III. Le jury statuera dans les quarante-huit heures
IV. Tous accusés retenus par le jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris.
V. Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4 et qui seront désignés parle sort.
VI. Tout prisonnier de guerre sera traduit devant le jury d’accusation, qui décidera s’il sera immédiatement remis en liberté ou retenu comme otage.
On le voit, rien ne manquait à cette loi sauvage.
Nous nous contenterons de signaler'à l’attention du lecteur le premier article. Il est le plus important de tous, eu égard à des menées sourdes dont nous avons déjà eu occasion de parler, dont nous reparlerons souvent encore. Versailles était l’objet de toutes les préoccupations, quoiqu’en pussent dire des ambitieux corrompus, prêts a donner une oreille complaisante à toutes les séductions adroites. La loi visait spécialement toutes les vénalités dont on se sentait environné.
Elle rappelait, mais en la dépassant, cette loi des suspects que les hommes de 1793 avaient édictée, quand ils avaient à défendre la grande rénovation de 1789 a la fois contre les ennemis du dedans et contre les ennemis du dehors, qui trop souvent se donnaient la main. Ainsi ces prétendus réformateurs qui avaient pris l’Hôtel-de-Ville et le gouvernement de la cité, en espérant le gouvernement de la France, étaient réduits à vivre de réminiscences sinistres et à se faire les plagiaires, d’un passé dont ils étaient incapables de comprendre la grandeur. Et cela parce qu’ils s’attachaient uniquement à ce qu’il y avait eu dans leur modèle de méprisable et de vil.
Pas un seul homme intelligent, du reste, qui se méprit sur la portée morale de ce décret.
Malgré les mensonges et les fourberies qui lui servaient de prétexte et d’occasion, ou peut-être même à cause de ces duplicités, il ne pouvait jamais être ou devenir qu’une arme a multiple tranchant entre les mains de quiconque voudrait s’en servir contre ses ennemis personnels. En fait, ce décret, pas plus que -tant d’autres qui tapissaient chaque jour les murs de Paris, ne fut jamais exécuté dans sa teneur absolue. Mais il fournit un excellent expédient à des gens qui, la première ivresse passée, le premier égarement éclairci, n’attendaient qu’une occasion favorable pour se séparer de la Commune et faire défection a une cause qu’on ne pouvait honnêtement définir. Plusieurs démissions furent données coup sur coup et s’ajoutèrent à celles qui avaient déjà signalé l’inauguration de la Commune de Paris. Par suite quatre arrondissements, sur vingt, ne se trouvèrent plus représentés du tout dans les conseils de l’Hôtel-
HISTOIRE DE LA COMMUNE
d e -Ville, et plusieurs autres n’y eurent qu’une représentation fort incomplète.