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XIV. — Relations extérieures

Un seul délégué à un grand service public ne subit pas cette pression. Il est vrai que, pour le moment du moins, on pouvait ne considérer ce service que comme une sinécure. Nous voulons parler du citoyen Paschal Grousset, qui était délégué aux relations avec l’extérieur et s’était installé a l’hôtel du ministère des affaires étrangères.

•Ici le grotesque se mêlait à la cruauté terrible. 11 était frisé et pommadé comme un gentil petitmaître de l’ancien régime. Paschal Grousset prenait de sa personne des soins tout féminins. Elégant et fluet, jadis il ne portait que des vêtements sortis des ateliers d’un tailleur en renom. Fidèle à la mode, il hantait volontiers les bons endroits. Jamais, à n’envisager que l’enveloppe, on n aurait soupçonné qu’il y avait dans ce petit homme, ami de tous les plaisirs de la vie fdcile, l’étoile d’un farouche révolutionnaire, d un fanatique niveleui . If fallait y regarder de plus près pour le bien connaître. Alors on découvrait une foule d’aspects qui échappaient au premier abord. Les qualités morales et intellectuelles étaient en vue et ce n 'était pas ce qu’il y avait de mieux dans Paschal Grousset. L’orgueil formait la base du caractère, un orgueil démesuré, mais étriqué et mesquin dans ses aspirations. Pa=chal Grousset ne songeait pas à faire de grandes choses. 11 aurait voulu un piédestal pour qu’on le vit et pour qu’on parlât de lui. Envieux a l’excès, il jalousait touLes les supériorités qu’il coudoyait dans la vie. Journaliste, il était toujours prêt à jeter une bave venimeuse sur les succès qui passionnaient, captivaient, altiî aient la foule. Selon l’expression d’un de ses camarades, on aurait toujours cru que les succès lui avaient été volés. Et par le fait, sa médiocrité le condamnait à n’en avoir jamais un seul qui lût réellement de bon aloi.

Paschal Grousset devait la notoriété qui l'avait porté dans le conseil de la Commune à la malencontreuse affaire de Victor Noir et au meuiLe commis sur ce jeune homme par Pierre Bonaparte. Nous n’avons pas à revenir sur les incidents du drame qui ensanglanta la villa cl’Auteuil. Mais on n’a peut-être pas oublié que Pierre Bmaparte attendait les témoins que devait lui envoyer Henri Rochefort pour régler les conditions d'un duel. Les amis qui devaient représenter l’auteur de la Lanterne et de la Marseillaise furent devancés. Les témoins de Paschal Grousset arrivèrent les premiers, furent reçus dans la maison de Pierre Bonaparte, et on sait le reste.

Le beau, l’élégant, le pommadé Paschal Grousset n’avait pas d’autre titre à invoquer auprès des électeurs parisiens. 11 fut jugé suffisant. Au dépouillement des urnes, Paschal Grousset avait une majorité respectable. Il put se croire un homme tout à fait en vedette quand, à la première séance de la Commune et dans la constitution du pouvoir exécutif, on lui abandonna sans conteste la délégation aux relations avec l’extérieur.

Nous l’avons déjà dit: ce n’était qu’une sinécure, et Paschal Grousset ne sut pas même s’épargner le ridicule de ne pas la considérer comme telle. 11 avait un hôtel ministériel, des bureaux, du papier et des cachets officiels; il voulut en user. Il fit des circulaires, et une entre autres pour notifier à tous les gouvernements de l’Europe l’avènement de la Commune de Paris. On ne dit pas si ces iiot:iications ont reçu des réponses. Bien plus, il n’est pas certain qu’elles aient jamais été expédiées, ni dans

la forme usuelle des communications gouvernementales ni par la poste. 11 y avait à cela des difficultés de premier ordre.

Le service des postes, en ce qui concerne les relations de Paris avec l’extérieur, était en effet complètement désorganisé. Il n’entrait plus de courriers dans la grande ville, il n’en sortait plus régulièrement. Pour entretenir des correspondances avec le dehors, on était réduit à des subterfuges, on avait recours à toute sorte d’expédients. Le plus usité consistait à utiliser le bureau de Saint-Denis comme tête de ligne. Mais c’était long, dispendieux et peu sûr. Le personnel d’un petit bureau de sous-préfccture ne pouvait suffire à un pareil surcroît de besogne; sans compter un matériel improvisé pour la circonstance, et des locaux qu’il avait fallu à la hâte approprier à des services qui ne leur convenaient point. On ne saurait dire, on ne pourra jamais calculer le mal qui fut fait de ce chef. Hâtons-nous d’ajouter que les Iroupes allemandes qui occupaient la ville de Saint-Denis mirent à venir en aide aux souffrances des Parisiens toutes les complaisances qui étaient compatiblesavec leur discipline de fer. Indifféremment elles protégèrent adhérents et adversaires de la Commune. S’il était permis de donner une raison de ce sentiment, on pourrait dire qu’elles ne virent des deux parts que des malheureux.

On était effectivement malheureux de ce nouvel isolement, et plus que ne l’imagineront ceux qui n’ont point eu à le subir. Si les pertes matérielles étaient considérables , les souffrances du cœur étaient cruelles, et les dernières étaient plus sensibles encore que les premières.

De tous les maux endurés, il n’en est pas qui aient laissé de souvenir plus vif dans l’esprit des Parisiens. Toutes les affections en furent atteintes, et il faut avoir vécu à Paris pour savoir quelle large place ont dans la vie toutes les choses du cœur.

La responsabilité doit retomber tout entière sur le citoyen Theisz, qui avait, dès le principe, accepté la délégation des postes. Ouvrier ciseleur de son état et jouissant même dans sa profession d’une grande réputation de probité, lo citoyen Theisz, dès qu’il fut investi d’une commission gouvernementale, se mit en relations avec le docteur Rampont-Léchin qui, depuis le 4 septembre, occupait la direction générale des Postes. Gelui-ci offrit de continuer le service et de le maintenir dar.s sa régularité, mais à la condition qu’il serait absolument neutralisé. Le Comité central, et après lui la Commune de Paris, ne pouvaient pas entendre de cette oreille. Il leur fallait tout. Ils n’eurent rien. En vingt-quatre heures le service fut désorganisé, et les employés vinrent grossir cette colonie de Versailles qui était le refuge de tout ce qui touchait au Gouvernement.

Là, comme ailleurs, on avait manqué l’occasion de sauvegarder les intérêts privés dans ce qu’ils avaient de plus sacié et de plus légitime. Elle ne devait plus se représenter. Quand on voulut faire des démarches auprès de Versailles, on ne put rien obtenir, quoique l’on fit valoir les raisons les plus respectables du monde. Il était trop tard, les hostilités étaient trop avancées pour rien concéder.

Nous venons, en rappelant l'origine révolutionnaire de Paschal Grousset, de prononcer le nom du citoyen Henri Ilo hefort.

Ce pamphlétaire acrimonieux était rentré en scène dès les premiers jours de la Commune. Il avait repris la publication du journal le Mot d'ordre, qui ne cessait de donner chaque matin les conseils les plus pervers. Officiellement, Henri Rochefort n’était rien. 11 n’appartenait à aucun conseil, ni à la Commune de Paris, ni au Comité central. Mais il avait un pied partout, même dans les conciliabules les plus secrets. Ses ennemis, il en avait, prétendaient qu’en se tenant ainsi à l’écart de tout ce qui l’aurait attaché, Henri Roctiefort déployait ces rares qualités de prudence devant le danger qu’on ne pouvait méconnaître en lui. Il est certain que son journal est l’un de ceux qui ont le plus jeté l'huile et le vitriol sur le feu de cette guerre abominable. On ne peut l’ouvrir aujourd’hui sans rencontrer pirtout des pages qui suent la plus noire scélératesse. Le crime y est sans cesse inno¬

centé et même glorifié. En revanche, parfoisle brigandage ne va pas assez vite en besogne au gré des rédacteurs; et alois arrivent les insinuations aussi perfides que criminelle-. Henri Rochefort n’a pas commis les méfaits, c’est cerlain : il en a toujours été le précurseur.

Ce qu’il y a de plus déplorable dans ces façons d’écrire et d’exciter aux excès, c’est qu’elles ont rarement pour excuse la conviction et la bonne foi. Leur mobile est toujours plus bas. Il y a longtemps que Loustalot a dit que le populaire était le meilleur de tous les clients. Le populaire n’a pas changé depuis 1789 et 1793. Il ne ménage pas ses petits sous à qui sait flatter ses goûts et caresser ses passions, et les petits sous finissent par faire des sommes rondes quand on les entasse et les accumule chaque jour. Nous souhaitons que la conscience du citoyen Henri Rochefort ne lui reproche rien de ce côté-là. Malheureusement, toutes les apparences sont contre lui et notre devoir est de le dire.

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