L. STAI’LEAl'X
Votre musique ne manquera pas de souligner ce défaut et mon avis est de vous en tenir là! »
Je fus consterné!
Ou pouvais-je espérer trouver un auteur assez confiant pour me remettre un livret?
ltien, que je n’eusse rien dit, mon attitude avait parlé clairement! Barbier sembla prendre intérêt à la situation même; il me questionna quelque temps sur mes intentions, mes projets, puis, tout à coup, il parut frappé d’une idée subite :
« Attendez donc, reprit-il; j’ai écrit, jadis, en collaboration avec mon vieil ami Edouard Foussier, un opéra-bouffon en un acte qui est libre de tout musicien : je vais vous le lire et, s’il vous convient, il est à vous. »
La commotion fut vive! Je n’étais plus consterné, mais littéralement interdit!
Se pouvait-il! Jules Barbier, dont le nom, sur toutes les affiches des grands théâtres, étaitassocié à tant de pièces centenaires me donnait un livret!... En dépit de tous mes efforts, je sentis une larme monter au coin de l’œil et descendre sur ma joue !
Barbier s’en aperçut et parut en être fort touché! Mais il avait déjà disparu et revint un
instant après tenant un manuscrit; il me le lut aussitôt, avec cet art de metteur en scène qu'il possédait jusqu'à la magie et qui aurait mis en valeur le texte le plus insignifiant.
Ce n est pas que cette appréciation s'appliquât à la pièce du maître. Elle est au contraire fort plaisante et d'une bouffonnerie restée de bon ton ; mais, tout de même, l’état d’esprit dans lequel je 1 écoutais, joint à 1 habileté du lecteur, m'incitèrent tout naturellement à la déclarer fort supérieure à l’idée que pouvait s'en faire l’auteur lui-même.
Oui n’eût été jusqu’à cette extrême limite de la reconnaissance en pareille aventure?
II est à peine besoin de dire avec quelle effusion je remerciai mon bote!... Je pris congé avec I agitation d’un caniche qui vient de voler le rôti ! S’il s'était ravisé!...
Dans la rue, je portais le manuscrit de Stapleaux en poche et celui de Barbier dans les mains. A l'Etoile, je savais par cœur les paroles du premier morceau et, dégringolant les Champs- Elysées avec des ailes aux talons, a la Concorde la musique en était faite; le lendemain elle était écrite!