ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Satnt-Paul-Saint-Louis est la première, en date, des églises nouvelles, et aussi la première manifestation de ce qu'on appelle le style jésuitCy constitué sur le modèle de l'église de Gésu, construite à Rome par Vignole. Ce style a prêté à maintes critiques, dont la plupart paraissent fondées. Il était naturel, d'ailleurs, que cette église fût de cette sorte, puisqu'elle était destinée à être la chapelle de la maison professe de Tordre à Paris. Elle fut élevée de 1627 à 164 1, sous la direction et sur les dessins des deux jésuites François Derrand et Martellange. (c La façade, écrit Auguste Vitu, se compose, comme celle de Saint-Gervais, de trois ordres superposés, deux corinthiens, et un composite, le troisième formant tabernacle au-dessus des deux autres, et soutenu par des arcs-boutants en forme de volute, signe caractéristique de ce genre d'architecture... L'église Saint-Paul-Saint-Louis s'enorgueillit de posséder le premier tableau connu d'Eugène Delacroix, le Christ an jardin des Oliviers, qui date de 18 19. >)
L'ÉGLLSE DK LA SoRBONNK est tout ce qui reste maintenant des vieux bâtiments universitaires construits autrefois par Jacques Lemercier, quand Richelieu en était proviseur. La façade sur la cour présente une inscription contemjîoraine de la reconstruction et de la consécration, qui eut lieu en 1642. La façade principale comprend deux ordres, corinthien au rez-de-chaussée, à pilastres composite au premier, couronné d'un fronton rectangulaire. Au centre du monument, s'élève un dôme, qui imite la coupole de Saint-Pierre à Rome. La chapelle contient encore le magnifique monument de Richelieu, inauguré en 1694, et qui est dû à Girardon ; il représente le cardinal couché sur son tombeau; la religion le soutient, et, à ses pieds, la science pleure sa mort. Deux anges supportent ses armoiries.
La chapelle Saint-Joseph des Carmes, rue de Vaugirard, est aussi couronnée d'une coupole, qui passe pour être la première construite à Paris. Marie de Médicis en posa la première pierre le 20 juillet 1613 ; le monument fut achevé en 1620. Les fresques de la coupole, qui représentent Elie ravie au ciel, sont du peintre Bartholet Flemael. Le temple de la Visitation, rue Saint-Antoine, avait été édifié en 1632, par François Mansard pour les Filles de la Visitation de Jeanne de Chantai. L'église
Saintf-Ki.isabkth, rue du Temple, était la chapelle des religieuses du tiers ordre de Saint-lVani,ois ; on y voit de curieux petits bas-reliefs en bois, représentant des scènes des deux Testaments, et une cuve baptismale datée de 1654.
par GinrJon.
L'église de l'abbaye du VAl,-nic-<îK.\i 1:, rue Saint- Jacques, fut fondée en 1641 parla reine Anne d'Autriche, pour remercier Dieu de lui avoir donné, après vingt-deux ans de stérilité, un fils, qui devait être Louis XIV; c'est celui-ci «lui, à làye de sept ans. en 1645. posa la première pierre. Plusieurs architectes coopérèrent à la construction '. d'abord .Mansard, puis Jacques Luniercier, enfin Pierre Le .Muet, qui ^'adjoignit Gabriel Leduc et Duval La façade comprend deux étages d'ordres corinthiens très élégants, et le dûme, couronné d'un campanile, et qui s'élève entre deux tourillons, orné de chérubins et de vases dus a Philippe Buyster, Michel
Anguier a sculpté les doubleaux et les pendentifs, qui soutiennent la coupole ; Pierre Mignard a déroulé autour d'elle une înimense fresque, représentant le séjour des Bienheureux, que Molière a célébrée, en 1669,
Église de la Sorbonne.
dans un poème intitulé : la Gloire du Val-dc-Grâce. A la chapelle du Saint-Sacrement, on remarque des peintures de Philippe et Jean-Baptiste de Champagne. Cette église sert aujourd'hui à l'hôpital militaire qui occupe depuis la Révolution les bâtiments de l'abbaye.
Saint-Roch est une des plus mondaines églises de Paris par l'assistance élégante qui s'y rend en foule. En 1653, l'architecte Jacques
Le Val-Jc-Grice.
Lemercier la commença ; Robert de Cotte l'acheva par le portail en 1 736. Deux ordres, dorique et corinthien, accostés à l'étage des deux volutes caractéristiques, s'élèvent au-dessus d'un escalier très haut. Le vaisseau
est immense ; tout le long des murs latéraux, Falconet et Boulée sculptèrent dans la pierre un calvaire monumental ; la mise au tombeau est de Deseine. L'église abonde en œuvres d'art, parmi lesquelles il est bon de mentionner la nativité du Christ par François Anguier ; le baptême du Christ, par Jean-Baptiste Lemoine ; le Christ en croix, de Michel-Anguier; un saint Roch, de Coustou ; un Christ agonisant, de Falconet; le buste de Lenôtre, par Coysevox ; la statue du cardinal Dubois, par Guillaume Coustou ; le buste de Mignard, par Desjardins ; enfin la comtesse de Feuquières, par J.-B. Lemoine, autrefois agenouillée à côté du tombeau de Mignard son père, et qui est devenue une Madeleine au pied de la croix.
En plein quartier religieux, près du séminaire de l'archidiocèse, au milieu d'une foule de maisons qui font le commerce de l'imagerie et des ornements pieux, Saint-Silimc]-: attire une foule non moins grande de dévots. wSa construction fut très lente, et même ne s'acheva jamais. La première pierre avait été posée par Anne d'Autriche en 1646 ; Christophe Gamart, Louis Levau, Daniel Gittard dirigèrent successivement les travaux jusqu'en 1678. Les fonds manquant, on ne les reprit qu'en 17 18 avec Oppenord ; Servandoni éleva l'imposant portail en 1749, activé par le zèle du curé Languet de Gerg}-. .Maclaurin commence, la même année, la tour du midi ; Chalgrin achève, en 1777, la tour du nord. La première, qui n'a jamais été terminée, compte 70 mètres de haut. Files sont différentes de dessin; l'une, composée d'un pavillon couronné de quatre frontons triangulaires, surmonté de la tour ronde accostée de colonnes et terminée par une balustrade ; l'autre, avec des frontons en segment de cercle, et d'une ornementation pauvre et austère. Elles s'élèvent sur une façade formée de deux portiques, dorique et ionique, superposés, formant loggia. L'ensemble ne laisse pas de produire grande impression sur un des côtés de cette place sévère, qu'assombrit la façade du séminaire aujourd'hui des Sulpiciens, et que ne parvient pas à égayer sa fontaine, construite en 1847 par Visconti, et où Bossuet, Fénelon, Massillon et Fléchier, paraissent s'ennuyer à regarder l'eau qui coule toujours.
Par un artifice de proporti/^ns, Saint-Sulpice paraît plus haut et plus large qu'il n'est en réalité, la hauteur faisant valoir la largeur et réciproquement. Cette église est aussi un vrai musée. Les panneaux de la chapelle de la Vierge ont été peints par Vanloo, et les frères Slodtz l'ont sculptée. Lemoine a représenté l'Assomption à la coupole ; au fond, dans une niche en encorbellement sur la rue, une magnifique vierge de Pigalle se dessine dans une niche à fond lumineux. Bouchardon a orné le chœur de statues des huit apôtres, d'un Christ et d'une Pieta; ici, est le mausolée
du curé Languet de Gergy par Michel-Ange Slodtz ; le Triomphe de saint Michel. Héliodore battu de t'crgcs, la luitc de Jacob cl de
Saint-Sulpice
l'ange, dus à l'imagination emportée et véhémente d'Eugène Delacroix. A l'entrée, on remarque, servant de bénitiers, deux coquilles immenses, des tridachne gîgas, dont Venise, un jour de libéralité, s'avisa de faire cadeau à François I".
L'ART CLASSIQUE. — XVII« ET XVIIP SIÈCLES lor
L'église Saint-Nicolas DU Chardonnet ne peut être comparée en rien à la précédente. Mais elle intéresse, parce qu'elle est liée à la mémoire de Charles Le Brun, qui habitait tout près, lorsqu'il était directeur de la manufacture royale des Gobelins, et qui, paroissien de Saint- Nicolas, dessina les plans de sa reconstruction. Elle continent un magnifique mausolée, élevé par Le Brun à sa mère, laquelle est figurée sortant du tombeau, au son de la trompette du jugement dernier; un fort beau buste de Lebrun par Coysevox ; et le mausolée de Jérôme Bignon avec les Vertus sculptées par Cnrardon.
Saint-Lolis en l'Ile est décoré comme un salon. C'est Louis Levau qui en donna le plan, en 1664 ; la construction fut continuée par Ciabriel Leduc, achevée en 1726 par Jacques Doucet. Les sculptures sont d'après Jean-Baptiste de Champagne ; les peintures de .Alignard, Lemoine, Coypel et Eugène Delacroix. Les églises Saint-Jacol'j-.s dl Hai r Pas (rue Saint-Jacques), rebâtieen 1630, en partie par Gaston d'Orléans, Monsieur frère de Louis XIII; des Blaxcs-Maxti:alx, en 1685, pour les Bénédictins réformés; TOratoir]:, rue Saint-Llonoré, élevé pour les Oratoriens du cardinal de BéruUe sur les plans de Jacques Lemercier, et qui sert maintenant au culte protestant; l'église de I'Assomptiox, également rue Saint-Honoré, et dont Evrard, directeur de l'Académie de France à Rome, dessina la coupole ; Sain i-ThomAvS d'Aoiix, l'ancienne chapelle des Jacobins, commencée en 1683 par BuUet, et de façade si insignifiante: toutes ces églises n'ont rien qui les recommande plus spécialement à la curiosité des visiteurs.
L'église Salxt-Loi'is des Ixvalidi.s console de cette pauvreté artistique. Elle fait partie de l'Hôtel des Invalides, construit par Libéral Bruant à partir de 1670, et dû à la munificence de Louis XIV. Un dôme doré la couronne, et l'esplanade des Invalides lui fournit une grandiose perspective. Le dôme et la chapelle sont deux monuments distincts ; celle-ci a été élevée par Bruant, et comporte une nef et deux bas côtés ; elle contient les drapeaux pris à l'ennemi dans les nombreuses campagnes militaires du dernier siècle.
Le dôme a été ajouté à l'église en 1676 par Jules Hardouin Mansard, et il n'a pas fallu moins de trente ans, de 1676 à 1706, pour l'achever; il a 104 mètres de haut. La façade se compose d'un portique au rez-dechaussée, d'un autre au premier étage avec fronton triangulaire, et de la coupole, dans le pourtour de laquelle on peut établir trois divisions circulaires : la première avec des fenêtres à arcades peu cintrées, encadrées deux à deux par des péristyles de deux colonnes ; la seconde avec des
petites Jenétres cintrées ; la troisième enfin, comprenant la voussure proprement dite, qui supporte un élt-gant campanile surmonté d'une flèche. La coupole intérieure a été peinte à fresque par Charles Delafosse, qui a figuré saint Louis offrant son épée au Christ. Elle contient le magnifique monument de N'apolcon, conçu avec une grande maîtrise par l'architecte Visconti. auquel on en avait confié l'exécution en 1 840. mais qui ne
fui iirhcvi' i|Ui' trci/i- .ms plu-> l.ird. Il consiste en une crypte circulaire, diinl 11", r.ni.ilidi's, u-uvri- de Praditr, figurent U-s i>rinci|)ak-s victoires inipi''ri.ili'"« ; iiu milieu, s'élève le sarcophage en granit rose tle Finlande, tloané par h- t/ar AliNamlre l",qiii a tenu ainsi à rendre un suprême hommage à ii'liii qui tut si funeste à s"n i>ays, mais dont il voulait cependant Imii.iriT 1.1 nliiire. Dans des chaptlles latérales, se trouvent le mausolée de Wiiilian cl (t-liii de Tureniie. élevé, sur les dessins Ue Lebrun, par 1 iiliy et .^Llr^y : ailleurs, prés de l'escalier qui descend à la crypte, les tniiiUcius di- lluroc il IWrtrand, les deui; fidèles amis de l'empereur L'cnsemlile a lort grand air, et ne manque pas d'impressionner les vîsi-
teurs. C'est un exemple, unique peut-être dans l'histoire de l'art, que celte collaboration, à deux siècles d'intervalle environ, entre deux hommes si différents à tous égards que l'étaient Mansard et Visconti, et qui cependant a produit une œuvre harmonieuse, d'une inspiration très haute, et si adéquate à sa destination nouvelle.
poruil nord de Saini-Etiennt; du Mont.
L'église Sainti:-Gi:ni;\ i[';vi-: a aussi été détournée de sa destination première, et son histoire e.-st dus plus mouvementées, parce que la politique s'en est mêlée. liUe fut entreprise en 1757 pour remplacer l'ancienne église de l'abbaye de .Sainte-Geneviève ; le roi Loui XV, en convalescence d'une maladie dont il attribua la guérison à la sainte de Paris, coopéra à sa reconstruction sur un plan très nouveau pour une église, que lui avait soumis l'architecte Soufflot. L'église inférieure était achevée en 1763, et celle du dessus aux abords de la Révolution. Elle devint le Panthéon des Grands Hommes en 1791, église catholique en 1822, Panthéon en 1830,
église en 1S51, et de nouveau Paniht-on en 1S85, à la mort de Victor Iluijo, qui y fut enterré en grande pompe.
I,a façade est un portique , imité du Panthéon d'Agrippa ù Rome ; élevé au-dessus d"un escalier de onze marches, il estforméde vingt -quatre colonnes sur toutes ses faces, sur 4; mètres <le long ; sa ])rofiindeur est de l'i mètres; il présente six colonnes de face, supportant un fronton triangulaire, sculpt.'- |>ar David d'Angers, où la Patrie distribue des palme- entre la Liberté et l'Histoire, au devsus d'une frise sur laquelle on lit ; .1//.V i;riiiii/s hoimius la /\ilrûn'iOnii.iiss.inl> .\:ne première division du dôme ■:>\. entourée d'une colonnade circula in- eompreniint trenteileux colonnes corinthiennes ; un petit étage de feiiétro la dépasse; puis, se recourbe la coupole couronnée d'une lanterne supportant une croix à une hauteur de plus de 80 mètres. Si l'on ajoute que le sol du Panthéon s'exhausse à un niveau de 59 mètres au-dessus de la mer, on comprendra que ce monument soit l'un des plus hauts de Paris, et frapjie de partout les regards.
L'extérieur n'offre aucune ouverture, aucun ornement, .sauf une guirlande à la frise ; il présente l'aspect d'une nécro[H)le. Quant â l'intérieur, il ne devait pas se prêter aisément aux cérémonies du culte. .Son plan
Pu vis de ChivinDcs,
général est une croix grecque ; à l'intersection de quatre branches, au carré du transept, s'élève la coupole, qui est composée de trois coupoles concentriques, emboîtées l'une au-dessus de l'autre, et percée chacune, en son sommet, d'une ouverture circulaire, laissant apercevoir la coupole supérieure. Celle du sommet qui forme le dôme proprement dit, a été peinte à fresque par le baron Gros, qui y a représenté l'apothéose de sainte Geneviève.
En 187g, le marquis de Chennevières, alors directeur des Beaux-Arts, traça avec beaucoup de goût et de tact un plan de décoration du Panthéon. Des peintres éminents y collaborèrent. On peut voir maintenant le Christ et VAngc de la France, par Hébert; la Victoire de sainte Geneviève sur Attila, parDelaunay ; la Mort et les funérailles de sainte Geneviève, par J.-P. I.aurens ; la Bataille de Tolbiac, par Joseph Blanc ; le Couronnement de Charleiuagne, par Lévy ; la vie de saint Louis, par Cabanel ; la Procession de la chasse de sainte Geîuviève, par Th. Maillot ; enfin des allégories, par Ferdinand Ilumbert. On y admirera surtout les fresques émues qu'un des plus grands peintres de ce temps, Puvis de Chavannes, a consacrées à la vie de sainte Geneviève. Ceux qui aiment le beau y retrouveront ces qualités d'émotion, de sobriété, de poésie, de suprême distinction, qui ont fait la gloire du peintre des panneaux de la bibliothèque de Boston, des fresques de Lyon, d'Amiens et de l'Hôtel de Ville de Paris.
On doit savoir gré au marquis de Chennevières, d'avoir, par une décision aussi ingénieuse, mis fin à des controverses irritantes et stériles. Grâce à lui, le Panthéon est devenu un temple laïque, où tous les partis peuvent venir rendre hommage à celle qui enveloppa sa cité d'un amour immense, et qui en resta la patronne, comme aussi honorer, dans la crypte, les Français d'élite qui y dorment leur sommeil glorieux.
Après le Panthéon, il n'y a plus guère à signaler que l'église Saint- PhilU'PK T)i' RoULL, construite de 1769 à i7(S4 par Chalgrin, et dont la façade est un portique de quatre colonnes doriques, surmonté d'un fronton triangulaire où Duret a sculpté une belle figure de la Religion. On remarque, à la base de la coupole du chœur, une belle fresque, la Descente de Croix, par l'auteur des fresques de l'ancienne Cour des Comptes Théodore Chassériau. L'église de la Madeleine, commencée en 1763, est cependant un édifice du xix'' siècle, puisque les premiers travaux n'en furent repris que sous le premier Empire ; elle sera étudiée plus loin.
ARCHITECTURE CIVILE