UNE SÉANCE AC CLUB DE SAINT-NICOLAS-DÉS-CHAMPS
Récolte d’un jour de combat
discours et des effusions. On ne saurait s'en passer,, lorsque chaque loge compte au moins un orateur officiel. Quoi qu’on en ait dit, tous ces discours auraient pu se résumer en un seul, celui du citoyen Térifocq, qui prenait l’engagement, au nom de tons les maçons, de grossir les rangs des bataillons fédérés, si la paix offerte à Versailles n’était pas acceptée. On ne tenait aucun compte de l’opposition qu’avait rencontrée dans les loges cette manifestation. Floquet, député démissionnaire de Paris, s’était fait remarquer par l’énergie avec laquelle il avait rappelé le premier de tous les devoirs maçonniques, la neutralité. Gela valait la peine d’être mentionné.
En outre, on ne disait toujours pas quelles étaient les conditions de cette paix offerte, et si la Commune de Paris les avait acceptées. C’était là les deux points essentiels de cette négociation. On les omettait, comme toujours.
La procession sortit de l’Hôtel-de-Ville, comptant dans ses rangs un drapeau de plus, celui de la Commune qui lui avait été confié. Ce drapeau était porté par le citoyen Çh. Beslay, qui avait réclamé cet honneur comme doyen d’âge de la Commune. Mais bientôt il fallut venir en aide aux forces défaillantes du vieillard.
La procession gagna les grands boulevards, traversa tout Paris et s’achemina vers la porte Maillot. Les hommes étaient graves. Ils marchaient froidement, courageusement. On comprenait qu’ils accomplissaient ce qu’ils considéraient comme un droit, ou, ce qui souvent vaut mieux, comme un devoir. Le spectacle était imposant. 11 lit taire même les railleries sceptiques. Pendant que défilait le long cortège, on n’entendait qu’un cri : Vive la République! Nous pouvons même ajouter que, parmi les spectateurs, plus d’un était ému, et ce n’était pas toujours dans les groupes de ceux qui pactisaient avec la Commune que l’émotion était la plus vive. Nous pourrions mettre ici des noms très-honorablement connus, on ne nous désavouerait pas.
Quand on arrive à la porte Maillot, sous une grêle d’obus et de mitraille, la scène prend un caractère véritable de grandeur. Les francs-maçons se divisent en deux groupes. « L'un, le principal, dit M. Édouard Moriac, formé de quarante francsmaçons environ, s'avance par la route qui fàitface au Mont-Valérien, marche jusqu’aux remparts et plante les bannières de 10U mètres en 100 mètres jusqu’à la porte Maillot. Trois délégués seulement ont permission de passer les lignes versaillaises, où ils sont reçus par le général Leclerc qui les conduit au général Monlaudon. >> Celui-ci se souvient qu’il a reçu la lumière maçonnique. Il fait un accueil des plus courtois aux braves gens qui passent à son quartier général. Mais il ne peut leur rien promettre.il a des ordres et il les exécute militairement. Tout ce qu’on obtient de lui, c’est la route libre jusqu’à Versailles où l’on verra le chef du Pouvoir exécutif. Si, jusque-là, on s’est bercé d’illusions, on touche maintenant aux réalités, et l’on voit qu’elles mènent le monde.
Nous n’avons pas besoin d’ajouter que ces démarches de conciliation et de pacification, comme celles qui les avaient précédées, n’aboutirent à rien. Toutes péchaient par l’absence d’une base solide. Plus on se cramponnait à tout ce qui était le mouvement insurrectionnel du 18 mars, et plus il devenait évident que l’épée seule pourrait trancher le différend et lui donner une solution. On parlerait plus exactement en disant un dénoùment. 11 n’était pas au pouvoir de M. Thiers de changer la nature des faits.