I. — L’inauguration
. Le Comité central avait essentiellement tenu à donner une grande solennité à la remise entre les mains des élus du peuple des pouvoirs qui lui venaient de l’insurrection triomphante. Une estrade avait été dressée contre la façade de 1 Hôtel-de- Ville, entre les deux grandes portes qui donnaient concurremment entrée dans l’édifice pour les réceptions officielles. Sur cette estrade prirent place, d’un côté, les membres du Comité central, portant à la boutonnière une rosette rouge comme insigne de leur délégation; de l’aulre côté s’assirent les membres de la Commune de Paris, avec l’écharpe rouge en sautoir. Sur un siège plus élevé, Assi servait de trait d’union. Il appartenait en effet à ceux qui s’en allaient et à ceux qui arrivaient, et présidait à la cérémonie.
On n’a jamais su pourquoi ni comment il s’était attribué ce dernier honneur. Car, quoique le Comité central n’eût pas à se louer outre mesure des élections du 26 mars, il avait cependant un certain nombre de ses membres dans le nouveau conseil. On y voyait Arnaud, C. Arnold, Babick, Bergeret, Blanchet, Billioray, C. Dupont, Forluné, Gércsme, Jourde, Mortier, Ranvier, Viard et Varlin, en même temps que l’ouvrier mécanicien Assi. C'était peu sans doute, quoique ce peu dût suffire à contrebalancer la prépondérance que paraissait se donner l’oux'rier gréviste qui jouait volontiers les Robespierre au petit pied. Mais Assi voulait jouir de son reste, et il en jouissait, en attendant de
connaître par expérience quelle petite distance sépare, même à Paris, le Capitole de la roche Tarpéienne. Ses camarades de conspiration et d'émeute le laissaient faire, autant par indifférence que pour tout autre motif.
La place de l’ Hôtel-de-Ville était occupée par la force armée, c’est-à-dire par des compagnies détachées des 250 bataillons de la garde nationale, parisienne qui se déclaraient affiliés à la fédération et se montraient disposés à la suivre partout où elle voudrait les conduire. A côté de tous ces uniformes, passablement bigarrés à cause de tous les draps dfvers auxquels on avait dû recourir pour pourvoir à des équipements insolites et en dehors de toutes les prévisions possibles, on remarquait une foule de costumes étranges et qui ne rappelaient que de fort loin ceux qui sont en usage dans les armées françaises. Ces costumes étaient portés par des hommes ayant appartenu aux différents corps francs qui s’étaient organisés, à Paris et dans la province, pendant notre lutte nationale contre les armées allemandes. La guerre finie, ces hommes, chercheurs d’aventures pour la plu part et avant tout, accouraient à Paris au milieu du désordre et venaient grossir les forces de l’insurrection communaliste. Il y avait là des Garibaldiens avec la chemise rouge que le héros de l’Italie moderne a rendue légendaire; des Po'onais qui avaient mis une queue de cheval à leur casquette nationale; des francs-tireurs de toute sorte et de toute nationalité; sans compter les lascars qu’allait organiser Jeansoulé, héros de cabaretsetdemaisons borgnes,
et qui ne pouvait s’adresser qu’à des hommes comme lui. On ne fait pas des révolutions avec des Vestales, a dit quelque part Godefroid Gavaignac. Jamais il ne fut plus facile de vérifier la justesse de semblables paroles. Seulement il faut se hâter d’ajouter qu’il n'y a pas un Français digne de ce nom dont le cœur ne bondît d’indignat on en voyant dans quelles mains ou plutôt dans quelles griffes humaines était tombée la cité héroïque dont nous étions si fiers, celle que, maigre ses malheurs, nationaux et étrangers appelaient encore la capitale du monde.
Sur son fauteuil A^si se pavanait pendant que les musiques militaires jouaient des airs de triomphe. Gar la musique était aussi de la fête qui n’aurait pas élé complète sans cela. Son accompagnement aurait manqué à la pompe de ce grand jour et les farouches entre les farouches l’auraient reproché aux organisateurs. L°s tambours battaient aux champs et les clairons faisaient retentir les airs de leurs fanfares les plus joyeuses. Quant aux canons, il y en avait parlout. On en voyait qui étaient isolés et d’autres qui étaient rangés en batterie. Si leur propreté laissait parfois quelque chose à désirer, on devait l’attribuer uniquement à ce qu’ils étaient servis par des artilleurs novices et qui n’avaient pas encore toute la vanité et toute la coquetterie du métier. Ils restèrent muets pendant presque toute la cérémonie, et personne ne remarqua ce silence. Surtout personne ne s’avisa de i’attribcer à une mesquine lésinerie. On savait que le peuple e?t toujours prodigue de la poudre.
LA cuir K LOUIS XIV A lhotel-de-ville, sous la commune