LE BAG DE GFIATOU
lementaire ignorait complètement ce que contenait la lettre (le Rosse! On lui en donna connaissance. Il frémit en songeant au péril clans lequel on l’avait. îoté. Il abandonna sur-le-champ la cause qu'il servait, quelque peu contraint et forcé, et passa clans les rangs de Versailles, où les fédérés n’eurent pas de plus violent adversaire.
L’effet produit dans Paris par la lettre de Rossel n’en fut pas moins considérable. On y vit un grand acte de virilité et l’indi e d'un caractère que rien ne ferait fléchir. En même temps on apprenait l’arrestation de l’ancien commamlantdu fortd’Issy, qui avait disparu l’un des premiers clans la débâcle. C’était le citoyen Mégy. qui s’était rendu fameux sous le gouvernement impérial, en tuant d’un coup de pistolet un homme de police qui venait exécuter sur lui un mandat d’arrestation. Cette équipée l’avait conduit sur les bancs de la Cour d’assises, et de là, pendant quelques mois, au bagne, dont la révolution du 4 septembre le tira. Mégy fut remplacé par le capitaine Dumont, un homme énergique, la Commune n’en voulait pas d’autres, pendant que le général Eudes prenait le commandement des troupes du voisinage.
L’arrestation du général Cluseret devait encore avoir d’autres résultats. La Commission exécutive avait fait son temps. On l’avait usée sous toutes ses formes. Chaque jour elle démontrait son impuissance. Avant d’arriver aux catastrophes, il y avait encore à tirer un nom terrible du gardemeuble révolutionnaire. Le pharmacien Jules Miot, célèbre par sa longue barbe, s’en chargea. Il proposa la création immédiate d’un Comité de Salut public. « Il sera composé de cinq membres nommés directement par la Commune au scrutin individuel, dit le décret d’institution, et les pouvoirs les plus étendus sur toutes les délégations et commissions lui sont donnés; il ne sera responsable qu’à la Commune. »
« Heureuse la Commune, écrit à ce sujet le citoyen G. Lefrançais dans sa retraite de Genève, si elle n’avait point eu de traditions révolutionnaires! La grande majorité de ses membres, en effet, préoccupée de souvenirs historiques, n’eut d’autres soucis que de renouer, selon le langage consacré, la grande tradition de 1)3, interrompue par la chute des Hébertistes, disent les Blanquistes; par Thermidor, disent les Jacobins. 11 es„ impossible de mieux indiquer à quelle œuvre stérile peuvent seulement conduire toutes ces revendications d’un passé sénile. » Le Comité de Salut public n’en fut pas moins institué.
Rien ne surprenait plus et la Commune pouvait se passer toutes les fantaisies.
Un n’aurait pas fait plus attention a ce décret qu a tout autre chose, s’il n’avait été accompagné des noms choisis pour composer le nouveau gouvernement. Antoine Arnaud, Léo Meillet, Ranvier, Félix Pyat, Charles Gérardin prenaient les rênes en main. Pour la plupart, ils étaient inconnus, et ceux qui avaient une notoriété établie se seraient probablement fort bien passés de l’honneur qu’on leur faisait. D’autaqt mieux que la proposition révolutionnaire de Jules Miot n avait été accueillie qu avec un enthousiasme modéré.
Après une discussion des plus vives, quoique confuse, chacun avait publiquement motivé son vote. En définitive, le Comité de Salut public n’avait été créé que par 45 voix contre 23 qui l’avaient repoussé. La majorité n’était pas assez forte pour une mesure de ce genre
En outre, Àudrieu, Arthur Arnould, Avrial, Ch. Beslay, Babick, Clémence, Vie or Clément, Courbet, Eugène Gérardin, -lourde, Langevin, Lefrauçais, Longuet, Ma Ion. üslyn, Pindy. Rastoul, Serrailler, Theisz, Tridon, Jules Vallès, Variin et Vermorel, qui formaient la minorité, s’abstinrent de prendre part a l’élection des membres du Comité. Ils déclarèrent que cette institution n’était, suivant eux, que l’oubli des principes de réformes sociales d’où est sortie la révolution du 18 mars, et le retour dangereux ou inutile, violent ou inoffensif à un passé qui doit instruire sans qu’on ait a le plagier. L i critique était nette et précise. Le Comité de Salut public s’empressa de prouver qu’il avait été bien jugé, même avant sa naissance.