‹ Paris inconnu. Avec une étude sur la vie de l'auteurChapitre 3 sur 77 · RUES TRAVERSINE ET CLOS-BRUNEAU · texte numérisé non relu

RUES TRAVERSINE ET CLOS-BRUNEAU

DANS une charmante comédie intitulée Luxe et Indigence, un homme de beaucoup d'esprit, M. d'Épagny, nous a montré un de ces ménages parisiens qui, par une vanité absurde, s'astreignent au jeune le plus ascétique chez eux, et apparaissent aux yeux des autres sous les dehors du luxe le plus insolent. Notre bonne ville de Paris ne dédaigne pas ce système; elle le met même assez souvent en pratique, et cela avec l'aplomb d'un banquier à la veille d'une faillite. Ainsi, ce pauvre douzième arrondissement, les étrangers doivent le trouver superbe. La ville leur a fait des voies magnifiques pour les conduire à tous ces monuments qu'ils doivent visiter.

Le Panthéon a la rue de l'Odéon, la place Saint-Michel et la rue Soufflot pour avenues; le Jardin des Plantes a des quais sulendides et les plus beaux boulevards du monde.

Les piétons arrivent au Val-de-Grâcc par l'incomparable jardin du Luxembourg, et les gens en voiture par des boulevards plantés d'arbres gigantesques ou par les rues larges et très aérées de l'Est et de l'Ouest. Les collèges eux-mêmes ont été traités avec une sorte de prodigalité: Henri IV, aujourd'hui lycée Napoléon, jouit des mêmes bénéfices que le Panthéon, Louis-le-Grand, la place de la Sorbonne et la rue nouvelle qui porte son nom. Chaque année amène à Paris des Anglais jacobites qui vont faire un pieux pèlerinage aux tombeaux de leurs rois, dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à l'ancien collège des Écossais. La ville leur a donné la rue Clovis pour faciliter l'arrivée de leurs équipages. Oh! notre vieille cité s'est faite coquette; elle ne veut pas que les étrangers voient ses misères; elle est pimpante, gracieuse, avenante, toutes les fois qu'il s'agit de leur plaire.

Mais ces rues larges, ces quais magnifiques, ces boulevards ombragés d'arbres centenaires, tout cela ne forme, pour ainsi dire, qu'une reliure dorée contenant les pages d'un vieux et terrible livre.

Suivez-nous un instant dans les rues Traversine et Clos- Bruneau. Nous y sommes allé seul; à toutes les heures du jour et de la nuit, nous avons vu, sondé toutes ces places, pour vous les décrire, pour tâcher de sauver encore quelquesuns de ces malheureux de l'asphyxie qui les menace.

Voici ce que M . de Quatrefages, membre de l'Institut, rapporte sur la situation topographique de ce malheureux quar-

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