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LE BIVOUAC DES FÉDÉRÉS SUR LA PLACE VENDOME

\h PARIS INCENDIÉ

table. Cette porte donne accès dans une large et vaste cour pavée en grès. Des taches verdâtres çà et là indiquent qu’on ne dépense pas tout ce qu’il faudrait pour un bon et agréable entretien. Quelques graminées y poussent follement et au hasard.

Au fond, cependant, la vue se repose avec plaisir sur des feuillages et des fleurs qui forment un premier rideau d’arbustes.

A gauche, s’élève une grande et ancienne construction dont les lignes architecturales ne manquent pas d’élégance. A droite, on voit des pavillons, des l'emises et des communs. Enfin au nord, après lacour, des jardins, des pelouses et des champs qui viennent aboutir à une terrasse ombragée par une belle allée de charmes et de tilleuls dont la plantation est encore peut-être plus ancienne que la construction de la maison. La vue dont on jouit sur cette terrasse s’étend fort loin; elle domine toute la plaine Saint-Denis, et se repose sur les coteaux qui entourent Paris d’une verdoyante ceinture. Tout ce domaine est enclos de murs fort épais qui assurent la sécurité extérieure des personnes qui voudraient y vivre dans la retraite, trouvant a deux pas de la ville tous les agréments de la campagne. On assure qu’en fouillant dans les légendes qui se rattachent à l’abbaye de Montmartre, on retrouverait bien des histoires, galantes et autres, qui se sont produites, nouées ou dénouées dans cette maison. Mais cela nous entraînerait beaucoup trop loin. Qu’on se contente aujourd’hui du signalement que nous donnons.

Que s’attendait à trouver le général Lecomte en pénétrant dans la maison de la rue des Rosiers? Nul ne le saura jamais. L’ascension n’avait pas été plus inquiétante que le reste de la journée. S’il y avait eu des menaces infâmes proférées par des bouches d’énergumènes avinés, il y avait eu aussi, par ci, par là, quelques bonnes paroles. On a dit que la translation avait eu lieu sous le prétexte fallacieux que les délégués du Comité central se trouvaient à la rue des Rosiers, e.t qu’ils avaient mandat pour procéder à un jugement. Quelque sommaire qu’eut été un pareil acte, il aurait du moins eu l’air de vouloir sauver les apparences, et l’on saurait incontestablement sur qui doit retomber toute la responsabilité du crime. Mais le Comité central n’avait pas plus de délégués et d’agents attitrés à la rue des Rosiers qu’au Château-Rouge. Il continuait à se tenir dans l’ombre et à pousser dans d’autres sens les trames de sa conspiration. En admettant qu’il eût connaissance de ce qui se passait à Montmartre, c’était désormais à ses yeux un détail infime dans le vaste plan qu’il allait mettre à exécution.

Quant à l’autorité municipale, comment compter sur elle? Depuis le matin, elle était débordée. Et si M. Clémenceau, qui s’en défend énergiquement comme d’une tache faite à son honneur, ne montrait pas une complaisance trop grande à l’égard de l’émeute, peut-on dire la même chose de son adjoint, le. citoyen Dereure, qui allait dans quelques jours devenir l’un des membres les plus actifs de la Commune de Paris?... Nous ne le pensons pas; nous croyons même, et après minutieux examen de toutes les pièces qui ont été produites et de quelques autres qui ne sont pas les moins importantes, que le citoyen Dereure était, ou du moins pouvait être parfaitement au courant de tout ce qui se passait. Qu’il se fût rendu au Château-Rouge ou à la rue des Rosiers, et personne ne l’aurait arrêté et n’aurait fait obstacle à son passage à travers cette foule de laquelle il était excessivement connu; qu’il eût dit un mot, et nous n’aurions pas à raconter le crime abominable dont nous n’avons encore fait connaître que les premiers avant-coureurs.

Avec plus de désordre encore qu’au bas de la butte, les scènes tumultueuses du Château-Rouge recommencèrent à la rue des Rosiers. Les hommes de violence étaient devenus les plus nombreux. Ce n’était plus du reste les mêmes que dans les environs de la chaussée de CiignancourL. Les ‘ groupes principaux avaient été fournis par des ramassis de toute sorte qui se trouvaient toujours J dans le voisinage du parc d’artillerie. En outre, ( on remarquait parmi les gardes nationaux quel- !

ques soldats mutinés et rebelles. Il y en avait de plusieuis armes, delà ligne, des chasseurs à pied, de la garde mobile. On lisait même divers numéros sur les képis. Ces soldats ne s'étaient pas contentés d’abandonner leurs chefs et de déserter leur drapeau; ils faisaient cause commune avec l’insurrection. Comme toujours, une première faute en entraînait une foule d’autres. Il était facile de voir que ces soldats seraient les premiers à ne point reculer devant les excès.

Cependant la lutte était vive. On disputait avec acharnement leur proie à ceux qui voulaient verser le sang, qui réclamaient des exécutions et des massacres. Il y avait des alternatives, et parfois l’on pouvait croire et espérer que les hommes de violence ne l’emporteraient pas. Sous ce rapport, nous avons des témoignages irrécusables. Ils ont été fournis spontanément, avec une loyauté qui les honore, et après les faits accomplis, par des officiers qui avaient eu a subir cette formidable agonie. L’historien impartial ne saurait avoir de meilleurs guides.

Les prisonniers avaient été conduits dans une salle basse. Quelques gardes nationaux, et à leur tête le lieutenant Mayer, défendaient énergiquement toutes les issues. Ils croyaient naïvement que le Comité central, dans lequel ils avaient confiance, allait venir et procéder au jugement. Il y avait avec le général Lecomte le commandant Pousargues du 18e bataillon de chasseurs à pied, Franck, jeune officier d’état-major, le capitaine Beugnot, officier d’ordonnance du ministre de la guerre, arrêté dans une reconnaissance. Vers cinq heures, a écrit ce dernier, « le châssis de la fenêtre se brise sous les efforts du dehors et livre passage aux plus furieux. Dois-je dire que les premiers qui mirent la main sur le général furent un caporal du 3e bataillon de chasseurs à pied, un soldat du 88e de marche et deux gardes mobiles? » Il faut s’en rapporter à un officier- dont l’œil est infaillible poulies numéros et les uniformes.

Tout à coup la porte charretière roula avec fracas sur ses gonds rouillés. Un Ilot nouveau d’hommes violents se précipite dans la cour, entraînant avec lui un grand vieillard à barbe blanche et vénérable. On le couvre brutalement de horions, de sévices et d’injures.

En ce momen t, nous vîmes que tout était perdu, a écrit le capitaine d’état-major Beugnot. Il avait raison. Le vieillard qui était donné pour compagnon de captivité, ou plutôt de torture, au général Lecomte et à ses officiers, n’était autre que le général Clément Thomas, ancien commandant en chef de la garde nationale de Paris pendant le siège, et après le 31 octobre.

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