A L’OPÉRA. — A. DE CASTILLON
'année 18GA marque une étape décisive dans
1 J ma vie d’étudiant. Fidèle au plan de ce travail, je ne la rappelle que parce qu’elle présente au lecteur deux ligures attachantes.
Depuis cinq années, donc, je travaillais sans relâche et, âgé de plus de vingt ans, je n’en étais arrivé, en somme, qu’à ce point où se trouvent la plupart des musiciens vers l’âge de dix ou douze ans. Je savais très bien la théorie de la musique et assez bien le solfège; je jouais médiocrement du piano et j’avais écrit de A à Z, sans y retrancher une note, tout le traité d’harmonie de Bazin, non sans avoir lu et annoté presque tous les autres.
Dès cette date j’aurais pu chercher à entrer, au Conservatoire, dans Une classe de composition; mais ie me sentais si novice, que la seule
PARTS, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN
pensée de me trouver en contact avec une jeunesse dès longtemps entraînée me donnait le vertige !
Cependant il me fallait un maître; car jusqu’à ce jour, je n’avais eu pour mes études d’harmonie que les conseils de deux jeunes musiciens de talent et de savoir, certes, mais n’ayant encore acquis aucune pratique de l’enseignement; leurs tâtonnements ne faisaient donc que s’ajouter aux miens.
L’un était un Espagnol du nom de Joaquin y Ferez; élève du Conservatoire de Paris, peu après avoir entrepris mon éducation, il retourna dans son pays et je n'en ai jamais entendu parler. Il me confia aux bons soins de l’un de ses camarades de classe, Barlhélemi Laurent, dont la carrière de professeur devait être fort honorable.
C’eût été manquer à toute reconnaissance que de ne pas rappeler leur nom ici.
Je m’ouvris donc à mon père au sujet de l’urgence qu’il y avait à se confier à un maître expérimenté. Une scène touchante eut lieu. Partagé entre son affection et sa volonté formelle de ne pas favoriser ce qu’il considérait comme