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CHAPITRE II

LA RHNAISSANCB

Les artistes de la Renaissance ont un talent plus souple que leurs prédécesseurs ; ce sont des virtuoses, des dilettantes de la liirne ; ils remportent en coquetterie, en f>k'j,^ance, en grâce. Mais ils ont moins de force et de logique; ils puisent aux sources italiennes, et perdent ces qualités nationales, qui ont fait l'originalité du moyen âge. Certains critiques, déplorant ces transformations, crient à la décadence. Mais fallait-i! tourner toujours la même roue, et, sous prétexte que l'œuvre accomplie était magnifique, la refaire sans cesse? Et d'ailleurs, les monuments de cette époque ne sont nullement à dédaigner.

KCTIRI-: RHLIGIEUSI'

L'église Saint- Eu STAC HIC, entre autres, est très caractéristique du style nouveau. Elle a remplacé une chapelle du titre de Sainte-Agnès, mentionnée plusieurs fois dans des actes du Xlll' siècle. Sa première pierre fut posée le 19 août 1532 par Jean de La Barre, prévôt de Paris; l'architecte David avait été chargé des travaux. En 1536 et 1549, des autels furent consacrés par l'évèque de Mégare; on commença d'abord par la nef; le chœur fut édifié à partir de 1622 ; les architectes successifs respectèrent le plan primitif. Le portail principal, à peine commencé,

fut remplacé en 1724, sous la direction de Mansard de Jouy et Moreau, par un portail de style prétendu classique, à deux ordres de colonnes doriques et ioniques formant porche et tribune, qui tranche d'une façon désagréable sur le reste de Tédifice. Sous Louis XVI, Moreau construisit à la pointe Saint-Eustache, accolé à Tabside, un corps de garde, dont Teffet est aussi bien disgracieux. En décembre 1844, un violent incendie endommagea les orgues et la chaire, qui ont été refaites ; en 1849, on découvrit dans une chapelle du chevet des vestiges de peintures murales, dues à des élèves de Simon Vouet, qui ont été restaurées et complétées.

Saint-Eustache a heureusement gardé ses deux portails du transept, qui se signalent par leur hauteur et la magnificence de leur décoration. Au rez-de-chaussée de chacun est une grande porte à arc surbaissé, à tympan ajouré, et encadrée de statuettes dans des niches, sous des dais. Au-dessus, deux étages de galeries, surmontés d'une rose, dont Tarmature intérieure est une croix. Un pignon, percé d'une petite rose et de deux oculi, couronne l'étage de la rose, et est accosté de deux clochetons supportés par des tourelles prenant naissance au premier étage. Un motif décoratif: chiffre de sainte Agnès et de saint Eustache, tête de cerf entre les bois de laquelle apparaît la croix, deux palmes, rappellent les deux saints personnages auxquels le monument est consacré. Deux étages de contreforts contrebutent la maîtresse voûte, dont la hauteur extraordinaire a motivé un appareil de soutien aussi imposant ; ils sont entre-croisés par les contreforts qui remplissent le même office aux côtés des portails latéraux. Des terrasses, bordées de balustrades, s'allongent partout. Une ornementation classique, composée de pilastres doriques, de métopes, consoles, patères, triglyphes, volutes, corbeilles, grecques; un mélange d'ornements gothiques : gargouilles figurant des êtres humains ou des animaux, feuillages, etc., donnent à toute cette partie de l'édifice un cachet inattendu et original, mais qui déroute les partisans de la séparation des styles et des genres. A l'abside, un comble conique, comme on en faisait au XVIT siècle dans les châteaux, couronné d'un élégant campanile, surmonte la chapelle de la Vierge, qui fait une forte saillie sur le chevet. L'architecte a dû restreindre l'espace des chapelles, au midi, à cause de l'étroitesse du terrain concédé; mais il a été assez habile pour que cette circonstance malencontreuse ne nuisît en rien à l'aspect général.

L'intérieur de l'église frappe aussitôt le visiteur par ses proportions grandioses et magnifiques. Le plein cintre triomphe partout, sauf dans

les hautes fenêtres. Des baies innombrables, superposées sur quatre

rangs, aux chapelles, aux collatéraux, à la galerie, à la maîtresse voûte, distribuent une lumière qu'assourdit à propos la pierre. Des piliers s'élancent à des hauteurs considérables, ainsi que des colonnes de tous styles : doriques, ioniques, corinthiens, composites : parfois, sur la face des

liiisuclie.

piliers, des consoles ont été disposées, sur lesquelles s'appuient des colonnettes ou des pilastres. Le triforium ajouré, très exigu, contribue encore à accroître l'impression de hauteur des grandes arcades. Comme il était habituel à ce temps, les voûtes sont entrecoupées de croisées d'ogives trop nombreuses, qui servent moins à épauler qu'à orner, et qui se réuaisseat au centre en des clefs de voûte de dimensions énormes, et d'un travail tout à fait remarquable ; ces clefs présentent des écussons, comme celui du chancelier Séguier, bienfaiteur de l'église, des apôtres en pied, des feuillages, ou des tètes d'anges. Comme dans tous les arts en décadence, c'est aux détails, même destinés à être invisibles, qu'essaie de se singulariser l'artiste ; le détail est très soigné à Saint- Eustache.

On remarque, en outre, les vitraux du chœur et de rabsider-dus à un certain verrier du nom de Soulignac, qui a figuré les apôtres, et les dif-. férents épisodes de la vie du saint patron, rapportés dans la Légende- Dorée de Jacques de Voragine. Le banc d'œuvre a été exécuté par Lepautre, sur les dessins de Cartaud; le duc d'Orléans le paya 20.000 livres. Quatre statues sculptées par Jacques Sarazin pour Tabside, ont disparu pendant la Révolution. A la neuvième chapelle, est le magnifique monument de Colbert, œuvre de Coysevox ; le grand ministre a été représenté à genoux sur son tombeau, entre la Religion et l'Abondance ; la figure de la Religion est de Tuby ; des accessoires ont été détruits. C'est Ducroquet et Balk qui ont reconstruit Torgue, en 1844; les musiciens s'accordent à déclarer qu'il est un des meilleurs qui existent ; de fréquents concerts de musique sacrée permettent d'en apprécier l'excellence ; peu de temps avant sa mort^ Listz y exécuta sa splendide messe de Gran.

L'église Saint-Gervals, près de THôtel de Ville, ne présente pas la belle unité de plan de Saint-Eustache : elle a remplacé une très vieille église mentionnée déjà par Téyêque de Poitiers, Fortunat. Certaines de ses parties sont de la fin du xv^ siècle. La façade actuelle a été construite par Salomon de Brosse, et inaugurée par Louis XIII en 1616; elle est composée de trois ordres superposés : dorique, ionique, corinthien, avec corniches et guirlandes ; la grande porte s'abrite sous un fronton ; deux petites portes et deux statues dans des niches encadrent la porte centrale et les deux fenêtres des étages ; le tout est couronné d'un fronton à amortissement en segment de cercle, qui supporte une croix. Cette architecture nouvelle n'est pas déplaisante, si elle est moins dégagée que l'amortissement en flèche. Les transepts sont de la fin du xvr siècle ; la tour est de même date, et sans doute aussi, la chapelle de la Vierge, qui a de grandes proportions. L'étroitesse de l'église fait valoir la hauteur presque démesurée de la maîtresse voûte.

Saint-Gervais est plus intéressant par sa façade et les monuments qu'il contient que par lui-même. Les stalles du xvr siècle méritent de retenir l'attention par les petits sujets très curieux qui ornent les miséricordes, et qui figurent, dit Guilhermy : « un écrivain à son pupitre ; un architecte mesurant des pierres, en présence de son appareilleur ; un boulanger qui met la pâte au four ; des croissants enlacés (c'est l'emblème de Henri II) et des mascarons; une tête d'homme agencée avec des guirlandes ; un homme accroupi, coiffé d'un bonnet à oreilles d'âne, qui souille une porte, tandis que le propriétaire de la maison le regarde d'un air piteux ; des vendangeurs dans une cuve ; un génie dormant sur un tom-

beau, le bras appuyé sur une tète de mort; un rosier ; trois personnages

en prières ; une querelle entre deux hommes ; un cordonnier à son établi, tout entouré de chaussures ; deux rôtisseurs ; une sirène ; un animal fantastique; une salamandre couronnée ; un batelier dans sa barque ; un

Portail de Sjiiit-Gtr

lion ; un homme ou; un porc qui mange avec gloutonnerie... <>. Les verrières, attribuées à Robert Pinaigrîer et Jean Cousin, jouissaient d'une grande réputation ; elles ont été fort maltraitées par le temps et les hommes; le jugement de Salomon à la fenêtre de la seconde chapelle méridionale du chœur, et qui est daté de 1531, permet de se faire une idée de la magnificence de ces vitraux. A la chapelle de Saint-Denis, est une Passion peinte sur bois, d'un travail absolument remarquable, et que

l'on a attribuée à Albert Durer, Il convient de mentionner la couronne en pierre, sous forme de clef pendante, de deux mètres de diamètre, datée de 1517, ornée d'une tour et d'une étoile [turris eburnca^ Stella matutina), qui semble descendre de la voûte pour reposer sur la tête de la Vierge ; et enfin formant lunette au-dessus du banc d'œuvre, un fragment égaré de V Assomption de Pérugin, conservée au musée de Lyon.

IB ^ '"'^-^^ '^Si^^^^^llB

Tour Saini -Jacques.

Non loin de cette église est la Tour Saint-Jacques, qui faisait partie autrefois de l'église Saint-Jacques de la Boucherie, aliénée en 1797. Elle tut construite de 1508 à 1512 ; cest l'imagier Rault, qui tailla la figure colossale de saint Jacques le Majeur avec l'aigle, le lion et le bœuf, symboles des quatre Évangélistes, remplacés ou restaurés depuis avec beaucoup d'art, et qui continuent, du haut de la tour, à contempler l'agitation de ce quartier si fréquenté. La tour a été achetée, pour 250.000 francs, en

1838, parla municipalité, qui en fit, sous le second Empire le motif principal d'un square anglais duplus pittoresque effet. Sous le porche, est la statue de Pascal (par Cavelier), qui, eu cet endroit, procéda à ses expériences météorologiques. Il y a trois étages de fenêtres, celles du dessus, très étroites et d'une très grande élégance ; les angles sont décorés de niches élancées aux fines découpures ajourées, dépouillées, pour la plupart, des statues

Fortaii de Sain

qu'elles abritaient. La tour Saint- Jacques est un des monuments les plus populaires de Paris.

L'église Saixt-Étikxnk di; Miint partage avec elle cette faveur. C'est une des plus imposantes et des plus artistiques de la capitale. Elle s'élève sur l'emplacement d'une ancienne église édifiée on 1220 pour les ressortissants de l'abbaye Sainte-Geneviève, et qui s'appela d'abord Saint- Ëtienne. Les plans furent fournis dès 1490; mais on ne commença les travaux qu'en 1517. On entreprit d'abord l'abside; le chœur fut achevé en 1537, grâce à la diligence de l'abbé Philippe Lebel. En 1541, l'évêque de Mégare bénit les autels; on travaillait encore en 1563; le jubé est

yS PARIS

de 1600; la chapelle de la Communion de 1605 î l^s portails de 1609 à 161 8 ; la chapelle de la Vierge de 1661. En 16 10, Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, avait posé la première pierre du grand portail. Le 23 février 1629, Gondi, archevêque de Paris, procéda à la consécration solennelle.

Le grand portail occidental est une œuvre gracieuse d'un architecte inconnu. Il comprend, au rez-de-chaussée, un péristyle gréco-romain, supportant un fronton, et abritant une grande porte médiane, deux niches latérales et deux bas-reliefs, entre quatre colonnes de style composite. Au-dessus, est un fronton courbe sous lequel s'arrondit une rose, accostée de deux niches : au-dessus encore, est un deuxième fronton triangulaire fort aigu, dans l'angle duquel est placée une petite rose ; le tout accosté de la tour carrée, munie de son campanile, et des extrémités des collatéraux, qui, avec leurs petites portes, la nudité de leurs parois, et leurs hautes fenêtres géminées, semblent faire partie d'une habitation seigneuriale, plus que d'une église. La sculpture des roses, des pilastres cannelés, des guirlandes, des rinceaux, des modillons et des rosaces est d'une finesse et d'une élégance extrêmes.

L'intérieur n'est pas moins capricieux, et d'une fantaisie originale et charmante. La voûte principale et les voûtes latérales s'élèvent à une grande hauteur sur des piliers ronds, sans chapiteaux ornés et sans colonnettes pour supporter les grandes arcades, qui mordent directement sur eux. Ces arcades ne sont qu'une feinte supportant une légère galerie et raffermissant les piliers contre la poussée formidable de voûtes aussi élevées ; de petites tourelles la continuent autour de ces piliers; mais elle s'arrête au transept, pour reprendre autour de Tabside. Guilhermy constate que cette anomalie étrange, mais non sans charme, se retrouve à la cathédrale de Rouen, et dans l'abbatiale de la ville d'Eu. Elle méritait d'être signalée et hautement appréciée. On remarquera que le plein cintre est habituel dans la nef, et Tare en tiers-point à l'abside ; le transept est la ligne de démarcation entre les deux systèmes. Les voûtes, surtout dans cette partie du monument, sont sillonnées de nervures qui retombent en énormes clefs pendantes, d'une fine sculpture.

Le chœur est barré d'un fort beau jubé, seule construction de ce genre qui ait subsisté dans les églises de Paris ; il n'en est que plus digne d'intérêt. Il est l'œuvre de Pierre Biard, qui, avec une audace couronnée d'un plein succès, a jeté, entre les deux piliers du carré du transept avoisinant le chœur, un arc surbaissé supportant une galerie à balustrade, à laquelle on accède par deux escaliers qui s'enroulent en spirales autour

des piliers ; des anges en occupent les écoinçons. De chaque côté, dans les nefs latérales, des portes continuent le jubé, entre des pilastres cannelés, sous un fronton triangulaire qui soutient des statues assises, du plus

décoratif effet. Les balustrades sont ajourées en entrelacs, palmes, rinceaux, festons, motifs charmants, produisant l'impression d'une délicate vannerie, ou de ces décorations élégantes, si fréquentes dans l'ornementation arabe de l'Alhambra et du Ciénéralife à Grenade.

On admire aussi la chaire, dessinée par Laurent de la Hire, et sculptée

par Claude Lestocard ; elle est supportée par Samson et ornée des figures des Vertus, des quatre Évangélistes, et de scènes empruntées j\ la vie de saint Ktienne. Quatre statues de femmes, en bois, épaulaient la châsse de sainte Geneviève, qui fut fondue en 1793; elles sont maintenant au Louvre. De l'antique tombeau, il ne reste plus que la vieille pierre, qui conserva les restes de la sainte depuis 512 jusqu'à la Révolution. Dans

Jubé de Saint-Eiieii[

les bas côtés, sont encore deux tableaux votifs, peints par les de Troy, pour la Ville, en reconnaissance des bienfaits de la Patronne de Paris pendant l'hiver de 1710 et la disette de 17^5. L'église abrite les cendres de Racine et de Pascal, ramenées de Magny-les-Haraeaux, après la destruction de Port-Royal-des-Champs, et celles du peintre Eustache Lesueur.

Les verrières sont d'une particulière beauté, et datent des xvi' et xvil* siècles ; des artistes très habiles y ont collaboré, entre autres Claude Ilenriet, Jean Cousin, Michu, Enguerrand le Prince, Pinaigrier, François Périez, Nicolas Desengives, Nicolas Levasseur, Jean Monnier.

LA RENAISSANCE 8i

Ils ont été Tobjet d'études sérieuses par Pierre Levieil dans son Traité de la peinture sur verre. C'est une illustration presque complète des Ecritures, avec des visions apocalyptiques et des allégories en assez grand nombre. Sauvai prétend que le vitrail, dans la septième chapelle, contient les portraits du pape Paul III, de l'empereur Charles-Quint, de François I", du roi d'Angleterre Henri VIII et du cardinal de Chàtillon. Guilhermy est moins affirmatif là-dessus que son devancier. Des témoignages contemporains montrent que les paroissiens de Saint-Ktienne du Mont, comme la présidente de Viole, dame d'Andresel, et un marchand de vins, nommé Le Juge, rivalisaient de zèle pour décorer à leurs frais les fenêtres de l'église de splendides verrières.

ARCHITECTL'RE CIVILI^

Les édifices civils, que nous a laissés la Renaissance, sont de première importance, et d'un art plus achevé, semble-t-il, que celui des églises de la même époque, au rebours du moyen âge, où l'art religieux prime tout, comprend tout. Il convient de mentionner à ce moment la part glorieuse que prit le roi François i" à hi rénovation de l'architecture. C'est lui qui entreprit de détruire le vieux Louvkk, et de reconstruire un palais digne de la royauté. On démolit le donjon en 1527, et les travaux commencèrent en 1547 sous la direction de Pierre Lescot pour Tan hitecture, et de Jean Goujon pour la sculpture. Le plan comprenait quatre façades en carré avec des pavillons aux angles. Sous François I'^' et Henri II, furent construites l'aile occidentale, et celle du midi jusqu'au guichet du pont des Arts. Le travail n'avança qu'avec une grande lenteur sous les règnes de François II, Charles IX, Henri III et Henri IV.

Guilhermy a décrit en excellents termes l'œuvre de ces deux collaborateurs de génie : « S'il y a dans le Louvre quelque chose de fin, de délicat, d'harmonieux, de la correction sans froideur, de la régularité sans monotonie, c'est dans les façades de Pierre Lescot que l'œil va tout naturellement le chercher... Lescot a composé son élévation de deux ordres, Tun corinthien, l'autre composite, et d'un attique. Des avant-corps viennent jeter du mouvement dans la disposition des lignes. Des plaques de marbre de différentes couleurs, incrustées au-dessus des portes, ou encadrées

dans les médaillons ou dans les frises, animent de leurs reflets les tons

8i PARIS

monochromes de la pierre. A chaque étage, les baies varient de formes et de dimensions. Dans Tattique, des frontons demi-circulaires offrent à la sculpture un libre espace pour dOvelopper ses richesses. Plus haut, une crête adroitement ouvragée, se découpe sur le ciel en gracieuse dentelure. Au rez-dechaussée, six œils-de-bœuf s'ouvrent au dessus d'un, pareil

f-rjnço.

nombre de portes percées dans les avant-corps; c'est à leurs côtés que Jean Goujon sculpta, en bas-relief, dix figures allégoriques du dessin le plus suave et de l'exécution lu plus habile. Les frises sont charmantes ; des élèves de (ioujon les ont décorées du chiffre de Henri I [ et de celui de Catherine de .Médicis, de branches de laurier et d'olivier, de guirlandes, de lions, d'attributs de guerre, de chasse, d'enfants, de satyres, de croissants, de têles de Diane, de lévriers. Il semble que le ciseau se soit joué sans peine dans toutes les parties de cette ornementation Dans les fron ■ tons de l'attiquc et dans les intervalles de ses fenêtres. Paul Ponce a

taillé des figures symboliques de grand style, et des trophées de travail exquis. » Jean Goujon représenta des Victoires, des Renommées, l'Histoire, le Commerce, la Poésie, la Navigation et la Guerre ; Paul Ponce, la Terre, la Mer, un satyre, un faune, l'Abondance, -Mars, Bellone, des Génies, deux captifs. Quand on détruisit l'attique sud, des figures dues à Paul Ponce furent descendues ; deux sont sous le vestibule de la colonnade, les autres à l'ivcole des Beaux- Arts.

De cette époque date aussi la salle des Cents- Garde, dite depuis salle des Cariatides. lille servit longtemps pour les fêtes de la cour. La tribune, nù ^e tenaient les musiciens, est supportée par quatre cariatides, qui sont des chefsd'œuvre de Jean lioujim.

KUes ont été sculptées d'un art calme, si-rein. d'une |'Ureté de forme admiralilc ; ■ vêtues de longues rolius.

dessinant sur leurs corps divins des plis harmonieu.\.

elles font songer à leurs merveilleuses sa-urs de l'Acropole qui, sous les architraves de l'Krechtheion .

semblent porter dans les nues lu gloire de Phidias et de son école. Un marché, signé le 5 septembre 1550, accordait à Jean Goujon 750 livres tournois : 46 pour le modèle en plâtre, et 80 écus pour chaque cariatide.

Catherine de .Médicis commença la construction de la petite galerie, qui ne devait comprendre qu'un rez-de-chaussée ; de nouveaux portiques s'étendirentjusqu'au pavillou de Lesdiguières. Henri IV, pour s'assurer, paraît-il, une sortie en cas d'émeute, résolut de réunir ces bâtiments aux Tuileries, qu'avait fait construire dès 1564 Catherine de Médicis, après la

dilii-Tine Je MiJicis.

on du Cabinet Ji-s Kstampcs.)

mort de Henri II, au tournoi de l'Hôtel des Tournelles, et dont elle confia la construction successivement aux architectes Philibert Delorme et Jean BuUant. C'est l'architecte Jacques Androuet du Cerceau qui reçut la mission de construire la galerie à grands pilastres composites entre le pavillon de Lesdiguières du Louvre et le pavillon de Flore des Tuileries. Son œuvre fut continuée, après son exil à la suite de malentendus politiques et religieux, par Etienne Dupérac et Thibault Metezeau, qui, sur les por-

Hitcl de Ville.

tiques des Valois, ajoutèrent un entresol et un premier étage, afin d'arriver à la hauteur des bâtiments d' Androuet, tout en respectant le style de l'ornementation. Ainsi fut construite cette immense galerie au bord de l'eau, qui est véritablement une belle œuvre. On remarquera la frise du portique des Valois, exécutée sous Henri IV, par Pierre et François Lheureux, qui ont représenté d'une façon exquise des jeux d'enfant et des joutes de génies grimpés sur des dauphins. Le Louvre, tel qu'il était à la mort de Henri IV, en 1610, se composait donc des deux ailes de Pierre Lescot ; du portique construit par Catherine de Médicis, sur le jardin de l'infante, et qui supporta, sous Henri IV, la galerie des Rois, depuis, galerie d'Apollon; des bâtiments jusqu'au pavillon de Lesdiguières; du

rez-de-chaussée, de l'entresol et du premier étage, longeant la Seine, et rattachant ce même pavillon au pavillon de Flore, extrémité des Tuileries, Nous verrons plus tard les additions et changements, souvent malheureux, apportés à cet ensemble aux xviT et xviu" siècles.

Il ne reste rien de l'ancien Hùti:l di-; ViLi.i-; de Paris, incendié sous la Commune. Avant qu'il fût construit, les nautes, ou commerçants par

Hôtel de Viile. FaçaJ.

eau, mcrcalon-s tiqiid' purisiaci, se réunissaient, au temple des Capétiens, dans la Maison à la marcItanJisc, puis au Parloir aux bottrgcois, prés de la prévôté de Paris ou Châtelet; enfin, à partir de 1357, à la Maison df grève ou Maison aux piliers v fi cause, dit Du Breul, que les édifices proéminents en la Grève, etsoutenus par des piliers, faisaient au-dessous une rue couverte, comme l'on voit à la Tonnellerie, et aux halles du côté des potiers d'étain... » lille était située sur l'emplacement actuel. Au xvi' siècle, elle était devenue trop petite pour les multiples services qu'elle devait contenir ; aussi les échevins résolurent-ils de procéder à sa reconstruction. Une inscription montre que le roi François I"

- I-t Mutiquti. l'Ulond pjc Gervei.

en posa la premiers ])icrrc le 15 juillel 1533, a!.si«,ié de Pierre Viole, prévôt des marchands, des échevius, ei de l'architecte Dominique de Corlone.

dit le Boccador. Une controverse a été soulevée relativement à ce dernier; il paraît établi que c'est bien le Boccador qui fournit le plan ; mais il fut assisté dans la conduite des travaux par quatre autres architectes, Jacques Arasse, Jehan Asselin, Loys Caqueton, et surtout Pierre Sambiches ou Chambiges, qui travailla à Saint-Germain, à Fontainebleau, et peutêtre même au portique de Catheiine de Médicis, élevé au Louvre, Les

Ilôlel Cjrnavjlt't. — Cour

travaux furent achevés seulL-mcnt vers jôio, sous la direction d"un architecte parisien, Martin de La Vallée.

La façade du Boccador était d'un art élégant et habile ; elle se composait d'un corps central percé d'une haute porte à arc en plein cintre, accostée de six fenêtres, d'un étage de sept fenêtres, et d'un étage de comble orné de trois mansardes, dont celle du milieu, plus haute, contenait une horloge, et couronné d'un haut campanile terminé par un lanternon. De chaque côté de ce corps central, était un pavillon, ajouré au rezde-chaussée d'une large porte, et composé d'un étage à deux fenêtres carrées, d'un deuxième avec deux fenêtres en plein cintre, d'un comble,

garni d'une mansarde, chaque pavillon étant accosté sur le flanc d'une petite tourelle carrt-e, munie de sa fenêtre à chaque étage et couverte aussi par un petit comble grêle et indépendant. Celte (açade avait &o mètres de long sur la place de (irève

V.n if'.iâ, à cause de sim insuffisance notoire, on dut agrandir TMotel de Ville, aux dépens de l'hôpital du Saint-Esprit, de l'église Saint-Jean en (irêve et du quartier pitl(>res(iue, qui environnait la Maison Municipale.

On éleva deux ailes de < liaque cùlé de la favade ilu Iloccadur, et on fit An rectangle de constructions avec nouvelle façade sur la place I.obau. Après l'incendie de if*:!. fut nomme un jury chargi- de désigner l'architecte ijui procéderait à la reconstruction dans le plus bref délai ; MM. Halluel Deperthes ont été choisis eu ['^7,; (.)n doit les louer d'avoir mis en valeur la faviidedu Boccailor, reconstruite avec un soin scrupuleux, en alignant deux ailes latérales en retrait sur celle ci Une centaine de niches, à tous les étages, abritent les statues des Parisiens illustres dans les sciences, les arts et les lettres. I.'llotel de Ville contient en outre une foule de toiles, dues aux artistes les plus en renom, en tète desquels i'uvis de Chavannes, qui a orné un vestibule de deux peintures magis-

traies, d'une inspiration émue et vigoureuse, à la fois, VEtê et l'Hiver, et dont on voit aussi, dans un grand escalier, V Apothéose de Victor Ifi/go .

L'IIÔTiii, Carnavalet, rue de Sévigné, est une dépendance de l'Hôtel de Ville ; il contient le Musée historique de la Ville ; la Bibliothèque

Fj^.,J:: dii U M.iiion des Drapi

historique, fondée par Jules Cousin, en a été distraite en 1 897 pour s'installer plus à l'aise dans un hôtel tout proche (relié d'ailleurs au premier par une galeriequi passe à travers le lycée de jeunes filles), l'Hôtel Lepelletier de Saint-l-"argeau. L'Hôtel Carnavalet fut commencé en 1544 pour le président de Ligneris, par Pierre Lescot, qui s'associa Jean Goujon pour la sculpture. En 1578, Françoise de la Baume, dame de Carnavalet, I9 racheta ; il fut continué par Androuet du Cerceau et, plus tard, par François Mansard. M""' de Sévigné l'habita de 1677 à 1698 ; enfin, après avoir eu diverses affectations, il fut acquis par l'administration munici-

pale en 1 867 pour abriter les collections municipales. Il représente ce que pouvait être une élégante demeure seigneuriale sous l'ancien régime, o Le portail d'entrée, dit M de Champeaux, est décoré d'un arceau encadré de bossages dont le tympan est occupé par deux enfants soutenant un cartouche; sur la clef de voûte, se détache une figure allégorique. Deux bas-reliefs, placés à ilroite et à gauche, représentent des lions marchant.

accompagnés de trophées d'armes, Ces derniers sont attribués à Paul l'once, ainsi «jue les mascarons de l'aile gauche intérieure. L'arc de la cour est décoré de deux \'ictoires couchées et d'une ligure allégorique formant la clef . Oualre figures de femmes, symbolisant les saisons, sont sculptées sur la façade du corps de logis « -Hais si les Victoires et les basreliefs allégoriques de l'entrée sont évidemment de Jean Goujon, les quatre saisons doivent être de quelqu'un de ses élèves. Sur le jardin a été réédiliée la belle façade de ta M.iison des lirtipicrs, avec les armoiries de Pari-, entre deux Cariatides.

Tout prés, s'élève l'HôTKl, LAMitU.NoN.à l'angle des rues Pavée et des

Francs-Bourgeois. Une fille légitimée de Charles IX et de Marie Touchet, Diane de France, en avait commencé la construction ; il fut achevé par Charles de Valois, duc d'Angoulême, et racheté, au siècle suivant, par la famille Lamoignon. ( Il présente, dit Auguste Vitu, la physionomie sérieuse d'une forteresse monumentale, et est cependant orné, sur les murs et dans les frontons, de croissants, de cors de chasse, de têtes de cerfs et de chiens, par allusion au nom de Diane de France. Il est occupé

Maison de François I"'.

par une vinglaine d'industries, parmi lesquelles domine celle des produits chimiques, » Cependant, malgré ces industries, l'édifice garde encore son grand caractère.

De ce genre est aussi, dans le quartier lointain de la Bièvre, rue du Fer-à-Moulin, I'Hôtel di-: Scipiox Sardini, qui fut un financier italien au service des Valois, et écuyer de Henri II ; il sert maintenant de boulangerie centrale pour les hospices de Paris, On y ^disiingue encore des médaillons en terre cuite, comme ceux habituels dans l'architecture milanaise, sculptés de figures en bustes, et, en outre, des arcades et des armoi-

II convient de mentionner également la Maison de François I", bien

qu'elle ne soit devenue monument parisien que par occasion. C'était un pavillon de chasse, construit à Moret, pour le roi, en 1 523, sur les confins de la forêt de Fontainebleau; un amateur l'acheta sous la Restauration, le fit démolir, et reconstruire pièce par pièce sur le Cours-la-Reine, où il ne laisse pas d'intriguer le passant par sa singularité. Sur une terrasse

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bordée d'une balustrade, cette maison est composée d'un rez-de-chaussée percé de trois arcades, et d'un premier étage ajouré de dix-huit fenêtres surdeux rags superposés. Au-dessus des fenêtres se déroulentdeux frises, qui représentent des scènes de vendanges, dont la sculpture est encore inspirée de la première Renaissance; les médaillons de Louis XII, Anne de Bretagne, François I", Marguerite de Navarre, Henri II,

Diane de Poitiers, François II sont modernes. On lit cette devise sur la corniche :

QUI SCIT FRENARE LINGUAM SENSUMQUE FORTIOR EST ILLO QUI FRANGIT VIRUBUS URBES.

L'admirable P\intaine dks Innocents est d'esprit plus classique ; elle est due à la collaboration de Pierre Lescot et de Jean Goujon. Placée à un angle de rue, près de l'église des Saints-Innocents, elle avait deux façades comprenant trois arcades, accostées de deux pilastres de chaque côté encadrant une nymphe, et surmontée d'un entablement, que couronnait un fronton triangulaire. L'ensemble était harmonieux et élégant. En 1785, à la démolition de l'église, on lui ajouta une quatrième arcade, de façon à en faire un édicule isolé, avec deux pilastres, une corniche et trois nymphes de Pajou. Enfin, le percement du boulevard Sébastopol fut cause qu'on la déplaça encore, et qu'on monla le pavillon sur un château d'eau fort élevé et que ni Pierre Lescot ni Jean Goujon n'avaient prévu. On a crié au vandalisme ; le mot est un peu gros pour qualifier une transformation, d'ailleurs regrettable, mais inspirée par de bons sentiments, et une admiration qui eût gagné à être plus éclairée. Tous ceux qui aiment l'art ne se lassent pas d'aller admirer les nymphes de Jean Goujon : ce sont des femmes élancées, vêtues de tuniques qui font sur leurs corps de longs plis moulant les contours et les lignes de la chair, et douées d'une grâce juvénile sans égale. Les Cariatides du Louvre provoquent l'admiration par leur majesté calme et sereine ; en sculi)tant les nymphes des Innocents, Jean Goujon a prouvé qu'il pouvait aussi exécuter des œuvres d'une inspiration moins élevée, il est vrai, mais d'une grâce, d'un esprit, qui témoignent d'un génie égal. Kt c'est un plaisir de fermer sur cette exquise vision le chapitre de la Renaissance à Paris.

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