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La langue latine , introduite avec les lois romaines, effaça peu-à-peu le langage celtique. La religion resta la même; vainqueurs et vaincus confondaient leurs idoles, et le seul bienfait véritable dont l’usurpation de César dota les Gaules , fut l’abolition des sacrifices humains.
Depuis ce moment, et pendant quatre siècles, l’histoire se tait sur les Parisiens et leur Lutèce. La géographie seule nous apprend que cette petite nation fut, lorsque Auguste divisa la Gaule en provinces, rangée dans la Lyonnaise.
Gorrozet et le commissaire Delamarre ont avancé que les deux forteresses connues sous les noms de grand et de petit Châtelets, qui, des deux côtés de la rivière, défendaient la tête des ponts, étaient un ouvrage de César. Cette croyance a été victorieusement réfutée; il est très probable que les Romains durent fortifier Paris, mais ce ne fut qu’après y avoir fondé solidement leur domination, et ils n’employèrent , pour s’y maintenir , que le genre de fortification usité dans toutes les parties de leur empire; ils élevèrent, de chaque côté de la Seine, deux tours en bois, l’une à la tête du pont, l’autre à l’entrée de la cité; et ces tours étaient assez vastes pour contenir le nombre de soldats et les machines
de guerre nécessaires à leur défense. Il est vraisemblable aussi qu’une fois à l’abri des troubles sous l’influence d’un gouvernement puissant, la ville commença à s’agrandir, et jeta sur les deux rives du fleuve les premières habitations de ses faubourgs. Toutefois, il est bien difficile de rien déterminer de très exact sur l’état de sa topographie intérieure pendant la domination romaine, ni sur ses accroissemens progressifs, jusqu’à l’empereur Julien , qui y séjourna plusieurs hivers, avant et après son expédition contre les AJlemands. L’affection que Julien portait à cette ville que, dans son Miso pogon qu’il composa à Antioche , il cite avec tant de complaisance, permet de penser que Lutèce possédait alors tout ce qui était nécessaire au luxe des empereurs et à la suite nombreuse qu’ils traînaient après eux; on devait dès-lors y trouver un palais, des thermes, des arènes; mais comme les dimensions resserrées de l’île ne pouvaient contenir dans la ville proprement dite de tels édifices, il y a quelque lieu de croire que ces constructions romaines s’élevaient au-delà du fleuve. Nul doute qu’un palais n’ait existé dans l’île même, mais aucun historien n’en fait mention; la question est d’ailleurs assez peu importante à éclaircir, puisque, decequi pouvait exister alors, il ne reste plus le moindre vestige!
si l’on n’en excepte une salle des thermes, les ruines d’un aqueduc et quelques autres débris. Les thermes de Lutèce, dont les restes ont traversé quinze siècles pour’ devenir la propriété d’un tonnelier jusqu’à la fin de 1818, ne devaient pas le céder en magnificence aux thermes d’Agrippa , de Néron, de Caracalla, de Gordien et de Dioclétien, dont Rome garde encore d’im.posans vestiges.
Les empereurs Valentinien etValens ont aussi habité Lutèce pendant l’hiver de 365. Trois de leurs lois contenues dans le code théodosien sont datées de cette ville. Ces témoignages, celui d’Ammien Marcellin , et de l’historien Zozime sont des preuves suffisantes, au milieu de l’obscurité de cette époque.
La Gaule , après avoir suivi toutes les chances du colosse romain, devait, abandonnée par lui, devenir la proie du premier envahisseur. Lorsque les empereurs menacés par les hordes barbares et craignant à chaque instant de les voir aux portes de leur palais, transportèrent à Constantinople le siège de l’empire, la Gaule s’ouvrit de toute part à l’émigration des peuples du nord, et des hordes germaniques.
Les Huns , chassés des frontières de la Chine par la guerre civile, vers la fin du ivc siècle, arrivèrent les
premiers conduits par Attila; puis battus à Châlons, après d’effrayans ravages , se jetèrent sur l’Italie , où ils s’anéantirent après la mort de leur chef, vers 45o.
Après eux, accoururent les Alains, du fond de la Sarmatie, fuyant eux-mêmes devant l’invasion des Huns.
Ils passèrent le Rhin, pillèrent la Gaule et l’Espagne , et finirent par s’établir en Portugal.
Les Vandales, sortis de la Suède et réunis aux Alains vinrent en Espagne, ou ils donnèrent leur nom à l’Andalousie, et de là gagnèrent l’Afrique, où ils furent détruits par Bélisaire.
Les Goths et les Wisigoths , aussi d’origine suédoise , arrêtés par les Huns dans leur émigration, et refoulés sur l’Italie au commencement du vc siècle, ravagèrent tout le midi de la Gaule et s’arrêtèrent en Espagne.
Les Hérules et lesGépides, descendus de la Suède, et les Suèves, venant de la Prusse, se réunirent les uns à Attila qui les conduisit en Italie , et les autres aux Alains qui marchaient vers l’Fspagne. Vinrent enfin les peuplades qui ont laissé chez nous leur nom et des traces plu's durables. Ils occupèrent l’est de la Gaule jusqu’à Vienne , pendant tout le V siècle, et n’en furent dépossédés qu’en 53/j par l’irruption des Francs.
Le nom de Francs ou hommes libres n’appartenait pas
à une nation particulière ; il s’appliquait à une confédération de peuples établis au-delà du Rhin. Sur la fin du 111e siècle, ils s’occupaient d’agriculture sur le territoire qu’ils avaient choisi. Un certain nombre s’étaient enrôlés comme stipendiaires dans les armées romaines qui occupaient la Gaule.
Pendant tout le v® siècle, ils profitèrent des déchiremens de l’empire romain pour pénétrer plus avant dans la Gaule. Dès l’année 486, on voit un de ces petits chefs barbares, dont le corps d’armée résidait à Tournay , attaquer les Romains, de concert avec d’autres bandes stationées çà et là autour de lui, et les battre en diverses rencontres. Jusqu’au règne de Clovis, les chefs francs devenus possesseurs des parties des Gaules qu’ils avaient envahies, n’étendirent point leur domination jusqu’à Lutèce ; c’est ce prince que l’on doit considérer comme le véritable fondateur de la monarchie française; il fut le premier qui se rendit maître de Lutèce, et qui en fit la capitale de son nouvel empire.
Avant de cesser de nous servir du nom de Lutèce pour y substituer celui de Paris , recherchons , avec Dulaure, pourquoi la forteresse des Parisiens a quitté ou perdu son nom primitif, et pourquoi le nom de la nation est devenu celui du chef* lieu ïl serait douteux de préciser
l’époque de ce changement. Nous nous bornerons à indiquer les causes les plus probables.
L’invasion des barbares du nord et des hordes d’outre- Rhin avait exposé les Parisiens, jetés sur leur passage, à une multitude d’exactions et de pillages. Le césar Julien, envoyé tout exprès dans la Gaule pour réparer ces désastres, parvint, pendant les années 356 et 357 ^ la purger de ses dévastateurs. Ce prince abolit à cette époque toutes les distinctions qui existaient dans l’ancienne administration. Aux villes colonies, aux cités alliées , libres, amies ou vectigales , aux privilèges de toutes sortes succéda l’égalité de droits. Les chefs-lieux des nations qui n’avaient joui d’aucune prérogative acquirent alors des droits égaux à ceux des anciennes métropoles des colonies, etc. Les institutions de la cité, c’est-à-dire de la nation , furent concentrées dans son chef-lieu , qui reçut dès-lors le titre de cité, avec le nom de sa nation. Ainsi, celui des Parisiens fut transféré à Lutèce qui fut appelée Parisii, d’où les Francs ont fait Paris.
Ce changement de condition politique eut lieu entre les années 358 et 36o.
Les géographes ont donné jusque-là au chef-lieu des Parisiens les noms de Lutetia ou Lutécia Parisiorum;
Strabon écrit Lucotitia; Ptolémée, Lucotecia; Julien, Leuketia; Ammien Marcellin, dans son récit des évènemens postérieurs à l’année 358, l’appelle Parisii. Les trois lois insérées au code théodosien , dont nous avons déjà parlé, sont datées, au mois de novembre et décembre 365 , de Parisii, par les empereurs Valentinien et Valens.
Ainsi, ce nom était déjà acquis à Lutèce, lorsqu’elle tomba au pouvoir des Francs.
Nous devions le tribut de ces remarques à la vérité historique.
Malgré les envahissemens successifs des Francs, l’autorité romaine se maintenait encore dans plusieurs parties des provinces belgiques.
En 486, Clovis, fils de Childéric, roi de Tournay, quitte son camp, marche contre le général romain Sya~ grius, le défait dans les plaines de Soissons, pille celte ville, et de là, vient assiéger Reims qu’il saccage à son tour. L’aventure du vase de Soissons , que tout le monde connaît , prouve que l’autorité de Clovis n’était d’abord que celle qu’exerce un chef de brigands sur ses compagnons de pillage. Plus tard, quand il se laissa diriger par quelques évêques gaulois, qui prirent sur lui assez d’ascendant pour le convertir et lui faire épouser une
princesse chrétienne, secondé puissamment par leurs intrigues, Clovis ne tarda guère à étendre sa domination; il s’empara du royaume des Bourguignons et des Wisigoths, et récompensa par des richesses et des privilèges, les conseils des évêques qui avaient usé en sa faveur de leur influence sur l’esprit des peuples.
De ces services et de leurs récompenses naquirent les richesses du clergé , la juridiction que s’arrogèrent peu-à-peu les prélats; l’union de l’autel et du trône, qui entraîna de si funestes résultats , lorsque le fanatisme servit d’instrument à de coupables ambitions.
Les Francs affectaient une profonde aversion pour les peuples qui habitaient des villes régulières. Cette aversion naturelle qui tenait à leurs coutumes nomades, le préjugé national qui parmi eux faisait du métier de la guerre l’unique occupation digne des hommes libres, les ravages qu’ils exercèrent dans les pays conquis, les luttes que le roi Clovis se vit obligé de soutenir pour fonder et défendre ses établissemens , le dénombrement de ses conquêtes après sa mort, et les nouvelles petites capitales qui furent créées par cette division, et qui devinrent rivales en naissant, toutes ces causes réunies contribuèrent à empêcher Paris de s’agrandir sous la domination des rois de la première race.
Sous la seconde race 1 , nous le trouvons à-peu-près abandonné. Pépin, Charlemagne, Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve n’y demeurèrent qu’en passant; et vers la fin de cette époque désastreuse, Paris, sans cesse exposé aux incursions dévastatrices desNormands, se trouva de nouveau réduit par la ruine de ses faubourgs incendiés , à l’étroite enceinte entourée d’eau , qui avait été l’habitation première de la peuplade gauloise. Ce n’est donc que sous l’autorité mieux consolidée des rois de la troisième race, que Paris a commencé à prendre, peu-à-peu, les accroissemens successifs qui l’ont fait à la longue ce que nous le voyons actuellement. Les faubourgs du nord et du midi qui se bornaient à quelques maisons éparses , à quelques églises ou monastères isolés, se lièrent par des constructions intermédiaires, et s’environnèrent d’enceintes ou de remparts qui s’élargirent de siècle en siècle.
» Saint-Victor,
Laissons ici marcher l’histoire politique de la capitale des Francs, pour examiner avec quelques détails sa topographie ancienne.
Toutes les recherches qui ont été faites sur cette matière intéressante attribuent au roi Philippe-Auguste l’érection de la première enceinte de Paris, hors la cité.
Cependant nous lisons dans l’ouvrage du commissaire Delamarre , qu’avant Philippe-Auguste, il existait déjà un mur de clôture du côté du nord, dont la con-
struction devait, selon lui, être attribuée aux Romains. L’opinion de cet historien dont les travaux sont d’ailleurs revêtus d’un cachet d’exactitude consciencieuse, a été complètement réfutée; ce mur de clôture dont il est seulement fait mention dans une ancienne charte, et dont il existait encore quelques traces dans le xviie siècle, ne paraît avoir été élevé que sous les derniers rois de la seconde race. « Alors , ditFélibien, tout le terrain où est à présent la ville était couvert d’une forêt.
« Entre le boulevard et la rivière au nord, dit Saint- Foix, depuis le terrain où est à présent l’Arsenal, jusqu’au bout des Tuileries, représentons-nous les restes d’un bois marécageux, de petits champs, des cultures (1 ) . des haies , des fossés , et quatre ou cinq bourgs plus ou moins éloignés les uns des autres; au nord, du côté de la ville , le bourg Thiboust , les bourgs l’Abbé et Beaubourg, et l’ancien et nouveau bourg Saint-Germain-l’Auxerrois , lesquels furent en partie renfermés dans l’enceinte que fit faire Philippe-Auguste,
i Les rues Culture-Sainte-Catherine et Cullure-Saint-Gervais s’appellent ainsi de ce mol, qui signifie des endroits propres à être cultivés. Il y avait une grande quantité de ces terrains appartenant à des églises, à des abbayes, tant au dedans de Paris qu’au dehors: la culture Saint-Éloi , la culture du Temple , celles de Saint- Martin, de Saint-Lazare, de Saint-Magloire, etc. (Saint-Victor.)
et qui fut achevée en 1121. Les rues de ces bourgs en ont encore aujourd’hui conservé les noms. L’historien Delamarre convient qu’ils étaient séparés de Paris et de ces faubourgs par des prés , des marais et des terres labourées; on peut juger par là du peu d’étendue des faubourgs primitifs. Ajoutez à ces cjuatre ou cinq bourgs dont je viens de parler, quelques rues bien boueuses autour du grand Châtelet et de la Grève, un grand pont (le pont au Change), pour arriver dans une petite île (la Cité), qui n’était habitée que par des prêtres, quelques marchands et des ouvriers; un contre-pont (le Petit- Pont), pour sortir de File du côté du midi: et au-delà de ce pont et du petit Châtelet, trois ou quatre cents maisons éparses çà et là sur le bord de la rivière, et dans les vignes qui couvraient alors la montagne Sainte-Geneviève: tel était encore l’aspect de Paris sous les premiers rois de la troisième race; et je crois que si l’on veut réfléchir sur les mœurs de ce temps-là, et sur les causes des accroissemens que Paris reçut dans la suite, 011 conviendra qu’il ne devait pas être plus grand ni plus considérable. Tous ces tribunaux que nous voyons aujourd’hui , et dont les dépendances sont si nombreuses , n’existaient point encore; le roi, le comte ouïe vicomte écoutaient les parties, jugeaient sommairement, ou
bien ordonnaient le combat, si le cas était trop embarrassant par le défaut de preuve ou de perspicacité, I! n’y avait point non plus de collèges; l’évêque et les chanoines entretenaient quelques écoles, auprès de la cathédrale, pour ceux qui se destinaient à la cléricature. Les nobles se piquaient d’ignorance, et souvent ils ne savaient pas même signer leur nom; ils vivaient retirés sans cesse sur leurs terres, et si pour quelques affaires, ils étaient obligés de venir passer quelques jours à la ville, ils affectaient d’y paraître toujours bottés, afin qu’on ne les prît pas pour des vilains. Dix hommes suffisaient pour la perception des impôts. Il n’y avait à la ville que deux portes, et sous Louis-le-Gros les droits perçus à la porte du nord ne rapportaient pas plus de 12 fr. par an. Suger , abbé de Saint-Denis , et ministre d’état sous Louis-le-Gros et Louis-le-Jeune , se glorifie dans les livres qu’il a écrits sur son administration , d’avoir élevé les produits de cette porte, de 1 2 fr. jusqu’à 5o.
Les arts les plus nécessaires ne se présentaient pas même à l’imagination , et l’on peut juger des divertissemens et des spectacles par la grossièreté des mœurs de l’époque; enfin rien dans Paris ne pouvait engager l’étranger à y venir , ni l’homme industrieux à s’y établir
Les abords de l’île qui servit de berceau à Paris n’étaient fermés que par la Seine; aucune muraille ne protégeait ses rivages, où l’on abordait des deux côtés par des ponts en bois, selon le témoignage de Julien dans son Mysopogon; ce ne fut guère que vers le xive siècle qu’une première enceinte fut érigée; et à l’époque du siège de Paris par les Normands en 885 , on ajouta quelques fortifications militaires à ce rempart. Il en est fait mention dans un vieux poème de ces temps , écrit par le moine Abbon, où l’on trouve ce passage : « Cité de Paris , tu t’assieds au milieu d’une île fécondée par un fleuve protecteur qui lave tes pieds de ses eaux limpides, et qui te presse dans une molle étreinte.
«Deux ponts jetés l’un à la droite, l’autre à la gauche ferment par des portes solides l’abord de tes deux rives, et de chaque côté de ces portes, s’élèvent des tours redoutables qui en défendent l’entrée. »
Nous avons repoussé plus haut la probabilité que la première clôture du côté de la ville ait été construite par les Romains: mais nous devons toutefois reconnaî-
1 Àbbou. Poem. de bell. Paris. Pib, 1, vers, i 6 ,
tre qu’il a réellement existé des titres , remontant au roi Lothaire, qui en circonscrivent la topographie ; et il en existait encore des vestiges bien long-temps avant le règne de Philippe-Auguste.
La première enceinte hors de la cité, sur laquelle on possède des renseignemens authentiques fut élevée probablement en 885, après cette dernière et terrible agression des Normands, à laquelle les habitans de Paris opposèrent une si vigoureuse résistance. On voulut préserve!1 d’une nouvelle invasion les faubourgs que ces barbares avaient déjà tant de fois dévastés, et dont les plus considérables, les plus habités, s’élevaient du coté de la ville.
Nous empruntons textuellement aux documens choi-
sis avec une remarquable sagacité par M. de Saint-Victor , les détails curieux qui précisent les diverses enceintes de Paris. Ce savant historien fait observer que, dans ce travail , il a été obligé de se servir de beaucoup de noms derues, de couvens, et de maisons qui n’existaient point alors. Les cartes memes qui offrent la position la plus exacte des principaux monumens, ne sauraient donner une idée satisfaisante des rues dont les unes ont plusieurs fois changé de nom dans l’espace d un même siècle ; les autres ont été effacées et cou-
vertes d’édifices, tandis que des nouvelles rues étaient pratiquées à côté. Il n’y a aucun moyen de jeter de la lumière sur des choses dont on a perdu toute trace, et du reste il est assez peu important de s’y attacher dans le livre que nous écrivons.
Saint-Foix nous ayant esquissé l’aspect de Paris au commencement de la troisième race , il nous reste à décrire les diverses enceintes ou agrandissemens, jusqu’à l’époque de la révolution de 1789.
L’enceinte extérieure élevée contre les Normands, et qui subsistait encore du temps de Louis-le-Jeune commençait à-peu-près à la porte de Paris, continuait le long de la rue Saint-Denis jusqu’à la rue des Lombards où il y avait une porte; passait ensuite entre cette rue et la rue Trousse-Yache, jusqu’au cloître Saint-Médéric: il y avait là une seconde porte, dont il existait encore un jambage sous Charles Y. La muraille tournait ensuite par la rue de la Yerrerie , entre les rues Barre-du-Bec et des Biilettes, descendait rue des Deux-Portes, traversait la rue de la Tixeranderie , et le cloître Saint-Jean , proche duquel était une troisième porte, et finissait sur le bord de la rivière , entre Saint-Jean , et Sainte- Gervais.Les murs de cette ancienne clôture, dit le commissaire Delamarre , subsistaient encore proche la
porte des Baudets, du temps de saint Louis. Le midi de la Cité, appelé depuis quartier de F Université, n’était point encore entouré de murs.
Philippe - Auguste conçut le projet vraiment royal de renfermer dans une nouvelle enceinte tous les bourgs, toutes les cultures éparses autour de l’ancienne ville. Cette immense entreprise coûta vingt années de travaux continus; car non-seulement on éleva une muraille du côté du nord, mais encore les maisons qui au midi, étaient éparses autour du petit Châtelet, furent pour la première fois environnées d’une enceinte.
La nouvelle muraille au nord , passait près du Louvre, le laissant en dehors (selon Saint-Foix etDelamarre) ; elle traversait ensuite les rues Saint-Honoré et des Deux Ecus, l’emplacement de l’hôtel de Soissons , les rues Coquillière , Montmartre, Montorgueil , le terrain de la Halle-aux-Cuirs, les rues Française, Saint-Denis, Bourg-l’Abbé, Saint-Martin ; continuait le long de la rue Grenier-Saint-Lazare ; traversait la rue Beaubourg, la rue Saint-Avoye; et, passant sur le terrain des Blancs-Manteaux, et ensuite entre les rues des Francs- Bourgeois et des Rosiers , la muraille allait aboutir au bord de la rivière, à travers les bâtimens de la maison professe des Jésuites, et le couvent de l’Ave-Maria, ou
l’on voyait encore, il n’y a pas long-temps des restes de ses constructions.
« Elle avait huit portes principales: la première, près du Louvre, au bord de la rivière; la seconde à l’endroit où est à présent l’église de l’Oratoire; la troisième, visà-vis de Sain t-Eustache, entre la rue Plâtrière, depuis nommée J. -J. Rousseau, et la rue du Jour; la quatrième, rue Saint-Denis, appelée la Porte aux peintres: la cinquième, rue Saint-Martin, au coin de la rue Grenier- Saint-Lazare; et la sixième, appelée la porte Barbette, du nom d’une famille de Paris, entre le couvent des Blancs -Manteaux et la rue des Francs-Bourgeois; la septième, près de la maison professe des pères Jésuites; la huitième, au bord de la rivière , entre le port Saint- Paul et le pont Marie.
« Outre ces huit portes principales , il y avait en outre sept autres portes moins grandes, dites fausses portes, sans compter les portes particulières, que plusieurs personnes de distinction , dont les maisons étaient accolées aux murailles, obtinrent la permission de faire percer dans leurs enclos , pour pouvoir sortir plus facilement de la ville.
« Du côté de la rivière, au midi, l’autre moitié de cette enceinte, qui commençait à la porte Saint-Bernard, est
à-peu-près tracée par les rues des Fossés-Saint-Bernard, des Fossés-Saint-Victor, des Fossés-Saint-Michel ou rue Saint-Hyacinthe, des Fossés-Monsieur-le-Prince , des Fossés-Saint-Germain ou rue de la Comédie-Française, et des Fossés-de-Nesle , à présent rue Mazarine. Nous disons que cette enceinte est ainsi à-peu-près tracée, parce qu’il est aisé de se figurer où passait précisément la muraille, en pensant que ces rues ont été bâties sur les fossés, et que ces fossés étaient devant les murailles auxquelles ils servaient de fortification.
« Il y avait sept portes pratiquées dans ce circuit ; la porte Saint-Bernard, ou de la Tournelle; les portes Saint-Victor, Saint-Marcel et Saint-Jacques, abattues en 1 684 ; la porte Hibard, d’Enfer, ou de Saint-Michel , au haut de la rue de la Harpe; la porte de Bussy, au haut de la rue Saint-André-des-Arcs , vis-à-vis la rue Contrescarpe: on la nommait ainsi du nom de Simon de Bussy , le premier qui ait porté le titre de premier président. Enfin , la septième porte était appelée porte de Nesle, où est à présent situé l’ancien collège des Quatre-Nations. Dans la rue des Cordeliers, il y eut encore une porte appelée la porte Saint-Germain, et lorsque la rue Dauphine fut bâtie, on en fit une vis-à-vis de l’autre bout de la rue Contrescarpe , et qu’on dési-
gna sous le nom de porte Dauphine. Elles furent abattues l’une et l’autre en 1672. Une inscription en lettres d’or sur une table de marbre noir, a long-temps indiqué dans la rue Dauphine, l’endroit où était située la porte qui portait ce nom. Cette inscription était attachée à la maison n° 5o. Un devis, extrait d’un registre du règne de Philippe- Auguste, nous apprend que la partie méridionale de l’enceinte que nous venons de décrire, avait 1260 toises d’étendue, et qu’elle avait coûté 7020 livres , monnaie du temps.
La perte de la bataille de Poitiers et la captivité du roi Jean faisant appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu’au cœur de la France, Charles Y songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il ne changea rien à l’enceinte créée par Philippe-Auguste , parce que les nouveaux faubourgs se trouvaient si peu considérables , qu’il ne jugea pas nécessaire de les mettre à couvert* il se contenta de les battre en ruine, pour empêcher l’ennemi de s’y établir ; et le rempart déjà existant, fut entouré d’un large fossé. Du côté du nord, les faubourgs ayant acquis un plus vaste développement, et se trouvant beaucoup plus près des murs, il fut résolu de les renfermer dans les nouvelles fortifications. Ces fortifications n’étaient d’abord que de simples fossés , qui furent de-
puis remplacés par d’épaisses murailles armées de tours. Cette entreprise commencée sous Charles Y , ne fut achevée que sous Charles YI. Elle coûta 162,520 livres , somme équivalente aujourd’hui à 1,170,000 fr. A cette occasion, 7 5o guérites en bois furent attachées aux créneaux des murailles.
Nous avons dit que l’enceinte précédente aboutissait , d’un coté, entre le port Saint-Paul et le pont Marie , vis-à-vis de la rue de l’Etoile. Ce prince la fit reculer jusqu’à l’endroit où est l’arsenal, et la porte Saint-Antoine, qui fut abattue quelque temps avant la révolution , les portes Saint-Martin et Saint-Denis , furent placées à l’endroit où nous les voyons aujourd’hui. Depuis la porte Saint-Denis, ces nouveaux murs continuaient le long de la rue de Bourbon, traversaient les rues du Petit-Carreau, et Montmartre, la place des Victoires, l’hôtel de Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré , près l’ancien hospice des Quinze- Vingts, et allaient finir au bord de la rivière, près de la rue Saint-Nicaise.
Aux quatre extrémités de fenceinte générale, comme à celle de Philippe-Auguste, il y avait quatre grosses tours, la tour du Bois près du Louvre; la tour de Nesîe où est l’ancien collège des Quatre-Nations : la
tour de Tournelle , près de la porte Saint-Bernard , et la tour de Billi, près des Célestins. Ces quatre tours défendaient des deux côtés delà rivière, l’entrée et la sortie de Paris par de grosses chaînes attachées d’une tour à l’autre, et qui traversaient la Seine, portées sur des bateaux placés de distance en distance. L’approche de l’île Saint- Louis était défendue par un fort. Cette île , sur laquelle on ne construisit des maisons que sous le règne de Henri IV, est formée de la réunion de deux îles , dont la plus grande se nommait anciennement l’île Notre- Dame, et la plus petite, l’île aux Vaches.
Jusqu’à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées; cependant la ville reçut des accroissemens considérables, tant par les constructions qui s’élevèrent par degrés dans les terrains vagues qu’on y avait renfermés, que par les nouveaux faubourgs qui se formèrent à ses portes. Ces faubourgs s’étaient tellement étendus, que sous Henri IV on commença à s’inquiéter, et à redouter les dangers futurs qui pourraient résulter de l’excessive grandeur de Paris. Au commencement du règne de Henri IV, les îles Saint-Louis et du Palais n’étaient encore que des prairies; une partie des environs du Temple était en terres labourables, et le parc du palais des Tournelles, au quartier Saint- Antoine , était
en friches et inhabité ; les guerres qui désolèrent la France sous les règnes qui précédèrent Henri IV, ayant mis dans la nécessité d’augmenter les tailles, un assez grand nombre des habitans de la campagne vinrent s’établir à Paris ; ce qui engagea les propriétaires des terres qui environnaient ses murailles , à élever de nouvelles constructions ^ et on accrut ainsi les faubourgs.
Une des ordonnances de Henri II défend de bâtir davantage dans les environs de Paris; et le projet fut même formé par lui, de construire une nouvelle muraille qui renfermerait définitivement la ville dans ses limites. Le plan en fut arrêté dans son conseil en i 55o, et des bornes furent plantées du côté du quartier de l’Université. Mais cette entreprise, qui eût nécessité des sommes immenses, et le travail d’une longue suite d’années , resta sans exécution.
La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris, fut l’édification d’un rempart, qui commençait au bord de la rivière , au dessous de la Bastille et se prolongeait jusqu’au -delà de la porte Saint-Antoine. François Ier avait déjà tenté plusieurs fois ce travail , lorsque les guerres qu’il avait à soutenir contre l’empereur lui faisaient craindre que les armées d’Allemagne qui venaient jusqu’en Picardie , n’insultassent
la capitale; mais il ne l’avait point terminé. Cette fortification plus solidement construite que les autres, subsistait encore dans ces derniers temps. C’était une courtine flanquée de bastions, et bordée de larges fossés à fond de cuves.
Sous Charles IX, la porte Neuve qui était auprès du Louvre , fut reculée jusque derrière les Tuileries, et un nouveau bastion fut construit à cette place, pour y élever une clôture nouvelle ^ laquelle aurait renfermé dans la ville ce château, et la partie du quartier Saint- Honoré, qui, depuis la rue Saint-Nicaise, où était encore l’ancienne porte , était alors appelé le faubourg Saint-Honoré. Toutefois, cette portion de clôture ne fut achevée que sous le règne de Henri III, qui fit continuer les nouveaux murs, depuis le bastion de la porte Neuve, nommée depuis porte de la Conférence, jusqu’à l’extrémité de ce faubourg , en traversant le terrain où est maintenant la place Louis XV.
L’île du Palais , l’île Notre-Dame, et le marais du Temple ayant été successivement couverts d’édifices, il ne restait plus à l’avènement de Louis XIII de grands vides dans l’intérieur de Paris. Mais il y avait encore un grand espace hors des murs, entre les faubourgs Saint- Honoré et Montmartre, qui n’était rempli que de cul-
tures , et qui demandait à être renfermé dans la ville, pour en rendre l’enceinte plus régulière. Dès Je temps de Charles IX, on avait projeté de le faire, et des fossés avaient été creusés; cependant, jusqu’en i63o , les murs de la ville passaient encore de ce côté, sur le terrain où est à présent située la place des Victoires. Les rues des Petits-Champs , et des Bons-Enfans , y aboutissaient, et ce quartier était même si retiré, si désert, que l’on y volait en plein jour , et qu’on l’appelait le quartier vide-gousset. La rue qui aboutit du carrefour des Petits-Pères à la place des Victoires en a conservé le nom.
Les bâtimens du Palais - Royal que le cardinal Richelieu avait fait commencer en 1629, furent l’occasion d’une nouvelle enceinte; la porte Saint-Honoré, située alors où fut établi depuis le marché desQuinze- Vingts, fut reculée en i63i jusqu’à cet emplacement, vis-à-vis la rue Royale , qui garde encore son nom, et se joignit ainsi aux fortifications qui, sous Henri III, avaient été élevées pour entourer le château des Tuileries; depuis cette porte , on bâtit de nouveaux remparts dont les boulevards actuels nous tracent à-peu-près le contour. Une nouvelle porte fut construite à l’extrémité du faubourg Montmartre , à plus de deux cents toises de
l’ancienne; et l’enceinte continuée derrière la ville neuve alla aboutir à la porte Saint-Denis, Pendant ce temps, le quartier de l’Université recevait aussi de grands accroissemens par les bâtimens qui s’y élevaient de toutes parts, principalement dans le faubourg Saint-Germain.
Ce fut là la dernière enceinte fortifiée de la ville de Paris. Louis XIV en fit abattre les remparts; Louis XY et Louis XYI y réunirent les nouveaux faubourgs ; et sous le règne de ce dernier roi , elle fut entourée de la clôture que nous voyons encore aujourd’hui. Cette clôture a été depuis agrandie sur un point de sa partie méridionale, à partir de la barrière Fontainebleau jusqu’au bord de l’eau h Sur tous les autres points, en dehors de ces barrières , des constructions nouvelles s’exécutent et se développent tous les jours dans un rayon considérable, et dans un petit nombre d’années la plupart des villages qui l’avoisinent seront renfermés dans ces faubourgs.
La circonférence actuelle de Paris est un peu moins de sept lieues de 2000 toises. La muraille qui l’enceint, construite de 1784 a 1789, se déploie sur une échelle de 24,100 mètres ou 12,364 toises.
Saint-Victor.
On y entre par cinquante-huit barrières, auxquelles vingt-huit routes principales viennent aboutir.
On y compte onze cent quarante-deux rues ;
Quatre-vingt-dix places publiques;
Trente-deux carrefours ;
Vingt-sept ruelles ;
Cent vingt-cinq impasses ou culs-de-sac ;
Sept enclos;
Cent vingt-six passages, cours, ou cités.
Dix cloîtres;
Trente-quatre quais ;
Neuf ports;
Et dix-neuf ponts sur la Seine.
Un million de pavés y sont employés chaque année à l’entretien de la voie publique , et chaque pavé mis en place revient à 60 centimes environ.
L’éclairage de Paris , qui consistait en cinq mille six cent cinquante réverbères, consommait par an six cent vingt mille livres d’huile , avant qu’on n’eût appliqué dans plusieurs de ses grands quartiers le procédé d’éclairage par le gaz, l’une des inventions les plus remarquables de l’industrie moderne.
Quatre cents fontaines publiques ou bornes-fontaines , donnant par jour douze cent mille muids d’eau
suffisent à peine aux besoins de la population. Plus de vingt mille voitures les transportent sans cesse dans tous les quartiers.
Le nombre de maisons habitées peut être évalué à quarante-cinq mille , d’après les renseignemens précisés par le numérotage.
La population actuelle de Paris est de huit à neuf cent mille âmes.
Sa situation au milieu d’un grand fleuve qui lui prêtait pour ainsi dire une fortification vivante , a toujours fait de Paris l’un des points les plus importans du royaume des Francs; il en résulta également qu’il fut souvent le théâtre des évènemens les plus critiques* comme aussi les plus mémorables.
Les rois de la première race y firent des séjours assez fréquens, entre autres Chiipéric et la reine Frédégonde. Sous la seconde race, les Normands le pillèrent
en 845, puis en 856, puis en 862, qu’ils pénétrèrent sur son territoire par la partie méridionale , dévastèrent l’abbaye Saint -Germain-des -Prés , surprirent sans défense les habitans de la Cité, les taillèrent en pièces, et incendièrent la ville. Ce fut alors, dit Baluze , que le roi Charles-le-Chauve , qui fut témoin de ces désastres , ordonna que les fortifications de Paris fussent relevées et augmentées, et qu’on remît en état de défense les châteaux élevés sur les bords de la Seine, et notamment celui de Saint-Denis.
Avec ces nouveaux moyens de résistance , et grâces aux dispositions pleines de courage de son évêque Goslin et du comte Eudes , la ville put soutenir, en 885, un dernier siège, plus terrible et plus acharné que les autres invasions. Après treize mois d’efforts inouïs, les Normands se retirèrent enfin : Paris avait repoussé huit assauts consécutifs. Le comte Eudes monta sur le trône après la mort du roi Charles-le-Gros , et en lui aurait commencé la troisième race, s’il avait eu des enfans. Cette circonstance rendit précairement la couronne à la famille carlovingienne.
Ce fut, plus tard encore, la défense de Paris qui valut la royauté à Hugues Capet , et qui fit monter une nouvelle dynastie sur le trône. L’empereur Othon II, en
guerre contre Lothaire qui régnait alors, s’était avancé en 978 jusque sous les murs de Paris, à la tête de 60,000 hommes. Il avait déjà brûlé un faubourg et menaçait les portes , lorsqu’il fut attaqué sur les hauteurs de Montmartre , par les forces réunies du comte Hugues Capet et de Henri , duc de Bourgogne. Il perdit tous ses bagages, et se retira en désordre avec les débris de ses troupes jusqu’à Soissons.
Ces évènemens expliquent aisément pourquoi, au commencement de la troisième race, Paris était encore, comme au temps de César, renfermé dans la Cité.
Dès la fin de la première race, la ville possédait, sur les deux rives de la Seine, quatre grandes abbayes, situées aux quatre points cardinaux , et presque à une égale distance : Saint-Laurent , à l’orient ; Sainte-Geneviève, au midi; Saint-Germain-des-Prés, au couchant, et, vers le nord , Saint-Germain-l’Auxerrois. Les habitations des serfs et autres dépendances s’élevaient à l’entour de ces monastères, et ce fut là l’origine probable deces faubourgs, qui ont, depuis, tant contribué à l’accroissement de la capitale.
Voici à-peu-près l’aspect que présentait à cette époque la Cité:
La cathédrale ou église Notre-Dame , au levant.
Le grand et le petit Châtelet , au nord et au midi.
Le palais des rois ou des comtes, au couchant.
Il y avait en outre un palais pour l’évêque, et une place publique qui servait de marché.
Des rues étroites , sales , tortueuses , des maisons construites en bois , remplissaient l’intervalle qui séparait les grands édifices.
Paris ayant été détruit tant de fois, et les historiens n’ayant laissé aucune tradition sur les édifices de cette antiquité, nous ignorons non-seulement quelle pouvait être l’architecture de leurs constructions, mais encore quels étaient les matériaux qu’on y employait. A peine aujourd’hui même savons-nous comment les maisons étaient bâties il y a trois ou quatre siècles. Cependant, les nombreux incendies qui dévorèrent Paris lors des invasions qu’il eut à essuyer , nous autorisent à présumer que les maisons étaient en bois. Il est certain que, du temps d’Henri IV, elles étaient encore formées de charpentes, revêtues d’un grossier enduit de plâtre. On cite même, comme une chose remarquable, que, sous Louis XII, les maisons élevées sur le pont Notre-Dame étaient faites en briques.
Les églises du vieux Paris, dont plusieurs appartenaient à des monastères, possédaient autour d’elles des
enclos assez considérables, ce qui prouve que la population d’alors ne pouvait être nombreuse. Il est, d’ailleurs, impossible de se procurer à cet égard des données exactes, attendu que le premier recensement dont il soit fait mention dans les historiens , date de 1 , sous le règne de Philippe-le-Bel; et Paris, à cette époque, s’était largement étendu sur les deux rives de la Seine.
Quoi qu’il en soit du chiffre de la population et de l’étroit espace que renfermait Paris, il n’en fut pas moins, pendant plusieurs siècles le protecteur né de ses voisins. Nous lisons, dans les travaux du savant Félibien, que l’évêque d’Aleth, aujourd’hui Saint-Malo , craignant de voir profaner les saintes reliques de son église par les Normands, qui infestaient tout le royaume, résolut de les apporter à Paris, qui était alors le seul lieu de sûreté qui existât en France. Les moines et les ecclésiastiques de Bayeux et de Dol , craignant également pour les biens qu’ils possédaient , conçurent le même dessein , et se joignirent à ce prélat pour faire avec lui le voyage de Paris.
Le moine Abbon , que nous avons eu déjà l’occasion de citer, rapporte qu’en 886, lors de la dernière attaque des Normands, Paris était tout entouré de remparts et flanqué de tours en bois. C’est avec le secours de ces
fortifications, exécutées par Charles-Je- Chauve . que Paris put soutenir le dernier siège des barbares, dont les détails donnèrent lieu au poème du moine Abbon , Normand lui-mème, et qui avait été témoin oculaire de tous les évènemens qu’il décrit avec beaucoup de soin. Son ouvrage, écrit en latin barbare, est bien loin, sans doute, de faire un chef-d’œuvre de poésie, mais il n’en faut pas moins le considérer comme un monument historique d’un grand intérêt de curiosité; il contient environ douze cents vers, divisés en deux livres , et il fut composé vers la fin du ixe siècle.
L’origine des monumens religieux qui remplissaient autrefois la Cité, lorsque la Cité était tout Paris, est plus obscure que l’histoire de la plupart des autres antiquité. Ses églises existaient probablement de temps immémorial , c’est-à-dire depuis l’introduction du christianisme. « Il y a apparence, dit l’historien Delamarre, que les chrétiens des premiers temps convertirent en églises toutes les maisons particulières où ils avaient coutume de se retirer, pour y faire en secret leurs exercices de piété pendant les persécutions , et que c’est de là que sont venues toutes ces petites paroisses de la Cité, dont on ne sait point l’origine. ,
Alix évènemens désastreux qui détruisirent Paris plu-
sieurs fois, il faut ajouter , comme cause de cette obscurité, la terreur panique qui s’empara tout-à-coup des chrétiens vers les dernières années du ixc siècle. Ils s’étaient imaginé d’attendre la fin du monde en l’an mil de Jésus-Christ, et cette opinion fantasmagorique avait fait négliger de réparer ceux des édifices religieux qui tombaient de vétusté. Lorsque ce terme fatal fut heureusement passé, les peuples s’empressèrent de les rebâtir avec magnificence. Le culte repritune solennitéplusauguste, plus pompeuse. C’est aussi de cette époque que les traditions deviennent moins obscures, et que les titres authentiques des fondations commencent à se conserver dans les archives.
On n’est pas encore aujourd’hui bien fixé sur le nom, l’origine, ni meme la position de la première basilique des Parisiens. Les uns l’ont placée dans la Cité, les autres dans les faubourgs , et ceux qui s’accordent à propos de l’une ou de l’autre de ces opinions, se divisent ensuite, lorsqu’il s’agit de déterminer le lieu de son emplacement. Parmi ceux qui la mettent dans l’île de la Cité, quelques-uns prétendent que ce fut Saint-Denisdu-Pas; ceux-ci veulent quelle ait été érigée à l’endroit même qui porte aujourd’hui Notre-Dame; d’autres affirment qu’elle exista dans un lieu voisin , ayant nom
Saint-Étienne. L’autre système présente autant deconjec tures contradictoires : quelques chroniqueurs soutiennent que ce fut Saint-Marcel; d’autres la Trinité, depuis Saint-Benoît; plusieurs font choix de Notre -Dame-des- Champs, qui devint plus tard un monastère de Carmé lites.
Il n’y a pas moins de controverses au sujet de son fondateur. On ne sait si ce fut saint Denis, ou quelqu’un de ses successeurs à l’apostolat, ni lequel de ceux-ci. Enfin l’obscurité s’est étendue jusque sur l’édifice actuellement existant sous le nom de Notre-Dame., que les memes historiens, toujours divisés, attribuent successivement , et avec la même incertitude à Childebert , au roi Robert, à Erkenrad, évêque de Paris, à Maurice et à Eudes de Sully, ses successeurs.
La première église qui ait été bâtie dans Paris , dit Saint-Foix, fut érigée sous le règne de l’empereur Valentinien Ier, vers l’an 370. Elle s’appelait Saint-Étienne, et il n’y avait encore que celle- là dans l’enceinte de cette ville en5a2, lorsque Childebert, fils de Clovis, contribua de ses largesses à la faire réparer, à l’orner, à l’agrandir, et à y joindre une autre basilique dédiée à Notre-Dame. Il y fit mettre des vitres, ce qui pétait très rare et pai conséquent excessivement dispendieux pour ce temps-là.