‹ Paris incendiéChapitre 86 sur 124 · V.— L’Hotel-de-Ville · texte numérisé non relu

V.— L’Hotel-de-Ville

Il y a des spectacles qui échappent à toute description. II faut les avoir vus. La plume la plus savante laissera toujours échapper des détails que l’œil saisit avec avidité. Et même pour l’ensemble rien ne vaut le premier regard qu’on jette sur une scène, sur un paysage, sur une ruine. Les sens sont impuissants à se suppléer complètement l’un l’autre, et l’imagination n’est un auxiliaire efficace que dans une cerfaine mesure et dans un certain domaine. Qu’on ne s’étonne pas de ces réflexions. Elles sont naturellement amenées au moment où notre tâche nous conduit à nouveau devant cet Hôtel-de -Ville dont nous avons si souvent et si longuement parlé.

Rien ne saurait rendre le sentiment dont on était saisi quand, la lutte finie, on se trouvait pour la première fois en présence de l’œuvre des ravageurs. La tristesse qui envahissait le cœur avait quelque chose de particulier. Rien de commun entre elle et la morosité vulgaire ou le deuil que nous éprouvons en nous-mêmes quand la nature nous frappe dans nos affections intimes. Les grandes calastrophes, les malheurs exceptionnels sont seuls capables d’engendrer cette tristesse où l’on ne parvient pas facilement à démêler ce qui domine du regret, de la pitié ou de l’indignation. Il faut à l’esprit le plus ferme le temps- de la réflexion pour se remettre et s’équilibrer, pour rentrer en possession de ses facultés. C’est alors seulement que devant le désastre accompli on songe à en mesurer, à en calculer l’étendue. Quiconque a vu de (très cette histoire contemporaine, quiconque en a suivi une à une toutes les phases lugubres, comprend maintenant ce que racontent les

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