‹ Paris historiqueChapitre 4 sur 6 · MAUDIT SOIT-IL QUI EN FUT CAUSE · texte numérisé non relu

MAUDIT SOIT-IL QUI EN FUT CAUSE

L’emplacement de l’église est aujourd’hui occupé par une petite place, et celui du monastère par un hôpital. Quant au monument des trahisons commises sous le prétexte du bien public, il a disparu depuis longtemps , mais il en reste assez d’autres.

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L’église Saint-Médard n’est célèbre que par son cimetière.

Le cimetière de Saint-Médard n’est célèbre que par le diacre Paris.

Le diacre Paris était un jeune prêtre d’une imagination ardente et sensible, qui se consuma' de sacrifices et d’austérités, qui mourut obscur et ignoré du monde, plus pauvre que les pauvres auxquels il avait consacré sa vie, et qui fit des miracles après sa mort

Si jamais homme a été digne de faire des miracles, ce fut le diacre Paris ; mais ses miracles sont fort douteux, quoiqu’ils aient été attestés en trois volumes in-4° pat' un conseiller au Parlement,

L’archevêque de Paris dit admirablement dans la lettre pastorale qu’il publia à ce sujet , que le plus grand des miracles du bienheureux diacre fut d’avoir conservé une vertu si pure dans un siècle si corrompu.

Le peuple se fit convulsionnaire sans savoir pourquoi, comme il devait se faire révolutionnaire soixante ans après , car ceci se passait il y a cent ans. On croirait qu’il y en a mille.

La police de nos jours serait trop heureuse de n’avoir affaire qu’à de pareilles frénésies. Celle de ce temps-là s’effraya du développement d’un principe religieux trop exalté. Elle devenait philosophe.

Il fut défendu aux malades, sous des peines très graves, d’aller chercher des soulagemens ou des consolations sur la fosse d’un pauvre ecclésiastique dont ils croyaient la protection efficace auprès du Seigneur. On les renvoya aux médecins, et ils moururent.

Un plaisant de l’époque (il y en a toujours en France) écrivit ce distique sur la porte du cimetière :

De par le Roi , défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

et sans i’épigramme, on ne se souviendrait plus des miracles. Aujourd’hui, fait des miracles qui peut; on ne les défend plus, et cela ne porte préjudice à personne.

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Cette rue n’est rien et cette maison est peu de chose , mais Jean-Jacques Rousseau y habitait une chambre au quatrième étage, du temps où il copiait de la musique pour vivre.

Quand Jean -Jacques Rousseau, plus malheureux après sa mort qu’il ne l’a jamais été de son vivant , fut canonisé par la révolution, la rue prit son nom, la maison arbora son buste et la chambre devint un lieu de pèlerinage; le loyer augmenta de beaucoup, au grand bénéfice du propriétaire, qui n’aurait pas fait crédit d’un terme au philosophe.

Si Jean-Jacques Rousseau avait encore vécu alors , il

aurait maudit la révolution, et la révolution l’aurait tué.

Il avait dit quelquefois qu’on lui éleverait une statue après sa mort. On fit mieux. On lui donna pour tombeau un temple dont on avait préalablement chassé Dieu; et quand on l’eut placé dans cette voirie de grands hommes qui a repris le nom de Panthéon , l’empressement fut grand à lui procurer un compagnon digne de lui. On choisit Marat.

Rousseau et Marat!

Rousseau eut de grandes erreurs, comme toutes les âmes tendres, comme toutes lésâmes exaltées, mais il ne méritait point la funeste popularité qui s’est attachée à son nom. Le cœur peut battre encore à son souvenir au pied de sa modeste demeure de la rue Plâtrière, ou dans les bosquets de Montmorency. Son apothéose fut un outrage; la postérité l’en vengera.

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Le premier président, Jean de Popincourt, si connu dans l’histoire de Charles VI , avait en cet endroit une maison de plaisance.

Quelques paysans bâtirent aux environs, et cette villa devint le centre d’un hameau qui a fait place à une rue longue et populeuse.

Sous Charles IX, les huguenots y firent leur cène et leur prêche, au grand scandale du peuple et de la cour. Ces démonstrations imprudentes irritèrent la pieuse ardeur du connétable Anne de Montmorency , et donnèrent lieu à cette fameuse expédition de Popincourt où il gagna le sobriquet de capitaine Brûle- Bancs ,

parce qu’il livra en effet aux flammes la chaire et les bancs des hérétiques. Cela valait mieux que de brûler des hommes; mais, en France, on n’échappe au ridicule que par l’atroce. Les Guises, qui n’entendaient pas la plaisanterie , répondirent aux quolibets par la Saint- Barthélemy. Leur nom n’excite pas un sourire.

Dans une maison particulière, au point culminant de Popincourt , s’élevait une petite terrasse qui avait pris la place d’un pavillon assez anciennement construit. Le cardinal Mazarin y plaça Louis XIV, pour voir la bataille qui fut livrée au faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet i652. C’est la dernière fois que Louis XIV entendit le canon de la révolte dans sa capitale. On ne le tire que contre les rois qui apprennent encore à régner.

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Quai du rÆarclid-Weuf.

Voici, après l’échafaud, le plus hideux des monu» mens de la civilisation.

La Morgue est la chapelle ardente de l’infortune et du crime. C’est là que l’on dépose les morts qui n’ont pas de nom, et que la police a recueillis sur la voie publique.

C’est une espèce de tribunal épuratoire où l’on déchiffre l’anonyme du cadavre, avant de le donner à la voirie ou au cimetière.

Le noyé que le fleuve abandonne sur ses grèves, le passant attardé qui est tombé sous les coups d’un assassin, le suicide qui s’est frappé loin de son domicile pour

épargner aux siens la honte et la douleur de ses funérailles, vont subir l’exposition de la Morgue, et attendre, du témoignage de la populace, un état civil après décès, le baptême posthume de la notoriété.

Si Malfilâlre avait péri de faim dans la rue, on y aurait porté Malfilâtre; si Gilbert avait avalé sa clef avant d’entrer à l’Hôtel-Dieu, on y aurait porté Gilbert. Il n’y a pas de mois qu’on n’y porte un homme de talent ou d’espérance, qui aurait été Gilbert, qui aurait été Malfilâtre, et auquel il n’a manqué que des prôneurs et du pain.

11 y a des jours de l’année où la Morgue est beaucoup trop étroite: le lendemain d’une émeute, le lendemain du Mardi-Gras, le lendemain d’une fêle nationale.

Le lendemain d’une révolution qui a réussi , le cor ps des combattans reçoit des honneurs funèbres et un tombeau. Le lendemain d’une révolution qui a échoué, il passe de la Morgue à Clamart.

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