BLONDEL, BENOIST, HURAND, LISZT
k avril 1866, Victor Massé fut nommé pro-
fesseur de composition au Conservatoire en remplacement de Leborne qui venait de mourir.
Depuis deux ans que je travaillais avec lui, Massé m’avait plusieurs fois proposé de me faire entrer au Conservatoire; mais à mon affectueux désir de ne pas me séparer de lui, se joignait encore — ainsi qu’il a déjà été dit — une appréhension très vive de me trouver brusquement en contact avec des jeunes gens plus anciennement entraînés.
Massé devenant professeur à son tour, la moitié de mes objections disparaissait. Or, le matin de sa première classe, j’allai donc chercher mon maître chez lui, et ce fut appuyé sur
mon bras qu’il prit possession de son domaine.
En termes affectueux et bienveillants, il me présenta comme auditeur à mes nouveaux condisciples; et l’accueil cordial de ceux-ci ne manqua pas de me rassurer un peu!
Je m’imaginais qu’au Conservatoire tous les élèves de composition étaient de petits Mozart! De là ma crainte d’avoir à me mesurer avec eux. — Au bout de deux ou trois classes, je pus reconnaître que, si mes nouveaux camarades étaient indéniablement plus habiles sur le terrain scolastique, au point de vue de la conception personnelle nous étions tous assez semblables à de jeunes canards barbotant dans la même mare.
Et cela acheva de me rendre confiance.
C’est à cette classe, dont il était un des plus anciens et des meilleurs élèves, que je fis la connaissance de Blondel, musicien modeste, dénué d’ambition, mais de talent très sûr, néanmoins.
Blondel, né des chastes amours d’un chant liturgique et d’une fumée d’encens, avait grandi et vécu au pied des autels, d’abord comme enfant