MANCEL* DE LA CHARITÉ
lendemain, elles portaient {sic) dans la mansarde de Jeanne', une pauvre vieille, aveugle et paralytique. Le nombre des femmes secourues, nourries, logées avec le seul travail de ces braves ouvrières, s’accrut avec rapidité; le logement devint trop étroit; tes quêtes faites soulageaient un peu la communauté, il est vrai, mais le linge manquait. On donnait du pain, des légumes; quant aux autres nécessités de la vie, il n’en était pas question. Klles se décidèrent à faire un appel aux Ames charitables; il leur arriva quelques chemises et des draps. Avec ces dons, les pauvres vinrent en foule; il fallut changer de doinicilc. On acheta une maison, à la grâce de Dieu, ne sachant trep comment on la payerait. Les petites sœnrs firent tant des pieds et des mains, qu’un jour la propriété fut payée avec l’aumône de tout le monde.
Encore une fois, le local fut trop petit; il fallut construire. La communauté, en voyant augmenter chaque jour ses membres, n’augmentait pas son revenu, qui était toujours à zéro; mais il y avait là bonne volonté et courage. Un jour que leur cœur saignait plus que jamais de voir tant de misères se presser A leur porte, elles se décidèrent, et, sans plus attendre, elles empruntèrent des pioches et dqs bêches. Aidées par leurs pensionnaires à peu près valides, elles se mirent à creuser elles-mêmes les fondations d’un établissement annexe à leur maison.
Ce fut, dès ce jour, un enthousiasme étrange dans tout le pays ; chacun voulut contribuer pour sa part à cette nouvelle fondation. Les riches envoyèrent de l’argent; les manœuvres, les maçons, les charpentiers, les menuisiers donnèrent leurs journées; les fermiers et les propriétaires donnèrent du bois, et, enfin, l’Académie française, sur un rapport de M. Dupin, donna
le prix Montyon de trois mille francs à Jeanne Jugan, et l’éloquent procureur général terminait ainsi ic rapport dans lequel il racontait celle naïve histoire, toute pleine de prodiges de charité et de volonté : « Mais, il reste un problème qui se présente sans doute à l’esprit de chacun de vous : Comment est-il possible que Jeanne puisse suffire aux dépenses de tant de pauvres? Que vous dirai-je ! la Providence est grande, Jeanne est infatigable, Jeanne est éloquente, Jeanne a les prières, Jeanne a le travail, Jeanne a les larmes, Jeanne a son panier qu’elle emporte sans cesse sous son bras, et qu’elle rapporte toujours plein. Sainte fille! l’Académie dépose dans ce panier une somme dont elle peut disposer, elle vous donne le prix de trois raille francs. »
Depuis ce temps, l’œuvre a fait des progrès; des maisons se sont formées dans plusieurs villes de France, et il v en a même une à Londres. Ces vaillantes filles sont si faciles a contenter! Tout leur est bon : une maison belle ou délabrée, meublée ou non, une masure, peu leur importe! Elles y logent leurs vieilr lards, et, peu à peu, le mobilier vient pièce à pièce; la nourriture arrivera aussi, un peu de partout.
Elles iront demander dans foutes les maisons les restes de pain, de viande, de légumes; dans les cafés on leur accordera du marc, et tout cela, réchauffé, raccommodé comme on peut, sert à la nourriture de toute la communauté, des vieillards d’abord, et des petites sœurs ensuite.
La maison fondée à Paris avec le secours de la dixième légion de la garde nationale, est un véritable modèle de simplicité, d’ordre et d’économie. Là, un vieillard entretenu propre, bien nourri, entouré de tous les soins que réclament son âge et ses infirmités,