II. — Les tuileries
Avec ses constructions disparates, ses styles divers, flanqués sans soin et sans goût à côté les uns des autres, au gré des modes qui dominaient aux époques où on le trouvait trop petit, ou trop étroit, le palais des Tuileries ne se recommandait point par ses proportions et son ordonnance aux amis des belles lignes architecturales. Il y avait un fait cependant sur lequel tout le monde était d’accord : on admirait sans restriction le petit palais que s’était fait construire, comme maison des champs, Catherine de Médicis, ennuyée de résider au Louvre ou à l’hôtel de Soissons. dette princesse n’aimait pas Saint-Germain qui lui rappelait ses déboires, du temps qu'elle partageait le trône, mais non pas la puissance de son mari, Henri If. Elle n’aimait pas davantage les bords de la Loire depuis que les querelles pour la religion agitaient et ensanglantaient le royaume de France. Quoiqu’elle voyageât beaucoup avec la hardiesse raisonnée qui a toujours caractérisé les politiques, elle ne se trouvait en pleine sécurité qu’à Paris, au centre de ses intrigues, et entourée des forces de tout genre quelle faisait mouvoir à son gré, avec une habileté consommée, en digne Italienne. que Machiavel n’aurait pas désavouée pour élève. Et cependant elle aimait la campagne, les fleurs, les eaux vives, l’air pur que donnent les bois : de là, les Tuileries.
Les architectes de la Renaissance, et principalement ceux qui se formaient en Italie, recherchaient avant tout une élégance gracieuse qui pouvait aller jusqu’à l’affadissement. Le palais de Catherine de Médicis ne tomba point dans ce défaut; les architectes Philibert Delorme et Jean Bullant surent s’en préserver. Leur œuvre, facilement reconnaissable, se composait d’un pavillon central, le pavillon de l’Horloge, flanqué à droite et à gauche d’ailes ou galeries qui se terminaient par deux nouveaux pavillons de moindre importance, et moins riches d’ornementation que celui du centre. Par une coïncidence singulière, cette portion de la façade est celle qui a été le moins ravagée par les flammes de la Commune, au moins du côté qui regarde la cour du Carrousel. Tout porte même à croire que, lorsque les finances de la France permettront de songer à reconstruire ce palais, à relever ces ruines, on pourra conserver la majeure partie de l’œuvre extérieure de Jean Bullant et de Philibert Delorme. Les amis des arts n’ont pas tout perdu : quand ils viennent regarder de près dans ces ruines, ils retrouvent les statues, les colonnes, les chambranles, les rinceaux, les cannelures, qu’ils admirent d’autant plus que le péril a été plus grand.
On regarde peu les deux galeries qui unissaient les deux pavillons du palais de Catherine de Médicis, au pavillon de Flore sur le bord de l’eau, et au pavillon Marsan, à l’autre extrémité du palais
TUILERIES. - La salle de Bal
TUILERIES. - La Chapelle
sur la rue de Rivoli. Ces constructions avaient été surajoutées à diverses époques suivant les besoins du service. Dans ces galeries notamment, se trouvaient, en dernier lieu, la chapelle et le théâtre du château. Mais ce n’était pas pour cette destination qu’on les avait primitivement élevées. Sous l’ancienne monarchie, rien n’était plus commun, que d’obtenir de la faveur royale de loger dans un des palais qui constituaient le domaine de la Couronne. Quiconque faisait partie de la Cour voulait avoir son appartement dans le palais même où résidait le Roi; on ne manquait ainsi aucune occasion de se montrer et d’être toujours prêt pour le service ou pour l’agrément. Mais les courtisans n’étaient pas aussi nombreux qu’on pourrait le croire au premier abord, tandis que le nombre des officiers de cour croissait en raison même de la fécondité des races royales. Tous ces officiers et leurs familles se croyaient en droit de réclamer des faveurs, et n’avaient garde de s’en dispenser. On a supputé qu’à la mort de Louis XIV plus de sept cents personnes, tant nobles que roturières, avaient obtenu des brevets pouroccuper, avec ieurs familles, les logements des Tuileries. Ce nombre s’accrut encore sous Louis XV, à tel point que le Roi aurait été fort embarrassé s’il lui avait pris la fantaisie de venir à Paris, comme il allait à Trianon ou à Choisy. Toutes les places étaient prises dans ses palais et de telle façon qu’on s’y comportait en maître; on s’y taillait des convenances et des dépendances ; on faisait venir des ouvriers; on établissait des séparations, des escaliers, des plafonds, des parquets, des cloisons; chacun était le maître, sauf le maître véritable. Il en résultait un vrai capharnaüm dont on n’avait aucun souci, pourvu qu’il n’y eût point de bruit extérieur et qu’on ne soulevât point les criailleries de la foule.
On ne s’aperçut de l’état véritablement dédalique où était passé le château des Tuileries, que lorsque Louis XVI eut été enlevé, par les violences populaires au château de Versailles. Le prince eut toutes les peines du monde à s’installer convenablement, et jamais la famille royale ne parvint à comprendre exactement la topographie des localités. On le vit bien lors de la fuite qui devait cchouer misérablement à Varennes. Quand la Reine dut sortir d’un côté, le Roi et les enfants d’un autre, on s’égara et on perdit un temps précieux à se retrouver et à se reconnaître. Ces détails historiques sont nécessaires, quand on veut se rendre compte du pourquoi des choses ; ils expliquent et les juxtapositions de bâtiments dues bien plus au hasard qu’à un art réfléchi, et les difficultés que devait éprouver un goût plus épuré quand il voulait essayer de mettre un peu de coordination harmonique; et nous ne parlons encore que de l’extérieur. Dès le début, c’est-à-dire sous Henri IV, un plan gigantesque avait été conçu, la jonction du Louvre et des Tuileries. C'est de là que vinrent tout d’abord le pavillon de Flore et le pavillon de Marsan, et les premières arcades des galeries latérales. Le plan avait été souvent repris, aussi souvent abandonné, sous Louis XIV, sous Napoléon Ier, sous Louis-Philippe. Toute la génération des Parisiens qui ont quarante ans aujourd’hui peut se souvenir des échoppes immondes et des cloaques qui déparaient la place du Garousel à la sortie du Louvre. Nous ne rappellerons que pour mémoire, l’impasse et les jardins du Doyenné qui avaient du moins le mérite d’être un oasis de verdure. Mais, pour le reste, c’était passé à l’état de légende, et il a fallu plusieurs révolutions avant qu’on pül enlever, du voisinage de ces palais, les léproseries hideuses qui les déshonoraient. 11 y avait là, pour l’amateur, une véritable curiosité de l’ancien Paris.
Quant aux aménagements intérieurs du palais des Tuileries, ce fut autre chose. Après la révolution du 10 août, quand Louis XVI avec sa famille fut enfermé au Temple, la Convention Nationale choisit le palais des Tuileries pour y tenir ses séances. Les démolitions et les bouleversements commencèrent à l’intérieur. Depuis cette époque on n’avait plus cessé, et on avait fait de ce palais, par des travaux successifs, la plus magnifique des
résidences royales. Napoléon fut le premier qui, dès le Consulat, s’établissant aux Tuileries, voulut que la maison des champs de Catherine de Médias, devint la plus belle et la plus riche des habitions princières; il avait le goût de tout ce qui était luxueux. Ses architectes, Percier et Fontaine, jetèrent à bas toutes les cloisons intérieures qui ménageaient des petits logements de grands seigneurs, mais ne pouvaient nullement convenir à un général de fortune, consul d’abord, puis empereur, qui, en saisissant le pouvoir et ceignant la couronne, avait la prétention d’attirer l’Europe entière dans ses salons. Les fêles de la première cour imp'criale sont restées célèbres; elles n’auraient jamais pu être données avec l’éclat dont on retrouve le souvenir et l’écho dans tous les mémoires du temps, si l'on n’avait tout bouleversé à l’intérieur des Tuileries, préparé les salles, les dégagements, les galeries, les issues, avec une science et une entente de la vie grande et commode, qui fait d’autant plus regretter les négligences que l’on montrait pour l’extérieur. Tout ce qu'il y avait de beau et d’agréable aux Tuileries dans les aménagements intérieurs date du premier Empire. C’est là le vrai et incontestable mérite des architectes de cette époque, qui demandaient aux Grecs tout ce qui devait orner leurs façades, et leur donner de l’élégance et de la grandeur. Pendant que Louis David accomplissait, avec son énergie et sa vigueur, une révolution qui ramenait la peinture aux traditions du grand art, l’architecture essayait de suivre; mais elle ne parvenait pas à sortir des ornières serviles de la copie.
On raconte que Louis XVIII, rentrant aux Tuileries et se trouvant admirablement logé, ne put s’empêcher de reconnaître que Napoléon Ier avait du bon; c’était un sybarite qui prisait fort tout le luxe qu’on lui donnait. Depuis Louis XIV, les Bourbons de la branche aînée n’ont pas été de grands bâtisseurs. Aux palais somptueux ils préféraient les petites maisons, les folies, où des sommes considérables étaient englouties en colifichets. Louis XVIII et Charles X ne devaient pas rompre cette tradition de famille; ils acceptaient le bien qui leur venait, en jouissaient, le savouraient; mais ils étaient tout au plus capables d’entretenir ce qui avait été fait avant eux et sans eux.
Il n’en fut pas de même de Louis-Philippe. Comme son aïeul le Régent, le roi-citoyen avait la prétention de toucher à toutes les branches de la science et de l’art ; on a pu dire de lui qu’il avait la manie de la truelle. Admirateur enthousiaste de l’empereur Napoléon, au point qu’on a pu dire ei écrire de lui dans ces derniers temps qu’il était le premier et le plus grand des bonapartistes, il ne pouvait laisser inachevée une des œuvres le plus caressées par le Corse couronné. Ce fut donc le roi Louis-Philippe qui reprit, avec la passion qu’on apporte à satisfaire un instinct, le travail intérieur des Tuileries. A lui sont dues toutes les belles dispositions de la salle des maréchaux, de la salle de bal, de la galerie des stucs, telles qu’ont pu les voir les générations actuelles. A cet égard, Napoléon lit n’eut guère à s’occuper que d’enrichir encore l’ornementation.
Mais l’œuvre de ce dernier fut bien plus considérable sur d’autres points, sans parler de ce qui a été fait à l’extérieur pour relier le Louvre aux Tuileries et n’en former qu’un seul groupe de palais, d’après une idée conçue par Henri IV. Nous avons amplement étudié ces immenses constructions dans une autre publication, dont celle-ci n’est à proprement parler que le corollaire. Nous n’hésitons donc pas à renvoyer au Taris nouveau ceux de nos lecteurs qui désirent connaître à fond quelle part revient à Napoléon III dans les palais du Louvre et des Tuileries. Bornons-nous à dire ici que tout ce qui touche aux appartements privés, aux salles du Conseil, à la chapelle, avait été profondément modifié sous ce règne. On avait même l’intention de procéder par portions succès, sives à la reconstruction complète du palais, afin de lui donner l’harmonie architecturale qui lui manquait. On avait commencé par le pavillon de Flore, et c’est le coin qui a eu le moins à souffrir des flammes de la Commune. Tout ce qui frappait
les regards du passant était encore peu de chose quand on le comparait aux décorations que l’on prodiguait à l’intérieur. Les ameublements étaient d’une somptuosité inouïe; les tentures à faire envie à des princes asiatiques; les services de table éblouissants. On a souvent parlé du luxe des parvenus ; les écrivains moralistes et les anecdotiers étaient dépassés dans tout ce qu’ils ont pu écrire de plus fort. Napoléon III aimait le faste et l’ostentation; il voulait qu’on gardât le souvenir de la grande hospitalité qu’il se complaisait à donner à tous les princes qui passaient à Paris; il appelait le monde entier à ses fêtes, et il voulait que le monde entier en parlât. Il ne s'apercevait pas qu’il semait l’envie et la convoitise, et qu’il alimentait toutes les passions basses qui couvent aussi bien dans le cœur des grands et des puissants que dans le cœur des gens qui grouillent dans les bas-fonds sociaux. Pendant longtemps encore les chroniqueurs rappelleront les fêtes des Tuileries sous Napoléon III, leur ordonnance féerique, les richesses étalées sur les murs, aux plafonds, sur les escaliers. Pendant longtemps aussi, les moralistes diront à quelles élégances ruineuses entraînaient ces fêtes, et le sujet ne sera pas épuisé ; car jamais on ne pourra calculer ce que de pareils exemples produisent: ferments de concupiscences et de dépravations, mauvaises semences, quand rien, à côté, n’est disposé et préparé pour donner la sécurité du lendemain.
Bien des révolutions ont passé sur les Tuileries depuis moins d’un siècle. Bien des fois les vieilles murailles de ce palais souverain ont tressailli quand grondait le canon de l’émeute. Au 10 août, c’est Louis XVI qui achève de laisser tomber une couronne constitutionnelle déjà fort chancelante depuis le voyage de Varennes; puis c’est la Convention nationale qui est menacée par les sectionnaires en révolte; plus tard, c’est le tour du ConseiL des Anciens. Toute émotion populaire a son •contre-coup aux Tuileries, siégedu gouvernement, jusqu’au 18 brumaire, qui voit l’installation du général Bonaparte et l’inauguration de la Constitution consulaire. Quelques années s’écoulent dans le calme. Mais 18li, 1815, marquent d’une façon saillante dans l'histoire des Tuileries. Lorsque Napoléon s’échappa de l’île d’Elbe pour venir donner à la France la commotion terrible de Waterloo, quelques serviteurs intrépides conseillèrent à Louis XVIII de ne point quitter son palais et de s’y défendre contre Ja nouvelle usurpation. Le Bourbon était dévoré par la goutte; il ne pouvait pas marcher et toute résolution vaillante lui faisait peur et troublait sa digestion ; il aima mieux fuir, courir la poste sur la route de Lille et de la Belgique, et aller attendre à Gand que la destinée des batailles eût prononcé. De cette façon, le palais des souverains n’élait plus qu’une hôtellerie. A quelques jours, bien mieux à quelques heures de distance, Louis XVI II et Napoléon Ier couchaient dans le même lit.
La révolution de 1830 fut plus cruelle à l’égard des Tuileries que toutes celles que nous venons de rappeler. Le palais fut pris de haute lutte et par des combattants qui couraient risque delà vie; car si les Suisses défendaient le Louvre, qu’il fallut enlever d’assaut et à l’escalade, la garde royale défendait les Tuileries, et la garde royale était une troupe d’élite. Plus d’un homme de ceux qu’on devait inhumer sous la colonne de Juillet tomba mortellement frappé sur la place du Carrousel avant qu’on n’eût franchi les grilles et emporté les premières approches du château. Il en résulta naturellement une grande exaspération et une surexcitation qui devaient se traduire plus tard par des actes de violence, de vandalisme et de pillage. Le peuple armé se rua sur le palais pendant que les troupes battaient en retraite à travers le* I jardin et allaient prendre position sur les hauteurs qui dominent les Champs-Elysées pour attendre les ordres qu’on avait fait demander à Saint-Cloud, où se trouvait le roi Charles X. Les meubles des Tuileries furent brisés, les richesses saccagées. Des témoins oculaires ont même écrit qu’on remarquait, parmi les plus prompts à s’approprier un bien qui ne leur appartenait pas, quelques ser-
HISTOIRE DE LA COMMUNE
viteurs du château. Il en est toujours ainsi en temps de révolution.
On vit des scènes analogues au mois de février 1818. Malgré le fameux écriteau : Mort aux voleurs! malgré quelques exécutions sommaires, il y eut des pillages et des détournements. Nous pouvons même dire que nous le savons d’une façon pertinente. Nous assistions à l’envahissement des Tuileries qui fut exécuté par une colonne arrivant de la rive gauche et débouchant sur la place du Carrousel par le quai du Louvre. Nous pouvons même insérer ici quelques souvenirs personnels et qui ne se trouvent dans aucun des historiens qui ont rendu compte de ce mouvement populaire, justement caractérisé par ce mot des premiers jours : Révolution du mépris. La retraite du roi Louis-Philippe fut tellement précipitée que, dans la salle du Conseil, on trouva l’encre encore fraîche au bout des plumes. Cette salle communiquait aux appartements privés où l’on s’était retiré après la signature de l’abdication. Un coup d’épaule vigoureux, et cette porte de communication volait en éclats. Le général Dumas et le général de Rumigny le comprirent; ils se mirent en travers, et par le premier entrebâillement qui se ht ils glissèrent ces mots qui ne tombèrent pas dans l’oreille d’un sourd : — « Au moins, donnez au roi le temps de fuir! » ün lui donna en effet le temps de changer de vêtements et de dépouiller les insignes de lieutenant-général de la garde nationale qui lui servaient d’insignes royaux. Il partit par les jardins et les souterrains du bord de l’eau, dans un costume bourgeois des plus vulgaires et gagna la place de la Concorde où une voiture l’attendait. Cette voiture se rendit à Saint Cloud escortée par une brigade de cuirassiers que commandait Regnauld-de-Saint-Jean-d’Angély.
Pendant ce temps l’intérieur du palais des Tuileries était livré à une dévastation contre laquelle luttaient avec des chances diverses quelques jeunes gens généreux. La fuite avait été tellement précipitée que, dans les cabinets de toilette, on trouvait l’eau savonneuse qui fumait encore dans les cuvettes où l’on s’était lavé les mains. Les bijoux, bagues, broches, épingles et bracelets, étaient abandonnés au hasard sur les tables, et iivrés à la merci, à la discrétion, à la probité du premier qui entrait. Beaucoup de ces bijoux furent rendus a leurs légitimes propriétaires; mais il y en eut aussi qui disparurent et qui plus tard apportèrent des bénéfices interlopes à plus d’un joaillier. Le trône fut brisé après avoir servi de jouet, et ses riches débris furent jetés par les fenêtres et ramassés par des mains avides qui ne dédaignaient aucune aubaine. Les rideaux, les tentures furent lacérés et chacun en emportait un lambeau comme souvenir de cette victoire populaire. Plusieurs mois après, on voyait chez lei marchands de curiosités des cordons, des glands, des franges, des houpes qui provenaient des Tuileries.
Dans la salle des maréchaux, un jeune homme grimpé sur une console s’était fait l’orateur du peuple armé. Il avait la physionomie souverainement intelligente, la parole claire, empreinte de cette distinction native qui dénote l’éducation d’un lettré. Il adjurait le peuple de ne point souiller sa victoire en faisant une guerre sauvage et barbare aux choses mortes, et surtout aux objets d art que rien ne saurait remplacer quand ils ont disparu. Et le peuple écoutait et se montrait tout disposé à suivre les conseils donnés par cette voix généreuse. Une seule protestation se faisait entendre et réclamait l’effigie du maréchal Bugeaud qui ornait les murs de la salle; il fallait céder; le vainqueur d’Isly, en souvenir, et, disait-on, par représailles de la rue Transnonain, était criblé de balles qui, heureusement, ne trouaient qu’une toile peinte à l’huile. Il n’en i-esta pas vestige. C’était la part faite aux exigences des passions populaires. Quelques jours après, on apprenait que l’orateur ardent et écouté de la salle des maréchaux n’était autre que le jeune Polignac, fils du ministre justement décrié de Charles X. Les révolutions ont ainsi de ces retours souverainement étranges.
Des scènes de pillage burlesque se produisaient dans les cuisines où l’on avait trouvé les fourneaux
en pleine activité, et dans la salle à manger où le déjeuner n’était qu’à moitié desservi. C’était à qui prendrait un bouillon, un membre de volaille, une viande fi-oide, un fruit, un biscuit. D’autres s’adressaient de préférence aux bouteilles et faisaient maiix basse sur tout ce qui encombrait les tables et les offices. Un cocher de fiaci'e, fort reconnaissable au chapeau de cuir bouilli qu’il portait sur la tête, au long fouet qu’il tenait à la main, se faisait remarquer au premier rang des pillards ; il enfonçait les placards pour y trouver quelque chose de plus fin et de plus délicat que ce qui était sur la table. Ses efforts furent couronnés de succès : il découvrit des l’ayons chargés de douceurs. D’une main leste il saisit une fiole de respectable apparence, fait sauter le bouchon et lampe à même une gorgée. Il déguste, il savoure en amateur consciencieux, il apprécie en connaisseur, s’y reprend à deux fois, lentement, pour bien savoii ce qu’il va faire. Puis, quand il est bien et dûment édifié, toute la fiole y passe; elle fut mise à sec comme un vulgaire setier de vin bleu. 11 ne manqua même pas l’oraison finale ; l’ivrogne avait l’alcool expansif. De cette voix particulière aux piliei's de cabaret, et avec un geste que rien ne saurait reproduire, il s’écria: — «Fallait-il que ce vieux roi fut pingre pour mettre son kirsch dans des demi- bouteilles ! » L’observation philosophique se perdit dans le bruit.
Ici du moins le hasard pouvait réclamer la plus grande part dans ce qui était dérobé, pillé, brisé, ravagé, détruit. Ailleurs l’intelligence de l’homme et le dévouement que rien n’arrête se mettaient de la partie. Il est vrai qu’il s’agissait de prendre, de sauver et de mettre en sûreté des papiers précieux qu’un déménagement trop précipité avait fait oublier. La mission était à la fois délicate et périlleuse. Les documents royalistes nous ont appris que le jeune Pontécoulant, entre autres, parvint à s’en acquitter avec un rare bonheur. Aux éloges donnés, à la gratitude témoignée, il est facile de juger l’importance du service rendu. Mais c’est tout ; ce qu’on pourrait dire sur le fond même n’est que pure hypothèse et conjecture plus ou moins hasardée. Toute maison royale a des mystères; le profane vulgaire n’y doit jamais pénétrer; c’est du moins ainsi que le voudraient les fortes têtes qui conduisent le monde.
La révolution du 4 septembre fut la plus bénigne de toutes celles qui ont passé sur les Tuileries : il n’y eut ni pillage ni dévastation éhontée. Il est vrai qu’elle se produisait dans des cii’constances tellement douloureuses qu’on ne comprendrait guère qu’il en fût autrement. La patrie était frappée dans toutes ses œuvres vives; l’étranger en armes et victorieux foulait et opprimait le sol national; Paris lui-même était menacé; dans quelques jours il allait être soumis à la plus épouvantable des épreuves. Il n’y eut donc, pour ainsi parler, qu’un simple changement de maîtres et une reprise de possession. Bien plus la crainte de la rapine prussienne et des ravages qu’engendre forcément la guerre devaient obliger à des déménagements clandestins, mais soigneusement accomplis pour mettre à l’abri nos richesses artistiques. Les Tuileries furent donc dépouillées de leurs meubles les plus précieux ; on n’y laissa que ce qu’il était impossible ou inutile d’enlever. Ceux qui avaient visité ses grandes salles sous le gouvernement impérial et les revirent sous la Commune, retrouvaient bien les riches lambris et l’ordonnancement général ; mais les marbres, les bronzes, les statues et les tableaux étaient absents. On avait même voulu inventorier les livres et les papiers. On avait éventré les cartons qui contenaient les correspondances les plus secrètes, récentes ou anciennes. On en avait fait des publications qui ne présentaient au lecteur rien d’édifiant et sur lesquelles nous n’avons pas à exprimer ici notre opinion. Tout cela du moins offrait l’apparence de l’ordre et de la régularité ; c’était tout ce qu’on pouvait demander pour le moment. Cjux qui exilaient aujourd’hui les regrets les plus bruyants, ceux qui font entendre des réclamations hautaines, oublient trop facilement qu’ils ont fui à l’approche du danger; qu’après avoir déchaîné contre nous
l’invasion, ils n’étaient plus là pour la combattre et tâcher d’en arrêter les progrès ou d’en adoucir les désastres. Il n’est donc point équitable d’accorder à ces doléances l’importance que voudraient leur donner des personnalités beaucoup trop prudentes et ménagères de leur peau à l’heure du danger pour conserver des droits à l’intérêt quand le danger est passé. Que chacun sache faire son devoir patriotiquement et sans restriction, et tout ira beaucoup mieux.
La Commune trouva le palais des Tuileries dans l’état de semi-nudité où l’avait mis le 4 septembre. C’était encore assez beau pour elle, surtout eu égard à ce qu’elle en voulait faire. Les gens qui vinrent s’y installer n’étaient pas habitués aux lambris dorés et aux meubles de choix ; ils ne remarquaient pas que les tentures étaient fripées, que les canapés et les fauteuils auraient eu besoin de réparations. Il y en avait d’ailleurs une telle profusion qu’on pouvait choisir et s’accommoder des moins disloqués; ce que chacun faisait sans gêne ni contrainte, prenant son bien partou t où il ci’oyait le trouver. On put se rendre un compte exact de cet état de choses en suivant la foule qui se pressait aux concerts organisés par le docteur Rousselle. Rien n’était caché; tout s’étalait avec cette franchise crue qu’on serait tenté parfois de prendre pour de l’impudence, et qui, en réalité, n’en est pas. Nous sommes persuadé que beaucoup de Parisiens ont fait comme nous : ils ont voulu voir, et même, dans la foule, il devait y avoir plus d’un familier du Château ; nous pourrions au besoin inscrire ici le nom de quelques anciens serviteurs; mais à quoi bon? Ce qui frappait les regards, c’était le luxe déployé par Napoléon III dans tout ce qui l’entourait, dans tout ce qui était expressémen t disposé pour ses grandes réceptions. Nous l’avors déjà dit, mais nous le répétons, la somptuosité allait partout, des parquets aux plafonds, dans les ferrures, dans les boiseries, aux cheminées,, dans les porcelaines décoratives, dans les appareils d’éclairage. Il n’y avait pas longtemps à examiner, si l’on était quelque peu familier avec la matière et le travail, pour comprendre que cette appropriation avait dû engloutir des millions. Cette réflexion dut venir à plus d’un parmi les sectaires fanatiques de la Commune.
Cependant il est curieux de constater que les Tuileries n’ont joué qu’un rôle insignifiant pendant le régime communal, si ce n’est au dénouement. On peut même dire que le palais ne fut pas utilisé. Le quartier redoutait qu’on n’y fit un de ces emmagasinements de poudres comme on en voyait et au Luxembourg et au Panthéon; il n’en fut rien ; on peut croire que les meneurs de la Commune n’y pensèrent pas. En général, du reste, ils se montrèrent peu inventifs pour tout ce qui aurait pu ressembler à une organisation; ils profitèrent de ce qui avait été fait avant eux et opérèrent fort peu de changements. Sous la Commune, les poudrières restèrent où elles avaient été placées pendant l’administration du général Trochu. On frémit à la seule idée de ce qui aurait pu advenir si quelques milliers de poudre avaient été remisés dans les sous-sol et les caves des Tuileries. Les crimes commis, les ordres donnés dans d’autres quartiers et qui ont été retrouvés de manière à ce qu’il ne soit plus possible de les révoquer en douie, ne permettent pas de faire un mérite de cette mansuétude relative, soit à Bergeret, soit à Urbain, qui furent les grands ordonnateurs de l’incendie des Tuileries.
Nous avons dit ailleurs comment fut mis le feu dans la soirée du 23 mai. Le pétrole fut versé à Ilots depuis la toiture jusqu’aux sous-sol ; tous les parquets et tous les murs en étaient imprégnés, avant que la torche des incendaires n’eût été jetée sur cet immeme foyer. En quelques secondes, les flammes prirent des proportions colossales et l’embrasement devint général. Tout Paris en vit le reflet sinistre, mais bien peu de témoins dignes de foi pourraient raconter comment se fit l’effondrement; les éclats du canon, le pétillement de la fusillade, obligeaient chacun à se renfermer dans sa maison, et à veiller strictement autour de soi et sur les siens, ün raconte que M. Thiers, sur les
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TUILERIES. — La galerie des Stucs,
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HOTEL-DE-VILLE. - La cour de Louis XIV
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hauteurs de Saint-Cloud, suivait d’un œil inquiet la marche des troupes. Des premiers, il aperçut l’abominable forfait, et, à cette vue, il ne put retenir ses larmes. Que se passait-il dans le cœur de cet homme d’État qui, depuis soixante ans, a vu et touché de près tant de ruines impériales, royales, nationales?... Le lui demande qui osera. Si .Jules Vallès, qui, à la même heure, prenait la fuite, et bientôt allait se mettre a couvert sous un passeport prussien, si Jules Vallès avait eu le courage de son cynisme, il aurait pu lui renouveler sa fameuse question: Êtes-vous chimiste, M. Thiers?... Et la mesure du dégoût aurait été comblée.
Un détail qui ne doit pas être omis. Le cadran doré de l’Horloge est intact. Les aiguilles sont arrêtées à l’heure précise où l’incendie dans toute son intensité consumait le pavillon. Huit heures cinquante minutes. A cette époque de l’année, à la lin de mai, la nuit commence à peine. Il y a là un guide sûr, infaillible. On peut ajouter qu’il ne saurait être produit de témoignage plus terrible contre les incendiaires. En ce moment, le plus osé de ceux qui se sont mis à l’abri des châtiments de Injustice, Bergeret lui-même, ne pourrait pas invoquer pour sa justification les nécessités de la défense. L’horloge parle et dit qu’il n’y a eu là que \andalisme et sauvagerie.
Dès qu’il fut permis de se rendre compte des ravages du feu, au milieu des murs calcinés on n’aperçut que des amas de décombres sans nom. L’incendie avait une proie trop facile pour qu’on essayât de l’arrêter tant qu’il rencontrait de vieilles 1 outres et. des boiseries enduites d’essence. Tout cela brûlait et engouffrait cendres et débris incandescents sur les voûtes des caves. Il fallut plusieurs jours avant qu’on osât s’aventurer à toucher, à remuer, à sonder ces amoncellements de ruines. A tout instant, on pouvait redouter de jpir soriir une flamme nouvelle de quelque foyer mal éteint. Par leurs ouvertures béantes, les murailles livraient aux regards curieux un spectacle horrible. Quand on y était cependant l’avidité de l’œil était insatiable. Mais le cœur était navré. On éprouvait quelque chose de cette sensation piquante qui nous saisit durant un irréparable malheur. Ceux qui, de la côte, ont vu sombrer en mer un navire, nous comprendront facilement. Encore si le pittoresque avait eu son compte, on aurait peut-être compris l'étrange attrait, ou mieux la fascination de ces murs croulants, de ces pierres noircies, de ces métaux amalgamés au plâtre, à l’ardoise, à la chaux, de ces cendres empâtées! Mais point. Pour trouver un intérêt, il fallait se souvenir et regarder dans le passé. L’historien et le philosophe prenaient hardiment le pas sur l’arliste.
Le long du palais, a dit M. Jules Claretie, parlant de la façade qui regarde le Carrousel, entre les fenêtres, des bustes antiques, noircis par la fumée, épargnés par la flamme, se regardent, immobiles, de leurs yeux de marbre, fixes et blancs. Socrate est’ impassible, Lucius Verus redresse sa tête frisée; le vieux Sénèque, ridé et le cou penché, semble faire la grimace à cette ruine, aux débris de bronze, de pierre et de sculpture, que les ouvriers qui déblayent entassent et trient dans la cour. Tout cela est jeu d’esprit, et nous avouons qu’on ne peut s’en défendre devant ces murs ébranlés, à l’aspect de ce ciel qui apparaît à travers des brèches sinistres. On se console comme on peut quand les grands malheurs publics sont irrémissiblement accomplis. Cela n’empêche pas dé détester cordialement et de couvrir d’imprécations virulentes les mains sacrilèges qui nous ont fait cet amoncellement de ruines.
Cependant, dès qu’il fut possible de procéder au déblayement, l’aspect qu’offrit le péristyle du pavillon de l’Horloge était saisissant, surtout en se tournant du côté où se trouvait autrefois la salle des Maréchaux; car on 11e pouvait dire qu’elle existât encore. On savait ce qui avait été avant l’incendie, et alors on parvenait à se reconnaître et à s’orienter. Ou retrouvait, moitié dans ses souvenirs, moitié dans les ruines, le bel escalier de marbre qui donnait accès dans les appartements du premier étage. L artiste, le dessinateur, trouvaient là beaucoup plus facilement leur pâture
que le philosophe, le moraliste et l’historien. Il en est du reste de même partout, au milieu de ces pierres branlantes et ayant toutes plus ou moins subi l’action corrosive du feu. Le pavillon central, dont la toiture a complètement disparu, dit encore M. Jules Ciareiie, ressemble à une ruine séculaire. Les co'onnes rangées prennent des colorations roses ou grisâtres, comme si le soleil crû ou la vétusté les avaient caressées et estompées tour à tour. Rien ne reste que des écroulements lugubres. Des statues se tiennent dans leurs niches, les pieds et les bras brisés, comme des soldats après la bataille. Un demi-dieu manchot fait face à quelque muse décapitée. C’était là le vestibule du palais; en haut, au premier étage, la salle des Maréchaux étalait ses pompes et ses dorures. On y arrivait par cet escalier de pierre, écroulé maintenant, et dont quelques marches encore se tiennent debout comme par un paradoxe d’équilibre instable. En levant les yeux vers cette salle, on aperçoit quelques pans de murailles à demi-consumées, des lambeaux de décorations, des tronçons de cariatides dorées, la place où étaient encadrés les généraux de l’empire, les restes des trophées d’armes de Hubert. Et, comme par une ironie suprême, on peut lire dans des cartouches d’or, entourés encore de casques, de carquois ou de glaives, des noms de victoires qui produisent ici je ne sais quelle funèbre antithèse : en se tournant vers le Carrousel, Austerlitz, Marengo ; en regardant du côté du pavillon de Flore, la Moskowa; puis ci nom vengeur que la flamme a laissé sur ces murailles, comme une consolation rétrospective et comme un espoir : lèna. Cette ironie est navrante.
Beaucoup d’objets d’art ont péri. Car il y en avait beaucoup aux Tuileries et de ceux qu’on ne déplace ni transporte facilement. Citons d'abord le portrait de Berthier, dans la salle des Maréchaux, admirable comme le meilleur des portraits de Louis David. Puis toutes les peintures décoratives, et il y en avait d’excessivement remarquables, depuis celles qui dataientdu premier Empire jusqu a celles qui avaient été exécutées de nos jours, suivant le goût particulier de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. Mais tout cela est peu de chose quand on le compare par la pensée aux richesses immenses accumulées dans ce palais, en fuit de meubles précieux de toutes les époques, de fous les styles et de tous les bois; en fait de bronzes, de marbres antiques et modernes, de porcelaines de Sèvres, de Saxe, de Chine et du Japon. Tout ce qui formait les appartements de la famille impériale a péri, contenant et contenu. Quelques jours après le 4 septembre, nous avons pénétré dans le palais, et nous avons vu les cheminées, les consoles, les tables de salon, les tablettes des vitrines chargées de mille objets précieux pour l’art et la curiosité. Nous remarquâmes même dans un petit salon un superbe Teniers qui appartient au Louvre et qui avait été transporté là sans gêne, ( sans contrainte, sans contrôle, comme agissaient les grands a dministrateurs de l’Empire et les dépositaires conservateurs rie nos richesses nationales. D’autre part, plusieurs personnes parfaitement dignes de foi nous affirment que, vers le milieu d’avril, on remarquait déjà bien des vides, à tel point qu’on ne put pas s’empêcher d’écrire dans les journaux anglais que les Tuileries avaient été pillées. Et nous ne parlons pas ici des livres, papiers et documents de toute sorte, sur lesquels il y aurait trop à dire. Maison a le’droit de se demander ce que sont devenues toutes les merveilles d’art et d’ameublement que contenait le palais. Bien malin sera celui qui pourra donner une réponse satisfaisante. L’incendie aura bon dos, et il suffira dé montrer le long des colonnes des couleurs de métal, des rinceaux, des décors, des cristaux liquéfiés, pour qu’on ne demande rien de plus. Au milieu de tant de décombres et de détritus amalgamés, il faut se résigner à ne pas se reconnaître. La nécessité en fait une loi.
A la salle de Bal, à la galerie des Fêtes, longue et superbe quand elle avait ses peintures, ses statues, ses candélabres et ses torchères, à la galerie de Diane, à la salle du Trône qui était tapissée de (robelins, au salon de la Paix, à la salle du Conseil,
| à la galerie des Stucs, à la chapelle, on regarde;
| mais le crayon seul peut reproduire et rendre ce t que l’on voit. La dévastation est telle qu’il faudrait toujours répéter les mêmes phrases et aligner les mêmes mots. La chapelle n’est plus qu’un vaste gouffre; les colonnes seules sont restées debout. Le théâtre a disparu. La place seule de la scène se dessine contre la muraille mise ànu. Et cependant c’était là qu’avait siégé la Convention nationale, dans la galerie des Machines. Mais les incendiaires se souciaient bien de pareils souvenirs!
Qu’il nous soit donc permis de dire uniquement que dans toute leur largeur, du nord au sud, les Tuileries n’offrent plus intérieurement que les gros murs et c’est à peine si l’on pourrait s’y reconnaître, un plan architectural à la main.
N’omettons pas cependant quelques détails qui, plus tard peut-être, auront leur importance. Comme une ironie, comme un défi à l’incendie, ditM. Jules Claretie, au milieu du palais ruiné, le grand escalier qui mène à la salle des Fêtes reste encore intact , tel qu’autrefois , avec ses deux statues de marbre représentant des femmes assises, et qui, songeuses, semblent les maîtresses pétrifiées de ce lieu calciné. Ajoutons que ce n’est pas le seul point où l’on rencontre des miracles de conservation. Quand on longe le palais du côté du jardin, on est étonné de rencontrer des fenêtres qui ont conservé leurs persiennes de bois peint en gris et dévorées par la poussière. On en voit une d’abord, puis une série de cinq ou six à la file, et toutes au second étage. Au rez-de-chaussée, nous avons remarqué une croisée qui avait des vitres intactes. Tout bizarre que paraisse le fait, il n’est pas unique. Chaque jour dans les fouilles intelligemment pratiquées sur les ruines antiques, on en signale d’analogues. Nous ne serions pas surpris, lorsque les déblayements permettront d’arriver jusqu’aux caves. des Tuileries, qu’on y fît d’importantes et d’intéressantes découvertes.