VICTOR HL'OO
qui en prit 1 initiative sur un ton assez dégagé :
« Mon cher enfant,... heu!..., heu!..., il demeure entendu, n’est-ce pas, qu’il est inutile de raconter ce petit incident? »
Et Plouvier riait aux larmes en rappelant ce trait de caractère, sur lequel quinze ou vingt ans avait passé sans parvenir à l’effacer de sa mémoire.
Un autre trait rend au poète un geste qui lui était heureusement plus familier.
A la suite du coup d’État de 1851, Victor Hugo s’était réfugié à Bruxelles avec son fils François-Victor. Pendant les premiers jours, les deux voyageurs avaient cru de leur sécurité d’aller se loger sous un nom d’emprunt, dans l’un des faubourgs de la ville.
C’était un quartier populeux et ouvrier, de grande animation aux premières heures du jour, mort et désert le soir venu. La maison qui abritait le poète et son fils était une sorte de masure composée d une petite boutique au rez-de-chaussée et de deux chambres au premier.
L’une Je ces chambres fut louée aux fugitifs; l’autre était habitée par la propriétaire, une vieille marchande de tabac qui, dès 1 aube, descendait pour recevoir sa clientèle.
Au bout de deux ou trois jours, cette femme (it remarquer à Victor Hugo que son fils François-Victor avait décidément des habitudes noctambules qui ne s’accommodaient pas avec les siennes; ayant reconnu qu’après huit heures, le soir, personne n’entrait dans son débit, elle s’était accoutumée à le fermer de très bonne heure afin d’être prête à l’ouvrir, au contraire, dès quatre heures du matin, c’est-à-dire au moment le plus favorable à la vente.
Comprenant les raisons de la plaignante, Victor Hugo lui tint à peu près ce langage :
« Madame, vous ne changerez rien à vos habitudes, et mon fils ne changera rien aux siennes; à partir de ce soir, vous monterez vous coucher à huit heures et j’attendrai mon fils en gantant la maison. »
Ainsi fut fait.
De sorte que, si dans ce quartier désert, vers neuf ou dix heures du soir quelque fumeur attardé venait à passer, il pouvait voir, derrière un petit