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VI. — Revue des ruines

A l’Hôtel-de-Ville, comme aux Tuileries, il ne reste plus guère que les gros murs. La toiture est complètement effondrée, les parquets sont consumés. Dans les parties hautes, tant que la flamme a trouvé une proie facile, elle a dévoré, et le désastre a été poussé jusqu’à ses dernières limites. De tout ce qui composait cette immense ; dmjnistration de l’Hôtel-de-Ville et de la Préfecture de la Seine, il ne reste plus rien que des cendres et des gâchis immenses de détritus sans nom. Il en est de même des grands et des petits appai tements, de ceux qui servaient à l’habitation privée des hauts fonctionnaires et de ceux qui étaient réservés à ces fêtes dont les splendeurs défrayaient toutes les chroniques. Si l’on ne veut juger que par comparaison, les façades n’ont pas été ravagées par le feu, l’extérieur a été moins abîmé que l’intérieur; pour être complètement exact, on devrait dire que ces portions de l’édifice ont eu beaucoup moins à souffrir de la scélératesse des incendiaires. Tout porte même à croire que, lorsqu’on s’occupera sérieusement de la construction, on trouvera bien des pierres qui pourront rester debout sans inconvénient et sans danger, et être des témoins toujours vivants de ces heures néfastes de notre histoire parisienne et nationale.

Une chance heureuse, au milieu de tant de malheurs, et nullement préméditée, on peut le dire saus hésitation, a même voulu que la façade la moins endommagée fût celle qu’affectionnent de préférence les amis des arts, et qui remonte aux premiers temps de l’édifice, lorsque Domcnico Boccaredo en entreprit la construction, sous le règne du second Valois, Henri II, en 1549.

Cette façade est celle qui regarde la place de Grève. C’est là que se trouve l’entrée principale, l’entrée d’honneur; il en était ainsi autrefois, lorsqu’on n'arrivait à i’Hôtel-de-Ville qu’en traversant ues rues étroites, tortueuses, encombrées par des industries qui groupaient leurs corporations ouvrières et leurs jurandes commerciales au centre de la cité. Les nivellements et les embellissements exigés par les progrès du xix® siècle n’ont rien changé sous ce rapport à Tordre ancien. Si la Grève est devenue plus large, mieux aérée, de plus facile accès, moins tumultueuse, les grandes portes de l'Hôtel-de-Ville étaient toujours à la même place; Napoléon III et M. Haussmann ont passé par où passaient Henri IV et François Miron, ainsi que leurs successeurs. C’est de cette façon que se continue et se perpétue la chaîne des temps. Sur les marches de l’IIôtel-de-Ville, Jules Favre et le général Trochu, en 1870, auraient pu retrouver les traces de Lamartine et de Ledru-Rollin en 1848, de Lafayette et de Laffitte en 1830, et tous foulaient les mêmes pierres que Chaumetie et Bailly avaient foulées en 1789 et 1793. La même porte avait servi à tous les gouvernements, à toutes les insurrections victorieuses. Le triomphe de la rue n’était assuré et consacré que lorsqu’on avait franchi les degrés de ce perron. *

La façade, du reste, sans tenir compte des annexes qui formaient les extrémités latérales, et dont on était redevable au roi Louis-Philippe, était réellement fort remarquable, soit par ses belles lignes architecturales, soit par sa riche ornementation, à laquelle chacun de nos gouvernements successifs semblait avoir pris à cœur île mettre la main. On peut même dire qu’elle Test encore. Car le feu n'a presque point touché aux oeuvres de pa sculpture monumentale. Tes statues n’ont pas quitté leurs niches et leurs piédestaux. Quelquesunes ont subi de fortes avaries. Juvénal des Ursins a été coupé en deux comme si un boulet de canon s’était brutalement chargé de la besogne.

HISTOIRE DE LA COMMUNE

Ailleurs c’est la tête, ce sont les jambes ou les bras qui manquent, c’est le torse qui est violemment éraflé. Mais en général on peut dire que les flammes ont léché la pierre et n’ont pas mordu de manière à détériorer absolument ces œuvres délicates que l'art avait travaillées avec complaisance. Bien plus, dans les fouilles très-intelligemment et très-prudemment conduites pour procéder au déblaye ment, on fait chaque jour des découvertes qui, sans amoindrir la somme de nos regrets, nous permettent cependant d’espérer que nos per tes ne seront pas complètes. C’est ainsi que, dans les caves, sous un amas de décombres, on a retrouvé li s statues de Louis XIV et de François Ier, qui décoraient autrefois la grande cour d’honneur. La dernière de ces statues est fortement abîmée ; on pense cependant qu’une restauration n’est pas impossible. C’est l’œuvre d’un de ces artistes italiens de la Renaissance que François Ier attir ait en France pour aider le Primatice dans les grands travaux qu’il lui confiait. Ils firent école et contribuèrent à donner à l’art français des hommes de génie tels que Jean Goujon et Germain Pilon. Quant au Louis XIV, il n’a presque pas souffert, et c’eût été dommage vraiment de perdre ce marbre, qui a loutes les qualités qu’on remarque dans les œuvres de Nicolas Goustou. Quoique nous possédions dans nos musées et nos palais presque tout ce qu’a produit ce ciseau délicat, on n’est jamais trop riche quand il s’agit de manifestations artistiques. Cette statue de Louis XIV aurait manqué à nos collections, déjà bien assez appauvries par des pertes irréparables. Voilà pourquoi nous sommes de ceux qui se sont vivement réjouis quand ces sculptures ont été ramenées à la lumière. Nous ne ne désespérons pas qu’après le François Ier et le Lnuis XIV on n’en trouve encore quelques autres. Mais les découvertes porteront principalement sur ce qui servait à la décoration de l’intérieur, et cette digression nous fait oublier que nous n’en sommes qu’à l’extérieur, aux façades, et principalement à celle qui regarde la place de Grève, la plus intéressante de toutes.

Il ne reste rien de l’élégant campanile qui servait à loger les cloches deThorloge. C’était la der nière construction ajoutée a l’édifice sous l’administration de M. Haussmann, et ce n’était pas la moins gracieuse. Quoique son architecture rappelât la Renaissance et le Moyen Age, on ne pouvait regarder ce campanile sans que la pensée se, reportât aussitôt sur les tours de beffroi qui étaient jadis l’accompagnement obligé de toute maison communale. Quand le beffroi sonnait, tous les bourgeois accouraient se ranger sous les bannières de la ville, et, au besoin, prenaient les armes pour défendre les immunités et les franchises municipales. Il est vrai que ces droits étaient souvent contestés et violentés par la puissance seigneuriale, féodale et ecclésiastique. Qu’on eût pailé d’égalité civile, et Ton n'aurait dit qu’un mot vide de sens. Le droit n’était pas le même pour tous; il ne s’établissait qu’a l’aide du privilège. Pour le défendre, il fallait avoir recours à la force qui repoussait la violence. Aujourd’hui tout ce monde a disparu grâce à 1789 et 1793. Les beffrois ne sont plus qu’un ornement, cher aux archéologues quand leur construction a quelque valeur artistique. Telle était la signification du campanile qui décorait l’IIôtel-de-ville de Paris. Il donnait une grande légèreté à la toiture, et faisait ressortir les frises et les arabesques qui couraient dans les chambranles élevés.

Il faut tout un travail d’imagination, a-t-on dit avec raison, pour retrouver cet élégant campanile, tel qu’il était, droit et fier, s’élançant au-dessus de la ligne correcte des toits. Maintenant, seules, les hautes cheminées se dressent avec leurs lignes sévères et tristes au-dessus du squelette du monument et de l'amoncellement des ruines. Mais on chasse vite les fantômes pour s’en tenir à la réalité poignante. D’autant mieux que, nulle part au monde, on ne saurait rencontrer des ruines plus attnantes, surtout pour un Parisien. Tout captive l’attention et Ton ne saurait la fixer longtemps sur un seul et même objet. C'est un sentiment indéfinissable et particulier à l’Hôtel-de-Ville dont le

nom seul évoque plusieurs mondes de souvenirs. Du campanile absent, l’œil descend naturellement au cadran qui s’éclairait la nuit comme un phare et indiquait l’heure exacte au passant attardé sur la Grève. Le cadran n’a été avarié que par les mouchetures des balles. Il est toujours à sa place entre les deux gracieuses figures penchées qui lui servent d’ornement et de cadre. Vues de côté, les statues paraissent en l’air. Elles ont été fracassées et brisées en maint endroit, suitout Tune d’elle s et précisément celle qui était un objet de prédilection pour les artistes. Mais on ne désespère pas de les conserver l’une et l’autre, à l'aide de quelques réparations intelligentes.

Quand on regarde du dehors, à une centaine de mètres, on a quelque peine à se rendre compte de la dévastation; mais il n’en est plus de même dès qu’on fait le tour de l’édifice. Ce qu’il y a de plus bizarre, c’est que les portions relativement neuves sont celles qui ont le plus souffert. L’aile qui longe la rue de Rivoli est dans une déroute absolue. C’était de ce côlé-là que se trouvaient les bureaux et les principales administrations de la Ville de Paris, surtout celles qui comportaient comptabilité et manipulation des finances. De toutes ces écritures, de tous ces registres matricules, il ne reste aujourd’hui que des cendres. On comprend d’ailleurs que l’entassement de ces paperasses ait activé l’incendie; sans compter que les bois blancs et d’une vétusté respectable ne manquaient jamais dans l’aménagement des bureaux. Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure de cette dévastation de la galerie du Nord. Une fois l’incendie allumé, et personne ne le combattant avec énergie, on devait s’attendre à ce résultat.

Pour des motifs inverses, le long parallélogramme, qui forme le corps de logis dont l’orientation est à Test, a relativement peu souffert. C’est là que se trouve la vaste salle Saint-Jean, qui depuis longtemps est célèbre dans les fasles électoraux du département de la Seine. Car dans cette salle, se faisait le dépouillement solennel des votes, et la proclamation des élus du suffrage universel. On n’était réellement député que lorsque le 'délégué du préfet, entouré de membres du conseil général et de magistrats municipaux, avait vérifié les résultats du scrutin et dit les noms qu’avait favorisés l'élection. La foule no manquait jamais d’accourir, d’envahir de bonne heure les quelques centaines de places qui lui étaient réservées, et d’accueillir par des acclamations bruyantes les noms des élus, quandeesnoms concordaient avec les passions du moment. C’était une pierre de touche qui pouvait permettre déjuger tout de suite du degré de popularité dont chacun jouissait. Mais la salle Saint-Jean ne s’ouvrait pas seulement pour des solennités politiques; elle servait également pour le tirage de ces obligations de la ville de Paris, qui ont toujours été une des valeurs mobilières les plus recherchées sur les marchés financiers. Il y avait là tout Paîtrait de la loterie. Plus d’un cœur battait avec violence quand, à l’orifice de la roue, se présentait le morceau de carton qui portait avec lui une fortune, dans quelques chiffres alignés d’une certaine façon. Et jusqu’au bout on suivait l’opération avec anxiété, les uns émus par toutes les angoisses de l’espérance et du désir; car, jusqu’au dernier numéro sortant, il y avait quelques chances de gain; les autres, par simple curiosité.

Cette salle Saint- Jean ! dit M. Jules Claretie ; que de spectacles elle a vus, que d’émotions ! C’était là que tiraient au sort les conscrits parisiens. Que de souvenirs chacun de nous y avait laissés ! Le Comité central, avant de siéger dans la salle de la République (salle du Tiône), tint là ses premières séances, devant les draperies rouges sur le fond desquelles se détachait le buste blanc de la République. Il est vrai que ce fut a l'aurore du triomphe, et lorsque le Comité central, étonné lui-même de sa victoire facile, n’aspirait modestement qu’à fonder une municipalité. Ces abnégations timides s’alliaient mal avec les visées plus hautes de certains ambitieux. Nous le savons aujourd’hui pertinemment et pour notre malheur. Mais il n’est jamais oiseux de le rappeler.

MINISTÈRE DES FINANCES. — Aspect extérieur.

MINISTÈRE DES FINANCES. — Aspect intérieur.

On peut donc dire, avec vérité, que cette salle Saint-Jean a été le théâtre où se sont donné carrière toutes les passions. De toutes les portions de l’Hôtel-de-Ville, il n’y en avait pas une qui fût plus connue du peuple parisien.

Eli bien! par un hasard des plus singuliers, et dans lequel on ne peut attribuer la moindre part à un calcul humain quelconque, cette salle Saint- Jean est si peu avariée qu’il a suffi de quelques réparations et de quelques étançonnements pour la remettre immédiatement en état de continuer son service. Comme par le passé, les proclamations électorales ont pu s'y faire après les incendies. Nous l’avouerons ingénuement, ce n’a pas éié sans un vif serrement de cœur que nous avons franchi ce seuil qui nous était bien connu. Nous avons même devancé l’heure fixée pour la cérémonie. Car nous voulions profiter de la circonstance pour arriver sur bien des points où l'on ne laisse pâs pénétrer le vulgaire, et nous tenions à rester seul avec nos émotions. Le crime était en core dans toute son horreur; les esprits les plus fermes, les plus habitués à réprimer et à maîtriser les colères intérieures, n’étaient pas toujours sûrs d’avoir la sérénité voulue pour bien juger. Nous avons donc accompli solitairement notre pèlerinage d’investigation, et, dussions-nous vivre l'âge d’un patriarche, jamais nous n’oublierons les impressions douloureuses que nous avons ressenties. Il fallait du reste que le sentiment éprouvé fût bien fort; car notre physionomie le reflétait avec une énergie telle qu’un de nos vieux amis qui figurait parmi les magistrats municipaux vint s’informer de notre santé. Et il y avait de quoi. Une promenade au milieu des ruines n’est jamais d’une gaieté formidable. Elle l’est d’autant moins quand les ruines sont encore fumantes.

D’habitude actuellement la salle Saint-Jean sert de bureaux aux architectes, qui travaillent à prendre les dimensions exactes des choses détruites, à refaire les plans, à reconstruire sur le papier le palais municipal. Ony entasse également dans un coin tout ce qui provient des fouilles et des déblayements. Des débris de lustres, de candélabres et de torchères, des fragments artistiques de marbre, de bronze, de fer se trouvent à côté de légères statuettes arrachées au fameux surtout de table de la ville de Paris. L’est ainsi qu’il -en est dans tous les grands désastres. Le hasard tient à jouer son rôle â côté de la scélératesse des hommes. Il épargne capricieusement nulle menus objets les plus divers, les plus bizarres, les plus opposés les uns aux autres. Quand on les rassemble, on compose un musée des plus étranges. Croirait-on que la note d’un restaurateur, fournisseur des membres de la Commune, a échappé à l’incendie ? L’écrivain ■qui a relevé le fait ajoute que sur cette noie figure une fourniture de deux cents francs de raie. D’où quelque historien de l’avenir pourra conclure que les membres du conseil communal- n’étaient pas tous des Lucullus.

Sur le quatrième côté de ce vaste quadrilatère, celui qui regarde la Seine, on peut faire les mêmes remarques que sur celui qui regarde la rue de Itivoli. Seulement, dans cette portion, on ne peut pas expliquer les ravages et les ruines par les mêmes raisons. Car c’était de ce côté que se trouvaient les appartements privés, et les aménagements étaient neufs, ou du moins ne remontaient pas à de fort lointaines années. L’incendie n’a pas moins sévi avec rage, et de telle sorte qu'on ne peut nier qu’il avait été alimenté à plaisir. On se perd en conjectures pour trouver la pensée qui a pu guider la main des incendiaires; il y a là un de ces mystères dont seuls des aveux ultérieurs auraient pu permettre de soulever le voile. Les aveux ne sont pas venus; on reste en face du fait brutal, et ce fait est loin d'être favorable â ceux qui prétendent encore défendre et justifier la cause de la G immune de Paris en 1871.

Quand-on cherche à pénétrer dans l’intérieur de l’édifice, de quelque côté qu’on s’y prenne, on reste encore plus frappé de la sauvagerie qui a présidé à l'œuvre de destruction. Partout des décombres, partout des ruines, partout des cendres amoncelées; l’effondrement a été complet. Entre les gros

murs, ont été ouverts des abîmes que les débris de toutes sortes et les produits de l'incendie ont comblés jusqu’à la hauteur du premier étage et même au delà. Pour s’y reconnaître, il faut avoir acquis une connaissance approfondie de. ces lieux qui sont absolument dévastés. Sans cela, point de fil d’Ariane qui puisse guider les pas de la curiosité aventureuse.

Les ruines , vues de l’extérieur, ne donnent qu’une faible idée de ce qu’on aperçoit dès qu’on est parvenu à franchir les portes détruites. Il faut marcher constamment sur des pierres écroulées et qui ne présentent au pied rien de solidp. Jamais on n’ùst assuré de ne pas voir subitement s’ouvrir quelque gouffre; on n’avance qu’avec des précaufons infinies, et l’on s’oriente comme l’on peut. Une rampe, qui a résisté à tous les chocs, vous indique où était l’escalier de pierre en fer a cheval qui permettait de s’engager à droite et à gauche dans toutes les galeries de l’édifice. De là, l’œil plonge partout à travers les vomitoires béants qu’a ouverts le feu dévastateur. Rien ne s’oppose plus à l'étendue de la vue; la lumière pénètre en toute liberté, et ce qu’elle éclaire peut satisfaire le regard qui a contemplé les ruines de Rome et de Palmyre, mais remplit d’une profonde tristesse le cœur du Parisien, du Français, du patriote. Cette tristesse est telle que, malgré soi, on se recueille, et, si l’on n’est pas seul à faire cette excursion, on hésite à parler, même pour communiquer ses impressions et ses pensées à ceux qui vous accompagnent.

Et c’est partout ainsi, de quelque côté qu’on s’oriente à l’aide des trois cours intérieures qui distribuaient le jour à tout ce monde de l’IIôtelde-Ville. Après le cataclysme, la cour des Bureaux, la cour Louis XIV, la cour du Préfet, ont la même physionomie, à peu de choses près. Il faut savoir les anciens aménagements pour se reconnaître et se débrouiller, et surtout ne pas aller chercher à droite ce qui était à gauche. Le pavillon du centre tout entier était occupé par la salle du Trône, qui devint salle du Peuple ou de la République après le 4 Septembre, quoique ce ne fut point là que siég ât le gouvernement de la Défense nationale.

Il tenait, ses séances dans un grand salon jaune du pavillon du bord de l’eau, avant de se mettre à l’abri des surprises semblables à celle du 31 octobre, en se réfugiant au Louvre, dans l’hôtel du Gouverneur de Paris.

Là et là, quelques marches d’escalier, fermement enserrées dans leur ciment, permettent d’avancer, de s’arrêter, de changer d’horizon et de fixer ses souvenirs sur quelques points précis. A gauche, la cour des Bureaux se fait remarquer parles amoncellements de ses débris. Il y a de tout làdedans : des pierres, des métaux, des papiers, des bois à demi consumés. On voit bien que l’incendie a sévi de ce côté avec une intensité effroyable. On raconte que, vers la fin de juin, un ouvrier employé à l’œuvre du déblayement mit à découvert, avec sa pioche, une barre de fer; il voulut y porter la main, et aussitôt il se sentit horriblement brûlé; la blessure exigea plusieurs jours de traitement sérieux. Nous ne garantissons pas l’authenticité do ce fait; nous ne l’avons appris que par la rumeur publique; mais il n’a rien d’incroyable pour quiconque a vu de près ces événements. Les fournaises les plus. ardentes qu’on a pu observer dans les usines cyclopêennes de l’industrie moderne ne donnent qu’une idée imparfaite de ce gigantesque brasier, dont la chaleur envoyait ses effluves à plus d’un kilomètre de distance. Les métaux durent être portés au rouge blanc, quand ils n’entraient pas en fusion; dans cet état, tombant sur un lit de cendres et recouverts d’une couche semblable, ils pouvaient conserver longtemps une chaleur fort intense. Il faudrait être plus habile physicien que nous ne le sommes pour se prononcer plus clairement et plus explicitement.

Dans un autre sens, et en poussant droit devant ; soi, on trouvait quelques murs qui, relativement, I avaient peu souffert. Quant aux bâtiments, il n’en ! faut point parler, c’était toujours le même specta- | cle; l’aspect de ces désolations ne changeait pas et ! ; ne pouvait subjr de variations bien grandes. Par- ; tout où le feu avait mordu, h mènm cause avait

produit les mêmes effets. Mais dans ces cours, qui servaient de dégagement à tous les services de l’intérieur, on pouvait, à la rigueur, remarquer encore trace du mouvement. C’est par là que le déblayement a été le plus facile, mais c’est aussi par là qu’on a le moins de chance de faire sortir des décombres quelques-unes des innombrables richesses artistiques en tout genre que trente générations avaient accumulées à l’Hôtel-de-Ville de Paris, et qu’une heure de folie criminelle a fait disparaître en vaine fumée.

Si l’on doit retrouver quelque chose, ce sera principalement du côté de la cour d’honneur et des appartements d’apparat. Qui ne se souvient des splendeurs étalées, clans les dernières années principalement, lorsque le préfet de la Seine ouvrait les salons de l’Hôtel-de-Ville aux hôtes illustres ou puissants qui visitaient Paris? Cherchez ces salles de fêtes, ces galeries merveilleuses où l’on banquetait, où l’on dansait, pendant que l’industrie universelle mettait ses plus beaux produits en lace de ceux des concurrents dans le palais improvisé

du Champ-Je-Mars, en 1867 . Vous ne trouverez

plus rien que des murs noircis et calcinés par le pétrole; sur quelques-uns les papiers de tentures sont restés, et Ton y remarque encore l’aigle et les armes du dernier empire. C’est navrant à voir, et cependant l’œil attristé ne parvient pas aisément à s’en détacher : du haut perron de marbre de la cour de LouisX.IV, il plonge avidement sur tous ces abîmes; il interroge avec anxiété ce sphinx abandonné en pleine civilisation par la guerre civile et par la guerre sociale, et ne parvient pas à lui arracher d’une façon claire et précise son secret. Car il ne faudrait pas croire que ce soit uniquement la 'curiosité pittoresque et artistique qui conduit le visiteur sur les ruines de l’Hôtel-de -Ville; plus d'un philosophe, plus d’un esprit inquiet de l’avenir y est allé comme nous. Quand on rêve sur les ruines de Rome, de Carthage et d’Athènes, le passé seul importune; on le voit qui se dresse et revit dans l’imagination, même la moins enthousiaste; iln’en saurait être de même avec ces murs fumants du Paris monumental de 1871. La pierre a des stigmates que les générations actuelles ne peuvent méconnaître et oùblier. Au passé d’hier l’avenir de demain se lie d’une façon fatale. Voilà ce que voient tous ceux qui pensent, tons ceux pour lesquels les enseignements des grands faits accomplis ne sont pas une lettre morte, surtout quand les événements nous touchent d’aussi près. L’Europe entière, nous pouvons même dire le monde, avait été témoin de nos splendeurs en 1867, s’il faut même s’en rapporter à des chroniques qui ont eu un grand retentissement, l’admiration n’avait pas été Tunique sentiment que ce spectacle avait excité; l'envie, la jalousie, la haine, étaient entrées dans bien des cœurs; on alla même jusqu’à dire que le roi de Prusse n’avait pas été assez maître de lui pour dominer ses émotions et dompter sa langue, qui laissa échapper quelques expressions sardoniques. Sans accorder à ces commérages de salon plus d’importance qu’ils n’en méritent, on peut aujourd’hui convier le monde à venir contempler nos misères. Notre Hôtel-de-Ville, pas plus que . nos Tuileries, ne saurait être un objet, d’envie; mais, dans ses ruines, chacun peut trouver un enseignement. Sous ce rapport, nous ne sommes nullement fâché de l’empressement qu’ont mis les étrangers à se ruer sur Paris incendié par la Commune. Que notre exemple serve de leçon, rien de mieux; ce ne sera pas la première fois que Paris martyrisé aura servi la cause de l’avenir.

La dévastation artistique avait commencé le 31 octobre. Les envahi- seurs, conduits par Gustave Flourens, avaient lacéré une grande toile d’Yvon qui décorait la salle où le conseil municipal tenait ses séances. On parla peu de cet acte de vandalisme. It se ; erdit dans l’ensemble du fait et du bruit. On aurait dû cependant y voir un avertissement. C’était le prélude de ce qui allait arriver dans quelques mois au monument tout entier. Cherchez maintenant ce qu’ont fait ces hommes 1 qui commençaient par déchirer des tableaux à coups de sabre et de baïonnette de cette splendide galerie des Fêtes d nt les illuminations féeriques

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se projetaient jusque sur la caserne Lobau. Une blanche statue, encore debout au dehors, se détache sur le vide et semble veiller sur ces ruines. Ainsi s’exprime M. Jules Clarelie. On cherche vainement, dans la courbe des voûtes, trace des peintures de Lelimann. Tout est écaillé, perdu, anéanti. « Là, dit encore le même écrivain, dans cette partie du bàliment, tous les points de vue sont saisissants. La vue prise de l’escalier des Fêtes sur la cour des Bureaux est attristée comme Ninive. Puis, si l’on se détourne, on retrouve au contraire des ruines en quelque sorte attirantes. De ce côté on aperçoit, se succédant l’une à l’autre dans leur solitude, la salle des Prévôts, où Von retrouve encore, à demi calcinées, rongées, pareilles à des têtes de mort décomposées, les laces graves de ces vieux et honnêtes prévôts des marchands qui tinrent les destinées de Paris ; puis, après cette salle, le salon des Arts, où Delacroix avait signé quelques décorations, et le salon de Napoléon, dont le plafond peint par Ingres représentait l’Apothéose de Napoléon Ier. Tout est détruit. De lugubres 111s de fer pendent comme des serpents le long de ces murailles, et les vestiges de peintures ne sont plus que des squames de peau hialade. Une figure décapitée, éventrée, demeure comme un spectre contre la muraille. Près de là, s’ouvre un gouffre. Le plancher s’est effondré. Des pans entiers de muraille sont écroulés de ce côté. Combien de pertes irréparables ! Le malheur a rapproché Ingres de Delacroix. Celui-ci avait peint le plafond du salon de la Paix. Ce chef-d’œuvre est perdu comme l’autre. »

Cherchez encore et vous trouverez bien d’autres pertes à regretter. Napoléon Ier est intact dans son médaillon. Ün distingue également les figures de Mérovée, de Hugues Capet et de Charlemagne. Mais rien ne reste des paysages qui décoraient la galerie longeant le cabinet du préfet et qui étaient signés Desgoffe, Landelle, Paul Flandrin, Bellel, Hédouin. Plus rien également de tous les bustes de princes régnants qui servaient d’ornement à une autre galerie. Plus 1 ien enfin de la riche bibliothèque de la ville. Elle 'était reléguée dans les étages supérieurs et contenait des trésors exclusifs pour quiconque veut s’occuper de l’histoire de Paris. A côté des livres étaient les archives municipales, des documents de la plus haute valeur et qui n’avaient pas été feuilletas par toutes les mains. Nous pouvons mentionner les pièces relative à la grande Commune révolutionnaire des Hébert et des Chaumette. Tout est consumé. 1871 a jeté dans le néant 1793.

La salle du Trône, décorée par Séchan, n’est plus qu’un souvenir. « Deux magnifiques cheminées en marbre, dit M. Jules Claretie, deux chefsd’œuvre à coup sûr, se faisaient face. Merveilles de la Renaissance, l’une avait été sculptée par Th. Bodin, l’autre par Biard, disciple de Buonarotli.... C’était la vraie grande salle historique de l’Hôtel, et ses fenêtres, maintenant béantes, avaient vu bien des spectacles! A l’extrémité droite de la salle était jadis le cabinet vert, où Robespierre, Co ithon, Sainl-Just se tenaient pendant la nuit du 9 thermidor.... On avaft, depuis 1794, réuni le cabinet vert à la salle du Trône. C’était là encore, à la fenêtre du milieu, que Louis XVI se montra coiffé du bonnet rouge; c’est là que balayette, en 1830, dit au peuple en lui montrant Louis-Philippe : « Voici la meilleure des Républiques ! »

Arrêtons-nous. Dès- qu’on évoque les souvenirs, un volunme ne suffirait pas à dire ce qu’a été et ce qu’est l’Hôtel-de-Ville de Paris.

Les caves, les sous-sol de l’Hôtel-de-Ville, les cuisines surtout, sont depuis longtemps célèbres; il y a là de quoi loger et abriter toute une population. Nous tenons de gardes nationaux du 10e arrondissement qui, le 18 mars, se rendirent à l’appel battu dans leur légion et se portèrent sur la place de Greve, sans savoir où on les conduisait, qu’en pénétrant dans la maison municipale ils furent principalement frappés de l’aspect que leur présentaient les cuisines. Là s’entassaient, se préparaient, se manipulaient des vivres en quantité sullisante pour alimenter une armée, ün peut juger par là de l’étendue de l’espace qui, d’ordinaire,

était abandonné aux gens de service. Eh bient cette portion souterraine du grand édifice est celle qui a le moins souffert de l’incendie; les llammes n’ont pas pénétré jusque-là, elles ont été arrêtées par les cendres et Jes décombres amoncelées. Au fur et à mesure que les parties hautes brûlaient, l’entassement se faisait en bas, et, sans préméditation, sans calcul, par la force même des choses, cet entassement devenait un préservatif. 11 en résulte tout naturellement que les meilleures trouvailles des fouilles intelligemment entreprises et conduites seront dans ces bas-fonds qui, d’ordinaire, ne frappaient pas les regards et n'attiraient pas l’attention des étrangers curieux. L’expérience l’a déjà démontré, ainsi que nous avons pu le dire; mais on n’est qu’au commencement et l’avenir nous réserve d’autres surprises.

VIL — Le Palais-de-Justice.

La première chose qui frappe le regard et réjouit l’esprit, quand on aborde les bâtiments incendiés du Palais-de-Justice, de la Conciergerie, de la Préfecture de Police, c’est la préservation véritablement extraordinaire de la Sainte-Chapelle. Ce bijou monumental est intact; et c’est d’autant plus singulier, qu’on peut dire avec vérité qu’il a été entouré de flammes; devant, derrière, à côté, il y en avait partout. Les amis des arts doivent être satisfaits. Au milieu de tous nos malheurs, le plus grand de tous, un malheur irréparable nous a été épargné. Car nous pouvons le dire sans blesser en aucune façon nos artistes contemporains et sans porter le moins du monde atteinte à leur habileté : on n’aurait pas refait l’œuvre de l’architecte de Montreuil, dont le saint roi Louis- IX utilisait volontiers- dans ses constructions le génie et la foi. Il y a là des lignes d’une pureté et d’une hardiesse qui ne viennent qu’une fois entre les doigts d’un artiste inspiré. C’est une création qu’on admire comme le chef-d’œuvre de l’art gothique. Toutes les imitations; tous les pastiches qu’on nous donne, à grand renfort d’équerre et de compas, n’exciteront jamais ce sentiment. C’eût donc été un dommage véritablement mortel, si la folie des incendiaires avait atteint cette merveille. Et d’autant plus qu’objet d’une restauration minutieuse et souverainement intelligente la Sainte- Chapelle a recouvré aujourd’hui toute son anmienne splendeur ; c’est un monument qui à lui seul, suffirait pour illustrer une autre' ville que Paris. Notre reconnaissance pour cette préservation inespérée ne doit pas s’adresser aux barbares qui avaient fait delà torche et du pétrole un instrument de guerre; rien ne vient d’eux. Si la Sainte-Chapelle est encore debout, si elle obtient toujours cette admiration que nous accordons volontiers aux œuvres d’art accomplies, nous ne devons rien aux misérables qui souillaient la guerre civile par l’incendie.

Il suffit pour s’en convaincre de jeter un regard sur le Palais-de-Justice tel qu’il nous a été laissé. Dans la cour de la Sainte-Chapelle, sur la rue, et latéralement s’élevaient des constructions neuves bien connues de quiconque avait des démêlés avec la justice correctionnelle. De ces grands corps de logis, il reste à peine les gros murs; tout le reste a disparu, toitures, parquets, tentures, boiseries, tout a été engouffré dans les llammes avec ce que contenaient ces vastes bâtiments. Quelques mètres à peine les séparaient de la Sainte-Chapelle. C’est au point que si le vent avait subitement changé de direction, il n’y aurait pas eu de secours humain capable d’arrêter les flammèches et d’empêcher l’œuvre de destruction de s’accomplir complètement. Et il en est de même à quelque horizon qu’on se place. Les yeux suffisent ici pour porter un jugement sur et qu’aucun raisonnement ne saurait détruire ou ébranler. C’est clair et précis comme l’évidence. En cas pareil, l’intelligence se borne à être la très-humble servante des sens.

Dans les publications que plusieurs anciens membres de la Commune ont fait paraître à l’étranger, il .y a toujours quelques pages consacrées , à ces incendies dont personne ne voudrait entiè- j renient endosser l’odieuse responsabilité. Nous

n’avons donc pas été surpris de ce que nous avons lu dans quelques-uns de ces livres, bien entendu dans ceux qui conservent encore quelque pudeur et ne sont pas uniquement consacrés à la justification et à la glorification des crimes les plus abo- 1 minables. Aucun ordre émané de la Commune,

| disent-ils, n’a mis la torche entre les mains scélérates qui ont incendié le Palais-de-Justice. La Commune n’avait rien à redouter de ce qu’on pouvait trouver dans les archives, et le monument resté debout ne gênait en rien la défense ni ne lui nuisait. Nous admettons cette explication qui ne tend à rien moins qu’à mettre le crime sur le dos des repris de justice qui couraient librement et impunément les rues, de toute cette lèpre sociale que la Commune de 1871 avait fait apparaître au grand jour. Ces bandits avaient un intérêt manifeste à ce qu’on ne put plus retrouver la trace de leurs méfaits antérieurs. Soit. IL n’en reste pas moins à la charge de la Commune d’avoir lâché sur la cité cette meute de gens sans aveu, ce gibier de bagne et de prison qui est un danger permanent pour toutes les sociétés. Quelque indulgence qu’on veuille avoir, on ne saurait admettre que tous ces gens dégradés ont été métamorphosés du soir au lendemain, ont retrouvé la voie des bons et honnêtes instincts, uniquement parce qu’on leur a ouvert les portes des maisons de correction et qu’on leur a dit de s’enrôler dans les rangs des fédérés. La Commune de\rait savoir tout cela, elle qui se piquait de connaître l’être social jusque dans ses moindres replis. Si donc elle n’a pas matériellement commis le crime à l’heure du suprême désordre, élle est toujours coupable de l’avoir préparé, de l’avoir facilité, de l’avoir rendu non-seulement possible, mais inévitable. Les défenseuis du mouvement communal sont donc mal venus à dire aujourd’hui qu’ils n’avaient aucun intérêt à la destruction des casiers judiciaires et des archives de la police. S’il fallait d’ailleurs, à propos de toutes ces scélératesses de la dernière heure, chercher sans cesse l’intérêt direct et immédiat, on ne tarderait pas à s’embrouiller dans un dédale d’où il n’y aurait plus moyen de sortir. Pas un monument détruit qui ne soulevât les questions les plus complexes. Quel intérêt, par exemple, a guidé ceux qui ont mis le feu aux registres de l’état civil? Le dise qui pourra. Quant à nous, il t ous serait complètement impossible de satisfaire sur ce point la moindre des curiosités, fut-elle la plus légitime. Les flammes n’ont pas moins dévoré tous ces actes authentiques dont l’absence sera pendant longtemps une grande cause de perturbation et d’ennui. Raisonner uniquement à ce point de vue conduirait donc infailliblement à des solutions que repousse une logique plus haute et que répudie le bon sens vulgaire, ün doit cependant tenir compte de l’observation faite par les défenseurs de la Commune en 1871, l’admetre même dans une certaine mesure, sauf à prendre garde de ne point s’égarer en allant trop avant. Pour notre part, nous ne serions pas éloigné de croire que l’incendie du Palais-de-Justice et de scs annexes doit être uniquement attribué aux repris de justice qui infestaient Paris, si nous pouvions bannir de notre esprit les menaces de Raoul Iligault et de ses acolytes, les expériences malsaines du docteur Parisel, les paroles sinistrement narquoises de Jules Vallès, l’organisation des compagnies de fuséens et d’incendiaires qui ne pou vaient évidemment se recruter que parmi des gens de sac et de corde. Tous ces souvenirs nous troublent, et il en résulte que nous voyons plus dans la défense présentée sous des formes captieus s qu’un cri d’honnêteté échappé à la conscience aux abois. Déplus, un jugement des conseils de guerre, en septembre 1872, donne un démenti formel à ceux qui nient les ordres donnés. Les aveux d’Etienne sont complets et sans réplique.

Quand on examine de près les ravages causés par le feu au Palais-de Jnstice et aux bâtiments qui peuvent être considérés comme ses dépendances, on reste -convaincu qu'il y a eu plusieurs foyers d’incendie allumés simultanément. Par conséquent plusieurs mains ont participé à cette œuvre de vandalisme. Nous avons dit ce qu’étaient

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