‹ Paris incendiéChapitre 111 sur 124 · X. — Même sujet · texte numérisé non relu

X. — Même sujet

Plus nous avançons, plus nous voyons la matière s’étendre et se développer devant nous. Il n’y a pas moins de dix-huit conseils de guerre qui lonctionnent régulièrement et simultanément, ün en voit à Sèvres, à Saint-Germain, au Mont- Yalérien, à Rambouillet, en même temps qu’à Versailles. Il faut savoir se borner. D’ailleurs, presque tous ces procès se ressemblent et reproduisent les mêmes incidents. Dans celui de Gustave Maroteau, par exemple, qui était un jeune et ardent collaborateur de la Marseillaise, de la p.ilrie en danger , de la Montagne, et autres publications et journaux du même genre haineux, nous pourrions aisément retrouver le pendant de l'affaire Rocliefort. Tl y a une différence cependant, et nous ne devons pas l’omettre : le disciple, devant les juges, se montra beaucoup plus viril que le maître. C’était d’autant plus remarquable que Marotteau, atteint de phthisie, avait tout les signes de la faiblesse physique. Long, brun, barbu, pâle, le front découvert, la physionomie intelligente, vêtu de noir, ganté, il s’assit sur le banc des accusés avec un air d’indifférence qui pouvait ressembler à de la dignité. Il ne sourcilla pas quand

on lui reprocha d’avoir excité au massacre des otages et notamment de l’Archevêque de Paris.

« La lutte était engagée, répondit-il, j’ai fait tous mes efforts pour la soutenir. Je n’ai pas fait d’excitation; j’ai donné des avertissements. »

Gustave Maroteau fut condamné à mort.

Nous voudrions également dire quelque mots d’un homme que nous avions personnellement (onnu, Elisée Reclus, écrivain remarquable, et un des rares Français qui fassent honneur aux sciences géographiques. Son nom est connu ailleurs qu’en France, et on le prononce avec respect dans les sociétés savantes d’Angleterre, d’Italie, des Etats-Unis d’Amérique. De même que son frère Elie, homme de mérite dans un autre genre, Elisée Reclus s’était donné tout entier à la cause communale. Il avait combattu en soldat au premier rang, et il avait été pris les armes à la main. Malgré tout, on ne pouvait le confondre avec le troupeau vulgaire des prisonniers. Bien des sympathies se mirent en mouvement et sollicitèrent en faveur d’Elisée Reclus, dès qu’on sut dans le monde savant par quel malheur il était frappé. Quant à luimême, il acceptait philosophiquement son sort en véritable stoïcien qui ne redoute aucune infortune et ne se laisse jamais abattre. Il transforma sa prison en salle d’étude et, donna des leçons de mathématiques à ses co-détenus. Quand son tour fut venu de comparaître devant le conseil de guerre, il eut l’attitude qui convient à un homme convaincu il ne montra ni morgue ni faiblesse. 11 répondit avec franchise aux questions qqi lui furent posées, et attendit son arrêt avec la conscience tranquille du devoir accompli. On ne dit que la vérité en affirmant , que dans l’auditoire il y avait des cœurs plus troublés et plus émus que celui d’Ëlisée Reclus. Ge malheureux homme fut condamné à la déportation. Immédiatement les amis que conserve toujours un mérite scientifique réel se mirent en campagne, et l’on fut assez heureux pour faire changer cette peine en celle du bannissement. Sur la terre étrangère du moins, Elisée Reclus est libre de ses mouvements ; il peut travailler et honorer encore -son exil.

Abel Eeyrouton a été moins heureux. C’est un avocat sans causes ; mais il n’aurait pas demandé mieux que d’en avoir. Malheureusement elles se montraient récalcitrantes. Et voilà pourquoi Abel Peyrouton s’est tourné du côté de la politique pour faire son chemin et conquérir une position honorable dans le monde. La politiq e l’a jeté en prévenu devant un conseil de guerre qui n'a pas été tendre à son égard. L’avocat ne s’est pas tenu pour battu. Il a voulu épuiser toutes les juridictions en homme habitué à se mouvoir dans les dédales de la procédure. Tour à tour il est allé en révision et en cassation. Partout il a rencontré le même accueil. Rien n’a été changé à la sentence prononcée par les premiers juges.

L’allàire d’Adolphe Gollot nous introduit dans un autre monde. L’accusé est un ancien ouvrier menuisier qui était très-fier de mettre son nom au bas des articles les plus violents que publiait la Marseillaise. Naïvement il croyait en être l’auteur et n’aspirait qu’à l’apostolat. C’est pourquoi Ferdinand Gambon l’envoya dans la Nièvre et lui donna pour mission de révolutionner le pays en répandant à profusion les afliclres de la Commune de Paris. Gollot prit son alfaire au sérieux. Il ne revint à Paris que pour faire connaître les forces de l’armée régulière. R avait à ce sujet les notes les plus détaillées et les plus précises. Mais il arriva trop tard pour être utile à ses amis. L’armée entrait à Paris presque en même temps que lui. Il fait piteuse mine devant Je conseil de guerre qui lecondumne rapidementà la déportation dansu'ne enceinte fortifiée.

Les conseils de guerre ont eu éga’ement à s’occuper de la démolition de l’hôtel de M. Thiers qui était un des ornements, ou plutôt la célébrité de la place Saint-Georges. L’édifice avait à peu près été jeté à bas. Mais c’était là ce qu’on devait le moins regretter et déplorer dans cette inique action. Qu’étaient devenus tant d’objets d’art, d’une valeur inappréciable, pieusement et laborieusement #amasséspar M. Thiers pendant sa longue carrière?

Nul ne le savait, nul n’aurait pu le dire. Ils avaient été dispersés à .tous les vents et étaient passés en toutes mains. Fontaine avait été l’organisateur de ce pillage et de cette démolition. Un le tenait, les conseils de guerre le jugèrent. Dans sa défense, cet ancien administrateur de l'enregistrement et des domaines communaux fit souvent entendre les mots d’honneur et d’honorabilité, et vanta la considération dont il jouissait. On l’écoula; mais il n’inspirait aucune pitié, aucun intérêt. Les juges le condamnèrent à vingt années de réclusion. Il n’y eut surprise que pour le condamné.

L’affaire de l’assassinat des généraux Elément Thomas et Lrcomte dans la rue des Rosiers, sur les hauteurs de Montmartre, ramena les débats j vifs et passionnés que ne retrouvaient plus ceux qui suivaient assidûment les audiences des conseils de guerre. Le crime était'horrible et le temps n’avait nullement effacé l’horreur qu’il faisait ressentir à tous les honnêtes gens. Vainement les catastrophes finales se dressaient-elles dans les imaginations avec les épouvantes et les infamies, ün remontait les semaines lugubres, et devant ce premier sang versé, on tressaillait. GlémentThomas et Lecomte avaient etc les premières victimes. On avait pour eux des sympathies aussi vives que pour les dernières. On trouvait même, au fond de sa conscience, qu’on aurait peut-être dû prévoir ce qui allait infailliblement arriver après un semblable début. Gir les retours sur soi-même sont beaucoup plus fréquents qu’on ne pense après toutes les grandes crises sociales. Notre complexion psychologique elle-même l’exige.

Plusieurs versions avaient circulé, dès la fin de mars, sur le sinistre événement. Nous nous sommes fait ailleurs l’écho de celles qui nous ont paru le plus exactes. Le fait capital n’était malheu- ! reusement que trop certain. Mais il existait une foule de circonstances ambiantes et accessoires sur lesquelles on ne comptait être pleinement édifié que par les débats publics. Eux seuls pouvaieut faire la lumière sur les points restés obscurs de ce drame, élucider ce qui avait précédé et ce qui avait suivi l’assassinat. A ce point de vue, une grande importance s’attachait aux témoignages qui étaient produits par l’accusation. Parmi les témoins on voyait figurer des officiers de l’armée dont l’existence avait été en péril dans cette lu- Il gubre aventure : M. le commandant de Poussargues,

M. Franck, et quelques autres. On y voyait également le docteur Clémenceau, qui était maire de j Montmartre au 18 mars, en même temps que représentant de la Seine sur les bancs de l’Assemblée nationale. Naturellement on attachait une grande importance à ces dépositions. Le public les attendait avec une anxieuse curiosité. Il était fort nombreux dans la salle des audiences. Les places réservées, dont pouvait disposer arbitrairement le président du conseil avaient été l’objet de sollicitations très-vives. Depuis longtemps, on n’avait .] pas vu une pareille atlluence.

Quant aux accusés, il n’y en avait pas un seul qui fût en état d’inspirer la moindre pitié. C’était des misérables dans toute la puissance de l'expression. On les regardait, on les examinait avec l’attention qu’on donne aux monstruosités qui s’étalent parfois à la vue des passants. On cherchait vainement à surprendre sur leur physionomie quelque point qui pût les rendre intéressants. On n’y rencontrait que l’abrutissement et la dégradation. A l’aspect des prévenus, on comprenait le crime. On j n’était étonné que d’une chose, c’est qu’on se fût arrêté après avoir versé le sang des deux généraux.

11 y avait surtout un ancien soldat auquel toute discipline paraissait inconnue. 11 s’appelait Verdaguer. C’était la ligure la plus saillante de la bande. Après lui venait Lagrange, un bandit de la plus belle eau, une figure qui n’aurait pas été agréable I à rencontrer au coin d’un bois, à la nuit tombante, j On savait, par le récit fort circonstancié du capi taine Beugnot, attaché à l’état-major du ministre i de la Guerre, que d’autres militaires avaient été mêlés aux assassins, et même s’étaient montrés des plus violents, soit dans la maison, soit dans le j jardin de la rue des Rosiers. On ne les retrouvait point parmi ceux auxquels la justice allait faire j

HISTOIRE DE LA COMMUNE

rendre des comptes sévères, et l’on ne s’expliquait cette lacune que par les expiations de la lutte. Mais pas un mot ne fut dit à cet égard.

A la suite de débats longs et embrouillés, sept condamnations à mort furent prononcées. On n’y prêta qu’une médiocre attention, tant on avait relevé de faits méprisables contre chacun de ceux qui étaient ainsi sévèrement frappés. Mais il n’en fut pas de même de l’incident qui surgit entre le docteur Clémenceau et le commandant de Poussargues. Dans leurs dépositions réciproques, ils avaient étéjloin d’être d’accord. Ce fut au point que, dans le cours des débats, on vit plusieurs fois la responsabilité à deux doigts d’être déplacée. On y apportait du reste une grande passion de tous les côtés. Le président du conseil de guerre fut obligé d’user d’autorité pour maintenir la solennité de l’audience. Mais il ne fut pas le maître d’empêcher ce qui se passa dans la salle. Quelques paroles, dont l’aigreur était le moindre défaut, furent échangées entre les témoins et amenèrent une provocation. Une rencontre s’ensuivit, et le commandant de Poussargues reçut une balle à la jambe. Si l’on veut examiner aujourd’hui les faits sans irritation et sans passion, on trouve que les désaccords tenaient essentiellemen à la différence des points de vue. Quand on a couru les dangers qui avaient menacé la vie de plusienrs officiers sur les hauteurs de Montmartre, il ^t permis de penser et de croire que l’autorité municipale n’a pas fait tout ce qu’elle devait pour éviter des malheurs. Mais d’un autre côté, et surtout dans une ville comme Paris, et au milieu d’événements inouïs, il ne faut pas oublier quelle petite place occupe le pouvoir municipal, auquel on ne laissp guère que les attributions de l’état civil. Dans tout cela, on doit tenir compte du temps où l’on vivait et des circonstances exceptionnelles.

Aux yeux de tout le monde, il y avait des lacunes graves dans la procédure instruite au sujet du crime abominable commis sur les buttes Montmartre, le 18 mars. La justice était loin d’avoir mis la main sur tous les coupables. On pouvait même dire que quelques-uns des principaux avaient échappé. On vit sans étonnement, le 12 novembre 1872, ces graves débats se rouvrir devant le 21e Conseil de guerre. 11 s’agissait cette fois de juger Victor Fourche, ancien musicien gagiste au 2üu régiment de ligne et au 3e régiment des voltigeurs de la garde, où même il a laissé d’assez mauvais souvenirs. La physionomie de l’accusé dénote la plus grande énergie. 11 était lieutenant dans le 109e bataillon de la garde nationale qui avait choisi Bianqui pour commandant. Le 18 mars, il commandait avec. Lagrange la compagnie qui a conduit le général Lecomte à la rue des Rosiers. 11 n’a rien fait pour empêcher l’efl'usion du sang. On est moins affirmatif quand il s’agit de savoir s’il a pris part à l’exécution. Mais il est certain qu’il n’a pas cesse plus tard d’exercer un commandement sur les buttes. A l’audience, Victor Fourche nie vigoureusement tous les faits qui lui sont imputés, et sa défense est très-habilement présentée par un des maîtres du barreau de Paris. Le conseil de guerre, après une longue délibération, rentre en séance, et le président donne lecture du jugement aux termes duquel Victor Fourche, a l’unanimité des voix, est condamné à la peine de mort. On n’avait rien, dans ce procès, appris de nouveau sur l’aspect général du crime de la rue des Rosiers.

Les débats relatifs à l’assassinat des généraux Lecomte et Clément Thomas n'avaient pas tenu ce qu’ils promettaient. En serait-il de même pour le massacre des otages? Telle était la question qu’on se posait, quand cette grave affaire lut appelée par le conseil de guerre. Nous n’avons pas a rappeler les divers épisodes de cette lugubre tragédie. Qu’on se souvienne cependant qu’il y avait eu de nobles et touchantes victimes, et à la prison de la Roquette, et dans l’enclos de la rue llaxo où l’étât-major de la Commune tint ses derniers conseils pendant qu'une formidable barricade qui barrait la rue envoyait encore des obus et des volées de mitraille contre Paris tombé au pouvoir des soldats. 11 y a là deux faits bien distincts et qui amènent sur la

sellette deux séries d'accusés. Nous ne voudrions pas les confondre. Et cependant les actes qui leur sont reprochés sont tellement similaires et se touchent par tant de points que nous ne pouvons nous empêcher de les réunir, sous peine de nous voir obligé de nous répéter. Pour nous, les deux affaires n’en font qu’une.

Au premier rang des accusés pour le premier massacre des otages à la Roquette paraît Genlon. C’est un de ces vigoureux et habiles ouvriers de Paris qui apporlent dans leurs aspirations politiques toute l’exallation de leur franche nature. 11 n’a jamais compté avec le dévouement. Quand il se donnait à une cause, il se donnait tout entier, sans réticences et sans fmauderie. Il laissait ces procédés aux habiles et à ceux qui exploitent des situations. « Cœur, tête et bras, tout était peuple en lui. » On pouvait appliquer à Genton ce vers du poêle : insister principalement sur le bças qui ne renâclait jamais devant la besogne. C’est précisément là le crime que l’on reproche à Genton, et ce qui l’amène devant le conseil de guerre. Car cet homme commandait le bataillon qui a été envoyé de la mairie du xi° arrondissement à la prison de la Roquette, et dans lequel on a recruté le peloton d’exécution qui a fusillé Georges Darboy, archevêque de Paris, le président Bonjean, l’abbé Deguerry, et leurs trois infortunés compagnons. Les faits sont patents, avérés, indéniables. Dans sa défense, Genton se borne à dire qu’il ignorait absolument clans quel but lui était donné l’ordre de se rendre à la Roquette avec ses hommes; qu’il a exécuté cet ordre ponctuellement, en soldat habitué à l’obéissance et à la discipline.. Quant à luimême, il n’a pris aucune part au massacre, et n’a rien ordonné qui puisse faire croire qu’il ait été un seul jour, un seul instant, complice des assassins. Il ne nie pas sa participation aux faits insurrectionnels; il l’avoue au contraire hautement et franchement; mais il n’a pas trempé dans d’autres crimes. Tout cela est dit simplement et avec une très-grande dignité.

A côté de Genton figure Joseph Lolive, une physionomie scélérate qu’on ne saurait oublier quand on l’a vue. Pour celui-ci commettre le crime n’a pas été suffisant. Il s’est fait un titre de gloire d’avoir été un des plus intrépides parmi les assassins. Il s’est vanté publiquement de plusieurs circonstances horribles. Lorsque l’Archevêque de Paris étendait la main pour donner sa bénédiction à ses féroces bourreaux : « Tiens ! Voilà la mienne ! » s’est écrié Lolive, et il a déchargé son fusil sur le le prélat. On ne saurait rendre le sentiment qui s’empare de l'auditoire quand ces faits sont révélés par l’accusation, quand ils sont affirmés et dûment établis par des témoins. Tout ce qu’on pourra dire en faveur de ce misérable, car il essaye de donner des explications et de se justifier, toute discussion juridique ou autre ne saura corriger l'effet produit par cette impression première. Elle est de celles qui ne s’ellacpnt jamais. Joseph Lolive a beau se débattre contre l’accusation qui l’accable. Il ne parvient pas un seul instant à inspirer la pitié. La sentence qui vont prononcer les juges militaires a été devancée par celle qu’a rendue le public.

Genton et Lolive furent condamnés à mort.

Ainsi en fut-il également deVictor Benot qui commandait le peloton d’exécution dans la sinistre rue qui porte le nom du brave et savant général llaxo. Celui-ci n’est pas un inconnu pour nous. Déjà nous avons eu à prononcer son nom lorsque nous nous sommes occupé de l’incendie des Tuileries et de l’incendie du Louvre. Nous l’avons vu à l’œuvre lorsqu’il était l’auxiliaire le plus ardent du général Bergeret, lorsqu’il se montrait toujours prêt à tous les crimes.

Au moins payait-il de sa personne et ne cherchait-il pas, après le forfait, son salut dans une fuite prudente. Victor Benot est un ancien garçon boucher, bien connu dans tout le quartier de la Villette. Pendant le siège contre les Allemands, il a fait son devoir comme garde national. On dit même qu’il s’est fait remarquer par sa bravoure devant l'ennemi. Mais il est devenu colonel et chef de légion sous la Commune ; il a mis beaucoup de galons à la manche de son habit, et les honneurs

lui ont monté à la tête. Il s’est cru un personnage par le seul fait qu’on lui donnait un commandement et qu’il voyait d’autres hommes lui obéir. Ce n’est pas sous le soleil -de Naples seulement qu’il y a des Masaniello. Après chaque insurrec tion triomphante, on eu trouvera toujours dans les bas-fonds sociaux.

Mentionnons ici une remarque qui fut faite durant le procès des massacreurs, relativement à la rue llaxo. Beaucoup de témoignages sur lesquels on comptait firent défaut devant la justice. Ün les avait soigneusement recueillis pendant l’instruction et minutieusement contrôlés. Il y avait là des gens qui avaient tout vu derrière les persiennes des cabarets borgnes de cette rue. Dans le cabinet de l’officier instructeur, les langues étaient déliées et parlaient sans crainte ni réticences. Il n’en fut pas de même en audience publique. Le colonel qui présidait le conseil de guerre avait quelque peine a obtenir des aveux et des confidences. Un aurait dit qu’une sombre et mystérieuse terreur arrêtait les plus hardis. On vit là un nouvel exemple de cette misérable lâcheté dont avait parié M. Clievreul dans, sa communication à l’Académie des sciences, le lendemain même de la lutte. Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis cette époque. La terreur et la lâcheté duraient encore. Qu’on juge par la de ce qu’elles avaient dû être dans les premiers jours. Nous n’avons pas à insister.

Condamné à mort comme ayant pris part aux massacres de la rue llaxo, le colonel Benot n’avait cependant pas fini de rendre ses comptes à Injustice. Un autre conseil de guerre devait le réclamer, le 11 novembre 1872, pour sa participation aux crimes des Tuileries et du Louvre. Les débats révélèrent des détails horribles. Notamment, que le Luxembourg avait été sauvé par l’énergie d’un médecin, le docteur Danet, qui ne perdit pas la tête et ne se laissa point affoler par la terreur. Il opposa une résistance virile à la scélératesse et éloigna le péril de son ambulance et du palais. Benot se rabattit sur les Tuileries. Là, l’incend e fut précédé du massacre de deux anciens gendarmes. L’un avait échappé à un premier feu de peloton. Il suppliait en parlant de sa femme et de ses enfants. On l’acheva, et, pendant ce temps, Urbain, membre de la Commune, disait : Périssent ainsi tous les soldats de Versailles! Quant aux incendies, Benot sentait le pétuole, selon l'expression du témoin Rémy, concierge du pavillon Colbert. Dans cette affaire, appelée tardivement, tous les témoignages ont une grande valeur. Un n’y voit plus trace des passions violentes qui se comprenaient si bien dans les premiers jours qui suivirent la lutte. Les dépositions se font avec calme et précision, et l’histoire en profite pour recueillir çà et là quelques détails qui lui sont utiles. Aux assertions les plus formelles, Benot oppose des dénégations qui ne sauraient avoir une grande valeur. C’est une mauvaise défense dans une cause qui n’en comporte pas de bonne. L’incendiaire est encore une fois condamné à mort.

Dans l’alfaire relative au massacre de M. Surat et de ses infortunés compagnons, c’est pour une femme que sont réservées toutes les rigueurs de la justice militaire. Mais quelle femme ! Elle a été impitoyable dans sa l'érohté. En la voyant, on compiend bien que depuis longtemps elle n’appartient plus à aucun sexe, et qu’elle n’a de passion que pour le sang et pour l’alcool. Véritablement ce n’est pas dans les bas-fonds sociaux qu’on descend avec de semblables procès. Un est dans l’antie du brigandage, au milieu des immondices et des épaves du crime et du vice. Le procès des Dominicains d’Arcueil nous mon Te d’autres physionomies qui ne valent pas mieux que les précédentes. Tout cela se ressemble. Un n’y apprend rien de nouveau, et la curiosité la plus intrépide en est écœurée.

Pour en finir avec les otages, disons tout de suite que Préault de Védel fut également condamné à mort. C’est lui, on s’en souvient, qui, dans la prison de Sainte- Pélagie, avait activement participé à l’exécution du malheureux Gustave Chaudey. Un fut sans pitié pour ce misérable et véritablement il n’en méritait aucune. »

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