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EXÉCUTION DES INSURGÉS PRIS LES ARMES A LA MAIN A LA CASERNE LOBAU

même redoubler en changeant de terrain. Plusieurs officiers, dignes de foi, ont avoué, après les huit jours de bataille, qu’il y avait eu peu de points qui leur eussent donné autant de mal.

Plus bas, en descendant vers le centre de la ville, le combat est également acharné, furieux. De bonne heure on a pris la gare du chemin de fer de Saint-Lazare et sauvé un matériel immense. Mais cela ne suffit pas. Un obstacle n’est pas plutôt enlevé qu’on en rencontre un autre devant soi. Les troupes de ce corps d’armée s’avancent par trois lignes principales. Il s’agit, pendant qu’on enlève le collège Chaptal et la place Clichy, d’assurer les communications par les grandes voies qui aboutissent aux gares du Nord et de l’Est d’une part, et de l’autre au nouvel Opéra d’abord, et puis aux grands boulevards.

On pénètre dans la rue Saint-Lazare, on s'empare, toujours en combattant, de la place de la Trinité. On s’établit sur ce point. Le général Lhérillier et son état-major sont dans la crypte de l’église. Des soldats déployés en tirailleurs dans la rue de Londres et derrière les balustrades en pierre du square échangent des coups de feu avec les fédérés qui veulent protéger la rue de Châteaudun vers le faubourg Montmartre où les barricades prennent la forme de bastions crénelés. Dans la Chaussée-d’Antin, à la hauteur du n° 8 et à l’angle de la rue Meyerbeer, deux pièces de 12 défendent une barricade formée de six balayeuses mécaniques et de quelques pavés. Le canon veut avoir raison des soldats qui s’abritent derrière les quatre piliers du porche.

La façade de l’église, qui a vu un des clubs les plus révoltanls delà Commune, est abîmée par les projectiles. Un premier obus vint éclater sur le bord du bassin qui donne de la fraîcheur au square de la Trinité, exactement dans l’axe de l’église. Le second projectile frappe l’angle droit du chambranle dans la travée du milieu. Un troisième se loge dans l’archivolte. Le quatrième fait tomber un retour de corniche de la façade. Les halles frappent et érallent également ce malheureux édifice. L’horloge s’arrête à 1 h. 50 m. au choc du vingt-troisième obus. En démolissant une balustrade, ce projectile a frappé au-dessous, mais à peu de distance du cadran. Les obus n’atteignaient pas seulement l'église, il en tombait aussi dans les maisons. On cite notamment le n° 68 de la Cbaussée-d’Antin où éclata un commencement d’incendie. Mais tout cela n’était pas de nature à arrêter l’élan des soldats qu’il fallait bien plutôt contenir qu’exciter. Les officiers, à la tête des compagnies, attendaient les ordres supérieurs, calmes, froids, méthodiques, résolus, coudants. Les généraux étudiaient l’éventail de rues qui présentait devant eux ses diverses branches. Ils préparaient minutieusement leurs attaques et les combinaient pour les rendra plus efficaces.

Le signal est enfin donné. On s’étend; on se développe dans le quartier; on s’assure qu’on ne laisse rien, derrière soi, dans les rues circonvoisines, qui soit de nature à entraver on à gêner d’une manière inopinée la marche en avant. Une colonne attaque la grande barricade baslionnée qui barre dans toute sa largeur la rue de Châteaudun, et les ouvrages de moindre importance qui défendent les approches de l’église Notre-Dame-de-Lorette dont on a fait une forteresse et un arsenal. Il faut avoir entendu le bruit incessant du canon, le sifflement sinistre des obus, le grincement de la mitrailleuse, les éclats du chassepot, pour comprendre ce qui se passe dans tous les cœurs.

De l’autre côté, vers les boulevards, c’est la même chose. La lutte change de terrain, mais elle a toujours le même caractère. Ici c’est le 55e régiment de ligne qui combat. Le principal obstacle est la barricade qui assure aux fédérés la possession de la Chaussée-tl’Antin et maintient leurs communications faciles avec la place Vendôme et la place de la Bourse. L’attaquer de front était s’exposer inutilement à de grandes pertes d’hommes dont l’existence est toujours précieuse pour des chefs intelligents. Prenant pour guide M. Aug. Marc, directeur de Y Illustration, un colonel du génie, que nous regrettons de ne pouvoir nom-

mer, n’hésite pas à s’engager dans un chemin couvert qu’on se frayait à travers les cours des maisons. Avec eux marchait une compagnie du 55e régiment de ligne, la 2e du 1er bataillon. A la bifurcation des rues de la Victoire et Joubert, ils furent rejoints par d’autres soldats du même régiment qui formaient un peu plus d’une compagnie. Avec ces forces, et pendant que la barricade était vigoureusement attaquée de front par des mitrailleuses et des obusiers de montagne en bonne position à la Trinité, on parvint à la me Saint-Nicolas, presque en face de la rue Mogador. Au pas de course, on tombe à l’improvisle dans le nouvel Opéra par les bâtiments de l’administration. On fait rapidement quelques prisonniers qu’on s’empresse de mettre en sûreté, car on n’a pas de temps â perdre. On est arrivé. Par la rue Meyerbeer, on a l’objectif devant soi. On l’atteint de liane, mais sans meurtrissure.

Après un combat très-vif, mais de quelques minutes, la barricade est enlevée par les deux compagnies qui s’élancent à l’assaut avec une furie toute française. Partout, du reste, les soldats déployèrent une bravoure qui prouvait qu’ils n'avaient en rien dégénéré. Ce qu’on aurait pu faire avec de pareils hommes, si le commandement et la direction supérieure avaient été à la hauteur de l’intrépidité et de la docilité du soldat à mépriser le danger, chacun le pensait tout bas. Mais, en présence des malheurs de la patrie, la réflexion était trop navrante et trop triste pour que personne osât la hasarder tout haut. Il était alors quatre heures du soir.

La journée n’était pas finie pour ces braves gens. La Chaussée-d’Antin débarrassée, ils cherchent un autre objectif. On leur signale la Bourse. On leur indique les chemins par lesquels on peut y arriver aussi facilement qu’on est arrivé au nouvel Opéra. Pour partir, ils n’attendent qu’une nouvelle compagnie que leur capitaine d’état-major a demandée au quartier général. Elle est bientôt sur les boulevards, à côté des premières, et l’on se met en marche prudemment, avec précaution, toujours à couvert, mais résolument. Les bulletins signalent la présence du 55e régiment de ligne sur la place de la Bourse avant sept heures du soir. Dans les quartiers qu’ils avaient parcourus pour atteindre ce nouveau but, les soldats ne rencontraient que des auxiliaires. L'aruiée pour les Parisiens représentait la délivrance.

Au reste, il en était de même partout. On raconte que, dans la rue Godot-de-Mauroy, une femme du meilleur monde, indignée de voir les fédérés établir une barricade devant sa porte, prend un fusil de chasse chargé à balle et fait feu dans le tas. Deux hommes tombent mortellement' frappés. Les fédérés veulent se venger et pénétrer de force dans la maison. On ne leur en donne pas le temps. De plusieurs fenêtres à la fois éclate une fusillade qui les met en fuite. La barricade est abandonnée sans la moindre attaque de front; la rue est délivrée avant l’arrivée des troupes, et celles-ci peuvent circuler avec sécurité.

Le général Félix Douay combat également dans les Champs-Elysées, dans le faubourg Saint-Honoré, sur la place de la Concorde, dans la rue Royale, dans la rue de Rivoli. Les obstacles sont accumulés devant lui; mais tantôt il les attaque de front, tan tôt il les tourne. Il pénètre même dans les maisons, et, en crevant les murs mitoyens, ses soldats se font un chemin couvert. Il faut cela, quand on sait comment les fédérés se sont établis au ministère de la marine et dans le grand immeuble qui lui sert de pendant décoratif et qu’on désigne vulgairement sous le nom de Garde-Meuble. Personne ne se plaint du reste des quelques coups de pioche et des travaux de sape qui livrent passage aux soldats dans les cours et même dans les appartements; car c’est la délivrance qui arrive, et il en est temps.

Dans le faubourg Saint-Germain, le général de Cissey ne s’arrête pas. Il a rencontré des auxiliaires qui sc sont mis dans les rangs et combattent avec les soldats. Ce sont des gardes nationaux I que le colonel Durouchoux a maintenus dans la bonne voie pendant toute la durée de la Com- ‘

mune. Ils sont organisés et armés. Un brassard tricolore au bras gauche, ils viennent mêler leurs vareuses à la capote grise des soldats. Volontaires de l’ordre, ils firent remarquer leur vaillance, et leur digne colonel scella de son sang le dévouement qu’il avait depuis longtemps promis au gouvernement de Versailles. Il fut tué en courant à l’assaut d’une barricade. Du reste, le colonel Durouchoux ne fut pas le seul qui paya de sa vie l’aide qu’il apporlait à l’armée nationale. Déjà un libraire, Arnaud de Vresse, ancien commandant des tirailleurs parisiens contre l’étranger, était tombé victime de son courage, et a,vec lui bien d’autres que nous ne pouvons tous nommer. Mais il est bon de constater le fait.

Cependant, la Commune, vaincue par les armes, allait appeler à son aide un autre genre de destruction. Atrocement scélérate, à toutes les horreurs déjà commises elle allait ajouter des horreurs plus infâmes encore. L’incendie fut résolu. Les compagnies de pétroleurs et de pétroleuses se mirent à l’œuvre. Aux premières heures crépusculaires, dans la soirée du 23 -mai, on vit tout à coup s'élever des gerbes de llammes qui donnèrent rapidement à tout l’horizon du ciel des teintes d’un rouge vif. 11 n’y avait pas à s’y tromper ; Paris a vu trop d’incendies pour que l’illusion fût possible. Celte fois, c’était quelque chose de colossal qui effaçait en une heure tout le passé. Le rêve de Sardanapale se réalisait; mais les satrapes de la Commune étaient absents; ils se mettaient à l’abri. Au milieu de la stupeur générale, on monta sur les toits des maisons pour tâcher de se rendre compte, et déterminer les points frappés par le nouveau fléau. On vit alors très-distinctement plusieurs foyers, et le feu dévorait avec une effrayante activité. Sur la rive gauche, le palais de la Légion d’honneur, le palais de la Cour des comptes et du conseil d’Etat, la caisse des Dépôts et Consignations; sur la rive droite, le ministère des finances, où le feu avait été facilement ravivé, le palais des Tuileries, le Palais-Royal, sans compter plusieurs maisons particulières et surtout des magasins où les matières accumulées devaient fournir à la flamme un facile aliment.

On a raconté que le commandant récemment nommé des Tuileries se trouvait à table lorsque lui arriva l’ordre de mettre le feu au palais. C’était le fameux Bergeret, qui n’avait plus un goût trèsprononcé pour les expéditions militaires; il préférait les jouissances de la bonne chère et de la bouteille. 11 ne se dérangea pas, acheva tranquillement son copieux repas, avec tous les accessoires. Puis, se tournant vers les compagnons ordinaires de sts plaisirs : Nous allons, dit-il, déménager, et lestement; la maison n’est pas sûre. Et prenant les devants, il alla s’installer au Louvre avec tout son monde. Quelques instants après, il revint seul dans la cour du Carrousel, où l'attendaient plusieurs escouades des bandits qui servaient aux exécutions des basses œuvres de la Commune. Le pétrole et les essences minérales furent versés à Ilots dans tout le vieil édifice de la monarchie. Des j toitures aux caves, on en mit partout. La torche incendiaire fit le reste.

A l’aspect des flammes, l’armée ne put contenir ] son indignation et sa fureur. Oubliant les fatigues d’une journée de marches et de combats , en quelques instants elle fut prête â recommen- I cer son œuvre de dévouement. Les chefs n’eurent pas besoin de stimuler le zèle. On ne voyait point de traînards; chacun voulait aller où était le péril. Avec de pareils sentiments on supprime J bien des résistances. L’énergie de cette nouvelle impulsion fut telle, que, dans la matinée du 24, on arrivait jusqu’au Louvre. Les Tuileries, effondrées de toutes parts, brûlaient encore. Il n’y a pas eu ; moyen de sauver quoi que ce soit des constructions anciennes. Les planchers des parquets, les 1 poutres des plafonds et des toitures avaient flambé comme des allumettes. Les grands corps de logis j qui formaient le palais proprement dit, le pavillon Marsan et la galerie septentrionale n’étaient plus que des ruines fumantes ou les gros murs seuls restaient debout. On fut plus heureux avec le pavillon de Flore et les constructions nouvelles du

HISTOIRE DE LA COMMUNE

bord de l’eau. On arriva cependant trop tard pour empêcher l’incendie de la bibliothèque du Louvre. Toutes les merveilles, toutes les raretés, toutes les richesses intellectuelles que contenait cette collection spéciale devinrent la proie des flammes, malgré les supplications des gardiens, qui allèrent jusqu’à se jeter aux genoux des barbares. Les prières de ces braves gens 11e pouvaient rien contre ces bêtes féroces, que les ruines, le sang, les pleurs égayaient. Mais les musées furent sauvés ; on arrêta les flammes au moment où elles allaient entrer dans les galeries remplies des chefsd’œuvre de la peinture et de la sculpture de tous les âges. Si le malheur eût été consommé, la France n’aurait jamais pu refaire ces merveilleuses collections artistiques.

On doit la conservation du Louvre à l’infanterie de marine. Ses bataillons, ses compagnies combattaient et se dévouaient sur la rive gauche. On était arrivé jusqu’à la hauteur de la rue des Saints- Pères, et l’on avait devant soi des obstacles sérieux. Le concierge de l’École des Beaux-Arts eut l’idée d’ouvrir une large brèche dans les constructions qui regardent le quai. Avec quelques gardiens et quelques hommes dévoués, il a rapidement descellé les pierres. Les soldais pénètrent par cette ouverture; ils chassent les fédérés qui se trouvaient dans le passage des Beaux-Arls et qui fuient en désordre vers d’autres régions du faubourg Saint-Germain. La barricade de l’Institut est tournée, enlevée en un clin d’œil; le pont des Arts est franchi au pas de course. Le Louvre est sauvé; les fusiliers marins y sont et le gardent.

La dévastation fut beaucoup moins grande au Palais-Royal, où les brigands avaient été beaucoup moins prodigues de matières incendiaires. Il y a même certaines parties de l'édifice qui n’ont relativement pas souffert. Il fut possible aux soldats du général Douay, qui des Champs-Elysées dirigeait toute cette partie de l’attaque, de se rendre assez promptement maîtres de l’incendie pour mettre toute une aile, celle qui touche à la rue Richelieu, complètement à l’abri des atteintes du feu. On tremblait déjà pour le Théâtre Français et les grands immeubles du voisinage.

Mais il aurait fallu être partout à la fois. Quel que fût le zèle déployé par l’armée, elle ne le pouvait pas. Son activité était aux prises avec une activité malfaisante que rien n’arrêtait. Dans la matinée du 24, l’Hôtel-de-Yille flamba. Entre tous, dit M. Philibert Audebrand, il y avait un lieu d’asile aimé du peuple : c’était l’édifice même où la Révolution du 18 mars avait établi son quartier général. 11 semblait pour le moins que celuilà dut être épargné. « Il ne s’en est fallu que de quelques minutes, dit la Ligue d'union républicaine dans un de ses rapports, qu’elle n’arrivât à arrêter la main incendiaire qui a détruit l’Hôtel-de-Ville.» Et la Ligue ne nomme pas cette main incendiaire qu’elle connaît, comme si, en présence de semblables forfaits, il y avait encore à garder le moindre ménagement! S’il est vrai, comme elle le dit, que la Ligue ait sauvé Notre-Dame, les Archives, le Temple, l’imprimerie Nationale, le Conservatoire des arts et métiers, la mairie du 10e arrondissement, qu’elle soit néanmoins remerciée!

L’armée de réserve était entrée dans Paris, à la suite des autres corps. A l’aspect des flammes qui dévoraient lTIùtel-de-Ville et les belles constructions de la place de Crève, la brigade Daguerre, de la division Vergé, s’élance au pas de course. De graves et sérieùx obstacles s’opposent en vain à sou passage. Il faut combattre sans relâche ni trêve pour se frayer un chemin ; mais l’ardeur des soldats ne se ralentit point. Le phare de l’incendie est toujours là, qui assombrit l’horizon, en indiquant à chacun la voie du devoir et de l’honneur. Les premières compagnies arrivent enfin sur la place de l’IIôtel-de-Ville, au moment de l’embrasement général , et livrent bataille pour conquérir des ruines et planter le drapeau victorieux de la France sur des décombres que la guerre 11’a pas faites, ün dut a cette arrivée de la brigade Daguerre la conservation de l’avenue Victoria et des belles constructions neuves qui bordent le quai de la Grève. Le péril était partout, parce que partout

il y avait de la poudre. A chaque instant une explosion nouvelle se faisait entendre, et un pan de mùr sautait, un appartement s’effondrait; mais cela n’arrêtait ni les soldats ni leurs chefs qui, partout, se montraient au premier rang.

Fresque à la même heure, le général de Cissey arrivait au Panthéon et s’emparait de cet édifice important. Entrons dans quelques détails. Ce grand fait le mérite certainement.

Dans la nuit, les pétroleurs et les pétroleuses ont essayé de porter leurs ravages dans toute la région de la rive gauche. Us ont mis le feu à la poudrière du Luxembourg qui a sauté en l’air avec un fracas épouvantable. Tout le quartier en a été ébranlé. Plus d’une maison peu solide sur ses fondements s’est effondrée. Les habitants affolés se réfugient dans les caves, comme à l’époque où les obus prussiens couvraient de ruines cette portion de la ville. Les incendiaires vont de porte en porte, lis donnent à peine aux enfants, aux femmes, aux vieillards, aux malades, aux infirmes, le temps de fuir. Le pétrole ne peut pas attendre. Il faut qu’il accomplisse son œuvre, et réalise la parole de la Commune et du Comité de Salut public : Versailles 11e doit planter son drapeau que sur une ville morte. Les soldats du général de Cissey, de même que ceux du général Douay et ceux du général Daguerre, empêchèrent que cette parole ne fût jusqu’au bout une vérité. Us mirent autant que cela était possible un frein à la destruction, et poursuivirent les incendiaires plus impitoyablement encore que les défenseurs des barricades. Pour les pétroleurs, pas le moindre quartier. Sitôt qu’on les prenait, ils étaient passés parlesarmes. U est juste de dire que parmi eux figuraient en grand nombre les étrangers que la Commune avait ramassés de toutes parts. U était facile de les reconnaître à leur accent. On y voyait aussi beaucoup de repris de justice et de gibier de prison. Ceux-ci ne furent satisfaits que lorsqu’ils eurent mis le feu à la Préfecture de police, au Dépôt, à la Conciergerie, à l’antique Palais de Justice de saint Louis. Us comptaient détruire ainsi toutes les traces de leurs anciennes ignominies, anéantir les casiers judiciaires et se refaire une virginité civile. Us avaient oublié qu’il existe des livres d’écrou dans les bagnes et les maisons centrales, et que leurs notes d’infamie seraient faciles à rétablir, plus faciles mille fois que les édifices et les richesses artistiques dévorés par le feu.

Revenons au Panthéon.

Le général de Cissey a fait porter son attaque générale de la rive gauche sur plusieurs points à la fois. A la division que commande le général Lacretelle, il confia le soin de traverser le faubourg Saint-Germain en ayant pour objectif le palais du Luxembourg; à la division du général Levassor- Sorval, il ordonna de contourner Tes anciens boulevards extérieurs en allant établir son quartier général sur la grande chaussée du Maine. On le voit, c’était tout un mouvement d’ensemble qui devait s’exécuter avec précision. De la promptitude et de l’exactitude dépendait le succès. R est vrai que le général de Cissey comptait aussi rencontrer dans les quartiers que devaient traverser ses troupes des auxiliaires précieux pour lesquels il ne professait pas le mépris (tue témoigne en toute circonstance le général Ducrot, qui n’a pas su s’en servir contre l’étranger. Ces auxiliaires ne firent pas défaut aux troupes de la délivrance. Les gardes nationaux, dès le 22 mai, combattirent bravement dans les rangs des soldats, et sur bien des points ils prirent l’initiative et facilitèrent singulièrement la besogne de l’armée. Partout ils fournirent des guides excellents et donnèrent des indications qu’on mit intelligemment à profit. En outre les membres des municipalités élues au mois de novembre et confirmées provisoirement par M. Thiers, accompagnaient les états-majors, réorganisaient et centralisaient régulièrement les services sur tous les terrains conquis. C’est de celte manière qu’on put arriver rapidement jusqu’au Panthéon. Nous donnerons plus loin d’autres détails complémentaires; ils n’auraient probablement pas été compris danstoutes leurs circonstances sans ce que nous venons de dire.

Pour en finir avec la marche militaire, disons tout de suite que, dans la matinée du 24, le général Ladmirault s’emparait des gares du Nord et de l’Est, occupait la portion culminante du boulevard de Magenta et envoyait en reconnaissance ses premiers éclaireurs jusqu’à la porte Saint-Martin. En même temps, une autre partie de ses troupes achevait l’œuvre commencée par la prise de Glignancourt et du boulevard Ornano. Elles pénétraient dans la Chapelle et se disposaient à fouiller la Viliette dans ses moindres recoins.

Le général Clinchant, à la tête des troupes du 5me corps, achevait de déblayer le 9e arrondissement. Dans les parties hautes, à l’avenue Trudaine, il débusquait les fédérés du collège Rollin où ils essayaient de recommencer l’énergique résistance opposée dans les murs du collège Chaptal; dans les parties basses, il envoyait des compagnies, des bataillons, des régiments dans toutes les directions. Partout la lutte est vive et acharnée. L’ancienne barrière Rochechouart ne fut emportée qu’après des pertes sérieuses des deux côtés. Plus bas, les colonels Vincendon et Bréard, à la tête de leurs régiments, s’emparent des barricades qui ferment la rue Notre-Dame-de-Lorette et la rue des Martyrs, en même temps qu’une autre colonne force les défenses de la rue de Châteaudun et déblaye le carrefour Drouot, en faisant de nombreux prisonniers. Dès lors, il était facile de prendre possession de la mairie de la rue Drouot, où s’installait immédiatement la commission militaire préparée de longue main par le colonel Charpentier. Ces troupes poussèrent leurs reconnaissances jusqu’à la Bourse, occupée par le 55e de ligne, et la rue Montmartre; elles pouvaient facilement donner la main aux soldats qui délivraient la Banque de France et les Halles centrales.

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