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ASPECT DE LA RUE ROYALE

LE GRENJER D'ABONDANCE.

vue départ, le ministère des Finances n'offrait rien de remarquable, et la maison ne rappelait aucun grand souvenir historique. On peut donc dire pour ce monument que tout se borne à des pertes matérielles. Elles sont considérables, même quand on ne tient compte que des constructions et du mobilier; mais elles le sontbign davantage quand on réfléchira tous les papiers qui ont été détruits et à toutes les administrations financières qui ont été mises en désarroi par la perte des archives et de tous les dossiers des affaires qui étaient à l’étude. Sous ce rapport, bien du temps s’écoulera encore avant qu'on ne connaisse l’étendue complète du désastre. 11 en sera de cela comme de la destruction des actes de l’état civil à l’Hôtel-de- Ville et au Palah-ie-Justice : les particuliers en souffriront beaucoup plus encore que l’Etat. Les gens de la Commune peuvent se vanter d’avoir fait une belle œuvre. Un ne saura jamais le nombre des familles qui leur ont voué une reconnaissance, une exécration éternelles.

On a nourri l’espérance de faire des trouvailles dans les fouilles qui sont pratiquées avec le plus grand soin pour le déblayement des décombres. Nous ne voyons pas trop de quelle nature et de quelle importance pourraient être ces découvertes. Quant à de l’argent, il ne faut pas y compter. Nous savons que les caisses de la Commune n’étaient jamais dans un état bien grand de prospérité ; elles étaient toujours plus rapidement vidées que remplies. En fuyant à Versailles, le gouvernement n’avait pas laissé derrière lui l’abondance, et les états publiés par le citoyen Jourde, comptable très-régulier et très-scrupuleux, ne permettent pas à cet égard le moindre doute. Reste donc la chance de quelques papiers, de quelque portefeuille que des pierres protectrices pourront avoir abrités contre les ravages du feu. Certes, nous ne contestons pas la valeur qu’auraient certains carnets retrouvés. Mais il y a tant d’aléatoire dans tout cela que nous attendrons un premier succès pour nous livrer à l’espérance. On raconte à ce sujet qu’avant de quitter le ministère, et entre le premier et le second incendie, Jourde avait enlevé et fait enlever par ses affidés intimes toute la monnaie d’or ou d’argent qui se trouvait dans les caisses et tout le papier de banque. On avait dédaigné le billon parce qu’il était trop lourd. Et c’était en billon précisément que consistait poulie moment la plus considérable richesse de la Commune. Il faut donc en rabattre beaucoup de tout ce qui a été dit sur le premier moment par des gens peu au courant de ce qui se passe dans les grandes administrations et principalement au ministère des Finances. Dès qu’il entre dans son cabinet, le premier papier qu’examine un ministre chargé de la garde du Trésor public, c’est le relevé de ses caisses fait la veille à la fermeture des bureaux. Jourde n’y manquait jamais. Nous tenons le fait de personnes qui ont vécu dans son intimité et qui sont entièrement dignes de foi. Aujourd’hui le fait a sa valeur. 11 implique que le délégué aux Finances connaissait à quelques centimes près sa situation exacte. Quand il a voulu mettre à l’abri du feu des valeurs de premier ordre, il n’a pas eu à tâtonner, à hésiter, à fureter, à chercher. 11 savait où elles étaient. Il n’a eu qu’à étendre la main pour en être le maître absolu. Dans son administration personne n’était ni en état ni dans l’intention de lui résister. De tous les administrateurs de la Commune, il était peut-être le seul qui eût su bien établir et maintenir la hiérarchie. Même avec ses camarades de la veille Jourde n’avait plus de familiarité dès qu’il s’agissait de ses fonctions et de sa responsabilité.

Si l’intention des incendiaires, comme tout le porte à croire, était d'anéantir le Grand Livre de la dette publique, leur but ne fut pas atteint. Les nombreux registres qui composent ce volumineux recueil lurent sauvés, grâce au dévouement de MM. Marcault, Voguai t et Durbec, auxquels s’adjoignirent des employés de tous grades, accourus en toute hâte, des habitants du quartier, des femmes même, et surtout les soldats du 91e résilient de ligne qui oubliaient les fatigues de°la bataille pour se dévouer encore une fois. En même

temps furent sauvés des papiers et des documents de la plus haute importance. Les souches des inscriptions départementales et tous les registres du bureau central de la dette furent arrachés aux flammes par l’intrépidité intelligente de M. Guîraudet. Il en fut de même d’une foule de valeurs au porteur qui avaient échappé aux investigations des gens de la Commune. Le directeur général des forêts dirigeait lui-même, dans la journée du jeudi, le sauvetage de son service, placé dans une partie moins exposée et moins atteinte que le bâtiment neuf. Le dévouement fut le même pour la conservation et la garde do ces papiers précieux que pour les meubles et les constructions. On porta tout ce que l’on put dans les annexes du ministère qui touchent à la chapelle de l’Assomption. Mais le local devint rapidement insuffisant et trop étroit. Alors ce furent les habitants du voisinage qui s’offrirent à recueillir ces épaves. Nous n’avons pas à ajouter que tous ces dépôts ont été fidèlement et scrupuleusement remis dès qu’on a pu redonner aux administrations des Finances une installation, même provisoire. Cette probité parisienne ne surprendra personne.

Maintes fois, pendant ces journées néfastes où l’incendie était devenu impitoyablement et systématiquement le plus abominable des engins de guerre civile, on a cru que la part du feu était faite au ministère des Finances et qu’on parviendrait à mettre à l’abri l’une ou l’autre partie du monument. Toutes ces espérances ont été déçues. Les éléments de dévastation avaient été portés partout, et partout ils ont produit leurs terribles effets. Quand les pierres calcinées auront été enlevées, il restera un vaste terrain et rien de plus. On doute même qu’il soit possible d’utiliser ultérieurement, et pour des constructions nouvelles, certains gros murs au-dessus des fondations. On a donc eu raison de dire que le monument est radicalement perdu. Seulement le terrain se vend fort cher à Paris, surtout dans un pareil quartier, avec tous les avantages que présente le voisinage du Jardin des Tuileries et des Champs-Elysées. Cela, les incendiaires de la Commune n’ont pas pu le détruire et le faire disparaître. Il y a là' des ressources dont notre Trésor public profitera sans doute pour alléger les embarras de tous genres que nous ont légués et la guerre civile et la guerre étrangère, aussi follement et aussi criminellement entreprises l’une que l’autre.

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