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XXIII. — Perquisitions et réquisitions

La persécution contre les prêtres catholiques avait pris de telles allures, qu’il a fallu nécessairement nous appesantir là-dessus. Niais il ne faudrait pas croire qu’on s’en tenait à ce qui avait un caractère religieux: ce serait une grave erreur. Il n’y a point eu de monopole pour les vexations sous la Commune. A bien examiner même, on trouverait qu’il n’y a point eu de corps d’état qui n’en ait eu largement sa part, nous devrions même dire ; pas une seule fraction de la population ; car dansle désordre et l’incohérence qui régnaient souverainement, tout lemonde était atteint, et souventles plus humbles furent plus cruellement frappés que ceux qui, aux époques normales, occupaient les hautsdegrésde l’échelle sociale. Pour s’en convaincre, on n’avait qu’à se laisser entraîner, par les hasards d’une promenade à l’aventure, dans les quartiers populaires où ne s’égare pas d’ordinaire l’oisiveté curieuse. Le spectacle valait la peine qu’on renonçât, pour vingt-quatre heures, à ses habitudes du boulevard des Italiens, et qu’on allât surprendre et saisir au vif d’autres scènes, d’autres renseignements dans le faubourg Saint-Antoine, dans le faubourg du Temple, ou mieux dans les hauts quartiers de la Villette.

Lorsque la vie de la grande cité a l’air de suivre une marche normale, ces quartiers industrieux ne présentent partout que 1 image du travail dans sa magnifique expansion. On ne peut faire un pas sans rencontrer des usines; on ne peut prêter l’oreille sans entendre le bruit des marteaux, des cylindres, des scies, des roues d’engrenage, des soufflets de forges, des machines en mouvement ; on ne peut lever les yeux sans rencontrer de hautes cheminées qui s’ombragent au sommet de longs panaches de fumée. G est un épanouissement complet, tel qu’on n’en rencontre que dans les grands centres manufacturiers d’Angleterre et d’Amérique.

Sous la Commune, il ne fallait rien chercher de tout cela. Les machines et les instruments de travail faisaient silence. Tout le bruit qui éclatait au dehors n’était qu’un bruit d’armes et de combats. Mais qu’on ne juge pas à la légère; qu’on pénètre dans l’intérieur des ménages et des familles, et Ton entendra des regrets, on verra des misères qui serviront à coin prendre bien des points obscurs de cette histoire contemporaine, qui sans cela resteraient inexplicables. Les énergumènes ont beau jeu quand ils ont pour complices les souffrances de la femme et des enfants, et les tortures de la faim.

C’est pourquoi, en racontant une longue série de faits tristes, lugubres, sinistres, on ne doit jamais perdre de vue les moyens employés par la Commune pour pallier ses crimes et entretenir son crédit dans les masses ignorantes et nécessiteuses. Rappelons donc un décret sur les échéances, qui porte la date du 18 avril. D’après ce décret, le remboursement des dettes de toute nature, souscrites jusqu’au jour de la piomulgation et portant échéance, billets à ordre, mandats, lettres de change, factures réglées, dettes concordataires, etc., sera effectué dans un délai de trois années, à partir du là juillet prochain, et sans que ces dettes portent intérêt, Les autres articles règlent l’application de ce principe et la procédure qui en est la conséquence. 11 est incontestable qu’une mesure de ce genre allégeait considérablement tous les débiteurs écrasés sous le poids de dettes immédiatement exigibles, et lorsqu’ils étaient dans l'impossibilité absolue d’y faire face.

Mais généralement l’ouvrier, le travailleur au jour le jour, a des dettes d’une autre nature.

Pour celui-ci, il fallait donc autre chose si Ton voulait le rattacher solidement à la cause communale. C’est ce qu'on essaya de faire en même temps qu’on lançait le décret de liquidation générale. Depuis longtemps circulait dans les ateliers une maxime qui était accueillie par les têtes ardentes avec la plus grande faveur : l’instrument de travail appartient au travailleur. L’application de celte maxime pourrait conduire fort loin, sut tout avec des gens qui, disposant de la force brutale, n’ont aucune répugnance pour le dépouillement. C’était cependant là le grand cheval de bataille des membres de la Commune qui se piquaient d’avoir des notions économiques et sé targuaient d’avoir sondé jusqu’au tuf le mystère des questions ouvrières. Cet aphorisme précieux formait la meilleure portion de leur évangile. Avec ce leurre, ils fanatisaient de pauvres intelligences obtuses; ils obtenaient des services très-réels, quand ils n’avaient que des déceptions à donner en échange. Mais on doit dire avec impartialité qu’ils n’épargnaient rien pour entretenir les illusions des instruments dupés de leurs convoitises ambitieuses. En fait de charlatanisme, ces fripons d’un nouveau genre étaient réellement passés maîtres. Ce n'est pas nous qui faisons les premiers cette réflexion.

Mettant immédiatement à profit les relations qu’avaient permis de renouer les premiers jours de l’armistice, plusieurs grands industriels de Paris avaient reçu de nombreuses commandes. Sur-le-champ, usines et ateliers avaient été ouverts connue avant cette guerre néfaste qui laissait la France mutilée, amoindrie, dépouillée. Le travail avait été repris avec une ardeur dont on commençait déjà de toutes parts à tirer des augures favorables pour l’avenir. Il est permis de dire, sans la moindre exagération, que jamais le monde n’avait plus senti la nécessité de Paris qu’au mois de février 1871. L’insurrection triomphante du 18 mars arrêta net ce bel essor. Les fabriques cependant essayèrent de parer le choc et ne suspendirent pas du jour au lendemain les travaux commencés. Quelques-unes même se montraient disposées à tenir bon contre la tempête dans l’espérance de temps meilleurs, qui ne pouvaient manquer de venir prochainement. Mais c’est ici que se fit sentir l’influence des doctrines délétères et surtout du régime militaire de la Commune. On ne pouvait compter sur aucune exactitude de la part des ouvriers; ils manquaient au bon moment, et les fabricants ne retirèrent de leur bonne volonté qu’une

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