ED. BATISTE
ce que disait Hossini, très sarcastique, comme on sait; mais Batiste le prit du bon côté et c’était l’essentiel!
L’habitude d’une pédagogie élémentaire avait amené cet esprit, cependant assez cultivé dans son art, à d’extraordinaires conclusions. C’est Batiste qui, dans le jury d’un concours de fugue au Conservatoire, fit écarter les deux tiers des concurrents après avoir rallié ses collègues à cette théorie : « La fugue est un rébus; il faut le trouver! »
Jamais Bach, Hændel ou Mozart, dans ses messes, n’ont vu la question sous cet angle... heureusement!
Du reste, les musiciens appartenant à la génération de Batiste étaient, en quelque sorte, les victimes d’une éducation musicale bornée aux plus étroites théories. Cherubini, qui fut directeur du Conservatoire de 1822 à 1842, en était le promoteur; et son influence n’est pas encore complètement effacée rue Bergère.
Cherubini, qui dans ses œuvres fut presque un homme de génie, avait apporté d’Italie les plus sévères formules scolastiques, et les maintint avec une inexorable fermeté. Procédant de
l’Ecole de Bologne, le contrepoint et la fugue, sous sa direction, devinrent pour les élèves de véritables menottes. On ne pouvait rien écrire en dehors d’une banale série de contours immuablement consacrés; et encore! Car Barbereau, qui avait obtenu le prix de Borne en 1824, s’en était tenu à sa cantate de concours, déclarant avoir reconnu qu’il était impossible d’écrire trois notes sans commettre deux fautes! Excuse commode et h la portée de tout le monde!
Cherubini niait Bach, l’ancêtre d’une technique musicale qui fut celle de Mozart et de Beethoven et qui, très heureusement, est redevenue celle de notre temps, après un entr’acte de quarante ans dû à Cherubini.
Je ne me suis autant attardé à Batiste que parce que ces considérations, en l’expliquant, expliquent aussi la plupart des musiciens de son temps. Il leur fallait faire le devoir donné d’après le moule habituel : et lorsqu’on feuillette tous les premiers prix d’harmonie ou de fugue de 1820 à 1860, ils se ressemblent à ce point que, ceci, signé Montfortou Bazin, pourrait aussi bien l’être de Batiste ou d’Elwart.