CONCLUSION
'est au milieu d’un chaos d’idées contradic-
toires que se dressait devant moi l’obligation d’en finir avec la bouffonnerie musicale de Jules Barbier!
11 est des situations dont on ne peut sortir qu’en allant jusqu’au bout; derrière soi, toute retraite est coupée!
J’achevai donc la partition de Le Pal et la Corde et la fis entendre à mon éminent collaborateur qui s’en montra satisfait; sous la réserve, toutefois, d’une amusante critique résumant très finement mon propre état d’àme :
« Mon bon ami, me dit Barbier, tout cela est fort bien; mais vous faites chanter notre ténor comme un paladin ; et vous oubliez qu’en somme, il porte non pas une cuirasse, mais un justaucorps jonquille! »
Moralité : Mieux vaut dépasser le but en attendant qu’on sache l’atteindre!
Une audition fut donnée dans l’hiver de 1869, chez Jules Barbier, avec le concours d’amateurs possédant de jolies voix et meme un fort agréable talent. L’effet fut très grand.
C’était vers minuit; on venait d’éventrer les pâtés de foie gras aux croûtes embaumées; les bouchons de champagne sautaient joyeusement dans l’office et le chocolat parfumait l’air ! Si l’on pouvait donner une véritable première représentation dans une telle atmosphère, il n’y aurait peut-être jamais d’autres fours que les petits aux collerettes de papier gaufré qui se bousculent dans les assiettes de Chine!
Ce concours de circonstances rendit évidemment l’auditoire très indulgent. Quoi qu’il en soit, Barbier déclara devant tous qu’il allait lire sa pièce aux directeurs de l’Opéra-Comique; ce qui eut lieu peu après.
Elle fut reçue et les directeurs promirent de fixer un « prochain jour » pour entendre la musique.
Au théâtre, l’habitude professionnelle de la fiction coutumière se retrouve dans la vie réelle.