temps et que l'on vient de restaurer, ils aiment à suivre le cours, aussi majestueux que le vénérable Louvre qui se mire dans ses eaux.

C'est une reine aussi, Marie de Médicis, qui dota Paris du splendide

Luxembourg. — iinlrte du Siinat.

Palais Df Luxkmboi k*;. Sur soa emplacement, était un château construit par un présidenl à la cour des .Monnaies, sous François I", et qui passa ensuite dans la maison du Luxembourg, Marie de -Médicis le racheta, en 161 •. pour 90 000 livres. Salomon dt; Brosse fut chargé de la

construction du nouveau palais, avec ordre de s'inspirer du palais l'itti. & l-"lorence, où s'était écoulée IV-nfance de la reine. En 1642, il échut à (iaslon d'Orléans, frèro de l.ouis XIII. Les propriétaires furent ensuite : M"" de .Montpensier, sa fille ; la duchesst- de Ciuise. son autre fille, issue d'un autre mariage; Louise-Klisabcth d'Orléans, reine douairière d'iispagnir, miirte en 174.: ; enfin, le comte de l'rovence. frère de Louis XVI, le futur Louis XVllI. 11 devint ensuite prison sous la Terreur, puis siège du Directoire, résidence du l'remier Consul, jiulais de la Chambre des

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