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VIII. — Les traîtres

L’issue désastreuse de cetlo sortie, sur laquelle on avait fondé cinquante châteaux, en Espagne plus insensés les uns que les autres, exaspéra Ju Commune de Paris.

Elle vit des traîtres partout, et les hommes de violent e eurent beau jeu pour la précipiter dans tous les excès. Elle y étaitnalurellement et fatalement entraînée, du moment qu’elle avait abandonné le programme municipal pour se faire gouvernement. Avant toute chose, il y avait une très-large extension à donner aux affaires de la guerre. Car 011 ne pouvait rester sous le coup d’un échec sans voir aussitôt se relever et prendre une allure menaçante tous ceux qui dans Paris étaient prêts à donner la main à l’armée, à l’Assemblée nationale et au gouvernement de Versailles. Làélait le plus grave et le plus pressant des périls. 11 y avait urgence à y parer, si l’on ne voulait être balayé par un coup d’audace qui aurait fait en sens inverse, et aussi rapidement, un autre 18 mars.

AFFAIRE DU 17 AVRIL — Retrait des fédérés quittant la rive gauche de la Seine, à Asnières.

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Quelque habile que fût Raoul Rigault avec sa police, il ne répondait pas d’avoir réduit à l'impuissance tous les hommes de résolution. De la part de Raoul Rigault, c’eût été de la forfanterie et rien de plus.

Jamais, au contraire, des hommes de tout rang ne furent plus disposés à se dévouer pour le salut commun. La fibre patriotique avait été violemment mise en branle par la lutte contre l’étranger, et ses élans é aient' loin d’être arrêtés dans le péril no iveau qui menaçait la société et la civilisation françaises. De plusieurs points à la fois des plans étaient dressés pour rendre faciles aux troupes de l'armée régulière l’accès et feutrée de Paris. Les uns étaient portés diri ctement à l’état-major de l’armée de Versailles que commandait le maréchal Mac-Mahon. Là, le général Borel les examinait, et souvent ne dédaignait pas de discuter avec les auteurs qui lui fournissaient toujours d’utiles renseignements. D'autres plans allaient # ans le ca binet au Chef du Pouvoir exécutif; d’autres chez le ministre de l’intérieur, Ernest Picard, qui, au milieu de circonstances néfastes, déployait la plus grande activité. Chacun s’adressait à celui qu’il croyait devoir le comprendre, ou du moins i’écoutrr avec le plus de complaisance.

On remarqua surtout le zèle qui fut déployé par certains hommes éminemment honorables qui, pendant le siège, avaient servi comme officiers dans l’artillerie auxiliaire. Plusieurs avaient commandé en chef les batteries des bastions, et mieux que personne ils connaissaient l’enceinte continue, ses ressources et ses défauts. Presque toujours, ils proposaient de s’emparer, de vive force ou par surprise, d’une porte ou deux, et par là de livrer passage aux colonnes de l’armée de Versailles qui devaient se tenir prêtes a seconder un mouvement dans l’intérieur de la ville. M. Ernest Picard prêtait surtout une oreille favorable a de semblables projets. Et cela parce qu’il connaissait les hommes qui les lui présentaient et qu'il avait pu les juger a l’œuvre contre les Prussiens.

Quant à M. Thiers, il était moins que son ministre de l’intérieur au courant du Pans transformé par le i septembre. Il l’avait à peine entrevu au 31 octobre, et mal. Eu outre, M. -Thiers, esprit gouvernemental s’il en fût, avait la plus grande confiance dans des renseignements qu’il puisait a des sources officielles et n’en admettait guère d’autres. Or, quoiqu’il soit de mode aujourd’hui de crier beaucoup contre ia révolution du 4 septembre, il est incontestable que le Gouvernement de la défense nationale s'était montré fort anodin envers la majeure partie des fonctionnaires. Il n'avait guère dép'acé que ceux qui ne pouvaient décemment rester en place. M. Thiers en trouva le plus granl nombre a leur poste, quand il prit à Bordeaux la direction des affaires publiques. La situation était telle, qu’il fallait courir au plus pressé sans trop regarder aux instruments donton se servait pour les besognes secondaires. On prenait tout ce qu’on avait sous la main. Plus tard les nécessités de la réorganisation militaire et du rapatriement de nos malheureux soldats prisonniers en Allemagne furent telles, qu’on dut forcément et momentanément laisser les affaires de l’intérieur sur un plan secondaire. G'est alors qu’éclata le mouvement communal, et, pour lui icnir télé avec quelque chance de succès, M. Thiers ne vit rien de mieux que celle retraite sur Versailles dont nous avons parlé plus haut, dont nous avons dit les motifs.

A Versailles, M. Thiers n’était pas dans un milieu favorable pour avoir une idée absolument nette de la situalion. ■< Si, à sa première séance lorsque son président, ayant des larmes dans la voix, lui annonça l’affaire de Montmartre, l'Assemblée nationale comprit que ses allures et son langage de Bordeaux avaient été de nature à faire naître de nombreuses défiances, ce retour sur sa conduite légère dura peu. Un avait renié alors, très-vivement, les insultes faites à la République ; on avait dit qu’on voulait des réformes; on s’était empressé de promettie à Paris un Conseil municipal. Mais tout cela n’éiait qu’une fantaisie passagère, née de l’épouvante causée par des excès qui

pouvaient devenir plus terribles. Au b .ut de huit jours, on revenait brusquement à la première attitude. A mesure qu’on voyait un bataillon revenir ! d’Allemagne, on se croyait sauvé. 0:i a comparé i Versailles à Coblenlz; il y a eu un peu de cela, i Une grande ignorance des faits du jour, un vieux resfant de sybaritisme, un peu de fanfaronnade, l’habitude de prendre en riant les choses les plus graves : voilà ce qu'on voyait dans la nouvelle capitale. » Ainsi s’exprime un auteur qui ne saurait être suspect. Car, M. Philibert Audebrand écrivait son Histoire intime de la Révolution du 18 mars au plus fort de la lutte, il ne cachait pas l’horreur profonde que lui inspiraient les hommes et les crimes de la Commune de Paris. Le même écrivain ajoute que M. Thiers s’ôtait principalement renseigné auprès de l’ancienne police impériale. Il en résultait, sans contester le moins du monde la bonne foi et l’authenticité des documents fournis, qu’ils reposaient sur des observations anciennes et qui auraient pu et dû être profondément modifiées par tout ce qui s’était accompli depuis six mois. Cela conduisait naturellement le chef du i pouvoir exécutif à des confiances et à des défiances qui ne s’expliquaient guère pour des gens quiconnaissaieut intimement les dessus et les dessous du Paris communal. Plus d’un complot, fort bien ourdi jusque-là, n’arrivait qu’à un avortement subit uniquement parce qu’un ordre du Gouvernement de Versailles était porté par un homme que ses antécédents rendaient légitimement suspect h des hommes honorables décidés à jouer leur tête pour la délivrance de Paris.

C’est pourquoi les anciens combattants des bataillons de marche, les anciens officiers de l’artillerie auxiliaire qui formaient des projets de celle nature allaient de préférence auprès du ministre de- l'intérieur. Celui-ci les écoutait avec bienveillance, les encourageait, les soutenait; mais il n’avait qu’un pouvoir fort restreint. Une pouvait rien par lui-même, et, quand l'heure décisive arrivait, il fallait toujours revenir et recourir à M. Thiers et au maréchal de Mac-Mahon.

Le duc de Magenta n’a jamais été fort sur l’intrigue. Celles-ci lui répugnaient singulièrement. Tout entier à ses soldats, il ne s’occupait guère que de leur organisation, de leur instruction et de leur bien-être. M. Thiers avait obtenu de 1 Empire d’Allemagne une modification importante aux préliminaires de paix. En raison des difficultés que créait l’insurrection de Paris au Gouvernement de •l'Assemblée nationale, on avait considéré comme nulle la clause qui ne tolérait pas, soit à Versailles, soit à Paris, le rassemblement d’une armée de plus de 40 000 hommes. Cette concession gracieuse permettait de faire affluer à Versailles lout ce que nous rendaient l’Allemagne, la Belgique, la Suisse. L armée placée sous la direction du maréchal de Mac-Mahon grossissait chaque jour. Mais aussi devenaient plus lourdes les charges et les responsabilités du commandement. N’hésitons pas à le dire : en voyant les régiments qui se reformaient, qui reprenaient leur esprit militaire, M. Thiers comptait avant tout sur eux pour réduire Paris.

La Commune n’ignorait rien de tout cela. Si elle ne les connaissait point par le détail, elle savait du moins l’existence de ces conspirations, ou plutôt elle les soupçonnait. Ses inquiétudes ombrageuses se portaient sur tout le monde, aussi bien sur ses propres membres que sur les chefs placés à la tète des troupes. Ou disait, sans trop de mystère,

J que de fortes sommes d’argent avaient été promises, et même en partie distribuées. Quiconque, parmi les dépositaires du pouvoir, métamorphosait trop subitement des habitudes anciennes, devenait sur-le-champ l’objet d’investigations rigoureuses. L’ouvrier mécanicien Assi en fit le premier l'expérience. Il fut séquestré subitement, au moment même où il se disposait à jouir dans ia vo- | lupté du fruit de ses triomphes. Le coup était rude.

! Mais il fut porté avec une vigueur qui dénotait 1 dans la Commune, à défaut d’une intelligence supérieure, une inébranlable fermeté.

Eu même temps, pour répondre aux organisations militaires de Versailles qu’on ignorait encore moins que tout le reste, la Commune donnait aux

j armements la plus vive impulsion. Sur aucun point, on ne voulait être pris en défaut.

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