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ES PENDANT LE SIÈGE PRUSSIEN

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d’en augmenter le nombre, il fallait bien plutôt songer a remplacer les démissionnaires. Les élections complémentaires avaient été plusieurs fois annoncées; mais on les ajournait sans cesse, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre. Enfin, après des tergiversations de tou te sorte, elles furent définitivement fixées au 16 avril. La fuite ou l'abstention de tout ce qui avait de longue main l’intelligence des vrais besains, des véritables intérêts de Paris, enlevait à l'avance toute valeur à ce regain communal.

Les élections eurent lieu au jour indiqué et sans le moindre éclat. Malgré toute la bonne volonté des scrutateurs, on ne parvint pas a compt°r 60 01)0 bulletins de vote. C’était une diminution des trois cinquièmes sur ce qui avait été obtenu le 26 mars. Dans plusieurs arrondissements, notamment dans le III0, dans le Y IIP et dans le X 1 1 1°, on n’obtint aucun résultat et l’on ne put pas proclamer les noms des élus. En outre, quelques-uns des nouveaux membres de la Commune refînèrent le mandat en se basant sur tous les vices qui entachaient l'élection o i la validation des pouvoirs. Somme toute, après le 16 avril il se trouvait encore quinze sièges vacants dans les conseils de la Commune de Paris. Mais on faisait grand bruit de l’apparition, sur le devant de la scène, d'une illustration nouvelle, le citoyen Gustave Courbet, maître-peintre d’Ornans, qui remplissait depuis longtemps les brasseries et les gargottes de sa vaniteuse personnalité. Cela suffisait pour le moment à la gloire de la Commune; ne soyons pas plus difficiles qu’elle; nous reviendrons avant peu à maître Courbet.

Dans tout cela, l’homme le moins sensé n’aurait vu que de mauvais présages et b s symptômes avant-coureurs d’une fin fatalement prochaine. Mais ce qui prouve bien l’insanité, l’aveuglement ou la folie furieuse des misérables entre les mains desquels Paris était tombé, c'est que jamais ils ne lurent plus arrogants, plus fiers, plus audacieux dans le crime. Quiconque essayait de leur faire entendre des paroles d’accommodement était appelé traître et immédiatement traité comme tel. Si l’on parvenait à causer avec l’un des membres influents de cet étrange gouvernement, on n’entendait parler que de combattre jusqu’à la mort, d’exterminer sans pitié tous les ennemis de la Commune, de ne pas laisser pierre sur pierre dans Paiis plutôt que de le rendre à des gens pour lesquels le sang et les droits du peuple n’avaient jamais été sacrés. Mille autres propos de môme genre, familiers aux gens qui se passionnent toujours et ne raisonnent jamais. Nous le signalons parce que c’est alors qu’on vit poindre ces projets sinistres qui devaient donner a la Commune le plus épouvantable des dénoûments. La destruction et l’incendie fréquentaient déjà toutes les imaginations; on se familiarisait a l'idée de toutes les horreurs accomplies sans vergogne. Félix Pyat s’oublia jusqu’à dire qu’il voudrait finir comme Sardanapale et que l’Hôtel cle-Ville serait un splendide bûcher. Le docteur Parisel, à la mairie du VIe arrondissement, recherchait les moyens les plus prompts et les plus radicaux de destruction; il ne cachait point l’objet de ses investigations et appelait même à lui des collaborateurs.

Nous en passons et des meilleurs.

Avec un pareil dévergondage, un pareil déchaînement, on doit comprendre que personne ne se sentit plus en sûreté dans Paris; d’autant moins qu’instinctivement chacun devinait ce qui se passait dans l’esprit de ces énergumènes, Vandales d’un nouveau genre, et le redoutait.

En même temps, et comme pour bien prouver que la résislance ne s’arrêterait pas aux fortifications, on élevait, à l’angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint-Florentin, une formidable barricade. Elle élait destinée à défendre les abords du ministère des finances et les approches de la pla te Vendôme : elle devait arrêter les troupes de Versailles arrivant sur la place delà Concorde par les Champs- Elysées où les obus des assiégeants causaient déjà de grands ravages. Dès le 17 avril, deux cents ouvriers étaient a l’œuvre, sous les ordres d’ingénieurs qui ordonnaient, dirigeaient et condui¬

saient ce nouveau travail de fortification selon toutes les règles de l’art.

Et cependant c'est encore à cette phase de l’insurrection communale que remontent quelques lentitives suprêmes d’accord et de conciliation. Le citoyen Bonvalet, qui avait administré le tronièine arrondissement de Paris après le 4 septembre et pendant l’investissement, essaya de fonder la Ligue républicaine clcs droits de Paris. D'autie part, l’union syndicale des corporations ouvrières multipliait les démarches dans le même sens.

La presse devait suivre. Lin journal honoré et respecté de tous, à cause de la modération et de j la décence qu’il sait toujours mettre dans l'expression de sa pensée elles formes de sa polémique, le Temps, entra dans la même voie. Peines perdues. Si M. Thiers recevait et écoutait tout le monde, il n’en était pas de même des cinquante tyrans qui dominaient et opprimaient Paris.

Les violents seuls avaient le droit de se faire entendre. La Commune, la Commission exécutive, les membres obscurs du Comité central n’avaient d’oreilles complaisantes que pour eux. Le Temps n’y gagna que de subir les atteintes de la persécution. Comme la plupart de ses conlrères, il dut suspendre sa publication qu’il avait courageusement poursuivie jusque-là, malgré la dureté du moment, malgré les menaces et les injures dont il avait été l’objet.

Rien n’était plus facilement accompli que ces attentats contre la liberté de la presse et lapropriété des journalistes. Un arrêté copié sur tous les arrêtés antérieurs, un délégué quelconque de la préfecture de police, quelques hommes armés, et l'opération se faisait sans bruit et sans éclat. On fouillait les bureaux, on saisissait tout ce qui pouvait présenter un intérêt, on s’emparait même des objets privés, on arrêtait les presses, et au besoin on rendait l’imprimeur responsable. Puis tout était dit. On ne s’inquiétait ni du chômage des machines, ni des pertes subies par le matériel, ni de la misère qui allait être pour les ouvriers la conséquence forcée de la suspension du travail. Vétilles que tout cela ! De mïnimis noh curât prclor.

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