UN MARIAGE DE FANTAISIE
Dernièrement tout Paris parlait, ou plutôt riait, du mariage de M. le vicomte de X... Le vicomte de X... marié, on n’y voulait pas croire. Lui, le roué, l’homme blasé, qui semblait, à son dire, avoir voué une haine éternelle au beau sexe en général et aux Parisiennes en particulier! Avait-il fait des gorges-chaud es de la beauté, de la vertu et même des dots de toutes ces pauvres filles d’Éve! Avait-il assez ri de leurs défauts et de leurs qualités 1 Avait-il été assez sceptique en amour! Les femmes, pour lui, étaient à peine un passetemps ; leurs plus douces conversations ne valaient pas le mornent de désœuvrement qu’on passe à les écouter. Et, cependant, il devait se soumettre au sort général !
Un soir, à une représentation ù’Haydee, M. X... promenait son binocle sur la foule de beautés qu’avait attirées l’opéra d’Auber, quand, tout à coup, il resta comme magnétisé. Il venait d’apercevoir mademoiselle Julie Guilbert, trônant dans sa jeunesse et sa beauté; dès ce moment, adieu l’ennui chronique qui le minait, adieu les joyeuses médisances! M. X... était amoureux, M. X. . avait trouvé un but à sa vie. Dorénavant il avait une occupation, charmante occupation, qui était de courir Paris d’un bout k l’autre pour trouver la charmante femme qui avait su le fasciner.
Du matin au soir, et du soir au matin, il passait sa vie à parcourir les promenades, les lieux publics, les salons, les bals, toujours à la recherche de sa beauté.