‹ Paris incendiéChapitre 26 sur 124 · XII. — Le talion · texte numérisé non relu

XII. — Le talion

En première ligne, il faut citer la proclamation que la Commune adressait au peuple de Paris, le 5 avril, et le décret qui l’accompagnait. Décret abominable entre tous, qui réglementait une loi du talion inconnue des peuples sauvages. Ce n’est plus œil pour œil, dent pour dent, comme jadis. Il y a des raffinements de barbarie.

Faisons d’abord connaître la proclamation. Quoiqu’elle soit émaillée de mensonges éhontés, elle mérite que l’histoire impartiale lui fasse les honneurs d’une citation textuelle.

« Citoyens, disait la Commune de Paris, chaque jour les bandits de Versailles égorgent ou fusillent nos prisonniers, et pas d’heure ne s’écoule sans nous apporter la nouvelle d’un de ces assassinats. Les coupables, vous les connaissez, ce sont les gendarmes et les sergents de ville de l’empire, ce sont les royalistes de Gharelte et de Cathelineau qui marchent contre Paris au cri de : Vive le Roi! et drapeau blanc en tête.

» Le gouvernement de Versailles se met en dehors des lois de la guerre et de l’humanité ; force nous sera d’user de représailles.

» Si, continuant à méconnaître les conditions habituelles de la guerre entre peuples civilisés, nos ennemis massacrent encore un seul de nos soldats, nous répondrons par un nombre égal ou double de prisonniers. Toujours généreux et juste dans sa colère, le peuple abhorre le sang, comme il abhorre la guerre civile. Mais il a le devoir de se protéger contre les attentats sauvages de ses ennemis, et, quoiqu’il lui en coûte, il rendra œil pour œil et dent pour dent. »

Une semblable proclamation n’a pas besoin de commentaires. Ils nous entraîneraient beaucoup

trop loin. D’ailleurs ils ne pourraient que répéter, en l’affaiblissant et radoucissant, ce qu’a certainement pensé tout lecteur intelligent. Passons donc au second document, qui est le corollaire obligé du premier et son complément; voyons le décret après la proclamation.

« Considérant que le gouvernement de Versailles foule ouvertement aux pieds les droils de l’humanité comme ceux de la guerre, qu’il s’est i endu coupable d’horreurs dont ne se sont même pas souillés les envahisseurs du sol français; — que les représentants de la Commune de Paris ont le devoir impérieux de défendre l’honneur et la vie des deux millions d’habitants qui ont remis entre leurs mains le soin de leurs destinées; qu’il importe de'prendre sur l’heure toutes les mesures nécessitées par la situation; — que des hommes politiques et des magistrats de la cité doivent concilier le salut commun avec le respect des libertés publiques. La Commune de Paris décrète :

I. Toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée.

II. Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures pour connaître des crimes qui lui seront déférés.

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