‹ Paris incendiéChapitre 18 sur 124 · AVANT-POSTES DE FÉDÉRÉS SUR LÉ CHEMIN DE FER DE SCEAUX · texte numérisé non relu

AVANT-POSTES DE FÉDÉRÉS SUR LÉ CHEMIN DE FER DE SCEAUX

gue et surmené par un cavalier novice qui avait voulu faire montre de zèle. La pauvre bête n’en pouvait mais. Aussi lui pro liguait-on Ja pitance avec une générosité qu’on ne l'encontre jamais dans les écuries militaires. Tout était à l’avenant. Un campement de baibares en marche présente une ordonnance plus régulière que n’e:i offraient les cours de l’Hôtel-de Ville pendant la Com mune. Seulement, ccs spectacles des cours, étranges et navrants dans leur étrangeté cynique, permettaient de pressentir et de deviner ce qui se passait dans les appartements.

Là également, tout était abandonné au caprice de l’orgie et du pillage. Le riche mobilier de la Salle du Trône, des salles consacrées aux l’êtes et même des appartements privés, étaient souillés par des ordures de toute sorte. Les tentures pendaient en lambeaux. Les déchirait qui voulait et en emportait les loques. Partout on rencontrait des glaces brisées, des boiseries sur lesquelles des mains sales avaient imprimé leurs traces visqueuses. Même dans les salles réservées aux délibérations, les meubles avaient perdu leur solidité. D'un grand nombre la violence avait fait des débris informes et sans nom qu’on voyait dans tous les coins. Un ne pouvait faire un pas sans qu’une odeur fétide chatouillât désagréablement le sens olfactif : odeur de vin et d’alcool mêlée a des vapeurs de viandes brûlées et aux parfums nauséabonds des déjections de l’orgie ; caron n’oubliait jamais de boire et de manger àl’llùtel de - Ville, et les excès de labié n’étaient pas les moindres de ceux que commettait la bande de Vandales qui s’était abattue sur la maison municipale et la traitait comme on ne traiterait pas ia propre maison. Du hautgen bas, des combles aux caves, il y avait festins et mangeables à lou'e heuie; les boissons alcooliques y coulaient à Ilots, et les ivrognes y cuvaient leur vin dans les cours, sur les escaliers, dans les longs et larges corridors, dans les appartements, comme dans une écurie.

Il faut avoir vu cet amalgame pour s’en faire une idée précise et exacte. Il faut avoir vu la cour qui porte le nom de Louis XIV, et qui a été pendant plus de deux siècles témoin de tout ce qui a marqué dans l’histoire de la municipalité de Paris. Il faut avoir parcouru lotîtes ces salles qui n’offraient plus aux regards que l’abomination et la désolation. Et quand nous parlons ainsi, nous parlons en pleine connaissance de cause. Nous savons parfaitement ce quejnous disons. Nous avertissons et nous prémunissons 1rs liisloi iens de l’avenir. Qu’ils se tiennent en garde, quand ils iront chercher des documents et des renseignements auprès des cliro. niqueurs de la Commune. Car la Commune de Paris a eu ses chroniqueurs. La basse et sordide plèbe a eu ses courtisans et ses flatteurs, tout comme n’importe quel souverain sceptré et couronné. Des écrivains ont déshonoré leur plume à raconter sur le ton de l’idylle les joyeusetos de cabaret interlope qu’on se permettait à Lllôtel-de- Yille. Les Félix Pyat, les Henri Maret, les Jules Vallès, les Henri Rochefort 11e retrouvaient plus le fouet de Juvénal, qui leur était familier, dès qu’il s’agissait de flageller les épaules plébéiennes. Tout ce qu’on faisait dans ces saturnales était bien. Les colères et les vitupérations étaient réservées aux ruraux de Versailles. Quant à Vermescb, antérieurement auteur de poésies sentimentales et éthérées, oubliant que sa natiotnaliéiétrangère lui imposait des devoirs élroils, il se faisait le plus infâme des dénonciateurs dans un Père Duchesnc que le vieil Hébert de 1793 aurait désavoué. Nul n’a jamais contesté le civisme de celui qui s’adressait directement à la plèbe, quand la cité, la patrie tout entière étaient en danger. 11 est malheureusement prouvé qu’en s’attaquant venimeusement aux plus honnêtes citoyens, Vermesch et ses deux ou trois acolytes ne faisaient qu’une spéculation, à l’effet de fournir a leurs honteuses passions un facile aliment. Qu’on laisse donc de côté les sornettes et les pamphlets de semblables gens, ou du moins qu’011 y regarde avec la floupe {du sceptique, si l’on veut connaître les faits et gestes de la Commune de Paris et surtout avoir une idée exacte de ses mœurs.

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