‹ Paris inconnuChapitre 51 sur 66 · MANUEL DE LA CH ADI TÉ · texte numérisé non relu

MANUEL DE LA CH ADI TÉ

coûte beaucoup moins qu’un soldat, et par const5quent une somme qui ne permet aucune comparaison avec les sommes consacrées par l’administration aux vieillards des hospices de Bicétre et de la Salpétrière.

La douceur de ces excellentes femmes est communicative; elles ont tant de soins pour leurs pensionnaires, qu’elles ont fini par faire vivre en parfaite intelligence tous ces gens de caractères, de mœurs et d’éducation différents. C’est maintenant une même famille, vivant en paix, presque au sein de l’abondance.

Mais ce n’est pas tout encore; car, en soignant les vieillards de l’intérieur, elles ont pensé aux pauvres du dehors; elles sont parvenues à faire établir près de la maison de la rue du Regard un fourneau économique, la marmite des pauvres, où, pour un prix incroyable, pour dix et quinze centimes, elles donnent la soupe, le bœuf et des légumes à tous venants. Elles vendent des bons aux riches, qui les donnent aux pauvres, et l’on peut offrir un dîner confortable, à un homme, pour dix centimes. Nous avons voulu voir par nous-même ce phénomène de bon marché, et nous avouons que tout ce qui nous a été apporté pour nos quinze centimes, consommé, bœuf au naturel et haricots, nous a paru exquis et servi avec une propreté et une promptitude admirables. Mais, chose encore plus incroyable, c’est que ce fourneau, après les frais de premier établissement qui ont été faits par une société de secours, ce fourneau se soutient lui-même, avec les seules dépenses des consommateurs, dépenses qui ne montent jamais au delà de quatre sous.

En présence de pareils faits, obtenus par la charité privée, par la bonne administration d’une maison, nous sommes obligé d’avouer que la charité publique nous semble bien en arrière; mais, nous l’avons dit,

nous la respectons , car elle fait tout ce qu’elle peut.

Dans son livre , plein de renseignements utiles, M. l’abl)(5 Mullois ne se contente pas de faire à tout le monde un véritable cours de charité pratique, d'enseigner à chacun comment il peut donner; visiter les pauvres et les malades, les consoler, les encourager, mais il prend aussi à tâche de justifier les pauvres de beaucoup d’inculpations fausses, qui servent à la plupart des hommes qui veulent cacher leur indifférence sous un prétexte souvent spécieux.

On dit (page 79) : « Les pauvres sont menteurs. 11 faut avouer que, sous ce point, l’époque leur a donné assez bon exemple. Que voulez-vous ! c’est leur diplomatie, à eux, et la nôtre doit être de leur faire du bien sans nous laisser tromper! Ils sont pauvres par leur faute, à cause de leur paresse, à cause de leur immoralité!... Voilà une parole qui ne doit être prononcée qu’avec beaucoup de précaution et de réserve ; elle peut facilement être injuste et cruelle, lien est chez les pauvres comme dans les autres classes de la société; ce ne sont pas les bons qui font le plus de bruit, qui se montrent davantage; il y a une certaine catégorie d’aventuriers, que malheureusement nous avons encouragés en donnant, qui se rencontrent partout, tandis que les vrais pauvres attendent et souffrent dans le silence.

» Sans doute, il y a des gens qui sont les artisans de leur propre misère; mais beaucoup sont innocents. Est-ce la faute de cette fam lle honnête, qui vivait au jour le jour de son travail, si une affreuse maladie est venue la frapper? Est-ce la faute de ces ouvriers, de ces domestiques, qui ont confié toutes leurs économies, tout le fruit de leurs sueurs à un négociant ou à un . agent de change, si celui-ci, après avoir mené joyeuse vie, après avoir affiché un luxe scandaleux, s’échappe

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