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DÉSARMEMENT DES GARDES NATIONAUX RÉFRACTAIRES

SIUV<I

PRETRES CONDUITS A LA CONCIERGERIE. - Leur arrivée dans la cour d’entrée.

importance clans l’ensemble. Pour les malins, il n’y a même là qu’une feinte.

En effet le canon tonne à la fois au nord, à l’ouest, au sud, et avec une intensité telle que Paris belliqueux déclare n’avoir rien entendu d’aussi épouvantable, même pendant le bombardement des Prussiens.

Du côté de Bagneux et vers les Hautes-Bruyères aussi bien que du côté d’Asnières, de la porte Maillot et du Point-du-Jour, il y a des obus, de la mitraille et des fusillades. Les forts de Bicêtre et de Montrouge soutiennent de leurs grosses pièces les bataillons fédérés qui ont à repousser une attaque générale. Si l’on cherche les noms des chefs qui les commandent, on trouve encore des étrangers : La Gécilia, Okolowics, Wlobrewski. Les Polonais dominent. Et chose déplorable à dire, quelques-uns de ces hommes sont nés en France, ont été élevés dans nos écoles, n’ont reçu de nous que des bienfaits- Ils nous font cruellement expier notre hospitalité généreuse; car sans eux la lutte n’aurait pas eu ce caractère de féroce ténacité.

Mais, comme pour le 3 avril, l'action principale se passe à Clamart, et l’objectif évident des troupes de Versailles est le fort d’Issy. C’est là que se concentrent les efforts les plus énergiques et que se livrent les plus rudes combats. Tant que la position le permet, l’artillerie couvre la marche de l’infanterie qui avance en colonnes serrées. Celle ci rencontre les bataillons fédérés dont quelques-uns tiennent bon pendant que ceux qui se débandent reçoivent les coups de fusil des bataillons nouveaux qui sortent de la ville, et que les portes sont impitoyablement fermées sur les fuyards. Il y eut là, entre Clamart, Issv, les Moulineaux, Ghâtillon, des luttes acharnées où souvent on combattit corps à corps. Après le premier moment de surprise et lorsqu’ils ont vu quel est l’objectif de la bataiire, les fédérés soutiennent le choc sans faiblir: leurs chefs peuvent faire avancer les batteries de mitrailleuses qui doivent les dégager.

Les officiers de l’armée qui revenaient des prisons d’Allemagne avaient de leur côté à cœur de prouver qu’ils n'avaient rien perdu de la bravoure traditionnelle dans l’armée française et qu’on ne devait point leur imputer les fautes et l’issue malheureuse de la campagne de 1S70. Ils donnaient à ! leurs hommes l’exemple de la témérité et de la ténacité. On leur avait dit d’aller eh avant jusqu’à ce que le drapeau national üotlât sur les murs de la, forteresse, et ils y allaient sans sourciller, méprisant la mort qui était partout dans l’air. Et pas un n’aurait lâché pied d’une semelle, si le clairon de la retraite n'eût sonné.

Elle se lit avec un ordre admirable, sans hâte ni précipitation, et comme dans un champ de manœuvre. Le fort d’issy restait entre les mains des fédérés; mais la solidité de l’armée de Versailles était établie: ce n’étaient plus les soldats du 18 mars.

Un vieux médecin militaire, bronzé sur toutes ces émotions par vingt campagnes en Afrique, en Crimée, en Italie, au Mexique, nous racontait, le soir, les divers épisodes qui avaient passé devant ses yeux. Et il pleurait d’attendrissement en disant tout cet héroïsme dépensé en pure perte. Son cœur de patriote bondissait eu regrettant qu’on n’eûtpas su faire un meilleur usage de tant de vertus. Et nous aussi nous étions attendris, et, quoique l’heure présente fût pleine de tiistesse, nous espérions fermement en des jours meilleurs.

Terminons rapidement ce que nous avons à dire sur les événements militaires.

Dombroswki est devenu le héros du jour: son quartier général est établi au château de la Muette. C’est là que s’est installé le chef d’état-major S'awinski qui prête volontiers l'oreille a toutes les propositions qui lui sont faites, et touche indifféremment de doutes mains. Autour de lui pullulent les natures perverses et corrompues, notamment un certain Josse qui se fait appeler Jossinski pour mieux ressembler a ses compagnons. On tient table ouverte, et c’est après boire que les affidés de Versailles peuvent connaître les plan:* et préparer leurs machinations. Un seul point les déroute : Dombrowski n’est jamais de ces feslins ou plutôt de ces orgies. Pour le voir, il faudrait cou¬

rir à Neuilly, à Villiers, à Levallois-Perret, à la porte Maillot surtout, où l’artillerie de Versailles fait des ravages tels qu’on peut croire que c’est par là qu’on veut ouvrir la brèche et pratiquer l’assaut définitif. Dombrowski était trop bon militaire pour s’y tromper; mais il se multipliait dans tous les parages menacés et réparait les désastres matériels avec une activité qui pouvait tromper des regards peu exercés et accroître d’autant la popularité dont il avait besoin.

Ce qu'il aurait voulu, il ne l’obtenait pas, et la Commune de Paris ne pouvait pas le lui donner.

Tl aurait voulu qu’on mît sous ses ordres des troupes qui lui auraient permis d’étendre son action, de conquérir avec certitude une bande de pays considérable pour empêcher Versailles de correspondre à peu près directement avec Saint- Denis que gardait une garnison prussienne. Mais ces troupes, où les prendre? La Commune de Paris aurait été fort embarrassée de le dire, et le délégué à la guerre également. La vérité est qu’on parlait beaucoup, mais que les moyens d’exécution manquaient pour la majeure partie des projets qui étaient mis en avant. C’est ainsi qu’arriva l’échec du 17 avril.

Cet échec fut d’autant plus sensible qu’il porta sur ce que la Commune considérait, avec raison, comme une sérieuse conquête.

Nous l’avons dit, les fédérés élaient entrés en vainqueurs dans Asnières, le charmant village presque aussi cher que Bougival aux canotiers parisiens, et ils avaient étendu leurs lignes jusqu’au château de lUcon, en face de la partie orientale de Neuilly. La position était importante en ce sens qu’elle pouvait aisément par Colombes faciliter toutes les entreprises sur Courbevoie et dominer la route de Saint-Germain. Les généraux expérimentés qui commandaient les troupes de Versailles le comprirent bien vile. C’est pourquoi il fut résolu de ne pas prolonger la feinte qui avait ! contribué, dans la journée du 12, au succès des troupes aventurées de Dombrowski.

Dans la matim'c du 17 avril, des compagnies d’élite se mirent en mouvement pour les déloger du château de Bécon. Le combat ne fut ni long ni opiniûire. Si l'attaque fut chaleureuse et menée avec un entrain qui rappelait les beaux jours de l’armée française, la défense fut molle, flasque, indécise. Les fédérés ne s’attendaient pas à ce retour offensif. Ils n’avaient rien préparé pour une résistance énergique; ils s’étaient contentés do reconnaître les créneaux pratiqués dans les murs qui ceignaient le parc, et c’était à l’abri de cette fortification légère qu’ils faisaient une guerre de tirailleurs. Cela leur réussissait à Neuilly, parce qu’au moment opportun les can- ns de l’enceinte bastionnée leur prêtaient constamment le plus solide des appuis. 11 n'en pouvait être de même au château de Bécon. L’artillerie, si l’on en avait eu besoin, aurait été du côté des assaillants qui se ruaient avec une ardeur peu commune à l’attaque de ces posi’ions de la rive gauche dont ils voulaient faire leur domaine exclusif. L’élan était tel, que plus d’une fois les chefs furent obligés dé le modérer pour éviter de tomber dans un de ces guet-apens familiers aux guerres qui n’ont rien de régulier. Mais les officiers avaient *beau faire; ils étaient emportés eux-mêmes par le mouvement généial. Le succès leur commandait d’aller de l’avant sous peine de ne pas rencontrer de longtemps une occasion aussi propice.

1 En quelques heures la déroute des fédérés était complète. On vit alors se reproduire lesscènesqui accompagnaient toute action un peu vive. Les fuyards son allaient à la débandade dans un désordre d’autant pl s grand que personne parmi eux n’avait assez d’autorité pour en rallier la moindre escouade. A mesure que le succès des troupes de Versailles s’accentuait, la fuite des gardes nationaux fédérés devenait plus précipitée. Ils ne virent bientôt d'autre moyen de salut que de mettre la rivière entre eux et leurs ennemis. Mais ici on s’aperçut de la faute qui avait été commise après le 12 avril: on n’avait pas rétabli les arches qui avaient été coupées au pont d’Asnières et la communication entre les deux rives

était loin d’être des plus faciles. Quelque périlleux que fût le passage, bien des fédérés le tentèrent par cette voie. Ils préféraient courir le risque d’un plongeon involontaire dans la rivière que de rester plus longtemps exposés aux balles des chassepots de Versailles. C’était à la fois pitoyable et grotesque.

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