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Notre-Uanie. — Animaux fa mastiques.

sur une cinquantaine de mètres ; les voûtes s'élèvent à trente-sept mètres, et sur les combles, où s'entre-croiae ce qu'on appelle la foret des poutres et des madriers, et qui donne, en effet, l'impression d'une forêt, la flèche jaillit dans les airs à une hauteur vertigineuse. Au-dessous, c'est un enchevêtrement de contreforts, de clochetons, de pinacles, de gargouilles, de balustrades, de colonnes, de corniches, de pignons et de consoles. Mieux qu'au bas des tours, la vieille basilique, à ces altitudes, paraît une œuvre hors de pair, la merveille la plus achevée que la foi de tout un peuple ait jamais offerte à Dieu en témoignage de sa croyance.

3a PARIS

Mais la visite est loin d'être achevée ; malgré qu'on en ait, il faut s'arracher à cette vue unique. Les côtés de la cathédrale sontoccupés par des chapelles, ajoutées après coup, comme on l'a déjà dit ; elles prennent l'espace qui sépare les arcs-boutants, masqués ainsi par le plus ingénieux et le plus raisonnable des artifices ; sur elles, se projette le double élan de ces arcs si élégants, contre-butant, en bas, les tribunes, au-dessus, la

N'oire-Dami;, vue du suJ-ouest.

maîtresse voûte. Partis de la porte Saint-Anne, nous voici arrivés, en longeant le quai de l'Archevêché, à la façade du croisillon méridional.

Au pied, se trouve rinscri|)tion par laquelle l'artiste de génie qui a conçu le plan et la décoration de ces façades, a pris soin de faire connaître son nom à la postérité :

AXNO. DM. M. ce. LVIl." M1-:X,SJ^ 1-!:BRVAR[(). IUVS, SKCl'XDO. JIOC. FUIT. INCi:i'TL".M. LRISTI. C.KXITRICl.S. IIOXDRI-: : KALl.I-iX.SI LATJK l.\fl ), VIVKNTK. JOJIAXXK. JtAMSTRO.

C'est ainsi qu'on a appris que maître Jehan de Chelles avait présidé, en 1257, à l'édification de cette architecture.

Il n'y a qu'une porte au transept méridional, avec son trumeau, sa voussure, surmontée d'un pignon ajouré de plusieurs ocuU, et bordée de fleurons. De chaque côté sont six niches, abritant des statues refaites, et réunies, six par six, sous un petit pignon. Au-dessus, s'allonge une balustrade, puis une série d'arcatures ogivales aveugles, que couronne une rampe à jour. Cet étage est surmonté de la rose, qui s'épanouit avec ses meneaux concentriques, et cette sculpture est si fine qu'elle la fait res-

- Tympan Ju poi

inatiyre de saint Eiienne.

sembler à un double éventail déployé, entre deux anges sonnant de la trompette. Nouvelle balustrade par-dessus, terminée par deux élégants pinacles, entre lesquels, en retrait, s'arrondit une autre rose plus petite, qui garnit le pignon. Cette façade a été réparée vers 1726, aux frais du cardinal de Noailles. Les statues latérales, et celles de saint Marcel, qui surmonte le pignon, ont dû à leur position élevée d'être épargnées par les iconoclastes, La porte de cette façade s'appelle porte Saint-Marcel, ou des Martyrs, la première dénomination à cause du saint qui domine le croisillon méridional, la seconde, parce que les apôtres de Paris, saint Denis, le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère étaient figurés dans les ébrasements. « Le sculpteur, au lieu de les représenter, leurs têtes à la main, avait cru devoir

laisser leurs têtes à leur place et ne mettre entre les mains de chacun des trois martyrs que la partie supérieure du crâne ; compromis vraiment singulier entre la foi absolue et Tesprit de discussion. » Quelques-unes de ces statues, détruites à la Révolution, furent employées comme bornes, et servirent pendant une cinquante d'années, en cette disqualification, au faubourg Saint-Jacques, d'où on les retira, pour leur donner un abri digne d'elles, au palais des Thermes de Cluny.

Au tympan, est figuré le martyre de saint Etienne. Le saint, au premier registre, discute avec les docteurs et annonce la venue du Messie promis ; il comparaît devant le juge, qui le livre au supplice. Au milieu, a lieu la lapidation, et la mise au tombeau, tandis qu'un prêtre en chasuble, accompagné d'un clerc qui porte le goupillon et le bénitier, dit l'office des morts. Au registre supérieur, le Christ, adoré par deux anges, bénit celui qui meurt ainsi pour confesser sa foi. Dans les voussures, des anges, des martyrs et des confesseurs, sur trois rangs, assistent à l'événement.

Près de cette même porte ont été sculptés huit petits bas-reliefs, d'un intérêt de premier ordre, et qui sont comme des anecdoctes racontées dans la pierre. M. Félix de Verneilh y trouve, dit Guilhermy, « une suite de scènes de la vie tantôt régulière, tantôt turbulente et désordonnée des

écoliers du xiii*" siècle A gauche, les étudiants se pressent autour de

leurs maîtres, dont ils écoutent docilement les leçons ; les professeurs, en habit ecclésiastique, sont assis gravement dans leurs chaires; quelques auditeurs prennent des notes. On remarque surtout un groupe charmant d'écoliers rangés en cercle autour d'un docteur jeune et spirituel. Une banderole, placée dans une des quatre feuilles, donnait peut-être le mot de l'énigme; on n'y lit plus rien. A droite, il semble que la sculpture représente la répression d'un de ces tumultes trop fréquents alors dans le monde des grandes écoles. Des personnages, appelés devant la justice ecclésiastique, prêtent serment sur les saints livres ; ceux qui les interrogent paraissent les avertir de la gravité de ce qu'ils font ; d'autres écrivent les réponses. Ailleurs, des jeunes gens, obligés peut-être de s'exiler de Paris, font leurs adieux et se disposent à partir à cheval. Enfin, au dernier bas-relief, un personnage est exposé sur une échelle de justice avec un écriteau sur la poitrine ; deux archers veillent au pied de l'échelle. Des spectateurs nombreux se tiennent sur la place, ou regardent par les fenêtres des maisons voisines. Quelques lettres, encore visibles sur l'écriteau du patient, indiqueraient qu'il était puni pour avoir fait un faux serment. » Comme on le voit, ce petit roman de Verneilh ne manque pas de piquant, et n'est pas invraisemblable.

En continuant à contourner la cathédrale, on longe l'abside, dont l'ornementation plus fine, plus fouillée, accuse le style du commencement du XIV siècle. Arrivé à la façade septentrionale, on rencontre la Porte rouge, ainsi dénommée à cause de la couleur de ses portes, et qui est réservée à l'usage du clergé de Notre-Dame. On la date d'environ 1257. Elle est surmontée d'un pignon ajouré d'un trèfle î deux aiguilles exhaussent les pieds-droits ; un perron de six marches donne accès dans l'église. Sa sculpture a été très endommagée par les passants. On remarque dans le stylobate des chimères, un pélican, des dragons, un âne, une chèvre, un porc. A la voussure, des groupes repré.sentent des épisodes de la vie de

Notre-Dame, — Sct-ncs de l.i vii: Jcs i-iudijnis, .111 poruil suJ.

saint Marcel. La Vierge siège au tympan, à coté du Christ couronné ; un ange, planant, dépose sur son front une couronne De chaque côté, le roi saint Louis et la reine .^larguerite de Provence adorent le groupe divin.

Non loin, à un mètre du sol, on ajouta, au xlV siècle, une série de sept petits bas-reliefs, qui montrent la mort de la Vierge parmi les apôtres ; son ensevelissement dans la vallée Josaphat ; l'assomption ; le couronnement dans le ciel ; l'intercession de la Vierge auprès de Jésus couronné d'épines; enfin, quelques épisodes de la légende du moine Théophile.

La porte qui termine le croisillon septentrional, s'appelle la Porte du cloître, parce que c'était celle des chanoines, dont les maisons étaient proches. Le dessin n'en est pas sensiblement différent de celui de la façade méridionale; mais la sculpture a particulièrement souffert, et l'on ignorerait ce que contenaient les niches, si l'abbé Lebeuf n'avait pris soin de nous dire qu'il y avait vu les trois rois mages : Gaspard, Melchior

et Balthazar, et les trois vertus théologales. La Vierge est adossée au trumeau, exaltant Jésus et foulant aux pieds le dragon de la perdition. Au premier registre du tympan, des épisodes de Thistoire de Marie : la nativité ; la présentation au temple ; Hérode, cédant aux suggestions d'un petit démon et ordonnant le massacre des innocents ; la fuite en Egypte. — Au second et troisième rang, le miracle de Théophile ; il était diacre en Cilicie vers 238 ; la Légende Dorée raconte que, disgracié par son évéque, et poussé par un juif, il fit un pacte avec le diable. Rétabli en sa place, grâce aux artifices du malin, il se prend de repentir et supplie la Vierge de le secourir ; celle-ci retire des griffes du démon le pacte fatal, que Tévêque montre au peuple, comme témoignage du miracle qui vient de s'accomplir ; on y lit, pour que nul n'en ignore, carta Theophili. Dans les voussures, qui ont subi d'importantes restaurations, les martyrs, les saintes femmes et les docteurs.

\Jintcrietir delà cathédrale répond aux magnificences de Textérieur. Peu de monuments sont plus appropriés à leur objet; Notre-Dame esit; véritablement le temple de la prière. C'est l'impression générale qui* domine dès l'entrée. Le style, d'une gravité pleine de noblesse, excluant la grâce et la joliesse des détails, les colonnes et les chapiteaux massifs, la nudité froide des murailles, la pénombre que les journées les plus ensoleillées ne parviennent pas à éclairer, les couleurs mystérieuses qui s'allument par endroits aux verrières, la petitesse des hommes sous ces voûtes d'une hardiesse si grande, tout contribue à pénétrer Tâme de sentiments de respect et d'admiration.

La nef se développe sur dix travées jusqu'au transept, mais les deux premières forment une sorte de porche dans œuvre, ce qui, en réalité, ne laisse à la nef proprement dite qu'une rangée de huit piliers. De robustes colonnes supportent les murs latéraux, réunies entre elles par des arcs en tiers-point; les chapiteaux, énormes, sont décorés de fleurs. Au premier étage sur les collatéraux, sont les tribunes, qui prennent jour sur la net par de grandes baies, comprenant, sous un tympan aveugle, deux autres baies géminées. Au-dessus étaient percés des oculiy qui étaient un motif décoratif très en honneur dans l'Ile-de-France. Mais le xiii® siècle remania les fenêtres, les agrandit, et fit disparaître nombre de ces oculiy au détriment de la hauteur apparente de la nef qu'ils contribuaient, par leur artifice, à faire croire plus élancée. Les voûtes, sur plan barlong, avec leurs seules croisées d'ogives et les doubleaux, et leurs clefs sculptées en fleurons, paraissent un peu nues, au premier abord; cette simplicité concorde avec la sobriété de la décoration générale.

Les collatéraux sont doubles; ils abritent quatorze chapelles, sept de chaque côté, qui n'ont que la profondeur des murs des contreforts, entre lesquels on les a construites postérieurement à la nef. Des piliers, d'une

Notre-Dame. — I^ nel.

force exceptionnelle, en même temps que d'une légèreté d'allures vraiment admirable, jaillissent du sol, au carré du transept, et atteignent la voûte d'une seule poussée. A gauche et à droite, les magnifiques roses, qui n'ont peut-être nulle part leurs égales en splendeur, déroulent l'éventail de leur si fine sculpture. « L'effet iniérieur des roses, dit Guilhermy, avec les

éclatantes verrières qui en garnissent tous les compartiments, rappelle les descriptions merveilleuses que Dante nous a données des cercles concentriques du Paradis : elles étonnent les regards et les enchantent tour à tour par une splendeur incomparable. » La Vierge est représentée au centre de la rose de la façade ; autour, dans des cercles concentriques les douze prophètes, les signes du zodiaque, les travaux des mois, les vertus combattant les vices. Ce sont les miracles de la Vierge qu'on voit à la rose de la porte du cloître, avec les patriarches, les juges d'Israël, les prêtres, les prophètes et les rois, ancêtres du Christ ; à la rose du midi enfin, au-dessus de la porte des martyrs, sont figurés les apôtres, les évêques et les anges portant la palme de la victoire ou les instruments de la passion et de leur martyre. Des noms, écrits sur les banderoles, facilitent l'identification des personnages. La verrerie des roses n'a presque pas subi les outrages des temps et des hommes ; elle offre des spécimens accomplis d'un art qui eut si grande faveur au moyen âge.

On n'en saurait dire autant de la verrerie des autres fenêtres de la nef, et même du chœur. Les chanoines, estimant que les anciens vitraux ne laissaient point passer une lumière suffisante, jugèrent bon, dans l'inconscience de leur ignorance et de leur goût, de déléguer un maître verrier, Pierre Levieil, en 1741, pour les remplacer par du verre blanc, encadré de chiffres et de fleurs de lis. C'est ainsi que furent perdues à jamais ces merveilleuses peintures sur verre, composées aux xii% xiii° et XIV* siècles selon les préceptes exposés par le moine Théophile, et qui offraient sur ces fonds bleus si extraordinaires, en un dessin naïf, pieux et ferme, les portraits des personnages et les scènes de l'ancien et du nouveau Testament. La hauteur seule des roses empêcha la consommation totale du sacrilège.

Le chœur ^ quatre travées de longueur, et l'éibside sept en pourtour. Comme on commençait à construire le chœur avant la nef, pour abriter d'abord l'autel, il se trouve, à Notre-Dame, comme ailleurs, que le style dans cette partie de l'église, est un peu plus ancien et confine au roman. Il est aisé de s'en apercevoir aux chapiteaux, pour la sculpture desquels les artistes d'alors déployaient une telle ingéniosité de décoration. Un double collatéral tourne autour du chevet, comme à la nef, formant un ensemble de vingt travées. Rappelons que les chapelles absidales ont été construites à la fin du xiir siècle et au commencement du xiv* siècle. Afin de leur donner plus d'élégance, l'architecte a enlevé plusieurs murs de refend, de sorte que ces chapelles sont triples, doubles, ou simples, et cette diftérence de traitement a évité l'ennui d'une uni-

formité poussée à l'excès. Des piscines, coiffées de petits édicules, ont été ménagées dans les murs. « Tout était prévu. Ainsi, ces piscines présentent un double bassin, l'un communiquant avec l'extérieur par un

e-Dame. — Collatéral sud.

déversoir pour rejeter l'eau qui a servi à purifier les mains du prêtre avant le canon de la messe ; l'autre, percé d'un conduit, qui va se perdre dans le sol même de l'église, afin de ne pas laisser tomber sur une terre profane l'eau dont le prêtre se lave les doigts, après avoir touché aux saintes espèces. "

L'ameublement du chœur actuel est très différent de celui que les artistes médiévaux avaient imaginé. Il a été déjà parlé des changements que le vœu de Louis XIII amena dans son économie ; la restauration de VioUet-le-Duc a laissé subsister ce qui présentait un véritable intérêt artistique. Personne n'a jamais songé en effet, à nier la beauté des groupes dessinés par Robert de Cotte et exécutés par les Coustou et Coysevox ; mais on est bien obligé d'en contester l'opportunité. Le maîtreautel, détruit, a été refait par l'éminent architecte que nous venons de nommer. Le lutrin, de 1755, est l'œuvre de Duplessis, fondeur du roi. Le xviir siècle a supprimé les vieilles stalles du xiv° siècle pour leur substituer des stalles modernes, qui ne sont pas d'ailleurs dénuées d'élégance ni d'habileté; c'est Du Goulon qui les sculpta, ainsi que les trônes, redisant là, une fois de plus dans la cathédrale, les scènes de la vie de la Vierge.

La clôture du chœur mérite une attention spéciale. La destruction, sous le cardinal de Noailles, du jubé qui la continuait et de la partie qui contournait l'abside, ainsi que la construction de deux portes massives à la quatrième travée de chaque côté du chœur, en ont altéré la suite magnifique ; mais à tout prendre, c'est encore elle qui a le moins souffert. La partie nord est du xiiT siècle ; celle du sud appartient au xiv*". On sait que Jean Ravy y travailla pendant vingt-six ans; Jean le Bouteiller acheva son œuvre en 135 1. Guillaume de Melun, archevêque de Sens, et Pierre de Fayet, chanoine de Paris (dont la statue en donateur est maintenant au Louvre), contribuèrent par leur générosité à en aiùctoitre la magnificence. Si une partie des petits arcs trilobés, qui abritent les images historiées, n'avait pas disparu pour les raisons énoncées plus haut, la clôture présenterait dans son ensemble la suite des scènes du Nouveau Testament. Tout ce qui précédait la Visitation, au nord, a été supprimé. On remarque ensuite : l'Annonce aux bergers, la Nativité, les Mages, le Massacre des Innocents, la Fuite en Egypte, la Présentation, Jésus au milieu des docteurs, le Baptême du Christ, les Noces de Cana, l'Entrée à Jérusalem, la Cène, le Lavement des pieds, le Jardin des Oliviers. La Passion et la Résurrection étaient sculptées au jubé. Au midi, de l'est à l'ouest, on retrouve la scène du nolt me tatigcrcj les trois Marie, la Réunion des apôtres, les Pèlerins d'Emmaiis, les différentes apparitions aux apôtres, Jésus sur la mer de Tibériade et la Pêche miraculeuse, la Mission des apôtres. « Le chœur de l'église Notre-Dame, dit le P. du Breul, est clos d'un mur percé à jour autour du grand autel, au haut duquel sont représentés, en grands personnages de pierres dures et bien

peintes, l'histoire du Nouveau-Testament, et plus bas l'histoire du Vieil

Testament, avec desescrits au-dessous qui expliquent les dites histoires. »

Le Trésor de Notre-Dame jouissait autrefois dune immense renom-

Noi

:-Dame. — Chœur

mée ; les troubles l'ont dispersé pour la plus grande part. On y remarque encore le reliquaire de la Croix d'épines, la Croix palatine, donnée à l'abbaye de Saint-Germain des Prés par la princesse Anne de Gonzague, la Croix pectorale de saint Thomas de Cantorbéry, la Croix de saint Vincent de Paul, et différentes autres reliques.

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Telle est, en résumé, la vénérable cathédrale, si impressionnante par les souvenirs historiques, qu'elle rappelle, et dont la beauté est si capable de causer dans l'âme du spectateur une pure émotion artistique. Elle a, enfin, trouvé dans notre siècle des esprits dignes de la comprendre et de l'apprécier. Pour les curieux du passé, elle symbolise toute une époque, ce moyen âge si curieux, que les siècles classiques avaient dédaigné, et qui a recouvré aujourd'hui toute faveur. Les poètes romantiques ont cherché sous ses voûtes austères une inspiration nouvelle, et les principes de cette poétique, que le plus illustre d'entre eux, Victor Hugo, a exposés avec tant d'ampleur dans son roman de Notre-Dame de Parts, et dans la préface de Cromiccll. Les badauds s'arrêtent volontiers devant sa façade, mus par un instinct vague d'admiration pour le beau. Et les per- .sonnes pieuses déclarent qu'elle seule offre à la prière un asile en vain cherché dans des églises plus mondaines. Des archéologues veillent sur elle avec un soin jaloux. Il ne se passe guère d'années qu'elle n'inspire un artiste, soucieux de traduire sur la toile ou sur le cuivre l'émotion qu'il éprouve à la fréquenter. Et, par un bienfait inappréciable, elle présente, sauf certaines mutilations d'importance, mais en somme peu nombreuses, un ensemble harmonieux, homogène, un des plus magnifiques et merveilleux exemples de l'art gothique.

Un des architectes de Notre-Dame, Pierre de Montereau, a aussi construit le réfectoire de l'ancien prieuré de Saint-Martin des Champs, rue Saint-Martin, qui est occupé maintenant par le Conservatoire national des arts et métiers, et qui a été restauré depuis lors par un architecte fort habile, M. Vaudoyer. La salle du réfectoire a huit travées, divisées en deux nefs par des colonnettes, au fût élégant et fin ; sur les parois des murailles ont été percées des fenêtres pleines de galbe, et des ociiîi occupent l'espace déterminé par l'arc en tiers-point, sous les formerets. A droite, un escalier à jour conduit à une chaire d'un art très délicat, où, pendant les repas, un moine lisait les livres saints. La bibliothèque du Conservatoire a été installée dans cette salle, et M. Steinheil l'a décorée d'une fresque, représentant saint Martin partageant son manteau. Non

loin est l'église, dont le style ne laisse pas d'être moins pur que celui du réfectoire ; la nef, sans collatéraux, est du xiii° siècle, le chœur et l'abside d'un demi-siècle auparavant ; quelques archéologues prétendent que certaines des croisées d'ogives sont peut-être les premières qu'on ait vues à

\.3 Saiiiic-Clupdie.

Paris. « On croit assister aux tâtonnements de l'architecte, irrésolu entre l'ogive et le plein cintre, et cherchant des expédients pour raccorder les voûtes avec les piliers. » (Guilhermy).

On sait que le même Pierre de Montereau fut chargé par saint Louis de construire une église qui servirait de châsse aux saintes reliques de la passion, que l'empereur latin de Conslantinople, Beaudoin II, vendait à bon compte pour remédier à la pénurie de ses ressources, et qu'il avait

déjà engagées précédemment contre 13000 huperpers dans des maisons de banque génoises et vénitiennes. Les chroniques contemporaines racontent avec amples détailé la translation triomphale, à travers la France, de la couronne d'épines, de Téponge et de la lance, et comment le saint Roi et son frère, Robert I^', comte d'Artois portèrent eux-mêmes, pieds nus, à travers les rues de Sens et de Paris, la châsse provisoire qui les avait recueillies. Maître Pierre se mit à Toeuvre aussitôt, et trois ans après, le 25 avril 1248, le dimanche de Quasimodo, saint Louis inaugura solennellement son œuvre, assisté du légat du pape, Eudes de Châteauroux, évèque de Tusculum, et de Philippe Bernier, archevêque de Bourges. A maintes reprises, il dota la Sainte- Chapelle de donations magnifiques, pour assurer sa conservation et son entretien. Elle eut à souffrir maints dégâts pendant la Révolution ; pour y remédier, un décret de 1837, rendu sur l'initiative de Louis-Philippe, en confia la restauration à Duban, qui fut remplacé ensuite par VioUet-le-Duc et Lassus ; tous trois comptent parmi les architectes de notre temps, qui, avec Magne, ont le mieux compris l'art gothique.

Les proportions de ce monument ont toujours passé pour être les plus parfaites qui se soient jamais rencontrées au moyen âge ; il a 33 mètres de long, 17 mètres de large, 42 mètres et demi de hauteur jusqu'au pignon ; et la flèche s'élève de 33 mètres au-dessus du comble; détruite en 1630 par un incendie terrible, elle a été rétablie en 1855 par Lassus, à bon droit, car on ne comprend guère la Sainte-Chapelle sans sa flèche.

L'église se compose de deux chapelles superposées ; Tune, la chapelle basse, était destinée aux officiers subalternes, et devint la paroisse des habitants du palais, en vertu d'une bulle du 5 août 1360, concédée par Jean XXII ; l'autre, la chapelle haute était réservée au roi et à la cour, qui s'y rendaient de plain-pied de leurs appartements, comme plus tard Louis XIV à sa chapelle de Versailles. Deux porches, en avant-corps, correspondant à chaque étage, y donnent accès; la sculpture des tympans a été détruite ; au bas, se voyaient la mort de la Vierge, et, adossée au trumeau, une vierge légendaire, qui aurait baissé la tête pour approuver la doctrine de l'immaculée conception, enseignée par Duns Scot, en 1304 ; au-dessus, était sculpté le Jugement dernier et le Christ bénissant, entouré de scènes de l'Ancien Testament, entre autres celle de la vie de Jonas. La grande rose a été reconstruite, en style un peu tourmenté, sous Charles VIII, ainsi que les balustrades trilobées, qui couronnent le porche supérieur, et les clochetons, qui accompagnent la petite rose.

Les flancs de l'édifice et l'abside présentent, entre ces contreforts, à

plusieurs ressauts, des fenêtres basses, en forme de soupiraux en tierspoint, coupé par une ligne rejoignant les extrémités de leurs courbures, et des fenêtres hautes surmontées de frontons, et d'une élégance, d'une hauteur et d'une largeur pleines de hardiesse. Une balustrade court au-dessus de la corniche ; les combles, recouverts de feuilles de plomb, s'élèvent suivant une ligne de bâtière très aiguë. Pour la flèche, Lassus a adopté le style du xV siècle, en mémoire de celle que le charpentier

Sai n te -C lia pelle. — La chapelle basse.

Robert Fouchier avait substituée à l'ancienne, sous le règne de Charles VI. Les têtes des anges, les mascarons, et, en général, toutes les figures restaurées, représentent les traits des artistes contemporains, qui ont collaboré avec Lassus.

La chapelle basse offre une disposition très originale ; comme une voûte, aussi surbaissée, et sans collatéraux pour l'épauler, n'aurait pas présenté une grande stabilité, et comme, d'autre part, on voulait éviter d'édifier des collatéraux, qui n'eussent été d'aucun usage, l'habile Pierre de Montereau a imaginé de placer, un peu en avant des murailles de côté, une série de colonnettes à chapiteaux de feuillages, qui reçoivent les croi-

sées d'ogives et les doubleaux de ce qui paraît la maîtresse voûte, tout en ne Tétant pas réellement ; et des petits contreforts, qui s'appuient d'une part sur ces retombées, et de l'autre sur des colonnettes adossées aux murailles latérales, neutralisent la poussé de ces énormes arcs. De chaque côté aussi, court un passage, qui n'a pas d'utilité, mais est du plus gracieux effet. Les voûtes et les parois sont peintes ; certains attribuent même à Martin Fréminet, qui vécut de 1567 à 16 19, la décoration de l'abside et de la quatrième travée ; on y voit encore des écussons aux armes d'Henri IV, des fleurs de lys, et des anges portant les instruments de la passion.

La chapelle haute est une merveille d'élégance et de somptuosité ; contrairement à Notre-Dame, où la pénombre domine, le vaisseau est inondé de lumières multicolores qui entrent à flots dans cet édifice de fenêtres, où la part de la pierre a été réduite au point de ne pas frapper les regards ; c'est une église de verre. Il n'y a pas de collatéraux ; les nervures des travées retombent sur de minces colonnettes appliquées à ce soupçon de muraille, qui forme l'ossature de la Sainte-Chapelle ; elles sont accostées de colonnettes encore plus fines pour la retombée des formerets ; des représentations de têtes d'hommes cantonnent les clefs de voûte. Sous les fenêtres, ont été disposées des arcatures en saillie, qui montrent par travée deux baies géminées sous un tympan unique. De chaque côté de la nef, une niche avait été réservée, où prenaient place saint Louis et Marguerite de Provence ; à la quatrième travée, une ouverture, percée dans la muraille au xv** siècle, permit à Louis XI d'assister à la messe sans être vu.

A l'abside, une élégante plate -forme se dresse, sur de fines colonnettes et des arcatures légères ; elle supporte un baldaquin en bois, qui abritait autrefois les reliques saintes ; deux escaliers en bois, ajourés (celui du côté nord seul est ancien), y donnent accès. Les reliques sont allées à Notre-Dame ; la chasse a été fondue à la Monnaie, pendant la Révolution. Le Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale a reçu des joyaux d'un prix inestimable : le camée antique représentant l'Apothéose d'Auguste, auquel on ne peut comparer que le grand camée de Vienne, un buste d'empereur romain, qui surmontait le bâton cantoral, ainsi que différents autres bijoux et pierres précieuses. Un buste authentique de saint Louis, d'un travail d'orfèvrerie extraordinaire, a disparu sans laisser de traces.

Dans un monument d'un art si parfait, tout est motif d'admiration. Ce Pierre de Montereau, qui apparaît comme un des plus grands artistes^

non seulement du moyen âge français, mais encore de tous les temps et de tous les pays, avait des trouvailles d'înjréniosité peu communes. On

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Sain le- Chapelle. — La chapelle haute.

sait que, le jour de la consécration, le prélat officiant trace sur les murs douze croix, signes durables de la cérémonie. L'architecte s'est avisé de faire porter de vraies croix de pierre par les douze apôtres, colonnes

de l'église. Leurs images constituaient des chefs-d'œuvre, par leur noblesse, leur graviti-, la dignité dont leur attitude était imprégnée.

Sainte-Clupille, — Lts ap^ircs Jci croii Je coniccutîon. iD'jprès Im niouUgci du TrocaJCro.)

Malheureuse] seules les 3*,

elles ont eu à souffrir du vandalisme des iconoclastes: 5* au midi, 4*. 5' ei 6' au nord sont authentiques.

Les verrières ne provoquent pas une moindre admiration ; elles consti-

tuent la très grande part des parois de l'édifice, dont elles sontcontempo- ' i, sauf la rose de la façade. Du temps que la Sainte-Chapelle avait été 3 aux archives, des fonctionnaires peu ntelligents avaient disposé contre le bas d'entre elles des casiers, qui les mutilèrent sur un espace de trois mètres environ. D'habiles maîtres verriers et artistes de notre époque

Sainte-Chapelle. — Verriores.

ont réparé ce désastre, de sorte qu'il n'y parait presque plus ; ce sont MM. Henri Gérente et Lusson, pour la technique, MM. Steinheil et F, de Guilhermy pour le classement et le dessin. Grâce à eux, on peut admirer à loisir les scènes qui se déroulent sur ces chefs-d'œuvre de verre : la Genèse, l'Exode, les Nombres, le Deutéronome, les Juges, les Prophéties d'Isaïe, l'Arbre de Jessé, saint Jean-Baptiste, lesKvangélistes, les Prophéties d'Ezéchiel, l'histoire de Jérémie et de Tobie, les livres de Judith et de Job, d'Iisther et des Rois. A la 15' fenêtre, au pied de la nef, au sud, 67 sujets sont particulièrement intéressants; ils retracent les divers épisodes de la translation des saintes reliques h Paris, et offrent, à côté de portraits, sans doute ressemblants, de saint Louis, de Blanche de Castille,

de Marguerite de Provence et du comte d'Artois, des documents très précieux pour la connaissance de la civilisation à cette époque lointaine. Quant à la rose du temps de Charles VIII, le dessin, plus fin, plus maniéré, l'inspiration moins religieuse, dénotent aussitôt une période fort différente, où la foi moins pure, où l'influence classique commence à com-

battre les traditions nationales. Cette verrière, consacrée à retracer la vision apocalyptique de saint Jean, est d'ailleurs, en son genre, digne des plus grands éloges.

Parmi les autres églises remarquables de ce temps, bien qu'on ne puisse aucunement les comparer à ces deux merveilles uniques que sont Notre- Dame et la Sainte-Chapelle, on peut citer Saint-SÉVERIN, construite à l'endroit où un pieux solitaire s'était bâti un oratoire, du temps de Childebert I", au VC siècle. Elle fut réédifiée au Xlll' ; au X1V% le pape con-

céda des indulgences pour en hâter l'achèvement ; elle fut en outre agrandie vers la fin du xv'' siècle. Jean Simon, évèque de Paris, bénit la partie neuve, le 30 mars 1495. En 1498, on édifia les chapelles latérales. Le trésor est de 1540, la chapelle de la Communion de 1673. A ce moment aussi,

on fit disparaître le jubé, el le chœur fut décoré, comme on savait le faire à cette époque, qui avait à un tel point le dédain et l'inintelligence du gothique. Des restaurations actuelles font disparaître les traces de ce qui n'est ni plus ni moins qu'une barbarie. En 1837, on appliqua à la façade primitive, qui n'avait aucun ornement, la porte de l'église Saint- Pierre- aux- Bœuf s, sise dans l'île de la Cité, et qu'on venait de démolir ; cette porte, restaurée en quelques parties, est du xiii' siècle.

Saint-Séverin, dans son quartier si pittoresque, où l'on peut le mieux

sans doute se figurer ce qu'était le vieux Paris aux rues étroites, noires, encombrées de boutiques et de métiers, où toute une population grouillait presque dans le ruisseau, Saint-Séverin offre plusieurss partie intéressantes. Ainsi, la tour de la façade, carrée, ajourée de deux hautes baies géminées, et revêtue de fines colonnettes, et qui est du xiiT siècle; au bas, est un porche de même époque : mais le couronnement du clocher est bien postérieur. « On distingue encore sur le stylobate, dit Guilhermy, les vestiges d'une inscription, en petites lettres capitales de la fin du XIII'' siècle, qui relatait les diverses charges auxquelles étaient tenus les fossoyeurs de Saint-Séverin, entre autres celle de nettoyer les voûtes et toute l'église, le jour de la Saint-Martin d'été, à cause de la dédicace, dont la fête se célébrait le surlendemain. Déjà mutilé depuis longtemps, ce rare monument d'épigraphie a presque disparu à l'époque des dernières réparations du portail. Deux lions, que nous croyons du xvi° siècle, tout au plus, et qui nous paraissent avoir servi de supports à quelques armoiries, sont encastrés à droite et à gauche de la baie. Il se trouvait de ces figures de lions aux portes de nombreuses anciennes églises ; de là cette formule, qui termine certains jugements prononcés par l'autorité ecclésiastique, au seuil des temples, datuni intcr Icônes. » A l'angle nordouest, sous une niche qui contient une statue de saint Séverin, on lit cette inscription :

BONNES (iKXS QUI PAR CV l'ASSKS TRIEZ DIET POUR LES TRESPASSÉS.

L'intérieur de l'église frappe dès l'abord par son étendue ; il y a doubles collatéraux et des chapelles latérales. Les trois premières travées sont du xiir siècle, avec des colonnes trapues, un triforium à baies trilobées, et de grandes fenêtres avec oculi et t3^mpans. Le reste est du xv% comme le montrent les colonnettes sans chapiteaux, et les moulures prismatiques. C'est M'"" de Montpensier, qui avait fait les frais de la restauration du chœur dans le style classique ; elle l'avait confiée au sculpteur Tuby, qui travailla sur les dessins de Lebrun. Les clefs des voûtes montrent un travail particulièrement soigné ; deux sont historiées de l'écu de France avec des fleurs de lys, du couronnement delà Vierge; d'autres représentent l'Annonciation, la Sainte-Face, un calice, sainte Anne et Joachim à la porte dorée. Enfin, les vitraux ne manquent pas de valeur; ce sont de bons spécimens de l'art des verriers au xv*' siècle ; ils demeurent précieux aussi par les armoiries et figures de donateurs qu'ils présentent.

Saint-Nicolas des Champs, qui datait du xir siècle, a été rebâti en 1420; mais la reconstruction fut très longue, puisquony travaillait encore en 1580. Devant Taffluence des fidèles, il fallut l'accroître à différentes reprises, vers 15 10 et 1576, comme l'atteste une inscription latine gravée sur une porte latérale. « Au xvT siècle, les enfants de chœur de Notre- Dame se rendaient publiquement à Saint-Nicolas le jour de sa fête, disant des facéties par le chemin. Comme il en résultait du désordre, la cérémonie fut réduite dans la suite à un salut que les enfants venaient chanter en l'honneur de leur patron. »

Sur la rue Saint-Martin, la façade se compose de plusieurs pignons ; ceux de côté ont des fenêtres ; celui du milieu a une porte gothique, accostée de statuettes sous des dais, une grande fenêtre à meneaux à l'étage, une petite rose au fronton. A droite, est une grosse tourquadrangulaire percée de plusieurs étages de fenêtres. La décoration générale est sobre, presque pauvre ; les cotés n'en ont même aucune, cachés qu'ils sont par les constructions voisines. Seule, la porte du bas côté méridional , sur la rue Cunin-(iridaine, est décorée avec luxe et finesse ; il est vrai qu'elle date de la reconstruction en pleine Renaissance^ et on le voit aux guirlandes, rinceaux, canelures, incrustations de marbre dont la richesse contraste tant avec le reste de l'ornementa tion.

Le vaisseau de l'édifice est considérable, et l'un des plus longs des églises de Paris. Les sept premières travées sont du gothique du XV° siècle; puis, se dresse un pilier gothi([ue au([uel s'adosse une colonne dorique, laquelle sert de point d'appui à un arc en plein cintre, suivi de semblables et qui datent de la fin du xvT siècle ; la même différence se constate aux collatéraux, et dans les chapelles, qui sont au nombre de 24. On remarque au chœur un retable composé d'un tableau de Simon Vouet, représentant l'Assomption, et de quatre figures d'anges modelées en stuc' par Jacques Sarazin.

L'ancienne collégiale de Saixt-.Merry, une des quatre filles de Notre-Dame^ fut commencée en 1520 et terminée en 1612, sur un plan uniforme, que les architectes successifs se firent un point d'honneur de respecter. Construite sur l'emplacement d'un oratoire, où mourut un pieux solitaire, saint Médéric, au commencement du Vlii* siècle, elle fut restaurée au ix% aux frais d'Eudes le fauconnier, devint paroissiale, puis collégiale, pour redevenir de notre temps paroissiale. Vers 1758, les chanoines dépensèrent cinquante mille écus pour transformer le chœur dans le style classique, et chargèrent de cette besogne, qui nous paraît aujourd'hui si déplorable, les frères Slodtz.

Au contraire de Saint-Xicolas des Champs, dont la décoration est si pauvre, l'ornementation de Saint-Merry se distingue par sa richesse. Le portail principal, sur la rue Saint-Martin, abonde en pinacles, clochetons, voussures, crossettes, fleurons, arcades et niches ; les feuilles de vigne sont refouillécs de cette fa^on réaliste, si caractéristique du frothique de

la décadence « Des animaux et des marmousets servent de consoles, dit (iuilhermy, entre autres un petit joueur de cornemuse, coiffé d'un bonnet tout ])arcil à celui que nous voyons porter aux jeunes Auvergnats. » Les statues placées dans les niches sont des imiiaiioas des statues de Notre- Dame, assc^ ma] a leur place dans celte façade du xvi' siècle.

Sous l'église, est une chapelle souterraine, construite en mémoire de la crjple où fut inhumé saint -MérrT,- ; elle est de forme carrée, à quatre

travées ; de gros piliers médians, et des piliers engagés dans les murs latéraux, supportent la retombée des nervures en anse de panier; d'étroits soupiraux y distribuent une lumière fort rare ; il est vrai que cette chapelle pouvait s'en passer, n'étant pas destinée à un autre usage, comme la chapelle basse de la Sainte-Chapelle.

Les verrières de l'église méritent de retenir l'attention ; elles sont dues à Jacques de Parvy, Héron, Charnu et Jean Nogare, artistes du xvr siècle qui représentèrent les histoires de saint Pierre, saint Joseph, saint Jean- Baptiste et saint François d'Assise. Au xviii^ siècle, les chanoines, pour voir plus clair, firent supprimer le panneau central de chaque fenêtre, de sorte qu'il est très difficile de suivre l'enchaînement des différentes scènes.

Saint-Gkrmain l'Aixkrrois avait aussi rang de collégiale; mais son Chapitre fut réuni à celui de Notre-Dame, en 1744. Cette église s'appela d'abord vSaint-Germain le Rond ; elle fut saccagée par les Normands, rebâtie par Robert le Pieux, et reconstruite sous un de ses successeurs. Le clocher est du xii'' siècle ; la porte, le chœur et l'abside du xiiT ; le porche, la nef, les bras du transept sont du xV siècle; les chapelles du xvr. En 1744, la fabrique supprima le magnifique jubé, construit par Pierre Lescot et sculpté par Jean Goujon ; des épaves de cette merveille, le Christ au tombeau et les quatre Kvangélistes, ont été recueillies pieusement au musée du Louvre. Un artiste, du nom de Bacarit, fut également chargé, à ce moment, de transformer le chœur au goût du jour ; on a le regret de savoir que l'Académie des Beaux-Arts sanctionna cette œuvre de barbarie.

Le porche, qui fait avant-corps, a été construit par Jean Gaussel, en 1435; sept arcades y donnent accès, couronnées d'une balustrade élégante et de deux combles latéraux à mansarde, épis et crêtes. Des marmousets, un fou avec sa marotte, des animaux de tous genres servent de consoles. Mottez a peint à fresque le mur de face, comme dans les églises méridionales; son œuvre s'émiette sous l'atteinte de nos brouillards ; cet essai de fresque extérieure, dans le climat septentrional, n'est pas à tenter de nouveau. Seules sont anciennes, dans la décoration de ce porche, deux statues figurant saint François d'Assise et sainte Marie l'Égyptienne. A l'entrée principale de la nef, seules aussi sont contemporaines de sa reconstruction six statues des ébrasements, entre autres saint Vincent, saint Germain, et sainte Geneviève tenant un cierge, qu'un diablotin voudrait éteindre. Peut-être deux autres statues représentaient-elles Childebert et Ultrogothe, bienfaiteurs de la primitive église. A la voussure, trente

personnages groupés en trois cordons, patriarches, anges, vierges, apôtres, assistaient au jugement dernier, sculpté au tympan, et qui a disparu.

L'extérieur est décoré avec la profusion et la richesse si habituelles aux imagiers du XV siècle « Les contreforts se terminent par des clochetons, auxquels se tiennent suspendus des animaux de toutes sortes, oiseaux fantastiques, griffons, singes, loups, chiens de plusieurs variétés, ours muselés et bien d'autres. Aux gargouilles, des montreurs de bétes annoncent leur spectacle en frappant avec une baguette sur un écriteau, et font exécuter des tours à un singe ; un sauvage armé d'une massue et tout grimaçant, sort de la gueule d'un hippopotame: des monstres s'agitent en mille contorsions: un homme porte un lion sur ses épaules; un autre un singe coiffé d'un capuchon Les consoles représi^nient, entre autres sujets singuliers, un mendiant accom[)agné de son chien, des hommes et des animaux qui se battent, un fou dans une position éciuivocjue, une truie qui allaite sa nombreuse famille, la boule du monde rongée par des rats qui se frayent une sortie à travers les crevasses pour s'échapper, tandis qu'un chat les guette au ])assage Les rats. ( e sont les mécréants qui dévastent la terre : le chat, c'est le démon qui les attend. >»

Dans la nef, les clefs attirent l'attention par leur grâce et leur élégance; quelques-unes représt»ntent saint (îermain. saint X'incent, saint Jacques le Majeur, saint Landry, saint Christophe chargé de son ])récieux fardeau, et surtout un saint (îermain en habits épisco|)aux, dans la chapelle de la Vierge L'église, malgré s(»s remaniements si nombreux, produit encore bon effet; il serait trop long de décrire ce que les âges successifs ont imaginé pour la mieux décorer. L'archit(»cte Lassus, de notre temps, s'est eff'orcé d'harmoniser un peu cet amalgame de styles diff"érents, tout en respectant les parties anciennes et nettement artistiques.

Les vitraux de la nef disparurent en 1728 : l'abbé Lebeuf les datait, à tort, du XlV siècle : on y voyait les miracles opérés pendant la translation de saint Vincent, et les scènes de la vie de saint ( îermain, patron de l'église. Il subsiste encore de beaux spécimens de l'art du verrier aux XV' et XVI* siècles à la rose du nord, à celle du sud, et aux fenêtres des deux croisillons. On remarquera surtout, au bras septentrional du transept, le portrait d'une donatrice avec ses trois filles, dont une est religieuse, et d'un donateur en cotte d'armes avec ses deux fils ; au bras méridional, audessus de l'arc en tiers-point, un puits, allusion au titre de la Vierge : puits des vatix vives \ les quatre Pères de l'Lglise latine à la rose du nord ; à la rose du sud, la scène de la Pentecôte.

Le banc d'œuvre était réservé autrefois à la famille royale, quand elle

venait assister aux cérémonies des grandes fêtes ; car le Louvre dépendait de la paroisse Saint-Germain l'Auxerrois ; il a été sculpté, en 1684, par le menuisier François Mercier, sur les dessins de Lebrun. Sauvai raconte qu'il existait dans l'église un monument assez inattendu en pareil lieu, un mausolée superbe dressé par le roi Charles V à la mémoire d'un

Saiiit-Gcrmain-l'Auscrrois (potcli

de ses fous : n J'apprends des registres de la Chambre des Comptes qu'il en fit enterrer un dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois. Sur une grande tombe de marbre noir, était couchée de côté une figure peinte et grande comme nature, dont la tète et les mains étaient d'albâtre, les cuisses, les ïambes, les pieds et le corps de marbre blanc, et qui servit de modèle au mausolée qu'il fit faire, en 1375, à Thévenin, autre fou, dans l'église de Saint-Maurice (de Senlis), par Hennequin de la Croix. »

Il convient de mentionner encore Véglisc des Billeltcs, rue des Archives, qui sert maintenant au culte réformé, et dont le charmant cloître est du XV siècle ; la chapelle du collège de Beauvais, rue Jean de Beauvais, bâtie en 1370, par le cardinal de Dormans, aujourd'hui

église roumaine; l'église Saint-Lcii-SaifU-GUlcs, rue Saint-Denis, qui a été remaniée de fond en comble à plusieurs reprises, La nef est aussi de la fin du xx" siècle, les bas cotés du xvi', ainsi que la façade ; l'abside, qui datait du xvir, a été reconstruite dans le même style, vers 1855 pour fournir une façade monumentale sur le boulevard Si-bastopol qui venait d'être percé Quant à léglise Sainl-Mcilard, sa nef est également de la fin du XV' siècle; le chœur a été construit en 15S6, plus large et plus haut que celle-ci : en 1784. l'architecic Pelit-Kadi-1 scsl avisé de donner aux colonnes la fi>rme de celles du temple de l'oseitlon à l'estum : l'effet n'en est pas heureux.

Clurlci V, au ponjîl dci Gilcuim. (D'apri» le moulage Je VcruUtcS.J

ARCHITECTURE CIVILE

Les monuments civils du moj'en âge, qui nous restent, sont en moins grand nombre, mais ne présentent pas un moindre intérêt que les monu-

s Je Jus

ments religieux. Du vieux Lolvrk, il ne subsiste rien, que le souvenir. Son donjon était le iigne de la suzeraineté royale sur tous les vassaux de la monarchie. En 1204, Philippe- Auguste restaura complètement la forteresse ; Louis IX y ménagea, dans l'aile occidentale, la chambre dénomnée pour cette cause Chambre de saint Louis, Charles V le reconstruisit en plus grand; on sait que les tours d'enceinte s'appelaient tours de la Librairie, de l'Horloge, de l'Artillerie, du Bois, de l'Écluse, de l'Armoirie, de la Fauconnerie, de la grande Chapelle, du Pont des Tuileries. Le grand escalier avait été construit par Raymond du Temple ; d'habiles artistes, Jean de Saint-Romain, Jean de Liège, Jean de Launay, Jacques

de Chartres, Guy de Dammartin ornèrent le palai» de statues payées chacune vingt francs d'or ou seize livres parisis. Toutes ces œuvres ont disparu : seuls maintenant des cercles concentriques en marbre blanc, dans la cour du Louvre, près de la fa\ade de Pierre l.escot, signalent au passant l'emplacement de la vieille risidencc royale

Les rois l'avaient adojiièe. chassés de leurs l'alais, si on peut dire par

l'envahissement des gens de justice. Li: I'ai.ais était fort bien placé, à la pfiinie de 1 ile de la Cité, au centre de la capitale, à l'endroit sans doute oii so trouvait déjà le palais du gouverneur romain Saint Louis, qui l'hitnait beaucoup, le restaura, et son wuvre fut achevée par l'hilipjK' le flol. De cette époque datent les tours rondes, qui donnent au quai un irtP'^"' ^' pittorcs'iue ; elles ont été complètement restaurées par I tue. sous ^,. «(v-ond J'empire. .Mais l'hôtel de Cluny, l'hôtel de Sens, la tour Jean ^n^l'eur et la tourelle lîarbetle compensent jusqu'à un certain point. ■.(«,iii*ces disp.iritic.n->.

'i Hôil 1 i>i,Ci,[ NV, sur l'emplacementdc l'ancien palais des Thermes le Italien, était la résidence des abbcs bénédictins de Cluny, quand ils

LES ORIGINES ET LE MOYEN AGE 6i

étaient de passage à Paris. L'abbé Pierre de Chaslus avait déjà formé le projet de cette acquisition en 1340 ; les constructions ne furent commencées qu'en 1485, grâce aux efforts d'un de ses successeurs, Jean de Bourbon ; son œuvre fut achevée après 1490 par Jacques d'Amboise, abbé de Cluny etévêque de Clermont. Plus tard, y habitèrent Marie d'Angleterre,

Hôtel de Cloiiy. -~ Porte cochère.

sœur de Henri VIII, et veuve de Louis XII, Jacques, roi d'Ecosse, le cardinal de Lorraine, les nonces du pape, l'imprimeur de Marie-Antoinette, et en 1823, Du Sommerard, qui y disposa ses merveilleuses collections archéologiques. A sa mort, en 1842, l'État et la Ville s'associèrent pour acquérir et restaurer le logis abbatial, qui fut consacré à contenir les monuments de notre archéologie nationale : tapisseries, orfèvrerie, meubles, céramiques, etc. La création, après maintes difficultés, d'un square sur l'emplacement de la maison occupée par la librairie Delalain, démolie

6a PARIS

en 1899, est venue encore lui donner de l'airet de la lumière ; l'édifice est isolé maintenant sur toutes ses parties ; un jardin a été aménagé dans ses entours ; et, de tous les côtés, les regards peuvent admirer les délicatesses architecturales de cette magnifique demeure.

HôttI de Cluiiy

Sur la rue du Sommerard, l'hôtel est enclos dune muraille crénelée, k laquelle pend un lierre d'un effet très pittoresque. Deux portes y ont été percées : une porte cochére à arc surbaissé en anse de panier avec une voussure où des ceps de vijfne et des anges ont été sculptés; et une petite porte pour les piétons, du même style. On entre dans une cour assez gnode, sur laquelle s'ouvrent les différentes portes de l'hôtel, La façade, «■i comprend un corps de logis flanqué de deux ailes, et coupé en son attM d'une grande tourelle, est couronnée d'une galerie ajourée, derrière

laquelle s'élèvent de hautes lucarnes, d'une élégance parfaite, et dont les tympans sont sculptés des devises, emblèmes et écussons de la famille dAmboise, Des fenêtres carrées et moulurées, garnies de petits vitraux colorés, sertis dans du plomb, distribuent la lumière au rez-de-chaussée et au premier étage. « Les deux gorges de la frise, dit Guilhermy, toutes

Hôtd de Cluny, ~ Porte du cardinal d'Amboise.

découpées en feuillages, servent d'habitation à une multitude de petits animaux qui courent et se jouent de mille façons ; ce sont des chiens qui se mordent les oreilles les uns aux autres, des écureuils qui grimpent, des lapins qui broutent, des couleuvres qui rampent, des limaces qui se glissent le long des branches, des lionceaux qui se battent, des chimères qui s'allongent en grimaçant, des marmousets qui gambadent... Les gargouilles ont, pourle plupart, des formes d'animaux, lions, aigles, griffons. Au pignon de l'aile occidentale, il s'en trouve une plus singulière; une espèce de goujat encapuchonné tient par les jambes un marmouset, qui.

au lieu de jeter l'eau par la bouche, suivaot l'usage le plus ordinaire, se met en posture de lui donner passage par l'orifice opposé. »

La porte de l:t tourelle centrale, par malheur endommagée, est aussi décorée de fa\on fort élégante. Elle est due à Jacques d'Amboise, qui avait fait sculpter de chaque côté les bourdons et les coquilles, rappelant les pèlerinages de saint Jacques, son patron. Barrant ta pointe du tympan

^H^^^^^v ~ -^^^pj^^^^^^H

est la devise : Serein- !)io ngnarc <st, sur une banderole Les statues, qui décoraient les niches, ont disparu. A l'aile gauche, ((uatre arceaux s'ouvrent sur une galerie au rez-de-chaussée, «jui ne man<iue ni d'agrt'ment ni d'utilité.

La favade sur le jardin, de décoration moins rithe, reprmiuit l'ordonnance di- celle de la rue Du -Sommerard. L'aile orientale est bosselée par la jieiile abside de l'oratoire abbatial, qui forme une gracieuse tourelle en encorbellement. Au-dessous de cette chapelle, est une salle basse.

par laquelle une communication est rétablie entre le jardin et la cour des Thermes ; on y voit un pilier assez court, couronné d'un chapiteau énorme en cône renversé, qui supporte la tourelle ; un artiste de talent y a sculpté -deux anges couchés supportant l'écusson de Jacques d'Amboise, et ailleurs, le sigle de Charles VIII couronné. Dans un angle de la cour, se

Hùiel de Cluny. — Galerie sur les jardin

dresse un puits à la margelle circulaire, surmonté de la ferrure qui supporte la poulie.

A l'intérieur, sont de vastes salles, qui offraient pour les réceptions, la bibliothèque et l'étude de grandes ressources. Elles n'ont plus leur ameublement primitif. On y a installé l'escalier en bois aux armes de France et de Navarre, provenant de l'ancienne Chambre des Comptes. Le petit oratoire est aussi fort intéressant ; de forme carrée, il comporte en son milieu un pilier octogonal, d'où jaillissent seize rameaux, qui for-

ment les nervures. Des décorations sculpturales, rehaussées d'or, en garnissent les caissons ; elles figurent Dieu bénissantle Christ, et des anges portant les instruments de la Passion. Le jour pénètre dans l'abside par trois élégantes fenêtres à meneaux.

L'Hôtel de Sens avait été construit et aménagé pour les archevêques de Sens, métropolitains de Paris jusqu'en 1622, date où le siège épiscopal de la capitale fut érigé en archevêché au bénéfice de Jean-Fran-

llôiel de Cluny. ^ Jar Jins.

çois de Gondi, oncle du cardinal de Retz. C'est à l'archevêque de Sens, Tristan de Salazar, que revient l'honneur d'avoir édifié ce monument, de 1475 à 1519. Un de ses successeurs, le cardinal de Pellevé, y tint les assises de la Ligue. L'hôtel offre un beau spécimen de ce que pouvait être une habitation seigneuriale aux xv° et xvi' siècles. On sait qu'il abrita les désordres de Marguerite de Valois, femme divorcée de Henri IV, qui en fit une nouvelle tour de Nesle. La haute porte cochère avec un tympan nu atteint presque le deuxième éiage; à gauche et à droite, sont de plus petites portes. De chaque côté, s'élèvent en encorbellement d'élégantes tourelles avec des poivrières très aiguës. Les fenêtres à meneaux, les mansardes, les combles à pentes rapides donnent un aspect original à ce vieil édifice, aujourd'hui bien déchu de son ancienne splendeur.

Rue Etienne-Marcel, près du point ou passait le mur d'enceinte de de Philippe-Auguste, se dresse encore la Tour de Jean sans Peur, où ce dernier réfugiait ses intrigues, et d'où il sortit, en 1407, pour assassiner le frère de Charles VI, Louis d'Orléans. L'intérieur est surtout remarquable. A l'escalier, « les degrés, dit Guilhermy, tournent autour

Hùtcl de Sens.

d'une colonne, qui se termine par un chapiteau très simple ; mais ce chapiteau sert de support à une caisse ronde en pierre, cerclée de trois anneaux doubles, d'où s'élancent les tiges vigoureuses d'un chêne, dont les branches décrivent quatre travées d'ogives, et dont le feuillage abondant tapisse la voûte toute entière. Nous ne connaissonsrien de semblable dans les monuments du moyen âge à Paris ; c'est un système d'ornementation non moins remarquable par sa rareté que par son élégance. Dans le tympan ogival d'une des baies extérieures, deux rabots et un fil à plomb sont sculptés au milieu de fleurons gothiques. On sait que le duc Jean

Siins Peur prit les rabots pour emblèmes, par opposiiion aux hâtous noueux <iu jvuit choisis le duc d'Or- Irans V,i tour a été bâtie par le dur Jean, itaus les premières années du XV"* siècle ; peut-être fut-elle commenc('-e par le père de ce lirincL*. le duc PUilippe le Hardi, "

N'ayons garde d'oublier la l'orte monumentale de l'IIù- III. l)K Ci.i>snN, qui s'ouvre ■-ur une tavade latérale^ du l'.il.iis lies Archives Natio-

nales, rue lie-* Anhivc^..

en face de Ki rue ilf Braque. Elle faisait par lie de l'hôtel dont les Parisien» j^ralifiérenl Irconnétable de Clisson, vers ijSj, pour le remercier de son intcrces-sion en leur faveur auprès du roi, après sa victoire de Rosebecque. Elle servit d'entrée i^ l'tcole des Chartes, aux premiers temps de celle-ci ; «n pillant %ouf son arc en tiers-point et se» deux

tourelles eo'encorbellement, coiffées de poivrières, les jeunes chartistes se familiarisaient dès l'abord avec les monuments du moyen âge, dont ils ont contribué, plus que tous autres, à faire connaître l'histoire et le prix.

a (Archives Nationales),

emriîe de l'Ecole des Chartes.

Non loin de là, à l'encoignure des rues Vieille-du-Temple et des Francs- Bourgeois, se dresse en encorbellement une très gracieuse tourelle, décorée de fins rinceaux et arcatures d'une élégance sans égale, comme on en sculptait à la fin du xv° siècle. Longtemps elle passa pour avoir fait partie de l'hôtel de cet Etienne Barbette, qui fut prévôt des marchands de 1 298 à 1303. On sait maintenant qu'elle appartenait à la maison de Marie

Malingre, nièce par alliance du cardinal de la Balue, le fourbe et intrigant inventeur, pour le compte de Louis XI, de ces voitures de supplice, appelées les fillettes du Roi^ qu'il expérimenta par ordre royal, pendant de longues années, en punition de ses trahisons.

Tel est le magnifique ensemble d'œuvres que le moyen âge nous a laissé, et grâce auquel, malgré les destructions commandées, souvent d'ailleurs, par le souci de l'hygiène publique, le curieux des choses passées peut se rendre compte combien le vieux Paris était pittoresque, et à quel point les ancêtres, si longtemps méconnus et dédaignés, possédaient un sens artistique très national et personnel, toujours soucieux d'accommoder l'art à la vie.

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