‹ Paris incendiéChapitre 79 sur 124 · EXPOSITION DU CORPS DE M" L’ARCHEVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

EXPOSITION DU CORPS DE M" L’ARCHEVÊQUE DE PARIS

FUNÉRAILLES DE M‘f L’ARCHEVÊQUE DE PARIS.

de dernier asile à la poussière de l’homme. Durant plusieurs heures, ces solitudes, on d’ordinaire on n’entend que les plaintes et les sanglots des douleurs domestiques, furent troublées par le bruit des détonations des armes à feu, les cris des combattants et des scènes de sauvagerie qui rappelaient ce qui se passe dans les grandes prairies et les forêts vierges d’Amérique. Toutes les ruses, toutes les surprises, furent mises en œuvre. Souvent on se battit corps à corps dans des espaces étroits où l’on avait à peine la liberté de ses mouvements. Lorsque les cartouches étaient épuisées on en venait à l’arme blanche. Il y eut des drames horribles et des fins tragiques à épouvanter l’imagination la plus échevelée. Les vieux soldats qui ont pris part à cette dernière lutte n'en racontent les péripéties qu’en frémissant. Pas un moment de trêve, pas un moment de repos, tant qu’il resta un massif de tombes qui n'avait pas été fouillé dans ses moindres replis.

Enfin, le 28 mai, à cinq heures du soir, l’armée put dire avec vérité que le cimetière du Père-Lachaise lui appartenait.

C’était un dimanche, et le silence de cette première nuit de délivrance fut solennel. On n’entendit que le pas cadencé des patrouilles d’infanterie et de cavalerie qui parcouraient la ville dans tous les sens. L’armée était absolument victorieuse; mais elle veillait toujours.

Le 29, dès la première heure, des affiches blanches étaient apposées avec profusion sur tous les murs. C’était une proclamation qu’adressait aux habitants de Paris le commandant en chef de l’armée, le maréchal de Mac-Mahon. Elle était datée du 28 mai. Depuis le commencement de la lutte, le maréchal de Mac-Mahon n’avait pas jugé convenable de prendre une seule fois publiquement la parole. 11 agissait, dirigeait et surveillait l’exécution de ses ordres. On avait beaucoup remarqué celte attitude digne et réservée.

<• Habitants de Paris, disait le maréchal, l’armée » de la France est venue vous sauver.

« Paris est délivré.

« Nos soldats ont enlevé, à quatre heures, les » dernières positions occupées par les insurgés.

« Aujourd’hui la lutte est terminée : l’ordre, le h travail et la sécurité vont renaître. »

Nous n’avons pas à insister sur l’efiet que produisit cette proclamation; on le devine sans peine. Cependant, quoi qu’en dit le maréchal de Mac- Mahon, tout n’était pas encore terminé. Si, à l'intérieur, on n’apercevait même plus l’apparence d’une résistance, il n’en était pas de même à l’extérieur. Et la chose prenait un véritable caractère de gravité, quand on songe au terrible voisinage que nous subissions. Le fort de Bicêtre n’avait pas plus tenu et résisté que le fort de Montrouge, il n’avait pas attendu qu’on en fît le siège pour être abandonné par ses défenseurs. Mais il n’en était pas de même du fort de Vincennes, et celui-ci était d’une bien autre importance que tous les forts du Sud. Vincennes, en effet, n’est pas seulement une citadelle de premier ordre; c’est surtout, et avant tout, un arsenal et un ensemble d’établissements militaires qu’il serait fort difficile et fort onéreux de remplacer. A cet unique point de vue, il était urgent de rentrer dans sa possession. Mais la chose devenait bien plus grave quand on connaissait les relations établies entre la garnison du fort et les troupes allemandes cantonnées à Charenton et à Nogent. Or on n’ignorait rien de tout cela à l’étatmajor général ; on connaissait toutes les démarches anti-patriotiques qui avaient été faites; on savait que, par deux fois, le commandant Faltot avait offert de livrer la place, sans conditions, aux Prussiens. Il disait, à qui voulait l'entendre, qu’avec sa garnison il préférait être prisonnier de la Prusse que de Versailles.

La conséquence naturelle de ces prédilections était que le même, commandant exhibait des prétentions inacceptables chaque fois qu'on lui parlait d’abaisser ses ponts-levis devant l’armée française. Les pourparlers durèrent plus de quaranteho.it heures. Plusieuis fois les négociations furent.

entamées, rompues, reprises, brisées de nouveau. Et à chaque fois des demandes d’intervention étaient adressées aux états-majors allemands. Il fallait en finir. Le général Vinoy qui commandait sur ce point venait de recevoir la nouvelle que toute résistance avait cessé au Père-Lachaise. Quelques heures après il avait connaissance de la proclamation du maréchal de Mac-Mahon. La journée du 29 ne pouvait s’écouler sans que l’affaire de Vincennes eût reçu une solution. Les soldats se tinrent prêts pour l’attaque de la place. Ce n’était point là ce qu’attendaient les quatre cents fédérés qui tenaient garnison dans la citadelle. Ils n’avaient nulle envie de combattre. Ils laissaient leur commandant s’agiter dans les intrigues et chercher à tirer parti d’une situation qui devenait de plus en plus mauvaise. Quant à eux, leur résolution était prise, et ils s’en tenaient là.

Il en résulta que l’armée rentra en possession du fort de Vincennes et de ses dépendances avec moins encore de difficultés militaires que pour les forteresses du Sud. On n’eut pas à tirer un coup de canon, p is un coup de fusil. La garnison tout entière se rendit prisonnière et sans conditions d’aucune sorte. Plusieurs fonctionnaires de la Commune, qui s’étaient réfugiés à Vincennes, comme dans un asile sûr, subirent le sort de la garnison. Pour cette fois, c’était bien fini. On pouvait dire que la Commune de 1871 avait vécu. Dans l’aprèsmidi du 29, le drapeau national flottait auvent sur le vieux donjon de Saint-Louis.

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