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XX. — Autres spoliations

Après M. Tliiers vint, et c’était rationnel, le tour de M. Jules Favre.

L’appartement qu’occupe l’illustre avocat dans la rue d’Amsterdam fut fouillé comme l’hôtel de la place Saint-Georges. Ici on essaya même de colorer la spoliation d’un prétexte politique. On recherchait, disait-on, les papiers du i septembre et les preuves de la trahison qui avait occasionné tous nos derniers malheurs. Personne n’y crut, et c’était naturel, au milieu des mensonges qui se produisaient chaque jour avec l’effronterie la plus éhontée. On ne crut pas davantage aux richesses fabuleuses amassées par M. Jules Favre dans les derniers mois qui venaient de s’écouler. Ce qui n’empêcha pas le cynique Jules Vallès d’écrire dans son journal qu’entre autres trouvailles, on avait découvert au domicile de M. Jules Favre un portefeuille bourré de « deux viillions de titres au porteur, achetés après la chute de l’Empire. »

L’impudent pamphlétaire ajoutait que si tous les collègues de M. Jules Favre — « et Picard au moins est son émule, — ont trafiqué de la sorte, le chiffre des détournements est énorme ». C’était clairement désigner la maison de M, Ernest Picard à la rapacité des bandes spoliatrices ; mais pour le moment la dénonciation n’eut pas d’effet. On ne s’occupa point des autres membres du gouvernement de Versailles. On était satisfait avec la vengeance sauvage accomplie place Saint-Georges et rue d’Amsterdam. C’était assez pour une fois. S’il faut dire toute notre pensée (et nous renvoyons les curieux aux débats subséquents du procès Laluyé pour la bien nettement définir), les rancunes privées, les inimitiés personnelles étaient moins ardentes et moins âpres autour de M. Ernest Picard, de M. Jules Simon, de M. Dufaure et des autres ministres qu’autour de M. Jules Favre et de M. Tliiers. Cela explique tout.

Nous ne sommes encore qu’au commencement. Après le pillage, la démolition ne tardera pas ^ venir. Gustave Courbet, maître-peintre d’Ornans, est entré en scène; ce n’est pas pour ne rien dire et ne rien faire. On connaît de longue date la haine spéciale qu’il a vouée à la colonne de la place Vendôme. Le décret rendu par la Commune, à la date du 12 avril, ne saurait être une lettre morte du

moment que Gustave Courbet est quelque chose dans le gouvernement de la Commune et touche au maniement des affaires publiques.

« Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité;

» La Commune de Paris décrète :

» La colonne de la place Vendôme sera démolie.»

Ainsi s’exprime le décret du 12 avril; nous y reviendrons. Nous le mentionnons uniquement poulie placer à son rang.

C'est encore pour mémoire que nous mettons ici la tentative de perquisition domiciliaire faite sur l’hôtelde M. Péreiredans lefaubourgSaint-lIonoré. On ne sait qui avait donné l’ordre, car tout le monde s’en mêlait, la Commune, la commission exécutive, la préfecture de police, le Comité central, les municipalités, et même les simples délégués auprès des bataillons de la garde nationale. Toujours est-il que l’hôtel fut cerné et que les voitures de déménagement, commandées à l’avance, se présentèrent pour recevoir le butin. Mais l’ordre, à ce qu’il paraît, n’était pas d’une régularité incontestable. Des gens de cœur se mirent en travers de l’exécution, et, pour ne pas s’en retourner à vide, les voitures de déménagement se contentèrent d’emporter quelques paniers de vin, qui, cette fois, ce n’était pas la coutume, allèrent bien réellement aux ambulances.

Puisque l’occasion s’en présente, disons quelques moti du service hospitalier tel qu’il fonctionnait pendant la Commune.

Il était resté tout aussi important que pendant la guerre contre les Prussiens. Si quelques malades avaient pu être évacués sur les provinces pendant l'armistice et la ratification des préliminaires de paix, en revanche, les combats de chaque jour fournissaient de nombreux blessés auxquels il fallait donner les soins que îéclamait leur état. Ni la charité, ni la science, ni le dévouement ne manquèrent à leur nouvelle tâche. Quand éclata le mouvement communal, les ambulances volontaires étaient, pour la plupart, encore organisées, surtout celles qui n’avaient pas un caractère individuel. On ne regarda pas à la couleur des drapeaux; on ne vit que les souffrances, les douleurs, les misères. Le corps médical fut là ce qu’il est dans toutes les grandes occasions, au-dessus des passions vulgaires qui, en se heurtant, produisent et multiplient les victimes. A côté des médecins, les élèves et les infirmiers déployèrent aussi les pius grandes vertus; leur zèle ne fut pas un seul jour en défaut. Il est consolant de penser qu’au moins dans ce Paris, livré à toutes les fureurs de la guerre, à toutes les violences de l’arbitraire et de l'insanité, il restait encore quelques coins où l’humanité n’avait pas à rougir d’elle-même, et où les lois les plus saintes, les devoirs les plus sacrés de la civilisation étaient respectés.

On remarquait surtout la manière dont comprenaient leur mission les ambulances de la presse. Leurs infirmeries étaient toujours ouvertes. Les familles pouvaient venir visiter les blessés, passer de longues heures avec eux. Parfois même il arriva que l’ambulance ne fut pas seulement secourable à celui qui était tombé meurtri sur le champ de bataille. Des cœurs compatissants comprirent que cette infortune était multiple; et la femme, les enfants, toute la famille, trouvèrent des secours de toutes sortes où l’on ne devait s’attendre à rencontrer que des soins médicaux. Nous pourrions citer ici bien des faits qui font le plus grand honneur à ceuxquiles accomplirent ; nous nous abstenons par délicatesse. Le bien se pratique silencieu • sement et ne se proclame pas.

Terminons rapidement ce que nous avons à dire sur les perquisitions domiciliaires.

Le 11 avril, une commission d’enquête avait été instituée, dans le « but de chercher fous les éléments pour établir la part de responsabilité qui incombe à chacun de ceux qui ont participé aux

actes du gouvernement du 4 septembre. » C’était donner la marge bien large aux commissaires enquêteurs, et le citoyen Casimir Bonis qui les nommait et les présidait, fut loin de vouloir restreindre leur mission. 11 entendait que tous les papiers relatifs au ’t septembre eussent à passer par ses mains. Tout en se réservant d’en faire tel usage qui lui conviendrait, il n’épargnait rien pour se les procurer, et c’était de lui ou de ses acolytes qu’émanaient les ordres sous lesquels s’abritaient les plus ardents perquisitionnâmes.

Le président et les membres de cette commission d’enquête oubliaient volontiers un décret de la Commune, également du 14 avril, qui disait en son article 3 : Aucune perquisition ou réquisition ne pourra être faite qu’elle n’ait été ordonnée par l’autorité compétente ou ses organes immédiats, porteurs de mandats réguliers, délivrés au nom des pouvoirs constitués par la Commune; toute perquisition ou réquisition arbitraire entraînera la mise en arrestation de ses auteurs. 11 est vrai que le décret visait principalement les arrestations arbitraires, qui devenaient tellement nombreuses que les moins modérés éprouvaient l’impérieuse nécessité d’y mettre un terme, si l’on voulait conserver quelque apparence de légalité et ne pas voir surgir la confusion et le chaos.

Or, la Commune était tellement bien obéie que ce décret faisait encore l’objet de toutes les conversations lorsqu’on apprit que l’hôtel de la légation de Belgique avait été envahi et perquisitionné par des gardes fédérés appartenant au 218e bataillon. Pour le coup, la chose devenait très-grave. Les immunités diplomatiques étaient atteintes et l’insulte pouvait conduire fort loin. Paschal Grousset se fâcha tout rouge et porta l’affaire devant la Commune réunie. On comprit que moins que jamais on avait besoin de se mettre des embarras de ce genre sur les bras.

XXL — Orage a la commune.

Quoi qu’ait pu dire Cluseret des accointances de la Commune avec certaines puissances étrangères, il n’en est pas une seule, même la plus éhontée, qui aurait osé couvrir des agissements semblables, les protéger, et même leur donner une approbation tacite. D’ailleurs toutes les affirmations de cet homme doivent, aujourd’hui surtout, être suspectes aux honnêtes gens. Il a su se mettre à l’abri, après avoir joué le plus équivoque de tous les rôles.

Il devrait comprendre qu’il lui appartient, moins qu’à tout autre, de sortir de la retraite où il se cache pour prendre la parole, après plus d’un an écoulé, et apporter un témoignage qui a perdu tout poids, tout crédit, toute valeur.

L’acte commis par les fédérés du 218e bataillon était d’autant plus grave qu’il s’adressait à la légation de Belgique, c’est-à-dire à une de ce$ petites „ puissances diplomatiques que les grandes sont toujours fort intéressées a faire respecter. L’Angleterre pouvait aisément se montrer plus chatouilleuse que s’il se fut agi d’une offense qui lui aurait été personnelle, et tout le monde aurait volontiers suivi l’Angleterre dans la voie des revendications et des réparations. Onvoitdonc le conllitet quelles proportions énormes il pouvait prendre. A un autre point de vue, c’était un acte odieux d’ingratitude et une ineptie sans nom. Les proscrits et les persécutés du régime impérial abondaient parmi les hommes qui avaient pris en main le gouvernail de la Commune de Paris; dans le nombre, il n’en était pas un seul qui n’eût contracté envers Ja libérale Belgique quelque dette d’hospitalité. C’était, on en conviendra, une étrange façon de l'acquitter. Comme en Suisse, comme en Angleterre, on se donnait rendez-vous en Belgique, quand on avait à tenir quelque congrès, quelque réunion où devaient être agitées des questions et prononcées des paroles qui n’auraient pas eu cours en France où l’œil et les oreilles de fa police et du Gouvernement sont éminemment susceptibles pour tout ce qui a trait à la libre expansion de la pensée politique et sociale. En outre, individuellement, les épaves de nos révolutions et de nos conflagrations intestines trouvaient toujours en Belgique un re-

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