XV. — Proclamations
Entre temps la commission exécutive de gouvernement avait été en partie renouvelée.
Elle élimine l’élément militaire et se compose de Gournet, Delescluze, Félix Pyat, Tridon, Vaillant, Vermorel, qui tous avaient appartenu à la presse et étaient possédés de la démangeaison d’écrire. Ils ne purent résister à la tentation de faire une proclamation sonore et ronflante. Elle était adressée aux départements et expliquait ce qui se passait à Paris.
Naturellement tous les torts étaient rejetés sur le Gouvernement de Versailles, qui avait commencé les hostilités et assassinait les prisonniers. Nous connaissons ce refrain. Nous savons aussi que tout ce que dit Versailles est mensonge, que la Commune seule est véridique dans ses assertions. C’est pourquoi les écrivains de 1a. Commission exécutive se hâtaient d'ajouter que jamais « les rues de Paris n’ont été plus tranquilles; depuis Irois semaines, pas un vol n’a été commis, pas une tentative d’assassinat ne s’est produite. »
Et pendant qu’on élalait sur les murs de semblables impostures, en pleine semaine sainte, on pénétrait violemment dans les églises; on forçait les troncs destinés à recevoir les aumônes; on spoliait les tabernacles et les sacristies. Le Vendredi saint fut choisi pour l’exécution de Notre-Dame. On n’épargna rien, pas même les tombeaux qu’un serrurier avait ouverts. L’irrévérence de la forme se joignait à l’infamie des actes. Car c’était la casquette sur la tête et la pipe à la bouche qu’on procédait à de semblables opérations. La spoliation de Notre-Dame parut tellement odieuse à la Commune elle-même, qu’avertie à temps, elle délégua sur-le-champ un de ses membres pour mettre fin à cette profanation. Mais ce n’était qu’un temps d’arrêt. L’autorité de la Commune n’était pas toujours reconnue. Depuis longtemps elle aurait dû voir qu’elle était débordée.
« Paris, ajoutait encore la Commission exécutive dans sa proclamation, Paris n’aspire qu’à fonder la République et à conquérir ses franchises communales, heureux de fournir un exemple aux autres Communes de France. Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions normales, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le Gouvernement de Versailles. Paris n’aspire qu’à se renfermer dans son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres Communes de France. »
Cette proclamation était datée du G avril. Le même jour, les hostilités recommençaient avec une intensité qu’elles n’avaient pas eue depuis i’avaut-veille. J.e pont de Neuilly tombait entre les mains de l’armée régulière, et les pauvres communes suburbaines qui l’avoisinent allaient supporter la portion la plus lourde du fardeau de la guerre civile. Quand on parcourt aujourd’hui celte masse énorme de documents où l’impudence s’étale avec une naïveté si phénoménale, on est tou- ' jours tenté de se poser la même question : est-ce que fout cela ne doit pas être attribué a la folie et au détraquement des intelligences?
HISTOIRE DE LA CO M M U N E
Une phrase de cette proclamation mérite encore d’être relevée : « Quant aux membres de la Commune, ils n’ont d’autre ambition que de voir arriver le jour où Paris, délivré des royalistes qui le men cent, pourra procéder à de nouvelles élections. » Pure phrase à effet; paroles en l’air! L'exemple du Comité central, et de sa fausse sortie, était là pour montrer ce qu’on devait attendre des ambitieux de cette catégorie.
Du même jour est un décret militaire qui émane de la Commune de Paris. Tout garde national réfractaire doit être désarmé; tout garde désarmé pour refus de service aéra privé de sa solde ; en cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de scs droits civiques, par décision du conseil de discipline. Ce décret, sauf en ce qui concerne la solde, aurait peu intéressé, si le citoyen G. Cluseref, délégué à la guerre, qui ne s'intitule plus général, ne lui tût donné un complément. « De dix-sept à dix-neuf ans, le service dans les compagnies de guerre sera volontaire, et, de dix-neuf à quarante, obligatoire pour les gardes nationaux, mariés ou non. » Le citoyen G. Gluseret n’y va pas par quatre chemins. Il lui faut des soldats pour continuer la lutte; il en prend partout où il peut en trouver. Seulement il colore encore son acte d’arbitraire. En édictant une semblable mesure, il ne fait que céder aux réclamations patriotiques qui lui sont adressées de toutes parts. Personne ne croit à ces réclamations. Car partout on voit les pleurs, les angoisses, les inquiétudes des femmes. Pas un foyer domestique qui ne soit profondément troublé. Pas une famille honnête où l’on ne fasse des vœux ardents pour que l’horrible cauchemar finisse promptement. Nous ne parlons pas, bien entendu, des affreuses mégères affolées qui faisaient cause commune avec tous les bandits. Pour celies-ci la médecine aurait dû les réclamer avant tout. Si quelque immense Salpêtrière avait pu s’ouvrir pour les recevoir, après la catastrophe qui avait mis fin à la guerre avec l’étranger, peut-être n’aurions-nous pas à raconter la moiLié des crimes vers lesquels nous nous acheminons à grands pas. Elles excitèrent, elles agirent, et rien ne les fit reculer. Quand la femme a dépouillé sa pudeur et sa timidité, elle est cent mille fois plus terrible que l’homme.
Le 7 avril, nouvelle proclamation delà Commission exécutive. Celle-ci est adressée à la garde nationale. Elle a pour but de faire connaître à la population parisienne les progrès rapides de la cause communale dans les départements. Tous les jours c’est une conquête nouvelle à Guéret, Limoges, Vierzon, Toulouse. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que cette proclamation est aussi véridique que les précédentes. Les faits y sont dénaturés, grossis, tournés à l’avantage de qui est disposé à les exploiter. Ce n’est jamais d’autre sorte qu’agissent les passions.