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IV. — Massacre des otages

L’mcendie ne doit pas nous faire oublier le sang versé. De même, le sang qui coule à flots dans les combats et les exécutions de la rue, exécutions sommaires, mais amplement justifiées par des circonstances exceptionnelles, ne doit pas nous faire oublier le sang innocent qui coule impunément sur d’autres théâtres. Nous voulons parler des otages : on l’a sans doute deviné.

On a dit que, dans la nuit du 21 au 22 mai, Raoul Rigault, Ferré et Protot, trois fous furieux bien dignes de marcher de compagnie, avaient dans une dernière orgie dressé la liste des otages qui devaient être livrés aux vengeances populaires, ou, pour parler plus exactement, à leurs rancunes personnelles. Caries instincts sanguinaires de la foule n’étaient là que pour servir d’instrument à d’autres passions. Le fait n’a pas été démenti. Quoiqu’il en soit, on ne peut plus mettre en doute que, le 23 mai, Raoul Rigault s’est transporté de sa personne à la prison de Sainte-Pélagie où était détenu Gustave Chaudey. C’est au journaliste qu’en voulait le procureur de la Commune. La cause de cette haine est encore aujourd’hui une énigme indéchiffrable; on ne peut admettre ce qui a été dit devant les conseils de guerre et ailleurs. Le reproche, amèrement adressé à Gustave Chaudey pour sa conduite dans l’échaulfourée du 22 janvier, devait cacher quelque rancune plus ancienne et moins avouable. Sans cela, on n’aurait pas attendu jusqu’aux dernières heures de la tyrannie pour en arriver à l’exécution sanglante. Qu’on se rappelle en effet que Gustave Chaudey, arrêté le 13 avril, avait été enfermé à Mazas et mis au secret le plus absolu. Mais Chaudey avait des amis qui intervinrent. La haine incompréhensible de Raoul Rigault se fit jour. U se montra, dit le Siècle, d’une cruauté provocante, ce qui n’empêcha pas un interrogatoire que Chaudey soutint la tête haute; il 11e chercha ni détour ni excuse; il se glorifia au contraire d’avoir accompli son devoir. C’était le cas ou jamais de faire un procès véritable et de motiver une exécution par un jugement. Mais devant des juges, même appartenant à la Commune, Gustave Chaudey aurait été acquitté, et cela ne faisait pas l’affaire de ceux qui lui avaient voué une haine implacable.

UN COIN DE LA SALLE DES FUSILLÉS DÉPOSÉS AUX AMBULANCES DE LA PRESSE, RUE OUDINOT. - Le 8' cadavre du premier rang était porteur de 150,000 fr. en billets de banque.

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