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MONUMENTS PUBLICS

Le Palais Royal d'aujourd'hui ne rappelle en aucune façon l'ancien palais que Richelieu avait fait commencer par Jacques Lemercier, et qui s'appela palais Cardinal jusqu'en 1643. La construction dura de 1629 à 1686. Seules, les proues de v^aisseau, employées comme décoration dans la galerie basse, près de la cour des Fontaines, gardent le souvenir du grand cardinal, qui fut surintendant de la marine, et même se distingua dans cette charge, comme en témoigne le siège de la Rochelle. Richelieu en fit don par testament au roi, qui en apanagea son frère, Gaston d'Orléans. L'édifice contenait un théâtre où joua Molière, et que LuUi transforma ensuite en Opéra.

En 1 781, le duc d'Orléans, plus tard Philippe-Égalité, résolut de tirer profit de cet espace considérable, au centre de Paris. Malgré les réclamations des habitants dont les immeubles avaient vue sur le palais, il commanda à son architecte, Louis, de construire trois bâtiments immenses, formant trois côtés d'un rectangle, le quatrième devant être provisoirement occupé par une galerie en bois. Ces édifices ne manquent pas d'élégance; ils abritent à leur rez-de-chaussée, une galerie qui prend jour sur le jardin par cent quatre-vingt arcades ; leurs façades sont décorées de

pilastres corinthiens ; et tout le long du dernier étage, court une balustrade, dont l'uniformité est rachetée par de charmants vases de fleurs. Enlîn, on dessina, dans le rectangle, un jardin à la française, encadré dans une quadruple ligne d'ormeaux et d'acacias ; un énorme bassin central coupe le jardin en deux. De bonnes copies de chefs-d'œuvre, la Diane à la Biche, lu Diane de Gubirs. se dressent sur les pelouses, sous des arbres

Fovur Jl' la CoiuiiJii-Frjnçaise.

séculaires, qui allonjjent leurs bras contorstonnés. Derrière une palissade en fer, à mailles serrées, des arbustes, des fleurs, renouvelés à chaque saison, fleurissent ces parterres, autour desquels une foule de petits Parisiens prennent leurs ébats. A la fin du xviu' siècle, l'architecte Louis construisit à l'extrémité du palais, vers le Louvre, une salle de spectacle, qui fut affectée à la CoMi:DlE-FR.\xi,Aist:. La façade actuelle est de ce siècle. Le Théàtre-l'Vançais contient un véritable musée de bustes d'acteurs et d'écrivains, et il a la gloire de conserver la statue de Voltaire par Houdon, un des chefs-d'œuvre de la sculpture française.

Mazarin se construisit un palais entre les rues actuelles de Richelieu

et Vivienne, remaniant et agrandissant Thôtel du président Tubeuf qu'il avait acheté. Mansard ajouta une grande galerie sur la rue Richelieu, près de la bibliothèque installée par Gabriel Naudé. Au rez-de-chaussée, le cardinal fit élever une immense galerie pour ses statues et, en pendant au premier, une autre galerie pour ses tableaux : ce sont actuellement les galeries du Cabinet des Estampes et Mazarine de la Bibliothèque nationale. A sa mort, ses héritiers se partagèrent Timmeuble. L'ancien Hôtel Tubeuf, construit par Lemuet, sur la rue Neuve-des-Petits- Champs, devenu Hôtel Alû^^arin^ échut au duc de Mazarin ; Thôtel, construit par Mansard, sur la rue de Richelieu, devint V Hôtel du duc de Nevers.

En 17 19, le Régent les acheta pour Law et la compagnie des Indes, et ils devinrent le chef-lieu de la haute finance, même après la déconfiture de l'Ecossais, puisque Thôtel de la rue des Petits-Champs fut pendant longtemps encore la résidence de certains Fermiers généraux ; la galerie actuelle du Cabinet des Estampes a été la première Bourse de Paris. Une ordonnance du 16 mai 1724 prescrivit que vc les bâtiments cidevant appelés THôtel de Nevers, avec une autre maison qui en dépend, faisant l'encoignure de la rue de Richelieu et de la rue Neuve-des-Petits- Champs. demeureraient affectés à perpétuité à la Bibliothèque, formée peu à peu sous les rois précédents, et perfectionnée au point qu'il ne s'est pas encore vu d'assemblage si complet de ce qui peut contribuer au progrès des sciences le plus utiles dans un Etat ».

L'Hôtel .^lazarin, sur la rue des Petits-Champs, sert aujourd'hui d'habitation à l'Administrateur Général et au Trésorier de la Bibliothèque Nationale. C'est un excellent exemple, fort bien conservé, de ce que pouvait être une habitation de grand seigneur sous l'ancien régime. Une porte monumentale et une grille très élevée la séparent de la rue. L'Hôtel de Nevers, précédé d'une façade moderne, sur la rue Richelieu, est d'un style plus jeune, mais d'une architecture non moins majestueuse. L'escalier en pierre, qui monte à la salle des manuscrits, est garni d'une balustrade historiée de chiffres et de rinceaux. On a dû, pour éviter l'humidité, exhausser la galerie du Cabinet des Estampes ; tous les visiteurs, cependant, ne manquent pas de l'admirer; elle produit un excellent effet parles baies hautes et larges de ses fenêtres, son plafond décoré de fresques, la délicate ornementation en frises, rinceaux, guirlandes, chiffres, emblèmes, d'un art très fouillé et précis. La galerie Mazarine, au premier étage, ne le cède d'ailleurs en rien pour la richesse et l'élégance, avec ses monogrammes, arabesques, niches en coquilles, et ses fresques mythologiques

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exécutées, en 1651, par Romanelli, qui décora aussi les Chambres d'Anne d'Autriche, au palais du Louvre. La Salle des Mai\uscrits est ornée de tableaux d'anciens maîtres, qui décoraient autrefois le Cabinet des Médailles ; celui-ci garde encore les magnifiques meubles Louis XV, fabriqués tout exprès pour contenir les premiers fonds de la Collection numismatique des rois. En ce siècle, l'architecte Labrouste a accommodé la bibliothèque aux conditions récentes de la vie ; sa grande salle de travail, à coupoles reposant sur de hautes et légères colonnes, et qui a été imitée tant de fois depuis, est une nouvelle preuve que le beau n'est pas incompatible avec l'utile.

Par testament, Mazarin avait ordonné la fondation du Collkge des Quatre-NatioNvS, qui devait recevoir, pour qu'ils puissent s'y instruire, soixante gentilshommes nés dans les territoires récemment réunis à la Couronne : Roussillon, Franche-Comté, Alsace et Pignerol. Les exécuteurs testamentaires : Lamoignon, Louquet, Le Tellier, Colbert, achetèrent, en 1661, les terrains de l'ancien Hôtel de Nesle, et Tarchitecte Levau donna aussitôt les plans du nouveau bâtiment, qui fut achevé par Lambert et d'Orbay. La façade est demi-circulaire; le centre est occupé par un pavillon coiffé d'un dôme, et qui servait de chapelle ; les extrémités du demi-cercle, par des pavillons à pilastres et arcades. D'immenses bâtiments furent élevés derrière cette façade. Après une restauration par Vaudoyer, l'ancien collège des Ouatre-Xations, par décret du 17 mai 1805, a été consacré aux différents services de l'Institut de France, divisé aujourd'hui en cinq classes : Académie française, Académiesdes Inscriptions et Belles-Lettres, des Sciences, des Ik'aux-Arts, et des Sciences morales et politiques. C'est sous le dôme que se tiennent les séances de réception de l'Académie française, si courues et si célèbres. La Bibliothèque Mazarine, distincte de la Bibliothè([ue de l'Institut, et dont le premier fonds a été constitué par la bibliothèque de 3lazarin, occupe le premier étage de Taile gauche. Dans la Bibliothèque de l'Institut, se trouve la célèbre statue de Voltaire entièrement nu, par Pigalle. Malgré quelques critiques, que les compétiteurs évincés ne manquent pas d'adresser aux Académies, jusqu'au moment où ils en font partie, il est de toute justice de reconnaître que le Palais de l'Institut abrite la plupart des meilleurs artisans de la gloire de la France.

L'Arsenal n'a plus d'un arsenal que le nom, et ne rappelle en rien l'ancien bâtiment, construit à cet usage, par François P*", et qui devint la demeure des Grands Maîtres de l'Artillerie, et, entre autres, de Sully. Il a été remanié par Germain Boffrand, en 1718, et, de notre temps, par

l'architecte Labrouste, qui a eu la spécialité d'aménager les grandes Bibliothèques parisiennes. L'Arsenal en contient, en effet, une fort belle, constituée d'abord par Voyer d'Argenson, marquis de Paulmy, ministre de Louis XVI, vendue par lui au comte d'Artois, confisquée en 1790, augmentée de la bibliothèque voisine des Célestins ; elle est maintenant une des bibliothèques les plus importantes de Paris, Au commencement du XIX' siècle, Charles Nodier, qui en était conservateur, en avait fait le

centre de réunions littéraires, qui influèrent grandement sur le mouvement des lettres à cette époque, et où Victor Hugo récita ses premiers

L'Hospice de la SalpÈTRIÉRi;, près de l'ancienne gare terminus de la Compagnie d'Orléans, a été construit, en 1670 par Libéral Bruant, pour abriter les mendiants et miséreux, qui pullulaient alors à Paris; il est réservé maintenant aux femmes indigentes et malades, et contient plus de 5 000 lits, une vraie petite ville. La chapelle est d'un plan ingénieux, formant un cercle, où débouchent quatre nefs et quatre chapelles, de telle sorte que les malades des différentes sections puissent assister, sans être

mélangés, aux cérémonies du culte célébrées au maître-autel, et qui est au centre, sous le dôme. L'idée n'est, d'ailleurs, pas nouvelle, car on retrouve cette disposition, ou approchante, dans les Hôtels-Dieu et maladreries du moyen âge, ainsi que dans certaines prisons modernes.

L'Observatoire est du même temps, construit de 1668 à 167 1 sur les dessins de Claude Perrault. Les quatre façades correspondent aux quatre points cardinaux ; le méridien de Paris divise par moitié sa façade méridionale. L'appareil est tout entier en pierre de taille, et ne comporte ni fer ni bois. Le premier directeur fut Cassini. 11 serait superflu de redire la gloire que s'est acquise cet établissement scientifique, qu'ont illustré Cassini, Lalande, Laplace, Arago et Leverrier.

La manufacture nationale des (îobelins, reconnue comme Manufacture royale en 1667, jouitd'une non moindre réputation. Elle est située au bord d'une rivière, qui, dans sa traversée de Paris, manque certes de poésie. La Bièvre, « aux eaux claires et pures, dit Vitu, alors qu'elle ne traversait que les prairies et les saulaies de la Glacière, du Clos-Payen et du Champ de l'Alouette, attira dès le moyen âge les industries déjà florissantes qui s'occupent de teindre et de blanchir les vêtements. Gilles Gobelin, natif de Reims, était, au xvr^ siècle, le plus célèbre teinturier de laine, surtout pour la teinture écarlate; sous le règne de François V\ il construisit sur la Bièvre, au-dessous du vieux moulin de Croulebarbe, qui a vécu de 1204 à 1H04, une manufacture avec habitation. La première est figurée sur les plus anciens plans de Paris par une sorte de turbine à ailes, bâtie sur un massif de pierre et entourée par un mur d'enceinte. C'était le moulin des Gobelins, qui n'avait d'autre emploi que de régler par une vanne la hauteur des eaux de la Bièvre, employées comme force motrice. La maison d'origine ancienne, s'appela Folie-Gobelin, sur remplacement de laquelle s'élève aujourd'hui la Manufacture Nationale ».

Colbert y créa, en 1667, la manufacture royale des meubles de la Couronne sous la direction du grand i)eintre Charles Lebrun. Tous les corps de métiers artistiques furent appelés à s'y faire représenter parleurs meilleurs praticiens. Les successeurs de Lebrun ont été Mignard, en 1690 ; Robert de Cotte, en 1009 ; en 1735, Jean Julienne, neveu de Gluck, ami de Watteau, conseiller honoraire de l'Académie de sculpture et de peinture, sous l'impulsion de qui la manufacture, qui restreignit peu à peu sa production à la tapisserie, devint très florissante.

Les bâtiments ne sont pas d'une architecture recherchée. Ils datent de Henri IV et de Louis XIV. La chapelle sert de salle d'exposition pour le musée de la tapisserie, qui est d'un intérêt très grand. Ces bâtiments

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sans caractère contiennent, outre les tapisseries, de fort beaux tableaux de Boucher, le portrait de Charles Lebrun par Largillière, le bureau de Lebrun, VAniphitriteet la Pastorale de Coypel, et les célèbres maquettes du canapé de l'amour, par Coypel et Lemaire. Le petit pavillon de chasse de M. de Julienne, avec des mascarons et des guirlandes de vigne

Gobeliiis. — Pavillon de chasse Je M. Je Julienne.

et de fruits, au-dessus des fenêtres et des portes, sculptés par un habile artiste, va, dit-on, disparaître.

La création du Jardin des plantes est un autre bienfait de l'ancien Régime. En 1626, Héroard et Guy de la Brosse, médecins du roi, persuadèrent à Louis XIII de fonder un Jardin royal des herbes tnèdïcinales. Le public y eut accès en 1650. Fagon, Tournefort, Antoine de Jussieu le développ'!:rent d'une façon considérable ; puis s'y dévouèrent encore Buffon, de la Billarderie, Bernardin de Saint-Pierre. La Convention, en 1793, le convertit en Muséum d'histoire naturelle; celui-ci a

compté, parmi ses professeurs, des savants tels que Cuvier, Haûy, Geoffroy Saint-llilaire, Vauquelin, Lamarck, Lacêpède, Jussieu, etc.

Le jardin comprend des allées de tilleuls, plantées en 1740, sous Buffon ; et un jardin anglais, dessiné par Verni(|uet en i'j^3. On y voit le cèdre du Liban, rapporté d'Angleterre, en 17,^5. par Bernard de Jussieu, qui Tav^ait placé dans son (^liapeau, et h» tint à la main ])endant tout le parcours, tellement il avait le (l(*sir de doter la Irance de cet arl)re, alors fort rare en Europe. Il y a aussi la Colonne de Dauhenton, le Labyrinthe et le Belvt'dère. Les part(^rres et les serres comprennent un nombre considérable de plant(\s; les })etites eal)anes rustiques, au milieu de parcs minuscules plantés d'arbres incessamment rongés, al)ritent foule d'animaux de tous les pays et de tous les climats lui ee siècl(\ le Muséum s'est accru de nom])reux bâtiments, reserves à lanatomie, à la paléontologie, à la zoologie, minéralogie, botani([ue, géologie, et à la bibliothèque. Beauc^oup de (\'s édifices ont rtt' construits sur un j)lan réc(*nt, et offrent d'(^xcellents exemples du st\ le de l'architecture nouvelle. L'architecte a emprunté, j)our la décoration des motifs, à la flore et à la faune vivantes, (jui vivent et croissent tout autour des salles, où on les étudie ; et il est de toute justicx' de dire ([ue l'ornementation, ainsi comj)rise, présente un caractère d'originalité , (jui a rc\ ivitié l'art. La bil)liothèque possède maintenant une ]).'lh* collection de \elins, ayant appartenu à Cîaston d'( )rl(''ans, frère» de l^ouis XllI, et où des tlcurs et des insectes sont très tinement représentés. Ils ont été échangés contre d'autres documents avec^ le Cabinet des l\stanipes de la Bibliothè<iue nationale.

L'LcoLl-: MlMTAlRi:, non loin des Invalides, a ete instituée, en 1751, par Louis X\'. pour l'instruction de cinq cents jeunes gentilshommes qui se destinaient à la guerre. La constrution de l'hôtel en fut confiée au grand architecte du XVIIT' siècle, Ciabricd, «jui a exécuté de si nombreux et de si accomplis monuments. La façade a m>o mètres de développement sur deux étages ; elle présente, au centre, un portique de colonnes corinthiennes, couronné d'un fronton, et coiffé d'un dôme en forme de pavillon, que décorent des sculptures de diluez. Un attique avec mansardes court le long des combles. En 1854, on a élevé, à gauche et à droite, des pavillons dans le même style. L'ensemble est d'une « élégante simplicité ».

L'abbé Terray, contrôleur général des finances, posa, en 1771, la première pierre de THôtel dks Monnaies, sur le quai Conti ; Tarchitecte était Jacques-Denis Antoine. La façade a une longueur de 120 mètres et présente deux étages. Au centre, est un avant-corps de six colonnes ioni-

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ques, ('levé sur cinq arcades, et abritant si\ figures, la Paix, l'Abondance, le Commerce, la Force, la Prudence et la Loi, sculptées par Lccomte. iMouchy et Figalle. Dans k- tympan de la porte principale, est un écusson fleuri de lys, accompagne de Cérês et de Mercure, la déesse de l'Abondance et le dieu du Commerce. Des statues de Caffieri et Dupré. repré-

sentant le Feu, l'Kau, la Terre et l'Air, décorent l'autre façade sur la rue Guénégaud. L'ensemble, d'une c.>rri'Ction un peu froide, ne laisse pas cependant d'avoir fort grand air. lû il faut en savoir d'autant plus de gré à l'architecte qu'il avait été gêné dans ses ]>lans par les dépendances du collège de^ tjualri.- Nations Institut. L'intérieur du monument présente un beau vestibule, nrné de vingt-quatre colonnes doriques; un superbe escalier monumental, et, dans une belle salle d'exiiosition oclo-

L'ART CLASSIQUE. - XVII- ET XVlll" SIÈCLES 127

gone, le musée de la Monnaie, im l'on trouvera des spécimens de toutes les médailles frappées pour la France, et aussi les pays étrangers, chez lesquels la Monnaie de l'rance a toujours joui d'une faveur marquée. C'est l'architecte tiondouin. qui bâtit I'Iùiilk de MeIdeiine en 1769 ;

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L'École de Mviiednc

SOUS Louis XVI, de nouvelles constructions la complétèrent. La façade est d'une curieuse disposition; au centre, une sorte d'arc de triomphe est orné dans sa frise d'un bas-relief où Minerve, déesse de la raison, accompagnée de la Générosité, distribue des privilèges à la Chirurgie, à la Vigilanec et à la Prudence, tandis que le génie des arts présente au roi le plan du monument. Berruer sculpta ce bas-relief. De chaque côté de cet arc.

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court un»; galerie à quatre rangs de colonnes ioniques, supportant un attique élégant, percé de douze fenêtres Sur la cour, est une ordonnance semblable de colonnes, interrompue parun IVontou triangulaire, où lemême sculpteur a représenté la Thioric ei la l'riitiqiic se donnant la main sur un autel L'édifice s'élant trouvé trop étroit, il y a quekiue trente ans.

M. Ginain a été chargé de construire une nouvelle façade sur le boulevard Saint-tiermain. laquelle ne brille pas par la légèreté.

Il importe de mentionner enfin la I-untainkiik i.a Kiede Gkenelli; édifiée en \'y). par Edme Bouchardon, aux frais de la Ville de Paris, à la gloire du Louis X\', i. le père et les délices de sou peuple, qui, sans verser le sang, a reculé les frontières de la Irance ... Il est vrai i|u"on était encore dans la première partie du règne. Cette fontaine est un des plus

beaux monuments de Paris. Un avant-corps fait saillie sur une façade demi-circulaire composée de niches entre des pilastres. Sous un entablement supporté par quatre colonnes ioniques, une femme est assise, figu-

l.a Porm Sjîiit-Dei:

rant la Ville; couchées de cha<|ue côté, sont la Seine et la Marne, symbolisées par une nymphe et un fleuve.

Les Portes S.^int-Denis et Saint-jMartix sont des éléments décoratifs fort appréciés pour les grands Boulevards de Paris, objets d'une admiration universelle si justifiée, La première fut élevée, en 1672, à la gloire de Louis XIV, aux frais de la Ville de Paris, comme la Fontaine

de la rue de Grenelle. Ce fut pour célébrer la campagne de 1672 dans les Pays-Bas espagnols, signalée par des victoires remportées sous la direction de Turenne, Condé, Luxembourg, Louvois et Vauban. L'architecte a été François Blondel. Une arcade centraK; s'encadre entre deux piedsdroits décorés de hautes pyramides en bas-reliefs, chargées de trophées d'armes d'un travail délicat. I^s Anguier ont sculpté, en bas, deux figures

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magnifiques de la lloUandc- et du Khin. Un bas-relief, du côu'' de la ville, représente le Piissaor du Rhin, célébré par Boik-au ; du ci'ité du faubourg, un autre montre la prise de la ville de .Maéstricht

Deux ans après, en 1074, Pierre Bullet éleva, sur les ordres de Louis XIV, la Porte Saint- .M A KTiN en mémoire de la campagne de i(>74. distinguée par la prise de Besançun et de la Franche-Comté, la victoire de Senef, remportée par Condé sur Guillaume d'Orange, et l'admirable campagne d'Alsace par Turenne, tjui arracha l'admiration du général impérial Montecuculli. I..a porte, qui a 18 mètres de haut, est percée d'une grande arcade accostée de deux petites. Les faces de la porte sont

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ornées de bossages vermiculés. Quatre bas-reliefs, sculptés par Desjardins, Marsy, Le Hongre et Legros, figurent, du côté de la ville : la Triple Alliance et la Prise de Besançon ; du côté du faubourg : la Prise de Liniboiirg e\.\2L Défaite des Impériaux. Le couronnement est inachevé. Ces deux portes sont placées sur l'ancienne enceinte de la ville, que marque très nettement maintenant la ligne des Grands Boulevards ; la Seine, entourant la Cité, forma la première enceinte ; la seconde, sous Philippe-Auguste, occupa à peu près le milieu entre la Seine et cette ligne des Grands Boulevards qui constitue la troisième; ce qu'on appelle les Boulevards Extérieurs la quatrième, de 1785 à 1860; et une nouvelle ligne de boulevards, le long des fortifications, marque la cinquième enceinte de Paris, qui bientôt sans doute, sera reculée plus loin.

Pour relier les deux côtés de la Ville, on multiplia les ponts à partir du XVII*' siècle. C'est d'abord le Poxt-Necf, ainsi encore appelé de nos jours, malgré sa vétusté, commencé en 1574 et inauguré en 1603, ^^^ de mettre en communication le Quai de TMcole, l'Ile du Palais, et le Ouai des Augustins. La première idée en revient à Henri II ; Henri III se chargea de la continuer sans enthousiasme ; interrompue de 1592 à 1598 parla Ligue et les autres événements, l'œuvre ne fut reprise qu'en cette dernière année, et achevée en cinq ans. Une tradition veut que l'auteur en soit Jean-Baptiste Ducerceau ; il ne fut sans doute c[ue le continuateur à la mort de Guillaume Marchand, qui assura Tentreprise, et l'exécuta sur ses propres plans. Le pont a 276 mètres de long sur 20 de large, et douze arches qui avaient été ménagées en caves pour les maisons qui devaient être construites sur le pont, comme à l'ordinaire, et que le roi Henri IV interdit, afin qu'elles ne gênassent pas la vue du Louvre. Le couronnement des piles s'arrondissait en rotondes, qui furent occupées, jusqu'en 1852, par des échoppes de petits commerçants en plein vent. A la deuxième arche, était une pompe élévatoire, inventée par le flamand Lintnaëer, qui avait représenté la Samaritaine au puits ; au-dessus, une horloge marquait les phénomènes météorologiques ; dans un campanile, un carillon de clochettes, comme dans les villes flamandes, chantait les heures; cette curiosité de Paris a disparu en 1813. Une ligne de mascarons soutient la corniche du poiit : faunes, dryades, sylvains, satyres, au milieu de festons et de fleurs. On les attribue à tort à l'illustre sculpteur Germain Pilon, puisque cet artiste mourut en i590,%t que le pont ne fut terminé qu'en 1603. Composa-t-il les dessins? Sur le terre-plein du pont, on éleva, en 161 5, la statue équestre de Henri IV par Jean Bologne et son élève Tacca ; Francheville et Bordoni avaient exécuté les quatre

esclaves du piédestal. Kllc fut détruiteen 1792 ; mais les esclaves, aujourd'hui au Louvre, purent être sauvés, I^ statue actuelle est de Lemot, et aété inaugurée en iHi«.

« Le Ponl-Xeuf. dit Auguste Vilu, qui fut pour les Parisiens du temps de Henri IV la merveille arrhitectonique de leur capitale renaissante et ressuscilée au sortir des guiTres civiles, tient uni- larj^e place dans leurs

habitudes ei leur langage. 11 est demruré la vnie centrale de Paris et la plus fréquentée. L'ancien proverbe «lu'à toute heure on est siîr de rencontrer sur le l'ont-N'euf un soldat, une grisette et un cheval blanc, demeure aussi vrai que jadis; on n'y trouve plus ni vendeurs d'orviétan, ni baladins, ni chanteurs des rues ; mais tout le monde sait ce que c'est qu'un pont-neuf, c'est-à-dire une chanson populaire, satirique, humoristitjue ou bachique. Se porter comme le l'ont-N'euf demeure une locution courante. «

i >n peut citer encore d'autres ponts, moins populaires, il est vrai : le PoNi .M.AKlK. ou pont de la Tournelle, élevé par (.hrislophe .Marie en 1035. pour unir l'Ile Xoire-Damc ; le Pont Ruyal, ijui a i,u mètres de long, dessiné par Jules Ilardouin .Mansart. construit par lîabriel et le

dominicain François Romain, et inauguré en 1685; et le Pont de la Concorde commencé en 1787. sur les plans de l'ing-énieur Perronet, et terminé en 1790. On s'avisa, sons la Restauration, de le décorer de douze statues colossales de grands hommes, dont la lourdeur faillit le faire écrouler, on les enleva assez vite, et on les transporta à Versailles, dans la cour d'honneur, non sans quelque désordre, s'il faut en croire les on-dit.

Un grand nombre de places furent ménagées, en ces deux siècles, à différents endroits, pour assainir et décorer les quartiers. Voici, en 1605, la place Royale, au centre du Marais, maintenant Place des Vosges, ainsi appelée par décret de 1 799, pour honorer le département des Vosges, qui avait avec le plus de zèle acquitté ses contributions en retard ; elle est sur l'emplacement de l'ancien Hôtel Royal des Tournelles, entourée d'une ceinture d'hôtels construits sur arcades formant galerie, en pierres et en briques, et d'une architecture aimable, selon le type en faveur au commencement du xvil" siècle. Richelieu orna cette place d'une statue de Louis XIII, détruite en 1792, et remplacée en 1837 P^"" ""^ statue fort laide, commise par Cortot et Dupaty. Au centre, on a tracé un Jardin français, qui est le paradis des enfants des alentours. Une courtisane célèbre passe pour avoir habiter l'hôtel n" 6, vers 164.5 ! ^t c'est dans sa chambre même, que Victor Hugo aurait écrit Marion Dclorme. Un musée, en l'honneur du grand poète, y a été installé en 1903.

La Place DauI'HINE, sur la rue de Harlay. en face le grand escalier du Palais de Justice, sur l'Ile du Palais qu'on relia par des tcrrassemenls à l'Ile de la Cité, fut nommée ainsi par Henri IV pour rappeler la naissance du petit Dauphin, Louis XIII. C'est le président de Harlay qui eut Tadjudication des nouveaux travaux et des constructions, où l'on attira les orfèvres, opticiens et changeurs. Les maisons à entresol, avec deux étages de fenêtres à frontons sur les combles, en briques et en pierres, sont, comme les hôtels de la place des Vosges, de bons exemples de l'architecture civile sous Ilenri IV, Ce roi avait eu aussi le projet de créer une Place de France, oii aboutiraient des rues portant les noms des provinces ; il ne fut pas réalisé, et il ne nous en reste qu'une grande estampe de Claude de Cbàtillon.

Un bon courtisan, le maréchal de la Feuillade, acheta en 1684, l'hôlel de la Ferté-Senneterre, qu'il fit démolir, et dont il réserva l'emplacement pour}- édifier des hôtels autour d'une place, qu'il baptisa PLACE DES Victoires, en reconnaissance des faveurs dont ne cessait de le combler I^uis XIV. Jules-Hardouin Mansard dessina le plan des maisons, qui

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comporlaient, sur un plan circulaire, des façades décorées de pilastres itiniques. Une statue pédestre de Louis XIV, couronné par la victoire, supportée par un soubassement appuyé sur les naiiuns vaincues, et due à Desjtirdins (van den lîogaert , fut érigée au milieu de la place. Détruite en 1703. elle a été remplacée par une statue équestre du même roi, exécutée parliosio. Les statues qui accompagnaient le soubassement du monument de Dosjanlins ont été transférées aux Invalides,

Loiivois. en l'iS^, avait pi'r>.uiidé à Louis XIV d'acheter tmit un pâté de maisons i-t de jardins avni^itianl ei y <onipris li [ôiel Vendôme et le couvent des Capucine>, pour en taire la place Li>uis-le-lirand. et loger, dans des bâtiments à construire dans sa périjihérie, la lliblioihéque, les Académies, la Monnaie, et les Ambassadeurs extraordinaires. Par avance, les dessins en avaient été dn-ssés jiar Julcs-1 lardouin .Mansart On commença aus>iti'>t les travaux, qu'interrom|jil la mort de Louvois. L'entreprise fut alors abandonnée au prévôt des marchands de Paris, à charge par lui de l'achever aux frais de la ville. L'inauguration eut lieu en ibyq. Vingt hôtels donnaient sur celte place, à deux étages, avec des combles très l'-levés, la façade décorée de colonnes corinthiennes, ceux du centre et des angles couronnés de frontons triangulaires.

L'AKT CLASSIQUE. — XVll- KT XV!!!' SIKCLES 135

En 1699, une statue colossale de Louis XIV, en général romain à cheval, sculptée par Giradon et fondue par Balthazar Keller, fut érigée au milieu. Elle fut détruite en 1792; et la place s'appela place des Piques. Le Directoire la baptisa de nouveau Place Vi^ndôme, La statue est remplacée aujourd'hui par la colonne, faite du bronze de 1 ,200 canons autri-

dc II Concorde)

chiens gagnés à la victoire d'Austerlitz, élevée |)ar les architectes Lepère etGondouin, dessinée par lîergeret, ciselée par Raymond, et fondue par Delaunay. Elle a une hauteur de 44, mètres, et fut couronnée par une statue de Xapoléon, due à Chaudet, fondue ensuite sous la Restauration pour en faire la statue de I lenri IV qui est au Pont-Xeuf. remplacée sous Louis-Philippe par une autre de Seurre en 1833, laquelle céda la place, en 1863, à une copie de celle de Chaudet, que la Commune renversa, et que le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon se hâta de faire rétablir.

La Plack de la Concorde, objet de l'admiration universelle, n'a pas eu de moins nombreux avatars, et ce n'est pas en une seule fois qu'elle a acquis sa physionomie actuelle. Klle forme un carré de 250 mètres de côté Gabriel en fournit les dessins en 1765, et les soumit au roi, qui en avait eu l'idée déjà, après son voyaye à Metz. Us consistaient, face à la Seine, en deu\ palais sur arcades, présentant une haute colonnade entre

PljCf Jf b Con;orJt-.

deux pavillons, et qui sont d'un fort lje;iu style. Celui de gauche servait au yarde-meuble, celui de droite à des particuliers ; il y a maintenant des Cercles dans le premier, et le >liiiistère de la -Marine occupe l'autre. Au centre de la place, était une ma^'oifique statue équestre de I-ouis XV par Bouehardon. terminée par l^if^alle. décorée de bas-reliefs, et liont la labletteétait supportée par d"e.\quif.es jeunes femmes, au corps charmant, vêtues de robes aux plis harmonieux. Klle avait été votée, en 1744, au roi bitii-aimé: un plaisant écrivit, dés le lendemain de l'inauguration, sur le socle :

Il L'^t iri .-omm.- -.y W-r-^aïU.-..

La Révolution supprima cette statue, dont la disparition est une vraie perte pour l'art français. Ivii 1795, furent placés à l'entrée des Champs- Elysées, les groupes des Chevaux de .Marly par Coustou, jiour faire pendants au Mercure et à la renommée à cheval de Coysevox, qui s'élèvent en face, sur l'exirémilc des Tuileries.

De 1S36 il 1^;,^, I litlorf donna à la place sa forme définitive. L'ingénieur Lebas dressa l'obélisque de Louqsor, offert à la France par Méhémct-AH/et qui repose sur un j,;raiiit du Finistère : il a 23 mètres de haut. Les différentes opérations de son transport et de son élévation ont été figurées sur une de ses faces : il est en granit rose d'Lgypte, et d'un seul bloc. On 1 encadra de deux fontaines monumentales, composées de bassins immenses en marbre, de vasques superposées, de tritons, de dauphins, de néréides, de poissons, qui projettcntune eau abondante, dont les multiples jets forment d'éphémères palais de cristal. I^ sculpture est

due à Feuchères. Oeljay père, Antonin Moyne, etc. Des candélabres, ornés de proue, supportent des becs de (çaz ; et sur huit pavillons sont assises les statues représentant k's principales villes de France, sculptées par Petitot, Callouet, Cortot et Pradier.

« L'incomparable beauté de la place de la Concorde, écrit Auguste Vitu, ne laisse pas <|ue de déranger les idées généralement acceptées au

sujet de l'unité do style. <Ju<ji de plus composite, de plus hétéroclite, de plus incohérent que ces colonnes rostrales, cl's pavillons Louis XV. ces -sUttues Louis-Philippe, ces fontaines imitées de la Rome de liernin.,., ces deux temples néo-grecs et cet obélisque égyptien, qui confondent toutes les é|>oiiUL's et toutes les idées ? Cependant, personne n'en est choqué ; il y a diverses causes à cela, d'abord l'habitude, ensuite l'heureuse exception, presque unique dans le monde civilisé, d'une place qui n'est Iwrnée par des murailles .[ue d'un seul côté, les trois autres sestompant dans les lignes d'un horizon mobile, dans la verdure, dans les nuages et dans

l'eau, u La magnificence de cette place est incontestable; c'est un vrai régal des yeux de la voir d'un étage des palui.s de Gabriel, avec, au loin, la perspective du Palais-Bourbon, les tours de Sainte-Clotilde, et le dôme des Invalides, enveloppés dans l'atmnsphêre si ténue et si délicate de Paris.

HOTi:i.S l'AkTUL'I.ILRS

Les rois, les ministres, les municipalités successives, en s'appliquant à orner Paris de demeures somptueuses, d'églises, de tliéiitres, de ponts.

de fontaines et de places, ne sont ]>as les seuls qui aient contribué à la décoration de la ville: ù cûlé d'eux, sur toute la surface du territoire, les particuliers l'ont embellie de foule d'hôtels du meilleur goùl, pour l'ornementation desquels ils ont fait uppel, eux aussi, aux artistes les plus réputés. Dans ce long espace de temps, qui s'iHend de 1610 à 1789, on peut distinguer plusieurs styles successifs : d'abord celui d'Androuct Ducerceau, continué par Lcmercier, sous Richelieu, dont il était le favori ; c'est un style de transition entre la Renaissance et ce qui suit, mélange

d'élégance et de j^ravité. Puis, le slyle Louis XIV pur, majestueux, solennel, guindé de haute tenue, réalisé surtout par Jules-Hardouin Mansard; Robert de Cotte, marque la transition entre ce style et le rococo de la Réj^ence. du I^mis XV. et même du /'oinputlonr, représentés par (ialiriel, Hruand. I.emaire et BofFrand.

ljvjlct:i;.

Lu premier hùtel en date c-i l'IlôTM. i>i: IirTlllNK, rue Saint- Antoine, où habita .^laximilien de Béthune, duc de Sully. On y reconnaît aisément le style de Jacques Androuet Ducerceau. 11 avoisine la place des Vosges, ei occupe une partie de remplacement de l'IIotel des Tournelle>. ahand-mué par Catherine de .Médicis. Turgot et la famille Boisgelin le poNséJérent. Un remarque, sur tes lav.ides, des génies armés, les figures symboliques des saisons, de lort curieux mascarons et rinceaux.

L'ART CLASSIQUK

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