‹ Paris incendiéChapitre 63 sur 124 · MARIE- ANTOINETTE · texte numérisé non relu

MARIE- ANTOINETTE

Groupe de la Cliapelle expiatoire.

Groupe de la Chapelle expiatoire.

EFFONDREMENT DU TUNNEL DU CHEMIN DE FER DE CEINTURE A LA PORTE MAILLO T

vantait. On peut même dire, sans nuire à la triste réputation qu’il a laissée même parmi les siens, qu’il imitait ces poltrons qui crient et chantent dans la nuit pour échapper à la terreur profonde que leur causent les ténèbres et la solitude. De tout temps on a connu des gens qui croient être arrivés au comble de la finesse quand ils ont dit avec aplomb : Je sais tout! Parfois ils arrivent de cette façon à faire parler des niais et à obtenir des aveux et des révélations. Mais la mèche estéventée auprès des gens qui pensent et qui réfléchissent, et ne s’embarquent pas dans une affaire pour s’y conduire comme des hannetons. Presque toujours l’homme de police qui sail tout ne sait rien, ou fort peu de chose. Il flaire et voudrait savoir, rien de plus. Devant lui on se tient en défiance. Le fameux talisman a perdu son prestige et sa vertu. Dès qu’il apparaît on se met en garde. L’attention est en éveil, et les lèvres se dispensent de toute intempérance, de toute indiscrétion. Ainsi en était-il du Comité de Salut Public et de sa proclamation, où l’ignorance et l’ineptie se dissimulaient mal sous une vantardise éhontée.

Il n’a jamais connu notamment les agissements du colonel Charpentier, de l’ancienne garde nationale, qui recevait, le 10 mai, du colonel Corbin, chef d’état-major général des gardes nationales à Versailles, des instructions fort détaillées et un plan arrêté de ce que devaient faire les amis de l’ordre dans Paris, dès que les premiers détachements de troupes auraient franchi les portes de la ville. Pas davantage, le Comité de Salut public n’a connu la mission du capitaine d’artillerie Piguiet, qui s’occupait dans Paris de rapatrier les artilleurs séparés de leur corps le 18 mars et que la misère avait jetés dans les rangs des défenseurs de la Commune de Paris. Si nous voulions en citer d’autres encore, une vingtaine au moins, nous n’aurions que l’embarras du choix.

L’affaiie dont le Comité de Salut public eut connaissance se rapporte aux intrigues qui avaient toujours leur foyer à l’état-major du général Dombrowski. Là, tout marchait à souhait, au dire des gens qui travaillaient pour Versailles, le verre àla main. C’est la manière la meilleure et la plus sûre de juger les gens de l’ordre du colonel Stawinski et autres officiers qui composaient l’état-major de Dombrowski. On ne le croyait que médiocrement à Versailles, où l’on ne se faisait pas toujours une idée bien nette, bien précise, bien vraie des aventuriers qui composaient en majeure partie les états-majors de la Commune. C’est pourquoi l’on n’accordait pas toujours grande confiance à des rapports où les fantaisies rabelaisiennes avaient une très-large part. On hésitait beaucoup avant d’asseoir la moindre espérance sérieuse sur des bases qui paraissaient si peu solides. Les goinfreries de bas étage mêlées à la politique répugnaient.

Mais en pareil cas, les faits valent toujours mieux que les conjectures, et on se souvient du proverbe. En conséquence, le 12 mai, un petit billet est écrit . « fl’enez-nous une porte ouverte pour cette nuit; nous n’avons pas besoin qu’elle reste longtemps à notre disposition; mais donneznous-en l’accès ne fùt-ce que pendant dix minutes... » Il n’y avait pas à reculer. Déclarer son impuissance, c’était tarir la source des fonds où l’on puisait à pleines mains. On mit donc sur pied le ban et l’arrière-ban de la conspiration; on multiplia les ordres; on s’agita, on se remua, tant et si bien qu’un affidé de la Commune put lire le texte même du billet que nous venons de citer. En même temps, il apprenait que le signe de ralliement était un brassard tricolore au bras gauche et qu’on en fabriquait des quantités considérables chez M,,,u Joséphine Legros, rue des Terres-Fortes. Il n’en fallait pas davantage à un fureteur. Il y avait là tous les éléments d’une belle et bonne dénonciation. Avec cela, on était toujours bien accueilli du Gomilé de Salut public.

Quelques heures après, une vingtaine de gardes nationaux envahissaient tout à coup le domicile de ' Joséphine Legros. « La bande, dit M. A. -J. Dalsème, avait pour chef Delachapelle, commissaire I central pour le compte de la Commune... L’entre- I preneuse et ses ouvrières quittaient la table où s’é¬

talaient encore les reliefs du repas. Delachapelle entra suivi de ses acolytes, et, tirant brusquement de sa poche un brassard tricolore et le montrant à Mme Legros : Au nom de la Commune, je vous arrête! lui dit-il. La pauvre femme éperdue se disposait machinalement à descendre. — Oh! vous avez le temps ; nous ne sommes pas pressés, ajouta le commissaire en ricanant. Il n’était pas pressé, en effet. Lui et ses hommes s’attablèrent tranquillement autour de la nappe encore servie, mangèrent ce qui restait, burent copieusement, et ce ne fut qu’après ces préliminaires peu habituels en matière d’arrestation, qu’ils se mirent en devoir de procéder à une perquisition en règle dans l’appartement. Delachapelle, muni d’un trousseau de fausses clefs, ouvrait les meubles à tort et à travers, furetait dans les tiroirs, inspectait tous les coins. Il était neuf heures lorsque la perquisition prit fin. Les brassards, tout empaquetés, avaient été bientôt saisis. De plus on avait mis la main sur une certaine quantité de papiers, des lettres de M. Tascher de La Pagcrie pour la plupart. Le commissaire aux fausses clefs fit alors descendre sa prisonnière. Un fiacre attendait devant la porte. Notons, en passant, bien que ce détail puisse paraître intime, que la voiture avait pour cocher un nègre du plus pur ébène... Delachapelle fit placer dans la voiture les paquets de brassards et de papiers, y monta lui-même avec Mme Legros; une dizaine de gardes nationaux suivirent le véhicule et l’on se dirigea, au petit pas, vers la place de Grève. Comme le fiacre s’arrêtait devant chaque boutique de marchand de vins, on n’arriva à l’Hôtel- de-Yille qu’à minuit. »

C’était à peu près là tout ce que savaient la Commune et le Comité de Salut public. Car on ne tira rien de Mme Legros, qui aurait été fort embarrassée pour dire ce qu’elle ignorait. Elle avait accepté de confectionner un travail qui convenait à son atelier de couture, elle ne savait rien de plus. On ne put jamais obtenir autre chose de cette brave femme. On doit même reconnaître que, si la Commune n’hésitait pas à commettre des actes de brutalité, elle déployait fort peu de finesse dans ses recherches. Il aurait suffi, en effet, d’établir ce qu’en termes de police on nomme une souricière, de suivre à la piste la livraison des brassards tricolores et l'on n’aurait pas tardé à se trouver sur les traces véritables du complot.

Mais on aurait peut-être été un peu loin dans cette voie, et bien des intérêts mystérieux s’opposaient à ce qu'on allât jusque-là.

On ne s’en tint pas moins sur ses gardes. On envoya inopinément de nouveaux bataillons à tous les secteurs qu’on pouvait croire menacés; on leur donna , en dehors des états-majors particuliers, les consignes les plus sévères pour la surveillance des portes, et la tentative du 12 mai avorta comme tant d’autres qui l’avaient précédée. Quand ses convives habituels, les gens qui représentaient auprès de lui le Gouvernement deVersailles, pressèrent le colonel Stawinski de tenir la promesse qu’il avait faite, il se contenta de montrer les masses noires qui se profilaient vaguement dans l’ombre entre les arbres du parc. C’étaient les bataillons de renfort que Delescluze envoyait à la Muette. On ne les lui avait pas demandés. Mais le délégué à la Guerre trouvait utile de déranger une dizaine de mille hommes pour prévenir le danger et mettre la Commune à l’abri de toute surprise.

Hâtons nous d’ajouter que le lendemain, dans la matinée, M. J. Lasnier, l’une des chevilles ouvrières de ce complot, était arrêté à son domicile, rue de Maubeuge, conduit à la Commune où il subit un interrogatoire, et de là enfermé à Mazas où il resta détenu comme otage. Lui-même a pris soin, dans une lettre datée du t> juin, de nous faire connaître le rôle qu’il avait joué.

XXX VIII. — Dernières ressources.

Pendant ce temps, la fusillade et la canonnade ne cessaient de se faire entendre. Pas un jour qui n’eût son contingent de morts et de blessés. Pour ceux-ci, les médecins des ambulances se plaignaient avec amertume de la gravité que donnait aux

moindres blessures, enles envenimant, les progrès toujours croissants de l’alcoolisme. Nous tenons le fait de plusieurs médecins distingués et dignes de foi. Nous le croyons vrai, quoiqu’on le nie à Londres et à Genève. On s’appuie sur une opinion verbalement émise par l’un des hommes de bien qui ont fait le plus honneur au corps médical fiançais dans ces tristes circonstances. Que le docteur Demarquay publie le journal qu’il a tenu, dit-on, et nous nous inclinerons respectueusement devant; cette autorité. Mais jusque-là, nous maintenons nos assertions, corroboiées par des t'moignages de toute sorte.

Le colonel Esgonnière, qui commandait la légion du 4® arrondissement, n’envisageait pas l’ivrognerie absolument au même point de vue que le corps médical. Mais il fa trouvait funeste à la discipline et au bon service. C’est pourquoi il n’hésita pas à prendre la mesure suivante : Tout officier ou tout sous-officier ivre, ou dont la troupe se repliera par sa faute, sera cassé de son grade et déféré, s’il y a lieu, au conseil de guerre. Faut-iL ajoaiter qu’après cet arrêté il y eut tout autant d’ivrognes qu’avant dans la 4e légion?

Du reste, il aurait été difficile d’indiquer par quels moyens on aurait pu empêcher le désordre de s'étendre et de tout envahir. Les exemples partis d’en haut portaient leurs fruits. Aux Hautes- Bruyères, les citoyens Dereure, Amouroux et Léo Meillet faisaient passer par les armes un garde national nommé Thibault, accusé d’entretenir des intelligences avec l’ennemi. Cela n’empêchait nullement les agents de Versailles de venir tous les jours de Choisy-le-Boi dans le voisinage de Bicêtre, d’avoir des relations régulièrement suivies soit dans ce fort, soit dans les bastions voisins, et d’être parfaitement tenus au courant de tout ce qui se passait, se préparait, se faisait et se disait dans Paris. C’était même par là qu’ils pénétraient le plus commodément, quand ils avaient quelqu’affaire urgente dans la grande ville. L’exécution de Thibault ne fut pas la seule qui marqua le proconsulat de Léo Meillet à Bicêtre. On pourrait même dire qu’on y vit quelques-uns des épisodes sanglants les plus dramatiques de cette insurrection. Mais Paris ne s’en occupait guère et les apprenait avec une telle indifférence, que presque toujours les détails circonstanciés font défaut ou manquent d’authenticité et de précision.

Il n’en était pas de même en ce qui concernait Dombrowski et le front du Nord.

Le brave Polonais ne laissait échapper aucune occasion de se faire valoir. En outre, comme tout porte à croire que, s’il se tenait personnellement en dehors des intrigues de son état-major, il en avait néanmoins une parfaite connaissance, il savait toujours saisir avec à-propos le moment convenable pour faire avantageusement parler de lui. C’est ainsi que se produisit la brillante affaire du 13 mai, dont nous devons dire un mot.

Profitant des renforts que lui avait envoyés le délégué à la guerre inopinément et dans la nuit du complot, dès que parut l’aube, Dombrowski attaqua le parc de Sablonville avec ses bataillons les mieux aguerris. L’attaque fut chaude, la défense vigoureuse, quoique les troupes de Versailles ne connussent point que Dombrowski avait besoin d’un succès à tout prix. Il ne lui restaitpas d’autre moyen d’écarter de lui les soupçons qui planaient un peu sur tout le monde. Il sut même avec beaucoup d’habileté faire retomber la meilleure part de l’avantage qu’il remporta sur le 128e bataillon, l’un de ceux qui étaient le plus chers àla Commune et au Comité central. C’est pourquoi général et soldats furent associés dans un ordre du jour des plus élogieux. On alla même jusqu’à faire dans cette occasion une distribution d’armes d’honneur. La première Révolution agissait ainsi, Delescluze l’imitait.

Il fallait bien cela, pour compenser quelque peu les mauvaises nouvelles qui ne cessaient d’arriver du côté d’Issy et de Vanves. Il paraît que, dans ces régions, la mutinerie et la retraite étaient complètement entrées dans les habitudes des bataillons fédérés. On les cantonnait dans les maisons avec le plus grand soin. Mais à peine le chef supérieur

HISTOIRE DE LA COMMUNE

avait-il le dos tourné, que les troupes abandonnaient les positions qui leur étaient confiées et rentraient dans Paris.

Après tant d’autres, le colonel Brunei en fit une cruelle expérience. « Comme ce fait, dit il dans son laconique rapport, se rallie a une succession de causes qui se tiennent et sur lesquelles il est bon que le public soit édifié, je demande à être mis en arrestation et qu’une enquête soit commencée. » Toujours la même chanson. Chacun rejette la responsabilité des faits désastreux qui s’accomplissent. On croit avoir tout dit quand on a demandé à être incarcéré et à passer en jugement. Comme si l’on ne savait pas ce que vaut l’aune de ces phrases creuses, qui n’aboutirent jamais à la condamnation de personne. On réservait les rigueurs pour de pauvres diables; on épargnait les chefs qui avaient des amis. On oubliait sans cesse que ces chefs, avant d’accepter un commandement, avaient dû prendre une connaissance parfaite des chances qu’ils avaient à courir, des difficultés qu’ils avaient à surmonter. Ce n’était jamais à l’aveuglette qu’ils se chargeaient d’une mission. Quand les événements sinistres arrivent, parler d’édifier le public sur les causes qui les déterminent, c’est tout simplement se moquer des gens auxquels on s’adresse.

Pour le moment, c’est la perte de tout le village d’Issy, et notamment du couvent des Oiseaux, dont la possession pouvait être longtemps défendue. Par suite, le lycée de Yanves est évacué, et, la peur gagnant de proche en proche, la garnison du fort ne montre pas plus de solidité que ses voisines. Elle aussi se met à la débandade, se replie en désordre sur les remparts, et quelques hardis et aventureux soldats de Versailles pénètrent dans la forteresse abandonnée. S’ils avaient été soutenus, elle était prise. Mais, nous l’avons dit, l'armée régulière procédait méthodiquement et avec une prudence qui ne faisait nullement entrer le hasard dans son jeu. Le général Wroblewski vit combien sa position ôtait compromise et tous les périls qu’il courait s’il ne faisait un énergique effort. Payant de sa personne à la tête de quelques hommes de choix qu’il trouva sous sa main, il rentra dans le fort de Yanves et maintint du moins la position de ce côté. C’était tout ce qu’on pouvait pour le moment, et encore tous les hommes familiarisés avec les choses delà guerre prévoyaient ils qu’on approchait de la fin. Il n’y avait qu’à regarder la désorganisation de plus en plus complète des éléments dont on disposait.

En effet, quarante-huit heures plus tard, et lorsque Wroblewski n’est plus là pour surveiller ses troupes, le fort de Yanves est de nouveau évacué et cette fois sans retour. Il est vrai que les régiments de Versailles le serraient de près. Une manœuvre hardie* et très- bien conduite leur permettait même de l’investir de manière à ne pas laisser échapper un homme de la garnison. Mais les fédérés ne voulaient pas être pris comme dans une souricière. Us n’hésitèrent pas à s’aventurer dans les carrières qui s’étendent fort loin sous toute cette partie du sol de la rive gauche. Quand les soldats de Versailles entrèrent dans le fort, ils le trouvèrent abandonné et durent se contenter de prendre une quarantaine de canons de tous calibres. Sans admettre tout ce qu’ont écrit à ce sujet les hommes à imagination facile, on frémit à la pensée de ce qui a dû se passer dans les carrières de Vanves et de Montrouge. On ne saura jamais la vérité là-dessus.

Pendant que ces faits militaires s’accomplissent, la chasse aux réfractaires se poursuit avec plus d’activité que jamais. Les femmes elles-mêmes s’en mêlent; — du moins celles qui ont pris fait et cause pour la Commune. Elles se montrent plus enragées que les hommes. Elles fouillent les maisons, découvrent et dénoncent les récalcitrants, et ne parlent de rien moins que de les fusiller sommairement s’ils refusent de marcher. Les fuites re commencent de plus belle. Plus d’un réfractaire s’échappe en se laissant glisser, au moyen d’une corde à nœuds, dans les fossés des forlitications, aux points où les remparts sont négligemment gardés et surveillés.

Beaucoup d’actes odieux et rien de plus, ainsi peuvent être résumés les résultats de ces rigueurs. On aurait voulu qu’ils fussent un peu moins maigres au point de vue linancier. Car les caisses du citoyen Jourde criaient toujours famine et l’on ne trouvait pas un moyen efficace de les remplir. Les perquisitions et les visites domiciliaires continuaient. On s’empara du vaste hôtel occupé par la Société Générale dans la rue de Provence. On mit les scellés sur tout ce qui servait aux opérations de la Banque, et des gardes fédérés campèrent eu permanence dans la grande halle réservée d’ordinaire à la circulation clu public.

Un symptôme plus grave est l’appel fait par le docteur Parizel, membre de la Commune et chef de la Délégation scientifique, à tous.les détenteurs de soufre, phosphore et autres produits de cette nature. Ils sont tenus de faire, sous trois jours, la déclaration de ce qu’ils possèdent, ou détiennent, selon l’expression du docteur. Les bureaux de la Délégation scientifique, 78, rue de Varennes, sont chargés de recevoir ces déclarations. Ces appels vont se renouveler à propos d'autres matières tout aussi dangereuses que le soufre et le phosphore. Il y a. de quoi trembler quand on connaît le docteur Parizel. C’est un fanatique capable de tout. Si, à l’époque dont nous nous occupons, sa réputation mauvaise n’élait pas sortie d’un cercle restreint, le doute aujourd’hui n’est plus permis à personne. De récents débats criminels ont mis à découvert de telles turpitudes, qu’on ne doit, qu’on ne peut plus hésiter à flétrir une pareille absence de sens moral. Dans la vie privée, le docteur Parizel pratique volontiers l'avortement pour couvrir ses débauches. Tous les moyens lui sont bons, dès qu’il s’agit de donner libre carrière à ses passions. Que ne doit-on pas attendre d’un tel homme dans la vie publique? Surtout quand, autour de lui, il n’y a rien pour le refréner!

La scélératesse chez lui est doublée de science ; les périls qu’il fait courir à tout le monde n’en sont que plus grands. On sait qu’il emploie toutes les ressources d’une culture intellectuelle assez étendue pour trouver les moyens les plus formidables de destruction. Il ne voudrait pas, comme Néron, que l’humanité n’eût qu’une lête pour la couper d’un seul coup; mais il voudrait pouvoir faire sauter Paris d’un bloc quand les troupes de Versailles en auraient franchi l'enceinte, bien entendu en se tenant a l’écart. Et il le dit naïvement; et il fait part à ses amis des progrès qu’il fait, des succès qu’il obtient dans son laboratoire.

Pour complice fervent, ou plutôt pour confident, pour porte-voix, le docteur Parizel a son collègue dans les Conseils de la Commune, le citoyen Jules Vallès. Journaliste, Vallès est propriétaire d’une feuille publique, le Cri clu Peuple , qui, comme toutes ses congénères, le Mot d’ordre , le Vengeur et autres qu’on voudrait oublier, vit de scandale et pipe les niais avec des nouvelles a sensation. C’est le moniteur qui convient au docteur Parizel. De temps à autre, le savant fait entrer le journaliste dans son laboratoire. Il lui fait voir les appareils ; il lui montre avec quelles substances on active et propage b s incendies, et comment on peut et doit s’en servir. Pas plus l’un que l’autre n’ont le sens moral, et ne réfléchissent qu’il y a des innocences dont on doit toujours tenir compte. Le journaliste soit émerveillé. Il admire comme une puissance cette scélératesse raffinée. 11 rentre à son journal et il écrit pour la feuille du lendemain ces articles qui feraient bondir tout Paris d’indignation, et, malgré son atonie, le soulèveraient, s’il n’y voyait une pure forfanterie. Klcs-vous chimiste, Monsieur Thiers ? alors vous nous comprendrez. Ces mots, J nies Vallès les a répétés souvent. Aujourd’hui, quand nous les relisons ou quand nous nous les rappelons, nous y voyons l’annonce de toutes les infamies qui se trituraient et se manipulaient dans l’ombre; mais cela dépassait tellement tout ce que se permettait l’imagination la plus osée que personne n’ypouvaitcroire. Êtes-vous chimiste, Monsieur Thiers ? Cette phrase sinistre était le glas funèbre qu’on sonnait la veille des incendies.

Tout cela n’empêcliait pas des dissensions intestines de se produire dans les Conseils de la Com¬

mune, et Jules Vallès et le docteur Parizel ne siégeaient pas toujours sur les mêmes bancs. L’un était à l’extrême droite, l’autre à l’extrême gauche. Farces et comédies au moment où tout aurait dû être sérieux. Nous ne parlerions même pas de la scission nouvelle qui s’opéra à propos des pouvoirs illimités logiquement donnés au Comité de Salut public, de la retraite de quelques membres de la Commune dans les municipalités, du manifeste qu’ils publièrent après la séance du 15 mai, où la minorité se trouva seule dans la salle des réunions. Mais ce manifeste, rendu public par les journaux, semble en appeler à l’avenir pour qu’il prononce entre ceux qui pensent sauver la situation en exagérant les excès et les violences, et ceux qui pensent que les réminiscences de 93 n’auraient jamais dû entrer dans la Révolution sociale et prolétarienne inaugurée le 18 mars, ainsi que le dit B. Malon, l’un des adhérents. A ce titre, nous devons le signaler. Nous devons même oublier que cette minorité avait mis trop de temps à se constituer et que la démarche suprême avait du moins le tort d’être absolument tardive, ainsi que l’a fait judicieusement observer G. Lefrançais. Car ceci se passait au moment même où les troupes de Versailles, organisées et constamment sui veillées et inspectées par M. Thiers, faisaient leurs derniers préparatifs.

Il en résulta que le manifeste de la minorité ne souleva pas d’attention dans le public.

On était à la veille de la délivrance. On le sentait d’instinct. On le voyait au ton des journaux qui franchissaient les lignes. On ne s’occupait plus de la Commune. C’était tout au plus si on daignait lire l’appel désespéré que Pasclml Grousset adressait aux grandes villes. « Qu’attendez-vous donc pour vous lever?... Attendez-vous que les "soldats du droit soient tombés jusqu’au dernier sous les balles empoisonnées de Versailles? Attendez-vous que Paris soit transformé en cimetière et chacune de ses maisons en tombeau?... Paris fera son devoir et le fera jusqu’au bout. Mais, ne l’oubliez pas: si Paris succombait pour la liberté du monde, l’histoire vengeresse aurait le droit de dire que Pans a été égorgé parce que vous avez laissé s’accomplir l’assassinat. » Dans tout cela, le Paris intelligent et travailleur ne voyait que l’imminence de la crise finale.

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