‹ ParisChapitre 26 sur 58 · BLONDEL · texte numérisé non relu

BLONDEL

de chœur à la maîtrise et puis comme organiste au chœur de Saint-Eustache; fonctions qu'il occupait déjà et qu’il remplit avec une réelle distinction jusqu'à sa mort prématurée.

II avait bien le tour, le je ne sais quoi des gens que leurs occupations font vivre dans le silence des églises. Onctueux, la parole douce, ils glissent plus qu'ils ne marchent; et si vous tenez absolument à conclure sur un point de discussion, vous les voyez s'évaporer, en quelque sorte, et disparaître comme des ombres dans l'indécise clarté des chapelles!

Un sourire indéracinable — avant-coureur des joies séraphiques promises aux parvis sacrés — s'élait moulé sur son visage et ne l’abandonna jamais. Les émotions les plus vives parvenaient à peine à en atténuer la sérénité. Au reste, l'homme, bon vivant, obligeant et serviable était plutôt un aimable compagnon.

Son affabilité d’abord, ses fonctions ensuite m’attachèrent vite à lui; dans le travail spécial où je m’étais plongé, sainte Cécile en personne semblait l’avoir mis sur mon chemin. Je lui soumettais mes harmonisations de plain-chant, et c’est avec une très grande sûreté qu’il les corrigeait.

En outre, à Saint-Eustache, j’allais souvent m’asseoir à côté de lui sur son banc d’orgue, et ses conseils pratiques me devinrent très précieux.

Sous l’influence d’un tel régime, en compagnie des plans de fugues, je n’apportais à la classe que des Kyrie, des O salutarù, des Ave Maria et même des Ave verum! Cette crise la crise des motets — mettait en joie Victor Massé, qui finit par me demander si je me préparais à entrer dans les ordres!

Mais c’était du travail, en somme, et mon maître concluait à l’instar de Basile : « Écrivez, écrivez, il en reste toujours quelque chose ! » L’exercice était d’autant meilleur que je faisais exécuter tout cela le dimanche dans ma petite éulise et pouvais ainsi me rendre compte du résultat pratique.

Wild, qui n’avait pas eu à se plaindre de nos premières publications, grava une partie de ces pages; après lui, et comme les précédentes, elles allèrent dormir du sommeil éternel qui leur est dû dans des recueils de solfège où je devais les retrouver bien longtemps après !

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