‹ Paris incendiéChapitre 17 sur 124 · III. — L’hôtel-de ville · texte numérisé non relu

III. — L’hôtel-de ville

Cependant il fallait agir militairement si l’on ne voulait pas que lts turbulences, les impatiences et les inquiétudis nerveuses se consumassent sur place en amenant quelque nouvelle catastrophe. Les généraux Duval, Eudes, Bergeretet surtout Gustave Flourens montraient la plus grande ardeur. D’une voix unanime, ils disaient qu’avec leurs hommes ils pouvaient affronter n’importe quel champ de bataille; qu’en un tour de main Versailles, le Gouvernement et l’Assemblée seraient enlevés, et qu’alors la France entière suivrait 1 impulsion et seconderait le mouvement de Paris. On les écoutait et personne ne se levait poulies contredire, il était évident que les discours de ces hommes galonnés répondaient aux plus secrèles pensées, caressaient les plus chères illusions, flattaient surtout la vanité immodérée des membres de la Commune de Paris. L’horizon s’agrandissait et se développait devant eux, et ils se voyaient déjà marchant sur les traces des géants de la Convention.

S’ils avaient conservé le moindre grain de bon sens, ils n’auraient eu qu’à se retourner et à regarder autour d’eux, pour reconnaître qu’ils n'étaient que les sales parodisLes d’une grande et terrible époque pendant laquelle du moins l’étranger en armes ne foulait pas impunément le sol de la patrie. Mais de la patrie qui s’en souvenait? Qui pensait au pays, a ses gloires, à ses monuments ? Nul certainement dans cet Hôtel-de-Ville, produit de trente générations parisiennes, ou tout maintenant était li\ ré au désordre et au gaspillage en attendant la dévastation et l’incendie.

On campait dans les cours. Les feux de bivouac laissaient leurs maculatures sur les pavés et contre les murs; on voyait partout les traces de ia fumée des cuisines improvisées. Les hommes et les chevaux vivaient pêle-mêle. Il fallait que ceux-ci fussent constamment prêts pour le service de ceuxlà. Partout des écuries et des remises rudimentaires. On accrochait où on le pouvait les harnachements. On improvisait les râteliers. Les bottes de fourrage étaient jetées de tous les côtés; on les prenait au hasard suivant les besoins du moment. On éventrait un sac d’avoine pour un ou deux setiers qu’en réclamait un cheval harassé de fati-

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