LIBERTÉ
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Jttr fc’tme partie fte l 3Î ô t c 1 î»e TUvcrs.
rtflf 1 '3I«U dit faillie.
ijûUl îu Ucucrs,
Quai Conti.
Cet hôtel , construit sur l’emplacement du vieil hôtel de Nesle , appartint d’abord au duc de Nivernois.
Revenu on ne sait comment au domaine de la couronne, il fut vendu par Charles IX , en i 57 1 , à Gonzague, duc de Nevers, qui le fit rebâtir en partie.
Henry de Guénégaud , secrétaire d’Etat , l’acheta en i65o, perça une rue sur ses jardins, et laissa son nom à la rue et à l’hôtel.
L’hôtel de Nivernois, de Nevers , de Guénégaud, devint enfin l’hôtel Conti ; mais c’est sous la seconde de ces dénominations qu’il a laissé un touchant souvenir à l’histoire.
Ce fut dans cet hôtel qu’Henriette de Clèves , femme
du duc de Nevers , transporta la tête de Coconas , son amant , décapité avec La Mole , le 3o avril 1 574* On prétend qu’elle alla elle-même , au milieu de la nuit , détacher ce sanglant trophée d’un des poteaux de la Grève, qu’elle le fit embaumer, et qu’elle le conserva long-temps dans une armoire pratiquée secrètement derrière son lit. L’histoire de ce temps-là fait souvent envie au roman.
Par une rencontre singulière et terrible, la chambre même qui fut témoin des inconsolables douleurs de la malheureuse Henriette, fut arrosée soixante-huit ans après des larmes de sa petite-fille, Marie-Louise Gonzague de Clèves, atteinte de la même infortune. Elle était amante de Cinq-Mars.
’aris historique
Re£rueretel. , . . . ■ Champin lith
(!D:péra ftf la vue Hiclielini.
rue de Richelieu.
La génération actuelle a vu ce monument des plaisirs d’une nation sensible et voluptueuse, sur l’emplacement duquel rampent maintenant les débris d’un monument expiatoire qui n’a pas été achevé.
C’est dans son enceinte que brilla cet essaim de muses, de zéphires et de nymphes qu’on appelait Grassari, Albert et Branchu, Vestris, Deshayes et Duport, Gardel, Montessu et Bigottini.
C’est devant une de ses portes, qui donnait sur la rue Rameau, que le duc de Berry, au moment où il sortait de ce théâtre, tomba le 1 3 février 1 8^0, sous le poignard d’un Ravaillac politique, nommé Louvel.
Les circonstances de cet horrible évènement sont trop présentes à la mémoire de tout le monde pour qu’il soit nécessaire de les retracer. Vous savez en quel lieu et sur quel lit la Providence voulut que s’accomplît ce grand sacrifice. Vous connaissez tous les détails de cette mort héroïque et chrétienne, la plus généreuse dont l’histoire puisse conserver le souvenir.
Cette scène, digne d’une éternelle mémoire , ne sera pas attestée ici à la postérité par un de ces vains amas de pierres que disperse à son gré le caprice de la multitude. M. de Chateaubriand l’a consacrée d’une manière plus sûre dans des pages immortelles.
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R.ue Bailleul, au coin de la rue Jean-Tison.
Derrière 1 hôtel d’Aligre, où le grand-conseil tenait encore ses séances du temps de Saint-Foix, voici un hôtel de plus gracieux souvenir où furent aussi balancées les destinées de la France. La belle Gabrielle d’Fstrées y habitait en 1^94, et personne ne sera surpris qu’HenrilV l’eût logée si près du Louvre.
C’est là qu’elle vint mourir la veille de Pâques 1099, après avoir mangé une orange dans les délicieux jardins du fameux financier Zamet.
C’est dans la grande salle de cet hôtel que son corps , vêtu d’une robe de satin blanc, fût couché sur un lit de parade en velours cramoisi, enrichi de dentelles d’or el d’argent.
«On empoisonna cette favorite,» dit un écrivain politique de ce temps-là, « parce que le Roi était déterminé à «l’épouser, et vu les troubles qui en seraient advenus,» ajoute ce galant homme, «ce fut un service qu’on ren- « dit à l’État. »
I^a plupart des historiens n’attribuent cette mort si soudaine qu’aux effets d’une grossesse malheureuse. On la ferait résulter aujourd’hui d’une attaque de choléra ou d’une gastrite. La médecine , comme la politique de toutes les époques, a eu d’admirables ressources pour pallier l’assassinat.
Regnier de!
Iffàtion devant litaiull
Jttateon n. 3 ïj? la rue Ôt.-ljanarc
Près la rue de la Peronnerie, èn face des ïnnocens.
La rue qui vient aboutir ici à la rue Saint-Honoré, s appelait déjà la rue de la Féronnerie en i432. En i34i, on l appelait encore Viens Karronorum > la rue des Charrons. Quoiqu’elle ait été fort pratiquée de tout temps, elle était encore fort étroite en 1610.
Le point où les deux rues se réunissent s’appelait la Place-aux-Chats. C’était , aux douzième et treizième siècles, le lieu de supplice des faux-inonnayeurs.
«Le vendredi \[\ mai 1610, sur les quatre heures du « soir, le Roi Henry, estant dans son carrosse sans gardes « à l’entour, ayant avec luy MM. d’Espernon, de Mont- «hazon et quatre autres, passant devant Saint-Innocent
« pour aller à l’Arsenal , comme son carrosse , par Fem- « barrassement d’un coche et d’une charrette, eust été « contraint de s’arrêter au coing de la rue de la Féron- «nerie, vis-à-vis la maison d’un notaire nommé Pou- « train , fut misérablement tué par François Ravaillac , «natif d’Angoulesme. « Mémoires de l’estoile.
C’est au devant de la maison de Poutrain qu’est placé le buste du seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire. Quelques personnesse souviennent d’avoir vu, en 1794, le magasin d’épiceries que ce buste surmonte , occupé par un marchand de vin à l’enseigne du Grand Ravaillac. Tous les fanatismes se touchent.
y t loti ûeo 3qailt$
Cf pilori très Cjallfs.
Le Pilori présentait une construction octogone en maçonnerie, surmontée d’une vaste lanterne en bois dans laquelle on plaçait le condamné, et qui tournait sur un pivot , de manière à l’exposer de tous les côtés aux regards du public. Ce genre de supplice ne fut aboli qu’en 1789.
L’emplacement du Pilori des halles était occupé en I9.q5 par 1 e puits d’un bourgeois nommé Lori , et c’est de là, dit-on , qu’il a pris ce nom , devenu celui de tous les autres.
En Tan 1 5i 5, Laurent Bazard , exécuteur de la haute justice, étant monté dans le Pilori pour y faire quelques apprêts, le peuple mit le feu au bâtiment, et le bourreau fut brûlé vif.
La place meme sur laquelle nous sommes arrêtés avait
été le théâtre d’une tragédie plus célèbre dans l’histoire. Le 4 août 1 477, Jacques d’Annagnac, duc de Nemours, fut conduit ici de la Bastille , monté sur un cheval caparaçonné de drap noir. Il y mit pied à terre , à l’entrée d’une galerie de bois construite exprès , et il se confessa, pendant qu’on servait à ses commissaires un banquet composé de pain blanc , de poires et de douze pintes de vin. Il monta ensuite les degrés d’un échafaud , il s’agenouilla sur un carreau rembourré , et on abattit sa tête. Cent cinquante Cordeliers qui avaient suivi le cortège , la torche au poing et précédés d’un cercueil ouvert, recueillirent ses restes sanglans , et s’en retournèrent en chantant.
Des traditions écrites rapportent faussement que ses enfants vêtus de blanc, et placés sous l’échafaud, reçurent son sang sur leurs habits. L’histoire a souvent abusé du privilège de calomnier les tyrans.
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Cimctirrf tic Clamart,
Rue des Hauts -Possés-Saint-lVIarcel.
Dans le faubourg Saint-Marcel, on voyait encore, en 1 646 , un hôtel appelé l’Hôtel de Clamart. Un cimetière existait auprès de cet édifice, et quoique son enceinte eût été agrandie par la démolition du bâtiment , on fut obligé de le fermer en 1793 pour cause d’encombrement , tant la mort est prompte à remplir ces places .
A côté de l’ancien cimetière, il fallut en ouvrir un nouveau, et celui-ci fut nommé le cimetière de Sainte- Catherine, mais la force de l’habitude perpétua le premier nom.
Le nouveau Clamart, destiné dans son origine aux
classes pauvres, est devenu le dernier asile des infortunés que la loi retranche du siècle. C’est là que repose pour la première fois en paix le peuple des méchans et des proscrits. Là, plus d’un innocent sur lequel la justice s’est trompée, là, plus d’un homme de bien qui n’a pas su dérober sa vie au tumulte de nos discordes civiles, mêlera éternellement sa poussière à celle des scélérats.
Au milieu de ces fosses creusées dans l'intérêt de la salubrité publique et non dans celui de la religion, sur lesquelles on n’a jamais répandu ni des larmes ni des fleurs, que ne protège pas meme le signe commun à tous de la Rédemption chrétienne, et qu’un reste de pitié a daigné laisser anonymes, vous chercheriez inutilement la tombe de Pichegru. Le corps du vainqueur de la Hollande, du plus grand tacticien de la révolution, du plus grand homme peut-être dont elle ait légué le nom à l’histoire, fut jeté à Clamai t le 5 avril 1804.
Pichegru était né de parens pauvres à Arbois en Franche-Comté, le i4 février 1761. Il avait préservé la France de deux invasions; il l’aurait probablement préservée de deux autres. Il mourut dans un cachot, on ne saura jamais comment, et il fut enterré là on ne sait où.
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lu s Ipnquo.
Meunier de].
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Champin, Iith
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Cf© Jacobin© îic la rue 0aint=C)omirc.
Paris renfermait déjà plusieurs couvens de l’ordre des Frères Prêcheurs, connus en France sous le nom de Jacobins , quand , en vertu de lettres-patentes du mois de septembre 1 6 1 1 , les Frères Prêcheurs réformés en fondèrent un nouveau entre la rue Saint-Roch et la place Vendôme, dans l’endroit même où nous parcourons maintenant la rue du Marché des Jacobins.
Cette faveur leur fut accordée sur la demande du P. Sébastien Michaëlis, exorciste fort connu des amateurs de livres rares , et qui croyait avec une conviction bien naïve et quelquefois bien amusante, au pouvoir des démons sur les hommes. S’il avait pu voir, cent quatre-vingts ans après, les nouveaux babitans de son couvent, il y aurait cru bien davantage.
C’est dans la salle où l’ingénieux et savant Père Labat
avait formé une magnifique collection d’histoire naturelle, que s’assemblèrent au commencement de la révolution ces terribles Frères Prêcheurs de la démocratie dont les actes sont écrits en lettres de sang dans tant de pages de notre histoire.
On ne sait ce que sont devenus les trésors naturels si laborieusement amassés dans le superbe cabinet des Jacobins de l’ancien régime. Quant aux Jacobins de la terreur, l’espèce n’en paraît pas perdue.
Feên,er iel Ad,«« u« $«»
%Yc\)tvh\)é îic f)nri$,
dans la Cité.
Maurice de Sully, dans le temps meme où se construisit l’Église de Notre-Dame par sa spirituelle industrie, comme dit le P. Morin, fit bâtir sur une ligne parallèle le palais épiscopal et une double chapelle qui subsistait encore du temps de Piganiol.
Le siège épiscopal de Paris , trop peu considérable pour être érigé en métropole , était alors et fut longtemps soumis depuis à la juridiction de l’archevêché de Sens.
En cet état, il compta, jusqu’à Jean-François de Gondy, son premier archevêque en 1622 , une succession de cent dix évêques, parmi lesquels il en est six
que l’Église a placés au rang des saints. Neuf ont été cardinaux et quelques-uns chanceliers de France.
Indépendamment de leur palais dans la Cité, les évêques de Paris possédaient deux maisons de campagne dont la place est occupée maintenant par de nouveaux quartiers, et qui ont donné leur nom à deux rues, la rue Ville-l’Évêque et la rue Grange-Batelière.
I/Archevêché de Paris que représente notre dessin, est ce bâtiment de Maurice de Sully qui était encore debout en 3670. Celui qui lavait remplacé a été emporté de vive force et rasé en quelques heures, le 1 4 février 3 83 1 , par une fraction du peuple souverain, fort experte en démolitions. Avec lui a péri une bibliothèque inappréciable, en expiation du grand dommage que l’invention de l’imprimerie a porté aux progrès de la civilisation et des lumières. C’est ainsi que la philosophie se venge de Dieu.
(ë range MaieYû
!Tit €>rangH3atdim,
Rue G-range-Bateliere.
La rue Grange-Batelière était autrefois un chemin tracé dans les champs.
Ce chemin conduisait à un domaine de cent quatrevingts arpens qui relevait de l’évèque de Paris, et dans lequel était comprise la Grange-Batelière , une des maisons de campagne de ce prélat. Le même fief passa vers la fin du xive siècle dans les mains de Gui , comte de Laval.
Il appartenait en i4^4 à Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne , qui en fit donation au monastère de Saint-Guillaume des Blancs-Man-
teaux.
En 147^7 il faisait partie des propriétés de Jean de Bourbon, comte de Vendôme, qui l’avait probablement acquis de ces religieux.
Les moulins qui occupent le fond du paysage se voyaient encore en l’an 1 5oo sur la butte de Bonne- Nouvelle.
Presque tout cet espace, alors si paisible, est maintenant envahi par des habitations pressées les unes sur les autres, qu’inonde une population immense.
Ainsi la ville marche, usurpant dans ses conquêtes ambitieuses jusqu’au doux asile du recueillement et de la piété.
Et quelques siècles encore , le voyageur des pays civilisés cherchera curieusement , sur son emplacement désert, en quel lieu s’élevaient jadis nos basiliques et nos palais!
sloriquf
frnifi*
fjortc îrt lit Crntfcmta*.
Vous êtes ici placé avec nous sur le pont Louis XVI, qui s’est appelé pont Louis XV, pont de la Révolution , pont de la Concorde, et qui s’appellera autrement encore si le progrès continue , car le progrès consiste à changer le nom des choses.
Je n’ai pas besoin de vous dire qu’à partir du point le plus enfoncé de la perspective, après quelques bâtimens vulgaires que surmonte au loin cette Porte-Neuve par laquelle Henri IV entra dans Paris, vous distinguez la tour du Louvre , puis le château des Tuileries , puis le vaste et magnifique jardin qui en dépend.
Ce jardin, d’abord tracé par Catherine de Médicis qui le fit entourer de murs, ne fut continué et planté que sous Henri IV.
Sur le plan le plus rapproché, vous distinguez dans notre dessin un édifice qui n’existe plus et qui terminait la terrasse du bord de l’eau : c’est la Porte de la Gonfe'rence, élevée en i633, et à laquelle aboutissait la dernière enceinte de Paris, commencée sous Charles IX et achevée sous Louis XIIL
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Cf putte Humour ,
Place du Puits d'Amour ou de l'Ariane.
A. la pointe d’un triangle que forment les rues de la Grande et de la Petite-Truanderie avec la rue Mondetour, existait sur cette petite place un puits célèbre dans les traditions du peuple, et qu’on appelait le puits dJamour. Une jeune fille nommée Agnès Hellébic, dont le père tenait un rang à la cour de Philippe- Auguste, s’y était précipitée dans un accès de désespoir, causé par la trahison de son amant.
Trois cents ans après cette tragique aventure, un jeune homme, désespéré par les rigueurs de sa maîtresse, y chercha aussi la mort, mais sans parvenir à se la donner; il tomba si heureusement qu’il ne se blessa point. Par un
bonheur plus grand encore, cette démonstration toucha le coeur de la cruelle qui lui jeta une corde de salut et qui le réconcilia facilement avec la vie en lui promettant le bonheur. L'amant reconnaissant fit reconstruire le puits où l’on pouvait lire encore du temps de Sauvai:
L’amour m’a refait En i525,tout-à-fait.
L’histoire ne dit point s’il ne s’y jeta pas une seconde fois dès-lors , de regret de s’être marié.
Les traditions touchantes et gracieuses du Puits d’Amour en avaient fait un lieu de rendez-vous. C’était une espèce d’autel où allaient s’échanger bien des sermens présomptueux de s’aimer jusqu’à ce que son onde fût tarie. Elle tarit un jour, car les dévots du quartier, les pères, les mères, aucuns disent quelques maris, prirent le parti de le combler. On ne risque rien de conjecturer que la plupart des sermens dont il fut témoin n’avaient pas tenu jusque-là.
Régnier del.
tylact (Î>rtfît inr.
J? <Syewi,3
Champin lit.h
AtW,
place (tetinc,
Rue SaîBt-Sen&s et attenant a la rue Sainte-Opportune,
Philippe Gastine était, sur la fin du seizième siècle, un riche marchand de Paris qui tenait chez lui des assemblées de huguenots, où des ministres imbécilles faisaient rage d’arguer contre la présence réelle.
On confisqua les biens de Philippe Gastine, et ont prit sur la saisie une somme suffisante pour faire à perpétuité le service du Saint- Sacrement dans l’église Sainte-Opportune.
On rasa la maison de Philippe Gastine, et le videqu’a laissé cette maison démolie jusque dans ses fondemens, c’est maintenant la place Gastine.
Quant à Philippe Gastine , on le brûla vif en place
publique, par arrêt du parlement, à la date du 3o juillet 1D71.
Après ces opérations , qui ne manquèrent pas d’ëtre fort agréables à la populace, la justice humaine fut satisfaite, et Dieu fut vengé, car la justice humaine avait le singulier privilège de venger Dieu.
Deux cent vingt* deux ans après, les descendans des persécuteurs de Philippe Gastine lui auraient fait couper la tète, s’il avait tenu chez lui des assemblées de catholiques.
L’homme de la philosophie est un animal raisonnable; l’homme de l’histoire est un animal stupide et féroce.
(Bxbd be 3 H u ntfaunni
ittantfitucon.
Cette éminence qui s’élève au-delà du faubourg Saint- Martin et du faubourg du Temple, s’appelait d’abord gibet , mot corrompu de l’arabe gebely une montagne. De là le nom de gibet , pour désigner la place où se faisaient les exécutions patibulaires, et qui était ordinairement sur les lieux hauts, parce qu’il convenait que les homicides de la justice fussent vu9 de loin, afin d’inspirer une terreur salutaire aux méchans. On peut douter que cette sanglante usurpation du droit de vie et de mort qui n’appartient qu’à Dieu ait jamais produit le résultat que les hommes en attendaient.
Quoi qu’il en soit, ce mot gebel ou gibel est un de ceux que les Maures ont laissé après eux dans les pays qu’ils
ont occupés ou parcourus, et particulièrement en Espagne et en Sicile. Il y a plusieurs montagnes en France qui s’appellent gibet, et une entre autres dans les délicieux environs de Yernon-sur-Seine.
Le nom actuel de Montfaucon paraît dater du douzième siècle, époque où cette petite montagne reconnaissait pour seigneur un certain Faulcon ou Falco. En 1189, Robert Falco son fils, vendit à Saint-Lazare deux terres labourables qui faisaient partie de ce domaine, et sur lesquelles était assigné le douaire de la comtesse
sa mère. Cette famille était déjà ancienne alors, car un autre comte Falco avait donné une de ses terres, deux
siècles auparavant , à l’abbaye de Saint-Magloire.
Montfaucon a été long-temps la plus célèbre de nos gémonies historiques. Elles sont maintenant partout.
Là moururent Pierre de La Brosse, Enguerrand de Marigny, Remy de Montigny, le prévôt Henri Taperel , Jourdain de l’Isle, Jean de Montagu, Pierre des Essarts, Olivier-le-Daim , Jacques de Samblançay, Laurent Garnier de Provins. Là fut livré aux bêtes de proie le cadavre de l’amiral de Coligny.
Craon fit élever auprès de l’instrument du supplice une belle croix de pierre décorée de ses armes , en expiation de son attentat sur Olivier de Clisson.
Il est avec le ciel des accommodemens.
Paris hisloriqi
Régnier del.
ïll a te on ôr îHarat
Champin Htli.
ittaieon îif ittarat,
Rue de rEcole-de-ïÆédecme, n. 48*
La fenêtre qui est au-dessus de ce puits est celle du cabinet de Marat.
Jean-Paul Marat était un petit Suisse du canton de Neufchâtel, rabougri de stature, grotesque de conformation, hideux de visage, ignoble de maintien, dégoûtant de malpropreté, qui avait le regard ivre et impudent, la voix rauque, aigre, fêlée, la parole obscène et brutale , l’épiderme couvert d’une lèpre dévorante, et le sang décomposé par la débauche.
Sous cette écorce rebutante, la nature avait logé une âme digne de son enveloppe: des goûts dépravés, des instincts pervers, un besoin profond de haïr et de mal faire, une amère antipathie pour tout ce qui était bon et raisonnable, quelque esprit, quelque savoir, mais infiniment peu, ce qu’il en faut pour augmenter l’aptitude à nuire.
Dans l’état ordinaire des choses , cette odieuse caricature de l’homme n’aurait été que ce qu’elle devait être:
un libelliste à verve acrimonieuse et cynique, un physicien à théories extravagantes, un médecin excentrique, muni d’arcanes et de recettes pour les carrefours, je ne sais quoi de malpensant, de maldisant et de malfaisant dont la clientelle et la renommée se seraient renfermées entre deux égouts.
La révolution arriva. Elle tria entre tous les hommes ce monstre qui n’était pas même un homme, et elle le fit Dieu.
Cette fenêtre est celle du temple. C’est d’ici que la populace offrait au Dieu Marat des victimes de son choix; c’est là qu’il cuvait du sang.
Une jeune, belle et noble fille de Normandie, Marie- Anne-Charlotte Corday d’Armans, vint à Paris pour le tuer , et le tua dans son bain le i3 juillet 1793. Je ne sais si elle descendait du grand Corneille, comme on l a répété cent fois, mais elle était certainement proche parente de ses héros.
Au reste, on doit le dire, Charlotte Corday avait reçu l’éducation morale et politique de son temps. Elle était républicaine et girondine. Elle honorait comme des vertus, sur la foi des rhéteurs et des historiens, ces grands actes de férocité romaine dans lesquels la raison et l’humanité ne voient que des crimes solennels, et l’assassinat de Marat lui-même fut un crime comme tous les assassinats. Mais telle était l’époque où ce crime fut commis qu’il passe aujourd’hui à bon droit pour l’action la plus généreuse dont elle nous ait laissé le souvenir.
Paris liistoriq
hc aux ïlrrre.
£e |)rr=rtur=Cln*f0.
Quelque Amphion nouveau , sans l’aide des maçons,
En superbes palais a changé ces buissons.
Paris voit tous les jours de ces métamorphoses ;
Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses,
Et l’univers entier ne peut rien voir d’égal Aux superbes dehors du palais cardinal.
Corneille, Le Menteur , act. II. sc. 5.
Jusqu’à cette époque, le Pré-aux-Clercs avait été, comme son nom l’indique , une agréable prairie consacrée aux ébattemens des clercs ou écoliers ? et que partageait un canal de treize à quatorze toises de largeur, appelé la 'petite Seine , qui allait se perdre dans les fossés de l’Abbaye , alors flanquée de tours. C’est là qu’ont existé de nos jours le couvent et l’église des Petits-Au-
gustins sur l’emplacement desquels s’élève maintenant l’école des Beaux-Arts. Dès le milieu du seizième siècle, on avait commencé à y bâtir la rue du Colombier et la rue des Marais. Le reste des constructions de ce quartier ne s’acheva que sous le règne de Louis XIV.
Ce fut dans le grand Pré-aux-Clercs que l’armée de Henri IV campa en 1 58g , quand le bon roi assiégea sa bonne ville pour la délivrer des mutins. «Le mercredi, « premier jour de novembre, à la faveur d’un brouillard « qui se leva comme par miracle, dit l’Estoile, après la « prière faite dans le Pré-aux-Clercs , le roi surprit les «faubourgs Saint-Jacques et Saint-Germain... et sur les « sept heures du matin, il se fit faire au faubourg Saintes Jacques, dans la salle du Petit-Bourbon (à présent le « Val-de-Grâce) un lit de paille fraîche sur laquelle il « reposa environ trois heures. »
Le Pré-aux-Clercs fut long-temps le rendez-vous des Raffi?iés et des Duellistes. Après avoir été le camp de Henri IV , il devint le champ de bataille de Cyrano. C’est aujourd’hui un quartier très civilisé où l’on danse , et où l’on fait de la politique. Un jour ce sera un pré.
Cf JJ ont &atnt-4$ltrl)rl.
Tl y avait dans la cour du Palais une petite chapelle dédiée à saint Michel. Il est probable qu’elle avait donné son nom à la Porte Saint-Michel et au pont qui y conduisait.
Le pont Saint-Michel s’appela d’abord le Pont-Neuf Saint-Michel ou le Pont-Neuf par excellence. Le Pont- Neuf lui a repris cette dénomination qu’il n’a point perdue et qu’il ne perdra probablement jamais, quoiqu’il ne la mérite plus. C’est un abus commun dans les langues et qui ne tire pas à conséquence pour les vieilles choses.
Le pont Saint-Michel fut construit pour la première fois en 1378, et, selon toute apparence, en bois, par les vagabonds, joueurs et fainéans de Paris, alors cor-
véables en toute espece de travaux publics. C’était une admirable institution. Aujourd’hui, ces gens-là ne construisent plus, ils démolissent.
Les débordemens de la Seine l’enlevèrent souvent. Le dernier de ces accidens arriva le 3o janvier 1616.
L’an 1618, il fut rebâti en pierre, sur trois arches, et chargé de trente-deux maisons d’une exacte symétrie, qui ont disparu depuis long-temps.
Le 1 5 novembre ï 5g 1 , le savant Barnabé Brisson y fut arreté à neuf heures du matin , en se rendant au Palais, par trois ligueurs déterminés, Bussy Leclerc, Louchard et Auroux; à dix heures on le confessa ; à onze, on le pendit à une des poutres de la chambre du conseil* Ce fut le prix de sa honteuse condescendance aux frénésies populaires.
« Mon Dieu que vos jugemens sont grands! » s’écriat-il en tendant sa tète à la corde du bourreau. Le cri de sa conscience avait sanctionné son arrêt.
Cette histoire est de tous les temps.
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o ri que.
Régnier del Champin lith.
(Eh fttncô be Julien,
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Palais îrcs ^Ijmucs ,
Rue de la Harpe.
Voici au milieu de Paris un souvenir tout romain. Julien , surnommé l’apostat, un des meilleurs écrivains et des plus habiles dupeurs d’hommes de l’antiquité , habitait cette maison quand il fut élevé à l’empire ; mais sa construction était antérieure à l’âge où il a vécu. On ne sait ni par qui, ni en quel temps le palais des Thermes fut bâti.
Sous la première et sous la seconde race , il fut quelquefois l’habitation de nos rois ; sa dégradation ne commença que lorsqu’ils eurent transféré leur résidence dans la Cité, et fait bâtir à la pointe de l’île le vaste édifice du Palais. Les Thermes prirent alors le nom de vieux
palais, et puis de palais de Julien, sous lequel on le connaît encore.
L’architecture de ces antiques murailles se distingue par ces rangées alternatives de briques et de moellons qui permettaient à l’artiste romain de donnera ses monumens une espèce d’éternité, avec des matériaux communs et de peu de valeur. La perfectibilité , qui marche toujours, a trouvé l’art de construire à grands frais des bâtimens qui ne durent point, et qu’on a vus souvent tomber sur leurs fondateurs. Il résulte de cette ingénieuse découverte que les palais de notre siècle ne subsistent guère plus long-temps que les monarchies. C’est un grand avantage pour les maçons.
L’an 1 544, en fouillant près de la porte Saint-Jacques, pour faire un rempart contre l’armée de Charles-Quint, on découvrit les aqueducs souterrains qui amenaient l’eau d’Arcueil aux Thermes. Deux de leurs voûtes existaient encore en 1724.
On avait proposé il y a plusieurs années de faire de la salle des Thermes, restaurée et dégagée de ses alentours un musée d’antiquités romaines et gauloises. C’était une idée comme une autre, mais on s’assurerait mieux de sa conservation , si on en faisait un entrepôt de douanes ou un bureau de timbre.
T^édnier del.
3Hni0un 6 f 3FUmel
Champin !ith.
ittrtison îif îii colite- 4‘litmcl,
Rue des Ecrivains, au coin de la rue de REarivaux.
La rue des Ecrivains était connue au treizième siècle sous le nom de J^icus Commuais.
En i3oo, elle prit le nom de rue de la Pierre o let y c’est-à-dire au crime, du latin delictum; et l’action qui la fit désigner ainsi s’est effacée dans la tradition; elle s’est perdue dans le nombre.
En 1439, on l’appelait encore la rue de la Pierre aulaity par une confusion très naturelle d’homonymes, et on commençait à l’appeler la rue des Ecrivains , à cause du grand nombre d’hommes de cette profession qui étaient venus appuyer leurs échoppes contre les murs de l’Eglise Saint-Jacques-la-Boucherie.
La maison qui fait angle avec la rue Marivaux était celle du fameux Nicolas Flamel, si connu des alchimistes , quand il y avait des alchimistes.
On y voyait encore, à la fin du dix-huitième siècle, sur un des gros jambages de la construction, la figure de Nicolas Flamel et de Pernelle, sa femme, avec des inscriptions en vieilles lettres que les savans du quartier donnaient pour des hiéroglyphes. Le peuple éclairé de la révolution détruisit l’image de ces honnêtes bour-
geois, parce qu’il les prit pour des saints, et on pouvait aisément s’y tromper.
Nicolas Flamel était né pauvre , de parens fort obscurs, et son métier d’écrivain ne menait pas encore à la fortune. On le vit bientôt déceler une opulence extraordinaire par un genre d’indiscrétions qui trahit rarement les riches d’aujourd’hui , c’est-à-dire à force de libéralités. Il fut riche pour les malheureux, et parut plus riche qu’il ne l’était en effet, parce qu’il donnait tout. Les familles tombées dans une indigence non méritée, les marchands ruinés par de fausses spéculations, les ouvriers sans travail, la veuve, l’orphelin, la jeune fdle prête à se laisser entraîner de la misère dans le désordre, eurent en Nicolas Flamel une providence visible, inspirée de toute la bienveillance de l’autre. Le reste de son bien passa aux églises et aux hôpitaux.
Les esprits judicieux et positifs attribuent l’enrichissement soudain de Nicolas Flamel à la connaissance particulière qu’il avait des affaires d’un peuple proscrit, les Juifs , chassés de France en i3q4 , et aux arrangeniens qu’il sut leur ménager avec leurs débiteurs. C’est un fait qui ne souffre plus de doute aujourd’hui, quoi que en disent Hénault et Saint-Foix.
La multitude emportée par son goût pour le merveilleux, aima mieux y voir un souffleur qui avait trouvé la véritable poudre de projection. Quelques-uns meme en firent un sorcier qui vit encore, et le sincère Paul Lucas l’a rencontré dans ses voyages.
Ce qu’il y a de certain, c’est que Nicolas Flamel vécut assez long-temps pour faire beaucoup de bien , et qu’il mourut à propos pour n’ètre pas brûlé.
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Rue du Faubourg Saint-Antoine, n. 194.
Cette abbaye, qui a donné son nom au faubourg et à la rue par laquelle on y parvient, fut fondée en i 198.
Jusqu’à l’an 1218, elle fut incorporée à l’ordre de Citeaux.
La dédicace de son église fut faite le 2 juin 1233, par Guillaume, évéque de Paris, en présence du roi saint Louis et de la reine Blanche, sa mère.
Jeanne et Bonne de France, filles de Charles V, toutes deux mortes en i36o, y étaient inhumées.
L’église fut d’abord consacrée sous l’invocation de saint Antoine, puis sous celle de saint Hubert, puis enfin, sous celle de saint Pierre. Un peu plus haut, se
trouvaient la chapelle et la maison nommées le Répit Saint- Hubert, parce qu’on y accueillait les infortunés atteints de la rage, qui venaient y chercher leur guérison , du temps où la foi guérissait.
En i3io, cinquante-neuf templiers furent brûlés derrière l’abbaye Saint-Anîoine-des-Champs. Toutes les générations d’hommes sont sujettes à des accès de rage pour lesquels saint Hubert n'a point de remèdes.
L’enclos de l'abbaye était entouré d’un fossé. A l’angle qu’il forme avec la rue de Reuilly, s’élevait une croix qui portait cette inscription remarquable , en mémoire de la violation des traités de paix souscrits entre le roi et les chefs de la guerre du bien public:
l’an m cccc lxv
FUT TENU ICI LE LANDIT DES TRAHISONS ET FUT PAR UNE TREVES QUI FURENT DONNEES.