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LE FOUT BOYARD. RADE DE L’I LE D’AIX

sation dans des terres éminemment fertiles parce que la première et même la seconde émigration de travailleurs rustiques revenait de droit et promptement aux cimetières. L’expression n’est pas de nous, il s’en faut. Nous la trouvons dans vingt ouvrages divers sur l’Algérie. 11 est certain que dans notre France du Nord de l’Afrique le fait s’est produit ainsi, et principalement parce qu’on a été un certain temps à reconnaître les conditions hygiéniques qui conviennent à un climat qui ne ressemble pas toujours à celui de l’Italie, de la Provence et de l’Espagne méridionale. Avec la Nouvelle-Calédonie, rien de semblable n’est à craindre. La température rappelle beaucoup celle dont on jouit dans les Antilles. On n’y voit jamais ces grands écarts qui marquent en Europe les points extrêmes de l’hiver et de l’été.

A l’inverse seulement de ce qui se voit chez nous, c’est pendant les mois de juilît et d'août que règne ce qu’on appelle par conven o 1 la saison d’hiver. Les mêmes mots subsistent, me ne aux antipodes. Cependant on constate que le thermomètre presque toujours se maintient entre 16 et 18 degrés. C’est une température moyenne dont on se contenterait volontiers dans la plupart de nos stations hivernales d’Europe. On serait assuré de n’y connaître jamais la neige et laglace que de réputation. Les fortes chaleurs, dans la Nouvelle- Calédonie, se font sentir en janvier et février. Le thermomètre monte alors communément jusqu’à 26 degrés. 11 est rare qu’il atteigne 32. Cette dernière limite n’est jamais dépassée. La nuit ne se distingue guère du jour. De mai à novembre, on a observé cependant que le thermomètre descend jusqu’à 10, et même 0 degrés.

Mais la caractéristique importante pour distinguer la saison d’hiver de la saison d’élé est celle qui ressort des pluies. On ne voit pas dans la Nouvelle-Calédonie ce qu’on remarque dans les Antilles, une continuité de pluies diluviennes qui sont les véritables inclémences du ciel d’hiver. C'est bien toujours par l'eau pluviale qu’est indiquée la saison rigoureuse. Seulement elle ne tombe pas avec cette suite, qui devient désagréable, insupportable et même malsaine dans les régions tropicales de l’Amérique. En Océanie, les pluies sont espacées de manière à permettre à la terre et à l’homme d’en retirer tout le bénéfice qu’on en doit attendre. Cela seul suffit à expliquer le climat véritablement délicieux dont on jouit dans toute la région néo calédonienne.

On ne saurait trop insister sur ces notions précises, trop les répandre et les faire connaître, surtout au moment où tant de regards inquiets sont tournés du côté de notre grande colonie pénitentiaire de l’Océan. Tout n’est pas fini parce que les conseils de guerre ont prononcé leurs sentences et que les navires partent emportant à l’autre bout du monde de nombreux convois de condamnés. La société a prouvé sa force. Mais il reste ici des cœurs endoloris que nous ne devons pas oublier. Nous avons dit le crime et la répression, nous devons maintenant penser sans cesse aux larmes silencieuses qui coulent dans l’ombre. Les consolations banales ne sont pas de saison. Tous les deuils sont respectables, quoi qu’en disent les partisans féroces ou imbéciles d’une politique à outrance, et il n’est jamais en France malséant de répandre du baume sur tant de blessures encore saignantes. Le seul adoucissement possible à tant de douleurs doit ressortir du fond même de notre sujet. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à entrer dans de nombreux développements.

Dès qu’il fut résolu qu’on enverrait dans la Nouvelle Calédonie les condamnés à la déportation, le ministre de la marine prit des dispositions pour que cette émigration forcée s’opérât d’une manière intelligente et fructueuse.

11 y avait beaucoup à faire, pour ne pas dire tout ; car la colonie était loin encore d’offrir de bien grandes ressources.

En conséquence, les transportés destinés et propres aux travaux de construction des villages seront envoyés les premiers. Chaque village contiendra une moyenne de deux cent cinquante feux; des terres, en quantité largement suflisante, reste¬

ront affectées à chacun de ces petits centres de population. Les transportés destinés à la culture seront expédiés les derniers. En arrivant dans la colonie, des terres et des instruments de travail seront distribués à chaque condamné, ainsi que des vivres qui lui permettront d’attendre les premiers produits de la récolte. Il aura tout intérêt à bien cultiver son champ; car, non-seulement il pourra disposer à sa guise de ce qu’il aura semé, planté, conduit à maturité; mais encore les terres deviendront la propriété absolue des nouveaux colons lorsque, pendant trois ans, ils auront fait preuve de bonne conduite. Pour pousser plus énergiquement encore dans cette voie les malheureux qu’a frappés de ses rigueurs la justice militaire, le gouvernement a promis d’envoyer et de favoriser l’envoi dans la Nouvelle-Calédonie des familles des transportés qui ne voudront pas rester éloignés et séparés de ceux qui leur sont chers. On ne saurait trop insister sur cette dernière disposition gouvernementale. La bienveillance relative qu’elle témoigne montre bien la différence profonde qui existe entre 1872 et 1818. Ace point de vue, on doit dire que l’Assemblée de 1871 l’emporte sur la Constituante, qui ne recula pas devant la transportation sans jugement, de toute la hauteur d’une grande et saine civilisation.

C’est du reste, ainsi que le reconnaissent tous les hommes réellement sérieux, le seul moyen de tirer quelque avantage de cette grande et véritablement déplorable catastrophe sociale de 1871 . On ne pourra réellement compter sur le développement et la prospérité de ce nouveau monde colonial que lorsqu’on verra la vie de famille s’y établir. C’est la condition essentielle et la hase fondamentale de toute société.

Il a paru de nombreuses publications sur la Nouvelle-Calédonie et les groupes d’îles dont elle est devenue le centre. Toutes sont d’accord sur la fertilité de la terre. Elles ne varient que sur le plus ou sur le moins. Optimistes et pessimistes ont eu le tort, comme cela se produit encore chaque jour pour l’Algérie, de généraliser quand ils n’avaient pas vu l’ensemble. Ils ont jugé du tout par l’échantillon qu’ils avaient devant les yeux, défaut naturel à la race française et qui engendre souvent des désenchantements et des mécomptes.

On peut dire avec vérité que la terre est d’une fécondité véritablement prodigieuse dans toutes les portions de l’île où elle est arrosée. Dès que disparaît l’eau courante, le désert se fait. Le même phénomène a été observé en Algérie. On le voit se produire également et plus rapidement dans les Antilles, et notamment à Cuba, du côté de Santiago. On a donc le plus grand intérêt à conserver les eaux vives qu’on rencontre fréquemment à l’état de ruisseaux et de rivières, et à leur donner des aménagements intelligents. Pour atteindre ce but, la conservation des forêts est indispensable. Il n’y a nen de tel que l’arbre pour enlretenir la fraîcheur intérieure du sol et empêcher que les sources ne tarissent. Sous ce rapport, du reste, la nature avait fort bien doté la Nouvelle-Calédonie. La végétation était luxuriante et l’on citait des forêts de casuarinas d’une beauté merveilleuse. Sur ccriains points malheureusement on a procédé, les premiers jours de l’occupation française, à des déboisements trop rapides. Puis sont venus des incendies, et la malveillance n’y était pas toujours étrangère. Il y a donc de larges et de vastes espaces vides et absolument dénudés dans des localités où les premiers colons ont pu admirer la richesse et la splendeur des végétations tropicales. La triste expérience est faite. Qu’onne la recommence plus, et tout pourra encore aller pour le mieux, et la prospérité de l’avenir n’en sera point atteinte. Un réparera le mal lentement, et, avec la générosité qui lui est habituelle dans ces régions, la nature fera le reste. D’autant mieux qu’il y a encore amplement de quoi se mouvoir pendant plus d’un siècle et pourvoir à tous les besoins.

Un a dit et répété souvent que les terres dans la Nouvelle-Calédonie étaient propres à toutes les cultures et donnaient toujours un bon et fructueux rendement qui rémunérait largement le travailleur des peines qu’il avait prises. Il y a du vrai

dans celte assertion. Cependant il faut savoir ne pas dépasser la limite exacte où la vérité confine à l’erreur. Dans certains cas, ne pas être strictement exact devient un crime.

Il sera donc bon de ne pas perdre un temps précieux en essais de toute sorte, comme on l’a fait en Algérie, et de s’en tenir, pour les cultures industrielles surtout, à celles qui conviennent spécialement aux terres tropicales et paraissent être leur apanage exclusif. Avec le coton, le café, la canne à sucre, le tabac, et toutes les manipulations successives que réclament ess divers produits, il y a un vaste champ ouvert aux travailleurs de bonne volonté. Depuis le manouvrier qui n’a que la force de ses bras à donner pour diriger l’action de la pioche, de la bêche ou de la herse, jusqu’au mécanicien le plus habile, il y a place pour tous dans une exploitation agricole bien conduite, et qui part du sol où la graine est déposée pour arriver au comptoir où se débite le produit.

Autre détail encore et qui ne saurait être négligé ; car il peut avoir son importance.

Si la nature avait été prodigue de végétalions envers la Nouvelle-Calédonie, il n’en était pas de même sous le rapport des espèces animales. Elles y étaient excessivement rares et les individus peu abondants. Au point qu’on a pu voir dans cette pénurie une des causes principales du goût que montraient les indigènes pour l’anthropophagie. L’opinion est soutenable. L’inverse se remarque dans la Patagonie, où les nourritures animales abondent, pendant que les végétaux, et surtout les farineux, se font constamment désirer. Un peut lire dàns les récits de tous les navigateurs que, dans ces parages lointains, les naturels do inaient volontiers un bœuf ou un animal sauvage de taille analogue pour une poignée de blé, de haricots ou de fèves. Dans la Nouvelle-Calédonie, la race bovine était inconnue avant notre arrivée. Nous l’avons introduite ainsi que le mouton et le cheval. Ces animaux, traités avec le plus grand soin, ont prospéré, et on a même aujourd’hui une race de chevaux calédoniens qui paraissent préférables pour la course, pour le trait, pour le travail, à ceux qu’on tire encore d’Australie.

A ce que nous venons de dire, nous voudrions pouvoir ajouter que, depuis l’introduction des espèces animales dans la Nouvelle-Calédonie, les goûts anthropophagiques des indigènes ont diminué considérablement, et même qu’ils ont à peu près disparu. Le fait est vrai ; mais il tient à plusieurs autres causes.

Nous devons les expliquer.

Dans cette population indigène qui n’a jamais été bien dense sur les archipels océaniens, on remarque deux races bien distinctes; ce qui donnerait à croire que l’une d’elles au moins n’est pas autochtone. Maison pense généralement me l’une et l’autre ont été portées sur ces continents par deux courants fort divers d’émigration. Il en était résulté tout naturellement des inimitiés et dés hostilités, comme on en voit dans mutes les tribus sauvages. La victoire était couronnée par des festins dont l'ennemi tué faisait le principal régal. Les missionnaires sont venus et ont prêché l’Evangile. Ce fait ou précédait de peu, ou s’accomplissait en même temps que la France plantait son drapeau sur ce sol encore inoccupé par les Européens. La conquête mit fin aux guerres interminables des tribus; la religion chrétienne compta quelques nouveaux sectateurs de plus, et, comme conséquence, après ces soumissions, la chair humaine ne fut plus une nourriture.

Un vit même se produire deux phénomènes assez singuliers. Reconnaissant la supériorité de la civilisation européenne, les sauvages s’attachèrent à leurs conquérants avec une facilité et une sincérité qui n’étaient pas sans exemple dans ces parages. Sauf de rares exceptions, ils ne demandèrent qu’à vivre laborieux et paisibles a l’ombre de notre drapeau. Mais en même temps on signala des maladies qui autrefois paraissaient inconnues à la Nouvelle Caledonie. La phthisie, l’anémie, la consomption dévorèrent les indigènes en épargnant d’une manière absolue les Européens. De là une dépopulation tellement rapide

qu’on ne put s’empêcher de le remarquer, et même d’en être effrayé. Les savants ne laissèrent point échapper une si belle occasion de rappeler l’histoire bien connue des Caraïbes dans les Antilles. La race de ce dernier peuple a si bien disparu que si l’on en rencontre un spécimen, on est toujours tenté de le montrer comme une curiosité Ou ne saurait affirmer que le même sort est réservé aux habitants de la Nouvelle-Calédonie; mais tout tend à le faire croire, et, d’après tous les symptômes, le fait de cette disparition arrivera dans un délai qui ne sera pas long.

Ces Kanacks, comme on les appelle, d’un mot générique qui signifie homme dans la langue de ces archipels, ou bien encore Canaques, en corrompant le mot par la langue française, pouvaient bien représenter soixante mille personnes quand nous sommes arrivés dans la colonie. Il n’y en a pas cinquante mille aujourd’hui. C’est fort peu pour une terre qui représente la superficie de quatre ou cinq de nos départements. La population européenne, en 1870, s’élevait à dix mille personnes environ; selon toutes les probabilités, et sans tenir compte des éléments fournis par la déportation, elle atteindra rapidement le chiffre de vingt à vingt-cinq mille, et même le dépassera. C’est un excellent commencement.

La population indigène sc retire volontiers dans l’intérieur de l’îie, dans les bois et les vallées. Mais il est rare que, de l’un ou de l’autre côté, elle dépasse la grande chaîne de montagnes qui traverse l'ile dans toute sa longueur, et la coupe en deux versants à peu près égaux, dont l’un est du vent et l’autre sous le vent, comme on dit dans la marine. Nous avons, dès le début de notre installation colonisatrice, trouvé de précieux auxiliaires dans quelques chefs indigènes doués d’autant d’intelligence et de finesse que d'energie. Il est vrai qu’à un certain nombre d’entre eux nous avons fait faire un séjour plus ou moins long dans nos établissements bien installés des il es Marquises. Là, ils ont pu se faire une idée très-nette de noire civilisation et de notre puissance, et ils ont profité amplement de la leçon qui leur était donnée. Us nous aident dans nos projets de colonisation. Cependant on ne doit jamais perdre de vue que les espérances n’ont rien de solide dès qu’elles cessent de reposer sur un rapide peuplement européen.

Un fait, de date récente, peut y contribuer puissamment. Pour corroborer notre opinion à cet égard, nous ne perdons jamais de vue ce que notre génération a pu constater et constate dans l'Australie. On a donc découvert dans la vallée du Diaote des gisements aurifères qu’on a tout de suite représentés comme étant d’une richesse extrême. Ne tombons dans aucune exagération, et restons dans la réalité constante des faits bien acquis. Lavallée du Diaote est une des plus belles de celles qu’on rencontre à chaque pas dans la Nouvelle-Calédonie. Elle se prête merveilleusement à toutes les cultures qui peuvent sûrement et même rapidement enrichir un honnête travailleur des champs. Le coton qu’on y récolte est déjà renommé, et, pour peu qu’on lui donne des soins intelligents, il ne peut manquer d’atteindre la beauté et la valeur des plus belles espèces de Géorgie. C’est là un avantage sérieux et précieux, et que rien ne doit faire négliger. Néanmoins le nom de l’or a une puissance et une attraction tellement magiques qu’il a suffi de le prononcer pour voir affluer dans la Diaote une foule de coureurs d’aventures. Maintes fois déjà, on avait cru être sur la trace des terrains aurifères. Mais depuis la Californie et l’Australie, on est devenu fort expert là-dessus. Ingénieurs et ouvriers n’hésitaient pas à déclarer qu’on n’avait encore que la couleur de l’or. Ce qui signifiait que le rendement de l’exploitation ne parviendrait pas à couvrir les dépenses. Depuis le mois de février 1872, le ton des nouvelles a changé. Dans le district de Manghine, sur la rive gauche du Diaote, on travaille avec une ardeur fébrile; car on a découvert de considérables filons de roches cù les parcelles d’or se trouvent concrétées dans le quarts et le schiste. Cette fois le rendement est rémunérateur. On l’évalue en moyenne entre six et neuf mille francs par tonne de minerai. Bornons-nous

à signaler le fait, sur la piste duquel on s’acharnait depuis longtemps. Il a été bien connu en Europe dans le c Durant, de l’été 1872. Nous n’avons pas besoin d’ajouter qu’il a mis en éveil de nombreuses imaginations. Nous pourrions ajouter que plusieurs compagnies, plus ou moins puissantes, ont été formées, dès qu’il y a eu quelque certitude sur le rendement avantageux des gisements aurifères. Mais cela nous entraînerait trop loin. Nous mentionnons uniquement le fait, sans plus amples détails, parce qu’il peut avoir des conséquences heureuses et imprévues sur l’avenir généial de notre intéressante colonisation.

Comme premier résultat, et certainement le plus important de tous, cette découverte des gisements aurifères a donné une grande animation au port que nous avons établi, dès les premiers temps de notre prise de possession, à l’embouchure du Diaote, l’important cours d'eau qui a donné son nom à toute cette riche, fertile et belle vallée.

On avait choisi cet estuaire d’abord sans doute à cause des avantages naturels qu’il présentait et de la sécurité qu'il offrait au mouillage des navires du plus fui t tonnage. Mais une autre pensée a également eu sa valeur et son importance dans les décisions et les sacrifices du gouvernement, qui doit tout peser avant d’agir. On a voulu avoir, sur la côte opposée, un complément aux grands établissements de toute sorte que nous fondions à Nouméa, qui est la capitale de l’ile.

Sur l’un et l’autre point, au vent et sous le vent, au Diaote et à Nouméa, les ports sont francs et ouverts à la grande navigation. Avec une manie nationale dont nous aurons beaucoup de peine à nous corriger, on a voulu donner le nom de Portde-France à la capitale de la Nouvelle-Calédonie. Mais l’appellation indigène a prévalu, et les Euro péens eux-mêmes ne la désignent que sous le nom de Nouméa. C’est une petite ville charmante, propre et coquette, et qui n’aspire qu’à grandir. On trouve dans son voisinage des paysages délicieux, et plus d’un artiste en passant s’empresse d’enrichir son album. Pour rencontrer d’admirables points de vue, il suffit de s’éloigner des palétuviers au feuillage sombre qui encombrent le rivage avec leurs racines gigantesques assez semblables a des végétations madréporiques. Un est d’autant plus porté à les confondre qu’on trouve des bancs nombreux de madrépores dans toutes ces mers. Pour jouir de grandes et originales beautés pittoresques, il faut aller dans les régions que marquent d’epais rideaux de cocotiers. De quelque côté qu’on se tourne alors, on aura devant soi les splendeurs de parfums et de couleurs que prodigue la Flore des tropiques, et on ne trouvera pas que la Nouvelle-Calédonie est une terre maudite.

Les pénitenciers.

La loi de 1872 a désigné l’îie des Pins et l’ile Mare comme lieux affectés à la déportation simple, et la presqu’île Ducos à la déportation dans une enceinte fortifiée. En agissant ainsi, le législateur a eu principalement en vue d’établir une ligne de démarcation entre ce qui se fait en 1872, à la suite des événements de la Commune, et lout ce qui a pu être fait en d’autres temps. 11 existait, ea effet, depuis 18(11, un établissement pénitentiaire installé sur l’île Nou, et peuplé en grande partie avec des forçats amenés du bagne de Toulon par les [régates l'ijjhigénie et la Sgbille.

Ces ouvriers de la transportation, comme on les appelait par euphémisme, ont été employés aux travaux d’installation du pénitencier et aux constructions publiques à Port-de-Francc. D’après des relations qui paraissent absolument-dignes de fui, et notamment d’après M. Jules Parquet qui était placé dans la colonie à la tête d’un service public important, on n’eut pas toujours à se louer de cette population pénitentiaire. Sous ce rapport, nous n’hésitons pas à le reconnaître, notre race se montre complètement inférieure à la race anglaise. L’homme que frappe et flétrit notre justice s’empare fort rarement des chances qui lui sont offertes de se relever, et les mauvais instincts reparaissent sans cesse à la première occasion. C’est

à cette population, par exemple, que seraient dus en majeure partie les vastes incendies qui ont transformé en déserts certains districts de la Nouvelle-Calédonie, autrefois admirables par leur fertilité et leur riche végétation. Nous avons dit ce que devient la terre sous les tropiques, dès qu’elle cesse d’être ombragée.

Le législateur de 1872 a donc bien fait de séparer de la manière la plus absolue ce qui est sorti des bagnes, et ce que l’on peut considérer encore connue égaré par la politique. L’avenir se chargera de prouver qu’en parlant ainsi nous ne nous trompons pas.

La future résidence des condamnés à la transportation simples’appelait île Ivunié dans la langue de ces archipels océaniens. Elle est située à trente milles au sud-est delà Nouvelle-Calédonie. Elle fut découverte en 1774, par le capitaine Cook, et cet illustre navigateur l’appela l’ile des Pins, à cause de la grande quantité d’arbres de cette essence qu’elle renfermait. Encore aujourd’hui c’est le pin qui domine dans les iorêts de l’ile et principalement sur les côtes. .11 en résulte un splendide rideau de verdure qui donne à celte terre, vue de la haute mer, un aspect des plus étranges. Un n’aperçoit d’abord que des cimes verdoyantes, et il faut laisser au navire le temps d’approcher des côtes pour distinguer le sol d’où partent toulesces colonnes végétales, tous ces riches parasols verts qu’agite le souffle des brises. Un comprend donc facilement l’enthousiasme qui éclate dans les récits du capitaine Cook. Si quelque chose étonne, surtout après la popularité acquise par les livres des illustres navigateurs du dernier siècle, c’est qu’on ait mis un si long temps à tirer parti de ces belles contrées. Il ne faut pas tsnir compte de quelques voyageurs maritimes qui les ont visitées en passant et qui ne songeaient nullement à pousser l’Europe dans la voie d’une utile émigration. Un doit dès lors aller jusqu’en 1818 pour trouver un établissement européen à 1 île des Pins. Nous voulons parler de la maison fondée par les missionnaires de la Propagande à V-acia. Elle est très-importante au point de vue des secours de toutes sortes que peuvent y trouver à l’occasion et les prêtres voués aux missions lointaines, et les voyageurs en détresse.

L’ile des Pins est entourée de bancs de corail et de récifs madréporiques qui rendent ses approches dangereuses pour les navigateurs inexpérimentés. Son nom sc rattache à plusieurs naufrages célèbres. Lesgens qui donnent leur attention aux choses de la marine n’ont pas oublié que dans ces parages se perdit, en 1865, V Aventure, portant le pavillon du capitaine de vaisseau Du Bourget, qui était gouverneur des établissements français dans l’Ucéanie. Depuis cette époque, les ingénieurs hydrographes se sont mis a l’œuvre. D’excellentes cartes marines ont été dressées. Tout porte dune . à croire qu’on n’aura plus a déplorer de semblables malheurs, ou du moins qu’ils deviendront de plus en plus rares.

La population indigène est encore moins dense à l’ile des Pins qu’a la Nouvelle-Calédonie. Sur une superficie de treize mille hectares, on compteà peine huit ou neuf cents habitants. Mais, en revanche, il sont tous convertis au christianisme, et ont reçu les premiers rudiments de la civilisation, cVst-àdire qu’ils attachent un certain prix au vêtement protecteur de la décence. Le premier soin des missionnaires est de bannir la nudité. Un ne trouve déjà plus à l’ile des Pins les mêmes conditions climatériques que dans la Nouvelle-Calédonie. La température y est plus basse et d’une régularité encore plus grande, dit M. Jules Garnier. L’air est très pur et très-sec. Les orages sont presque inconnus. 11 n’y a point de marais, et, par conséquent, point de moustiques, cet insecte insupportable qui peut rendre odieuses les terres les plus luxuriantes de ces régions. En un mot cette Ile des Pins est peut- être le climat le plus sain et le plus agréable qui existe dans le monde. Un doit être complètement rassuré à cet égard.

La presqu’île Ducos, dont il nous reste à nous occuper, paraît jouir des mêmes avantages dont nous venons de faire une énumération assez dé-

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