IX. — Autres lébats
Nous ne pouvons entrer dans le détail de lontes les affaires qui furent portées devant les conseils de guerre. Notre intention est de nous attacher surtout à celles qui ont présenté quelque intérêt historique, ou qui ont très-vivement impressionné et passionné le public. A ce dernier point de vue, il en est peu qui aient été plus bruyantes que cilié de l’ancien capitaine du génie Rosse!.
Tout contribuait, du reste, à concilier la faveur publique à ce malheureux jeune homme. Il avait, comme nous l’avons raconté ailleurs, admirablement servi son pays pendant la guerre contre l’étranger. Si chacun avait fait son devoir comme lui, on aurait eu de grandes chances d’échapper aux conditions humiliantes de la paix que nous avait imposée l’Allemagne victorieuse sur toute la ligne. IL ne faudrait cependant pas affirmer quo les excitations malsaines d’une ambition déçue dans ses espérances n’entrèrent pour rien dans la résolution que pi it brusquement ce jeune capitaine de mettre son épée, son intelligence, son énergie, sa moralité incontestable au service de la Commune de Paris, dès l’inauguration de la guerre civile. Fouille qui voudra, plus avant que nous ne l’avons fait nous-mêmes, dans tous ces mystères physiologiques et psychologiques. Il est certain que les services furent acceptés et trouvèrent de l’emploi. ’1 outefois il est bon de faire remarquer que Rossel n’inspira jamais une confiance absolue. Il sortait de sou monde. Il n’avait pas le langage qui était familier aux premiers sujets de la Commune
et trouvait facilement l’accès de leurs cœurs. Même après la catastrophe linale, ils ne parlent de‘Rossel que du bout des dents. Dans leurs livres, on renconire à cet égard plus d’une réticence éloquente. On sent que cet officier n’avait pas d’attaches dans le parti turbulent au milieu duquel il venait se fourrer, qu’il n’en a pas fait, qu'il n’en a pas conservé. On s’occupe moins de lui que du dernier des malheureux qui avait la plus légère notoriété dans les clubs et dans les associations ouvrières. C’est même assez significatif pour être noté, dès aujourd’hui, ne fut-ce que comme symptôme pour l’avenir.
A côté de Rossel, rendait ses comptes à la justice un jeune ingénieur, Georges Cavalier, qu’un sobriquet grotesque avait rendu célèbre. Pipe-en- Bois avait dirigé les services de la voirie pendant la Commune, et, parmi ses employés, on venait recruter souvent les ouvriers qui devaient travailler à la confection des barricades. Quoi qu’il fût faire, et malgré des études scientifiques trèscomplètes, Georges Cavalier n’était pris au sérieux par personne. Il portait dans la vie, comme une tache originelle, le souvenir burlesque d’une folle équipée de jeunesse. Au reste, la physionomie de l’homme y prêtait. Un nez bizarrement cassé donnait à la figure le plus étrange aspect. Une petite tête surmontait un corps long et grêle qui avait à son service des jambes démesurées. On avait envie de rire en voyant Pipe-en- Bois. Ce qui ne l'empêchait pas d’avoir des amis. Car il passait pour être doué d’un cœur excellent, et il avait obligé plus d’un ancien camarade au lernps de sa puissance. Il y en eut qui ne se montrèrent pas ingrats, et des sympathies très-cordiales accompagnèrent ce malheureux jeune homme, quand il vint s’asseoir sur la sellette à côté de Rossel.
Nous ne reviendrons pas sur ce que fit Rossel pendant qu’il était au pouvoir. Ce que nous avons dit ailleurs doit suffire. Après la lettre d’une virulente franchise qu’il avait adressée au conseil de la Commune en quittant le ministère de la Guerre, et que nous avons rapportée en son lieu, Rossel ne s’était pas éloigné de Paris et n’avait pas été chercher un asile à Versailles, comme en avait fait courir le bruit une police impuissante à rien découvrir de tout ce qui pouvait être important pour le gouvermment qui la soldait. Il s était réfugié dans un petit appartement du boulevard Saint- Germain, et là s’était contenté de prendre pour déguisement l’uniforme d’un employé des chemins de fer. On a même dit qu’il avait fait connaître son adresse au maréchal Mac-Mahon ; mais le fait n’est pas certain. Ce qu’on sait, c’est qu’il ne prit aucune parta la lutte dernière, et qu’il fut arrêté sans la moindre difficulté, dès les premiers moments de l’entrée des troupes victorieuses dans Paris. L’expiation commençait. Sous ses habits d’emprunt, en traversant l’armée, Rossel dut rencontrer plus d’un de s. s anciens camarades de l’École polytechnique et de l’armée avant d’arriver à la prison dans laqut lie il allait attendre qu’on l’appelât devant les conseils de guerre.
Quand l’affaire fut instruite et fixée au rôle des audiences, elle excita une vive curiosité. A défaut des sympathies des derniers adhérents plus ou moins occultes et hardis de la Commune, bien d’autres sympathies se réveillèrent, et Rossel dut comprendre qu’il n’était pas seul en comparaissant devant ses juges. Dans la nombreuse assistance qui occupait les places réservées au public, il avaittrouvé plus d’une main qui n’avait pas hésité à prendre la sienne, loyalement et franchement. C’était un lait nouveau devant cette juridiction. Il était impossible de se dissimuler que l’intérêt se portait sur l’accusé. Les débats s’en ressentirent. Ils eurent un véritable caractère de grandeur qui ne leur était pas habituel.
Le conseil de guerre avait été remanié pour la circonstance suivant les règles militaires, et conformément au grade que Rossel occupait, dans l’ai mère avant sa défection. Dès que l’infortuné capitaine parut et s’assit sur la sellette, l’attention fut grande. Tout dans son attitude et dans son langage révélait un homme de résolution. Il répondit avec beaucoup de dignité aux questions qui lui furent
HISTOIRE DE LA COMMUNE
posées courtoisement. Avec un lel accusé, la parole changeait naturellement de ton. Un ne trouvait plus là ces arguties qui sont familières aux avocats retors. Les faits étaient produits dans leur ordre méthodique; avoués ou contestés sans phrases. Seulement lorsqu’on en rencontrait qui demandaient des explications, on entrait dans des développements qui ne se perdaient jamais dans des diffusions incohérentes. Des deux côtés, soit pour l’accusation, soit pour la défense, on paraissait s’attacher à éviter des longueurs inutiles. Nous pourrions même ajouter que la passion semblait faire défaut à ces audiences. Mais elle n’était pas, elle ne pouvait pas être absente, puisqu’il s’agissait, après tout, de la tète d’un homme.
Les débats publics n’apprirent du reste à personne rien qui ne fût pertinemment connu à l’avance. IL en résultait que, nonobstant les sympathies, on ne pouvait révoquer en doute la sentence qui allait être rendue. L’incertitude à cet égard aurait été purement bénévole ou inintelligente. Les juges, sur leurs sièges, ne sont pas souverains. Ils sont liés par le texte même des lois qu’ils sont chargés d’appliquer, et, quand le texte est formel, ils ne peuvent pas le changer. Rosse', comme tous les officiers, connaissait parfaitement les termes précis dont se sert le code de la justice militaire. Moins qu’à personne il lui était possible de se faire illusion. Mais il était de ceux qui savent regarder en face une situation désastreuse. Jusqu’au dernier moment, il ne perdit rien de son assurance et de sa dignité. S'il y avait dans l'assistance des* gens "avides de voir comment un homme de cœur affronte de sang-froid une condamnation capitale certaine, ils durent être satisfaits.
Le conseil de guerre, présidé par le colonel Merlin, prononça la peine de mort contre le capitaine Rossel. Georges Cavalier fut condamne à la déportation dans une enceinte fortifiée. Ajoutons, pour n’y plus revenir, que le conseil de révision lit recommencer le procès de Rossel. Il n’y eut rien de changé dans la sentence rendue.
Tout autre fut le procès du citoyen Henri Rochefort, ancien député de Paris, ancien membre du gouvernement de la Défense nationale, et particulièrement connu comme pamphlétaire irrévérencieux. La plume a la main, nul n’était plus insolent que cet homme. Il ne respectait rien, et mettait son talent dans son audace à déverser les méchancetés les plus grossières sur tout ce qui l’offusquait. A cela tenait son succès dans un temps et au milieu d’une société qui s’accommodaient volontiers et s’amusaient de tous les scandales. Quand on relit aujourd’hui, soit les petits livres, soit les journaux de M. Henri Rochefort, on est tout étonné de les trouver complètement vides de sens. On y cherche vainement le moindre petit grain de sel attique; il n’v en a pas. Le style luimême n’est épicé que par des gros mots. Quant à une doc'rine quelconque, depuis longtemps on la savait absente. Cet auteur n’est pas de ceux qui pensent et étudient. On ne tarde pas à rejeter ces <i‘uvres avec dégoût.
Le rédacteur en chef de la Marseillaise et du Mol d'ordre , ainsi que nous l’avons raconté ailleurs, s’était éloigné de Paris en toute hâte, dès qu’il avait vu la crise finale imminente. Les petits sous du peuple allaient faire défaut ; il n’y avait plus rien à gagner que des horions: il était temps de fuir. On est d’autant plus en droit de parler et de juger ainsi que, durant son procès, on n’a vu agiter par M. Henri Ilochefoi t que des questions d’argent. Tout autre à sa place aurait rougi de rabaisser le débat à des affaires de boutique. Lui, paraissait s'y complaire. Il était à son aise au milieu de ces comptes et de ces chiffres dignes d’un épicier. Il y a cependant un petit incident qui a sa valeur et dont on ne saurait, sans injustice, s’abstenir de parler et de tenir compte. Pour sortir de Paris et tromper les premières vigilances, Iiochefort avait pris un déguisement et setait fait une tête, comme on dit dans un argot qui était familier au pamphlétaire. Cela ne l’empêcha point d’être reconnu et d’être mis en état d’arrestation par un commissaire de police à la gare de Meaux. Ou était en plein dans les lignes prussiennes et les troupes
allemandes remplissaient la ville. Témoin de ce qui se passait à la station du chemin de fer, un officier offrit à Rochefort de le faire évader et de favoriser sa fuite. L’écrivain refusa. Il estimaitquo le moyen le plus sûr de s’affranchir de la reconnaissance est de refuser le bienfait. Il ne voulait rien devoir à nos ennemis, et préféra la prison de Versailles à la liberté qui lui était offerte.
Ou pourrait considérer le procès qui fut fait a Henri Rochefort comme un procès de presse. En réalité, l’écrivain n’avait occupé aucune position officielle, exercé aucune fonction, ni fait partie d’aucun conseil pendant la domination de la Commune. Il se contentait d’écrire dans son journal de manière à lui assurer dans les masses populaires un débit abondant. Mais en cas pareil, les écrits sont des actes. Les articles de semblables journaux attisent le feu, inspirent, conseillent des forfaits que d’autres se chargent d’exécuter. Ou ne doit pas certainement aller jusqu’à la théorie qui fut imaginée sous la Restauration, lorsque le duc de Beny fut frappé mortellement par Louvel. Il ne faut pas croire et dire que c’est une idée libérale qui dirige le poignard des assassins et la torche des incendiaires. En tout, il est bon de garder une juste mesure. Mais il est équitable de reconnaître qu’en de certaines circonstances il est des excitations qui ne sauraient conduire qu’à des actions perverses, et que par conséquent émettre verbalement ou par écrit ces excitations, c’est être pernicieux à l'égard de la société. Le citoyen Henri Rochefort était tombé dans cette faute. De quelle façon terrible et abominable, nous n’avons pas à le redire. Son journal le Mot d’ordre en faisait foi a chacune de ses pages.
Vainement le pamphlétaire objectait pour sa défense que sa plume était son gagne-pain, et qu’il avait été profondément ulcéré en voyant briser dans sa main cet instrument de travail. Il est des raisons qui ne sont jamais de mise devant la justice, pas plus quand les juges ont des épaulettes que lorsqu’ils portent la robe. Nous pouvons ajouter que l’assistance elle-même fut complètement désappointée en voyant Henri Rochefort faire si piteuse mine devant le conseil de guerre. On s’attendait à des sorties virulentes oû l’on retrouverait quelque chose de la verve endiablée qui avait fait la fortune politique et littéraire du pamphlétaire. II n’en fut rien. On aurait dit que la source en était tarie, et qu’il avait suffi pour atteindre ce résultat de quelques semaines passées sous h s verrous de Versailles. Il n’y eut pas même un éclair. La défense fut aussi terne qu’on s’attendait à la trouver brillante. Le public n’en eut pas pour ses frais de curiosité. Il n’attendit pas la fin des débats pour déclarer que le citoyen Henri Rochefort n’avait d’audace que la plume à la main, et lui retirer même, sans de trop vifs regrets, le prestige de l’insolence hautaine.
Ce fut donc sans surprise qu’on entendit condamner le citoyen Henri Rochefort à la déportation dans une enceinte fortifiée.
Nous arrivons à un autre de ces procès qu’on peut appeler à sensation. Comme si tout dans ces horribles suites de la Commune n’était pas de nature à faire frémir. Mais partout il y a des degrés. Il s’agit ici des pétroleuses, des femmes qui étaient principalement accusées d’avoir mis le feu aux maisons de Paris. Les femmes ne manquaient pas dans les prisons de Versailles. Nous Lavons dit en parlant de l Orangerie. A entendre leurs propos cyniques, surtout pendant les premiers jours de la captivité, on aurait dit qu’on n’avait qu’a prendre dans le tas pour renvoyer devant les juges de monstrueuses criminelles. Bientôt on ne tarda pas à s’apercevoir qu’il y avait la un trèsgrand nombre d’infortunées qui étaient ravagées à la fois et par la maladie mentale et par la maladie physique. La mission des officiers supérieurs, qui avaient assumé sur eux la direction et la responsabilité de toutes ces grosses affaires, devenait encore plus délicate. Il y avait à trier avec le plus grand soin, et, tput en ne négligeant point le devoir social, on devait également accomplir les devoirs que commande l’humanité. La pitié la plus naturelle se faisait jour; mais en même temps on pre¬
nait ses mesures pour arriver à la connaissance exacte de la vérité.
C’est ainsi que cinq femmes furent renvoyées devant la justice militaire sous le coup des plus graves inculpations. Ce n’était plus le même conseil de guerre. Il avait fallu les multiplier pour arriver à l’expédition rapide des affaires. Mais qui a vu un seul de ces tribunaux les a vus tous. Le Ie conseil de guerre, devant lequel comparurent lés pétroleuses, ne différait nullement par sa com • position du conseil de guerre devant lequel avaient comparu les membres de la Commune. Une autre salle, d’autres officiers, en cela consistait toute la diversité. S’iljaut s’en rapporter à des témoins qui suivaient assidûment ces audiences et n’en manquaient pas une, les femmes Rétiffê, Marchais, Papavoine, Suéten-, ne faisaient pas le plus grand honneur au sexe auquel elles appartenaient. Volontiers elles en abdiquaient la grâce, la timidité, le prestige, et ne s’attachaient depuis longtemps qu’à faire œuvres viriles. Toujours des androgynes, a dit un journaliste, et c’est véritablement singulier et digne de remarque à une époque ou l’homme tend de plus en plus à se féminiser. Est ce un signe de décadence?...
Les preuves de la culpabilité étaient accablantes. « Mais quelles mégères que ces pétroleuses! dit un écrivain spécial. La fange faite femme ! La symbolisation de tous les vices et de toutes les dégradations ! » A l’audience, elles perdirent beaucoup de cette forfanterie cynique qui frappait si désagréablement le visiteur lorsqu’il s’aventurait dans leur quartier, à l’Orangerie ou ailleurs. Elle avouèrei t bien des forfaits qu’établirent du reste des témoins irrécusables. Il fut même prouvé qu’elles n’avaient reçu pour leur odieuse mission qu’un misérable salaire de dix francs par tête. Nous ne devons pas omettre un incident qui se produisit dans le procès. Les avocats nommés d’office 11e parurent pas à la barre. En leur absence, un jeune lieutenant do l’armée fut chargé de présenter la défense des prévenues. Il s’acquitta de sa tâche avec une convenance parfaite et beaucoup de tact, et prouva péremptoirement que la pratique des armes s'allie très-bien avec la culture de l’espiit et du cœur. H sut faire valoir avec une éloquente modération les seules considérations qui étaient de nature à impressionner des juges militaires et à tempérer leur -juste sévérité. Dans l’assistance, on fut vivement frappé du contraste que présentaient le défenseur et les accusées. Autant l’un avait de décence et de distinction dans la voix et dans la tenue, autant les autres en avaient peu. On se demandait, en examinant curieusement les êtres qui se trouvaient sur la sellette, si c’était bien d’eux que parlait le jeune lieutenant quand il faisait entendre des accents d’une pitié vraie sur les femmes. Elles n’en avaient ni le visage, ni la parole, ni le son de voix, ajoute le même écrivain que nous avons déjà cité. Qu’on me ramène aux sorcières de Macbeth; elles me paraissent des anges, si je les compaie aux pétroleuses. Il aurait pu ajouter avec une impartialité rigoureuse que leur principal crime, aux yeux du conseil de guerre, fut d’avoir fait le coup de feu aux barricades.
Trois de ces malheureuses furent condamnées a mort, les femmes Marchais, Rétiffe et Suétensjles deux autres en furent quittes pour la déportation dans une enceinte fortifiée. Il y eut une profonde, émotion dans l’auditoire quand 011 entendit la sentence. Cela faisait froid dans le dos.
Après les femmes, nous devons parler des enfants. Car il y a eu aussi des enfants dans cette effroyable insurrection, et l’on n’a pas oublié le bataillon des Pupilles de la Commune. Nous pouvons même ajouter que ce n’était point eux qui prenaient le moins au sérieux l’œuvre de la destruction. Dès le principe, il y eut beaucoup d’enfants dans les priions de Versailles. Un zèle immodéré faisait ramasser tout ce qui touchait de près aux adhérents notoires du mouvement communal. On espérait par ce piocédé avoir des notions précises sur les principaux chefs qui étaient parvenus à se mettre à couvert. Zèle de subalternes, si l'on veut, mais ce zèle n’en doit pas moins être réprouvé. Un cite notamment le jeune Ranvier, fils du mena-
L’ENCLOS DE LA RUE HAXO. - Pèlerinage,
LES COMMUNEUX A LONDRES — Imprimerie du Qui-Vive.
lire de la Commune et du comité de Salut public, enfant de douze à treize ans, qui fut détenu ponçant plusieurs mois dans une prison où il était certainement moins bien qu’à l’école. Maintes fois ou essaya de lui faire révéler la retraite de son père, l’enfant résista virilement. Il y a là un acte d’immoralité qui n’a certainement pas été connu des officiers supérieurs qui avaient la haute main sur les prisons de Versailles. Ils employaient, sous le coup de la nécessité, des agents qui ne brillaient par toujours par la délicatesse. Nous ne flétrissons ici que l’immoralité.
Quelques-uns de ces enfants sur lesquels pesaient des charges graves (ils avaient été pris les armes à la main) comparurent devant la justice militaire. Le plus âgé n’avait pas seize ans; le plus jeune en dépassait à peine dix. Pour ce motif, quand on était parvenu à les retrouver, les parents avaient été appelés à la barre du tribunal. On vit là des scènes qui ne se produisent d’ordinaire qu’à la police correctionnelle. Un père, une mère, devaient donner des explications sur la conduite et le caractère des enfants qu’ils avaient mis au monde. Il y en avait qui n’hésitaient pas et s’empressaient de fournir sur leur progéniture des renseignements qui devaient infailliblement transformer l’enfant en gibier de prison et de bagne. Un père surtout se fit remarquer par l’énergie cynique de sa déposition. Mais il fut démontré qu’il ne s’était jamais occupé de son enfant. Aussi, quand il refusa nettement et sèchement de le reprendre, personne ne fut surpris; seulement, il y eut des murmures d’indignation dans l’assistance, et les juges ne songèrent pas à les réprimer. Les turpitudes ont le privilège de ne rencontrer de déten* seurs nulle part. Par contre, une brave et malheureuse femme vint, en sanglotant et pleurant, demander qu’on lui rendît son fils. Elle promit de veiller sur lui, de bien l’élever, de ne lui donner (lue de bons exemples et de bons principes. Elle aurait promis bien davantage, si on l’avait exigé d’elle. Rien qu’à l’entendre, on voyait que rien ne lui coûterait pourvu qu’on lui rendît et qu’elle retrouvât son enfant. Tous les cœurs étaient émus pendant que cette digne femme prodiguait les trésors de la sensibilité maternelle. Le hasard avait fourni le contraste avec la scène précédente; mais le contraste ôtait frappant. Gomme on doit bien le penser, le cqnseil de guerre s’est montré très-indulgent pour un enfant ainsi réclamé. 11 s’est contenté de lui adresser une admonestation qui était plus que jamais de ci; constance, üu reste, on adoucit autant que possible les rigueurs de la loi à l’égard de tous ces pupilles de la Commune. La plupart de ces jeunes insurgés ont été considérés comme ayant agi sans le discernement qu’exige l’équité pénale. Jusqu’à l’âge de vingt et un ans, ils resteront enfermés dans une maison de correction ou dans une colonie pénitentiaire.