‹ Paris incendiéChapitre 60 sur 124 · XXXVI. — La colonne Vendôme · texte numérisé non relu

XXXVI. — La colonne Vendôme

Ün n’a pas oublié le décret qui avait ordonné la démolition de la colonne Vendôme, pbjet de la haine particulière du peintre Gustave Courbet. Longtemps on avait pu croire que ce décret, comme tant d’autres, avait été rendu uniquement pour la forme, et qu’il resterait lettre morte. On se berçait d’autant plus volontiers de cette illusion, qu’on n’apercevait nullement le travail qui se faisait à la base du monument. Il est vrai que ne pénétrait pas qui voulait sur la place Vendôme. On était réduit à regarder de loin, et les augures qu’on tirait dépendaient beaucoup des échafaudages qu’on voyait. Ür, à distance, le travail intérieur fut, sans qu’on y songeât, longtemps dissimulé. Il fallait être initié à ce qui se faisait pour le comprendre et en suivre les progrès. Ce n’était pas le cas de la foule des curieux et des badauds qui s’aventuraient dans la rue de la Paix, sauf à venir se heurter contre le passez au large ! des sentinelles qui gardaient les barricades. La consigne était sévère autour de l’état-major, et on la faisait peutêtre plus sévèrement exécuter qu’aux avancées des fortifications. On ne voulait pas d’indiscrets à la place Vendôme où tout était militaire. Mais, hâtons-nous de le dire, la colonne n’entrait pour rien dans toutes ces précautions. La démolition regardait uniquement les entrepreneurs, et les officiers de l’état-major ne cherchaient qu’à soustraire à la curiosité les ripailles et les orgies auxquelles ils se livraient de jour et de nuit. Car les héros de la Commune étaient loin de mener l’existence austère que l’imagination prête volontiers aux gens qui, touchés des souffrances du peuple, consacrent leur vie, leur intelligence, leurs forces à la défense des droits de tous, à l’amélioration du sort des grandes masses. Tout cela n’est bon que pour les penseurs et les martyrs de l’idee. Les brillants olliciers de l’état-major s'en souciaient comme des guenilles qu’ils avaient échangées contre les bons vêtements, les galons et les bottes à l’écuyère que fournissait la Commune.

Aucune des jouissances delà bonne vie aristocratiquene leur était inconnue. Maîtres du pouvoir, ils en usaient pour satisfaire leurs appétits, qui n’avaient rien de vulgaire. La chose alla même

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