Lli TRANSFERT
Ce n’était point isolément et un à un que les prisonniers arrivaient à Versailles. Pendant la terrible semaine que dura la bataille et pendant les deux ou trois semaines qui suivirent, tous les jours, et quelquefois deux et trois fois par jour, on les voyait venir par'convois de cent cinquante et de deux cents. Généralement ilsentraientà Versailles par la porte de Montreuil, après une station à Sèvres et à Viroflay. Qui voyait un de ces convois pouvait dire qu’il les avait vus tous. De nombreux cavaliers, les armes chargées au poing, formaient l’escorte ; au milieu, des hommes de tout âge, presque toujours vêtus de blouses blanches ou bleues et de pantalons de toile. Les vêtements de laine étaient rares, même les vareuses et les tuniques qu’on avait distribuées avec une profusion inouïe à la garde nationale. De loin en loin quelques uniformes militaires ; mais il n’était pas toujours certain que ceux qui portaient ce costume appartinssent ou eussent appartenu à l’armée. Souvent il y avait des enfants dans les convois, et parfois aussi des femmes. Mais, en général, on s’arrangeait alors pour ne les faire entrer que de nuit.
Ce n’est pas, disonsde, que les prisonniers parussent offusqués des regards des curieux. Presque toujours, devant ces regards imbéciles, ils gardaient une attitude hautaine, provocatrice, et qui serait facilement devenue menaçante, si l’on n’avait su que l’escorte pouvait faire usage de ses armes en cas de rébellion. Sauf quelques accidents inhérents à ce qu’on raconte de toute troupe en marche, on n’a jamais dit que les prisonniers avaient eu à se plaindre des brutalités de l’armée. Nous le relevons parce que rien de tel ne saurait être oiseux pour l’avenir et dans une matière aussi grave. Ce qui, du reste, motivait avec surcroît et les précautions prises et l’attitude des prisonniers, c’est que la population do Yersail le était loin de garder la décence qu’il convient de conserver devantlemalheur, quel qu’il soit. Trop souvent on vit les passions de la foule se mettre en avant et essayer de se faire jour. Plus d’une main élégamment gantée ne reculait pas devant des sévices d’autant moins explicables et justifiables, que leurs auteurs masculins et féminins étaient assurés de l'impunité. Versailles, en devenant le siège du gouvernement de la France, avait accaparé cette tourbe immonde qui vit de tout ce que les civilisations avancées ont de malsain, et est d’autant plus cruelle dans scs vices qu’elle se couvre d’un vernis qui la fait ressembler aux honnêtes gens et aux gens bien élevés. De quelque côté que viennent de pareils actes, ils sont répugnants, et l’on ne doit pas hésiter aies flétrir. Ici le devoir est d’autant plus sacré, qu’on n’ignorait pas à Versailles combien avait été terrible la répression pendant les huit journées de batailles et de luttes. On connaissait les exécutions sommaires et les fusillades en masse dont avaient été témoins tons les quartiers de Paris où la résistance s’était prolongée. Ce qui se passait sous les épais ombrages du parc Monceaux, au Ghamp-de- Mars, à la caserne Lobau, à l’École polytechnique, au Luxembourg, et dans bien d’autres endroits qu’il est superflu de rappeler, était mieux su par la population flottante de Versailles que par les Parisiens. Nous avons appris par un journal de Versailles l’exécution du docteur Tony Moilin, fusillé à la mairie du (1° arrondissement dans des circonstances extraordinaires. Ou lui accorda un sursis de vingt-quatre heures pour légaliser son mariage et donner un père à l’enfant qui allait venir au monde orphelin. Nous pourrions citer