‹ Paris inconnuChapitre 56 sur 66 · A MONSIEUR HAVIN · texte numérisé non relu

A MONSIEUR HAVIN

21 novembre 1855.

Monsieur,

C’est encore moi qui viens vous donner de triste.'* nouvelles. J’en suis à la période inflammatoire; les souffrances ont beaucoup augmenté. Le médecin dit tant mieux! moi je dis tant pis! car je me sens tellement faible, que je suis incapable de toute espèce de labeur. Enfin, la religieuse me dit qu’avec de la patience et l’aide de Dieu, je serai guéri. Mais cet espoir me semble assez vague, car il me faudrait un peu pratiquer pour donner un peu de courage et de bonne volonté à la Providence qui, à ce qu’il paraît, ne fait assez généralement rien pour rien. Voilà le difficile ; je ne me sens pas encore assez ermite pour me faire vieux.

Lettres 271

Tout cela n’est pas très-amusant, comme vous voyez, et ne promet rien de bon à votre pauvre

El tout dévoué,

Alex. Privât d’Anglemont.

Monsieur,

L’abbé *** est venu me voir; il a voulu me convertir; il était réellement amusant dans son rôle; il a été jusqu’à me dire que cela ferait plaisir à une grande dame dont il est le chapelain. Je ne sais pourquoi cette personne s’intéresse à mon salut; mais, en tout cas, elle devrait choisir des convertisseurs plus spirituels et surtout plus instruits, car son envoyé n’est réellement pas • fort. Il va sans dire que je suis resté plus que jamais fidèle à Voltaire et à l’Encyclopédie. Le brave homme en a pleuré, c’est drôle!

Avez-vous vu le citoyen Serrur? Sa famille le fait chercher partout.

J’ai l’honneur d’étre votre très-humble,

Alex. Privât d’Anglemont.

Lundi, 13 février 1836,

Ce n’est pas mille, c’est un, deux, trois, ving millions de fois que je vous remercie, mon très-cher ré-

dacteur en chef, pour le mot tout charmant que vous avez eu la bonté de m’écrire. Je n’en suis pas surpris ; il était impossible d’attendre autre chose de vous, qui avez toujours été admirable pour moi et môme trop bon. Enfin, je ne vous reproche pas ces qualités-là, soyez-en certain; mais je ne puis trop vous remercier, car, un des plus grands plaisirs qu’on puisse éprouver, est de savoir qu’on pense à vous quand on est dans une position comme la mienne. Et puis, il y a tant de gens qui vous abandonnent, qu’on ne peut avoir trop de reconnaissance pour les personnes qui vous témoignent un intérêt aussi grand que celui que vous montrez à votre pauvre

Alex, Privât d’Anglemont.

Encore merci mille fois.

P. S. Parlez, s’il vous plaît, à Desnoyers pour une nouvelle qu’il a à moi, et vous me comblerez.

Vers la fin de 1858,Privat-d’Anglemont avait présenté à M. Philibert Audebrand, rédacteur en chef de la Gazette de Paris, une espèce d’autobiographie intitulée : Histoire d’une chemise. 11 y avait, comme il paraît, une assez forte dose d’originalité dans cet article, mais aussi trop do licence pour qu’on pût décemment le publier dans un journal. Cependant, l’Histoire d’une chemise ayant été imprimée sur épreuves, le rédacteur

avait fait l’auteur juge lui-même de la difficulté. Privât lui répondit par ce bout de lettre :

Paris, 10 novembre 1858.

Mon cher Philibert,

Je viens de lire les épreuves de l’article sur ma chemise. Ah çà ! pourquoi ça t’offusque-t-il? Il y a peutêtre bien de quoi faire pousser quelques hélas I à des bégueules, mais tu ne dois pas en être. N’aie donc pas peur, insère-moi donc cela tout net. Tuant à moi, parole d’honneur I je le donnerais à lire à un pensionnat de jeunes demoiselles.

Après ça, vous êtes comme ça dix ou douze qui vous imaginez que le public n’aime pas les choses décolletées; c’est un tort... Enfin, si tu y tiens, pratique des coupures; je t’y autorise.

Tu vas me répondre que tu avais donné l’article à l’imprimerie sans le lire, et que si tu devais le couper, sous le rapport des mœurs, il n’en resterait rien; c’est vrai. Crois-moi, ne sois pas si bégueule. Aujourd’hui, dans notre métier, il n’y a que ceux qui se moquent du public qui réussissent.

A la rigueur, mon quaker, si tu ne peux pas mettre l’Histoire de ma chemise, je te donnerai autre chose,

Tout à toi,

Alex. Privât d’Anglemont.

Décembre 18S8.

Mon cher Philibert,

Le présent billet te sera remis par un garçon de restaurant (Maison d’or). Je suis retenu par une carte de 16 fr. 50. De plus, j’ai presque crevé un œil à un cousin de M. de Rotschild, qui m'embêtait. Tu comprends que je ne peux pas rester en prison dans un cabinet, pour un peu moins d’un louis. Arrange donc ça avec la caisse du journal ; je te rembourserai en copie. J’irai t’expliquer tout ça.

Adieu, et mes compliments.

Alex. Privât d’Anglemont.

Sans (laïc.

Mon domicile actuel est l’hôpital Lariboisière, où l’on m’a conduit après un accident : j’ai été échaudé. Sans un interne de l’endroit, je serais mort.

* Viens, ou envoie me voir.

Alex. Privât d’Anglemont.

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