MUSEE NATIONAL DE L HOTEL CLUNY
qu'il en faudrait aussi écarter avec soin tous les objets qui se rattachent à d'autres collections, en un mot, lui donner, autant (jue possible, l'aspect grandiose et sévère qui convient à sa destination nationale, et non celui d'une collection d'amateur ou d'une bouti(|ue bien tenue du quai Voltaire ou du boulevard Beaumarchais.
Ainsi, on pourrait classer avec plus de soin et d'ordre les monuments français, réunir ceux de même nature, les placer dans un arrangement régulier, systématique, chronologique, qui permît d'embrasser d'un coup d'œil toute une série d'objets qui se rattachent à une même époque; tâcher, autant que possible, de meubler complètement certaines pièces dans un même style, afin que le public crût visiter un appartement du XV^ siècle, par exemple, pendant l'absence du sire de Rohan, de Bourbon ou de la Trémouille, son propriétaire. Car nous concevons parfaitement qu'un tableau, une statue, soient exposés n'importe où on les admire pour eux-mêmes, pour leur propre beauté ; mais ces bahuts, ces lits, ces armoires, meubles fort curieux, il est vrai, ne sont beaux, après tout, que chronologiquement parlant. Un meuble du XVII^ siècle par exemple, rapproché d'un autre du temps des Valois, perdra nécessairement beaucoup à la comparaison. Ce n'est donc qu'aux artistes et aux savants que ces choses-là servent pour leurs études, et ils se rendent bien mieux compte des mœurs, du goût et des idées d'une époque en voyant tous ces monuments réunis, qu'en en rencontrant çà et là des morceaux pris au hasard, ou selon les besoins de cette affreuse chose cju'on nomme la symétrie, et sacrifiés à l'horrible manie des pendants.
Et puis l'hôtel de Cltiny renferme quantité d'objets qui ne sont nullement dans ses attributions. Il faudrait écarter ces armures, qui seraient si utiles au musée d'Artillerie; ces tableaux, qui viendraient si heureusement compléter la collection du Louvre, hélas! si pauvre en oeuvres des écoles primitives française, flamande et allemande. Il faudrait reporter à la Bibliothèque nationale des manuscrits qu'à l'hôtel de Cluny on n'aperçoit qu'à travers des vitrines, et demander en échange cet autel à quatre faces sur lequel sont représentés les dieux de la Gaule, monument découvert à Paris, et dont la véritable place est près des autels gaulois où Ton voit le Tarvos Trigardiiniis, Esits, Cerninos, etc. ; actuellement cet autel est placé au pied du grand escalier de la bibliothèque, où il est à peine connu. On sait que ceux qui sont déjà aux Thermes proviennent des fouilles de la Cité.
Par la même raison, il faudrait porter au Louvre ces ivoires antiques, ces bas-reliefs de marbre, qui n'ont rien à faire avec notre histoire. Dans une des salles basses des Thermes, on voit une série de grandes briques avec bas-reliefs. Ce sont évidemment des objets trouvés à Rome et semblables à ceux qui forment la célèbre collection du chevalier Campana, dont la publication se fait en ce moment à Paris.
En compensation, nous voudrions qu'on donnât à l'hôtel de Cluny tous les émaux, joyaux, ivoires, verreries, vitraux, bahuts du moyen âge, qui errent dans nos différents musées. Et Dieu sait quelle rafle il pourrait faire au garde-meuble, à la Bibliothèque et au Louvre, où tout lui appartiendrait, depuis la collection Révoil jusqu'au soi-disant trésor du petit salon des Saisons, y compris les serrures, les plats, les faïences et
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les émaux du salon dit de Palissy. Si le ministère de l'intérieur, dont dépendent les musées, voulait s'en donner la peine, on aurait enfin une collection nationale riche et utile par son classement, une collection qui, par Tordre sérieux qu'elle présenterait, ferait assister le visiteur à toutes les phases de notre art.